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Guépard (Acinonyx jubatus)


Le guépard (Acinonyx jubatus) est l’un des félins les plus emblématiques du monde, célèbre pour sa vitesse exceptionnelle et sa morphologie singulière, qui le distinguent nettement des autres membres de la famille des Felidae. Répandu aujourd’hui de manière fragmentée en Afrique subsaharienne et dans une petite portion de l’Iran, il occupe principalement des milieux ouverts favorables à la chasse à vue. Espèce ancienne au regard de l’évolution des félins modernes, le guépard est également remarquable par sa très faible diversité génétique, conséquence de goulots d’étranglement historiques. Longtemps admiré, chassé, domestiqué ou persécuté selon les époques, il est aujourd’hui classé comme vulnérable à l’échelle mondiale, menacé par la perte d’habitat, la raréfaction de ses proies et les conflits avec l’homme. Son étude offre un éclairage précieux sur l’adaptation extrême à la course et sur la fragilité évolutive des spécialistes écologiques.


Guepard (Acinonyx jubatus)
Guépard (Acinonyx jubatus)
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)



DESCRIPTION

L'anatomie du guépard constitue un chef-d'oeuvre d'ingénierie biologique orienté vers l'aérodynamisme. Son corps est longiligne, doté de membres sveltes et d'une colonne vertébrale extrêmement flexible qui agit comme un ressort lors des courses effrénées. Sa poitrine profonde abrite des poumons et un coeur surdimensionnés, essentiels pour oxygéner rapidement ses muscles durant l'effort intense. Son pelage, de couleur fauve parsemé de taches noires pleines et rondes, lui offre un camouflage optimal dans les herbes sèches de la savane. Une caractéristique faciale unique réside dans les deux lignes noires, appelées "traits de larme", partant des coins internes des yeux jusqu'à la gueule. Ces marques servent probablement à absorber les reflets du soleil, améliorant ainsi sa vision durant la chasse en plein jour.

Le guépard mesure entre 110 et 150 cm de longueur, auquel il faut ajouter une queue comprise entre 55 et 80 cm. Sa hauteur au garrot est de 74 à 90 cm. Le poids peut varier avec l'âge, la santé, l'emplacement, le sexe et la sous-espèce. Les adultes pèsent généralement entre 21 et 72 kg. Les nouveau-nés dans la nature pèsent entre 150 et 300 g à la naissance, tandis que ceux nés en captivité ont tendance à être plus gros et pèsent environ 500 g. Le dimorphisme sexuel est présent chez cette espèce avec des mâles plus grands et plus lourds que les femelles, mais pas dans la mesure observée chez d'autres grands félins. Cette morphologie singulière, bien que parfaite pour la vélocité, le rend physiquement fragile lors des confrontations directes avec des prédateurs plus massifs, limitant ses capacités de défense au profit de l'esquive.

Contrairement aux autres félidés, le guépard possède des griffes semi-rétractiles qui fonctionnent comme les pointes des chaussures d'un sprinteur, offrant une traction exceptionnelle au sol lors des virages brusques. Sa queue, longue et musclée, sert de gouvernail pour stabiliser sa trajectoire pendant la poursuite. Sa tête est proportionnellement petite pour réduire la résistance à l'air, tandis que ses narines élargies favorisent une admission d'air maximale. Les stries de larmes prononcées (ou rayures malaires), uniques au guépard, proviennent des coins des yeux et descendent du nez jusqu'à la bouche. Le rôle de ces stries n'est pas bien compris. Elles peuvent protéger les yeux de l'éblouissement du soleil (une caractéristique utile car le guépard chasse principalement pendant la journée), ou elles pourraient être utilisées pour définir les expressions faciales.


Acinonyx jubatus
Acinonyx jubatus
© Filippos Marianna - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

HABITAT

Le guépard subit un déclin dramatique, n'occupant plus que 9 % de son territoire historique à l'échelle mondiale. Ses derniers refuges majeurs se situent en Afrique orientale et australe. En Afrique de l'Est, l'espèce survit sur environ 11 % de sa zone d'origine, principalement dans les régions transfrontalières entre le Kenya, la Tanzanie et l'Éthiopie. Bien que des populations fragmentées subsistent au Soudan du Sud et en Ouganda, la situation reste incertaine dans plusieurs pays voisins comme la Somalie ou Djibouti.

L'Afrique australe constitue aujourd'hui le bastion le plus solide pour l'espèce, couvrant 22 % de son aire historique. Une vaste population transfrontalière s'étend sur la Namibie, le Botswana, l'Afrique du Sud et les pays limitrophes. À l'inverse, le déclin est quasi total en Afrique de l'Ouest et du Nord. En dehors de quelques individus isolés dans le Sahara algérien ou au Niger, le guépard a été éradiqué de nombreux pays tels que le Sénégal, le Nigéria ou la Côte d'Ivoire. Les recherches récentes confirment son absence de ses anciens refuges, notamment au Cameroun et en République démocratique du Congo.

En Asie, la situation est critique puisque le félin a disparu de la quasi-totalité de son domaine, qui s'étendait autrefois de la Méditerranée jusqu'à l'Inde. Ce déclin historique s'explique par la capture d'individus pour la chasse aristocratique, la raréfaction des proies et la destruction de l'habitat. Aujourd'hui, le guépard asiatique ne survit plus qu'en Iran, où il est en danger critique d'extinction. Même dans ce dernier sanctuaire, l'espèce est menacée par le changement climatique et la fragmentation de son territoire, ne subsistant plus que dans quelques zones isolées du pays.

Les guépards sont des animaux purement savanes et steppes. Ils préfèrent les zones avec de hautes herbes offrant un couvert et des collines comme points de vue. Trop d’arbres et de buissons rendent le paysage inadapté aux guépards car ils ne peuvent pas y utiliser leur vitesse. Les guépards, en revanche, peuvent parfaitement vivre dans les semi-déserts s'ils trouvent suffisamment de proies.


Acinonyx jubatus distribution
     Répartition actuelle du guépard
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ALIMENTATION

Le régime alimentaire du guépard est principalement constitué d'ongulés de taille petite à moyenne, pesant généralement moins de 40 kilogrammes. Ses proies de prédilection incluent la gazelle de Thomson, l'impala, le springbok et les jeunes gnous ou zèbres. Le processus de chasse est une démonstration de précision. Contrairement aux lions qui chassent en groupe, le guépard s'approche silencieusement de sa cible en utilisant les irrégularités du terrain pour se dissimuler. Une fois à une distance critique, environ 30 à 60 mètres, il déclenche une accélération fulgurante. La poursuite dure rarement plus d'une minute, car la dépense énergétique est colossale et provoque une hyperthermie rapide de l'animal.

Une fois la proie rattrapée, le guépard utilise l'ergot de sa patte avant pour la déséquilibrer. La mise à mort s'effectue par strangulation, le félin serrant la gorge de sa victime pendant plusieurs minutes pour bloquer la trachée. En raison de sa faiblesse physique relative, il doit consommer son repas le plus rapidement possible. Il commence souvent par les parties les plus tendres de l'arrière-train pour maximiser l'apport nutritionnel avant que des charognards ne soient attirés par l'odeur du sang. Le guépard ne revient jamais sur une carcasse abandonnée, préférant chasser à nouveau pour garantir la fraîcheur de sa nourriture. Cette stratégie alimentaire diurne lui permet d'occuper une niche écologique spécifique, réduisant les interactions risquées avec les prédateurs nocturnes dominants de son environnement.


Guepard zoo de Bale
Guépard au zoo de Bâle en Suisse
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REPRODUCTION

La biologie reproductive du guépard présente des défis particuliers liés à sa faible variabilité génétique. Les femelles sont solitaires et n'ont pas de territoire fixe, se déplaçant sur de vastes zones à la recherche de proies, tandis que les mâles peuvent former des coalitions pour défendre un territoire restreint. La réceptivité de la femelle n'est pas saisonnière, ce qui permet des naissances tout au long de l'année après une gestation d'environ 90 à 95 jours. Une portée compte généralement trois à cinq petits, bien que des portées de six soient observées. À la naissance, les petits sont aveugles et vulnérables, pesant à peine 250 à 300 grammes, avec un pelage sombre et une crinière dorsale grisâtre appelée "manteau".

Ce manteau joue un rôle crucial dans la survie des jeunes, car il imite l'apparence du ratel, un petit carnivore féroce que la plupart des prédateurs évitent d'attaquer. Malgré ce camouflage, le taux de mortalité des jeunes guépards est extrêmement élevé dans la nature, atteignant parfois 90 % durant les premières semaines de vie. La mère déplace fréquemment sa progéniture pour éviter d'attirer l'attention des lions ou des hyènes. Le sevrage commence vers trois mois, moment où les petits commencent à suivre leur mère pour apprendre les techniques de chasse rudimentaires. L'indépendance est acquise vers l'âge de 18 mois, bien que les frères et soeurs restent souvent ensemble pendant quelques mois supplémentaires pour perfectionner leurs compétences sociales et de survie avant de se séparer.

La longévité du guépard est relativement modeste comparée à celle d’autres grands félins, en raison de sa spécialisation extrême et des nombreuses pressions auxquelles il est soumis. À l’état sauvage, un guépard vit en moyenne entre 10 et 12 ans, bien que de nombreux individus n’atteignent pas cet âge en raison de la forte mortalité juvénile, de la prédation, de la concurrence avec d’autres carnivores et des conflits avec l’homme. En captivité, où les risques de prédation, de famine et de blessures sont fortement réduits, la longévité peut être significativement plus élevée, certains individus atteignant 15 à 17 ans, voire exceptionnellement un peu plus. Cependant, la faible diversité génétique de l’espèce peut favoriser l’apparition de maladies, de troubles reproducteurs ou de pathologies rénales, ce qui limite également l’espérance de vie, même en conditions contrôlées.


Guepard femelle et juvenile
Guépard femelle et ses petits en Tanzanie
© Gemma Simó - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

COMPORTEMENT

Le comportement social du guépard est atypique parmi les félins, présentant un dimorphisme comportemental entre les sexes. Les femelles mènent une existence solitaire, n'interagissant avec les mâles que durant les brèves périodes d'accouplement. Elles consacrent la majeure partie de leur vie à l'élevage des jeunes, parcourant des domaines vitaux immenses pouvant atteindre plusieurs centaines de kilomètres carrés. À l'opposé, les mâles manifestent un instinct grégaire unique : les frères d'une même portée restent souvent ensemble toute leur vie pour former une coalition. Ce groupe leur permet de défendre un territoire plus riche en ressources et d'augmenter leurs chances de survie face aux menaces extérieures.

L'activité du guépard est essentiellement diurne, avec des pics d'activité à l'aube et au crépuscule. Ce rythme lui permet d'éviter les confrontations avec les grands prédateurs nocturnes. Il passe une grande partie de sa journée à se reposer sur des points d'observation élevés, tels que des termitières ou des branches basses, afin de surveiller les mouvements des troupeaux et la présence d'éventuels rivaux. Bien qu'il soit un excellent grimpeur, il n'utilise pas les arbres pour stocker ses proies contrairement au léopard. Sa communication repose sur une vaste gamme de sons : il peut miauler, siffler, grogner et émettre un cri strident semblable à un gazouillis d'oiseau pour localiser ses congénères. Fait notable, le guépard est l'un des rares grands félins capables de ronronner à l'inspiration et à l'expiration, mais il est incapable de rugir.


Guepard gros plan
Gros plan du guépard
© Tobias Hoffmann - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

PRÉDATION

Bien qu'il se situe au sommet de la chaîne alimentaire, le guépard occupe une position précaire et est souvent considéré comme le "dominé" parmi les grands carnivores d'Afrique. Ses principaux ennemis naturels sont le lion, la hyène tachetée et, dans une moindre mesure, le léopard. La compétition interspécifique est féroce, et le guépard perd environ 50 % de ses proies au profit de ces charognards opportunistes. Face à un lion ou une hyène, le guépard choisit systématiquement la fuite, car une blessure même légère compromettrait sa capacité à courir et donc à se nourrir, ce qui équivaudrait à une condamnation à mort certaine.

La prédation sur les jeunes est la menace la plus grave pour la pérennité de l'espèce. Les lions et les hyènes tuent activement les petits guépards lorsqu'ils les découvrent, non pas nécessairement pour se nourrir, mais pour éliminer une future concurrence. Les babouins peuvent également représenter un danger pour les petits laissés sans surveillance. Pour contrer ces menaces, le guépard a développé une vigilance extrême et une discrétion absolue lors de ses déplacements. Sa stratégie de survie repose entièrement sur l'évitement des conflits.


Acinonyx jubatus venaticus
Guépard asiatique (Acinonyx jubatus venaticus)
© Ehsan Moqanaki - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

MENACES

Le guépard est un félin dont la survie est gravement compromise par sa nature même de grand prédateur. En raison de sa faible densité de population, il nécessite des territoires immenses, bien plus vastes que ceux des autres carnivores. Sa vulnérabilité principale réside dans la fragmentation de son habitat : environ 77 % de son aire de répartition se trouve sur des terres non protégées, ce qui l'expose directement aux activités humaines.

Le conflit avec l'élevage constitue une menace majeure. Bien que le guépard préfère les proies sauvages, la raréfaction de ces dernières — due à la chasse et à l'exploitation industrielle de la viande de brousse — le pousse parfois à s'attaquer au bétail. En retour, les éleveurs l'abattent par représailles ou par prévention. Paradoxalement, sa survie sur ces terres dépend de son comportement alimentaire sélectif : boudant les charognes, il est moins victime des empoisonnements que les hyènes ou les lions.

Le développement des infrastructures aggrave cette situation. Les routes à grande vitesse représentent également une menace croissante pour les sous-populations de guépards. C’est particulièrement préoccupant là où les routes pavées traversent ou jouxtent d’importantes réserves fauniques, comme la route Nairobi-Mombasa qui traverse le parc national de Tsavo au Kenya, et la route principale qui traverse la réserve de biosphère de Khar Touran en Iran. En Iran, sur 27 décès connus de guépards entre 2001 et 2016 dus à diverses causes humaines, au moins 14 ont été tués sur les routes traversant les zones protégées de Kalmand, Touran, Bafq et Dareh Anjir, ce qui en fait la principale cause de mortalité anthropique. Entre 2014 et 2019, six guépards adultes ont été heurtés et tués par des voitures sur la route principale en terre battue traversant le parc national du Serengeti. Des décès supplémentaires ont également été signalés sur de nombreuses autres routes, notamment en Afrique du Sud, en Zambie et au Kenya. Une telle mortalité pourrait avoir un impact significatif sur la viabilité des populations, en particulier lorsque les populations sont petites et/ou isolées. À cela s'ajoute la pression d'un tourisme non régulé qui, bien que source de revenus, peut perturber la chasse et séparer les mères de leurs petits. Enfin, le commerce illégal vers les pays du Golfe et l'extraction de ressources minières morcellent davantage les derniers refuges de l'espèce.

À l'avenir, le changement climatique forcera le guépard à migrer vers des zones plus tempérées, multipliant les risques de frictions avec les humains. Pour sauver l'espèce, une gestion du territoire à grande échelle (dépassant 10 000 km²) est indispensable afin de maintenir des couloirs de circulation. Sa survie dépendra d'une volonté politique forte et d'une meilleure intégration des populations locales dans les stratégies de conservation, transformant le guépard d'un concurrent perçu en une richesse à préserver.


Acinonyx jubatus hecki
Guépard du Sahara (Acinonyx jubatus hecki)
© ONG OeBenin - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

CONSERVATION

Le guépard est une espèce menacée d'extinction dans la majeure partie de son ère de répartition actuelle. Il est inscrit dans la catégorie "Vulnérable" (VU) sur la Liste rouge de l'IUCN, en Annexe I de la CITES et en Annexe 1 de la CMS (Convention sur la Conservation des Espèces Migratrices).

La conservation du guépard représente un défi d'envergure mondiale en raison de la très faible densité de ses populations. Comme ce félin parcourt de vastes distances, sa survie dépend d'une coopération internationale sans précédent. Environ 77 % de son habitat se situe en dehors des zones protégées, ce qui expose l'animal à des conflits fréquents avec les éleveurs. Bien que l'espèce bénéficie d'une protection légale internationale via la CITES et la CMS, certains pays autorisent encore l'abattage des individus perçus comme une menace pour le bétail, un suivi rigoureux de ces pratiques faisant souvent défaut.

En Afrique, la stratégie de sauvegarde repose sur l'Initiative africaine pour la conservation du guépard (CCI). Ce programme associe la protection du guépard à celle du lycaon, car ces deux prédateurs partagent des besoins écologiques similaires et exigent de grands espaces. Cette synergie permet d'optimiser les ressources et les efforts sur le terrain. Des plans d'action nationaux, adaptés aux réalités politiques de chaque État, couvrent aujourd'hui la quasi-totalité de l'aire de répartition africaine. Ces feuilles de route visent à restaurer la connectivité des habitats, à renforcer les législations nationales et à favoriser la coexistence entre les communautés locales et la faune sauvage.

Le rôle des organisations non gouvernementales et des parcs nationaux est crucial pour mettre en oeuvre ces mesures. En Afrique du Nord et de l'Ouest, des organisations comme African Parks soutiennent des écosystèmes essentiels là où les ressources sont limitées. Parallèlement, l'Initiative CITES-CMS pour les carnivores africains renforce l'engagement politique en faveur de l'espèce.

En Asie, la situation du guépard asiatique est critique. Bien qu'intégralement protégé en Iran, ses populations dépendent de quelques réserves isolées. Les priorités actuelles incluent la gestion du pâturage, le rétablissement des proies naturelles et la sécurisation des axes routiers pour éviter les collisions. Toutefois, la diminution du soutien financier international, notamment du PNUD, fait peser une incertitude sur la pérennité de ces efforts. Enfin, en Afghanistan, l'espèce est protégée par la loi bien qu'elle y soit probablement déjà éteinte.


Acinonyx jubatus soemmeringi
Guépard du Soudan (Acinonyx jubatus soemmeringi)
© Tim Ellis - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

IMPORTANCE ÉCONOMIQUE

L'importance économique du guépard se manifeste principalement à travers l'industrie du tourisme de vision, particulièrement en Afrique australe et orientale. En tant que l'un des félins les plus charismatiques et recherchés par les photographes du monde entier, il constitue un pilier majeur de l'économie des safaris. Sa présence dans les parcs nationaux génère des revenus substantiels via les droits d'entrée, l'hébergement et l'emploi direct de milliers de guides, rangers et personnels de services. Pour de nombreuses communautés locales, la conservation du guépard est devenue une source de revenus plus stable que l'agriculture traditionnelle, favorisant le développement d'infrastructures dans des zones rurales isolées. Des programmes de "tourisme communautaire" permettent de redistribuer une partie de ces bénéfices aux populations riveraines, transformant la perception de l'animal d'une menace potentielle en un atout précieux pour le développement local.

Toutefois, cette relation économique comporte également des dimensions plus complexes, notamment les conflits avec le secteur de l'élevage. La prédation, bien que souvent surestimée par rapport à celle des léopards ou des hyènes, engendre des pertes financières directes pour les fermiers. Pour pallier ce problème, des modèles économiques innovants ont vu le jour, tels que des fonds de compensation pour le bétail ou la promotion de produits certifiés "respectueux des prédateurs". Parallèlement, il existe une économie souterraine dévastatrice liée au commerce illégal. Les jeunes guépards sont vendus à des prix exorbitants sur le marché noir pour servir d'animaux de compagnie exotiques, principalement dans les pays du Golfe. La lutte contre ce trafic mobilise des ressources financières internationales importantes, soulignant que la valeur économique du guépard dépasse largement le cadre des frontières nationales pour devenir un enjeu de finance environnementale mondiale et de préservation du capital naturel de la planète.


Acinonyx jubatus jubatus
Guépard d'Afrique du Sud (Acinonyx jubatus jubatus)
© Klaus Rudloff - BioLib
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LE GUÉPARD ROYAL

Le guépard royal représente une variation génétique spectaculaire et rare de l'espèce Acinonyx jubatus, se distinguant par un pelage aux motifs radicalement différents de la forme commune. Cette morphologie singulière est caractérisée par la fusion des taches noires habituelles, créant de larges bandes longitudinales sombres qui parcourent tout le dos de l'animal, de la nuque jusqu'à la base de la queue. Sur les flancs, les taches circulaires classiques laissent place à de vastes plaques marbrées et irrégulières, conférant au félin une allure majestueuse et inhabituelle. Cette apparence est le fruit d'une mutation génétique récessive liée au même locus génique responsable des motifs "tabby" chez les chats domestiques. Pour qu'un individu manifeste ces caractéristiques physiques, il doit obligatoirement hériter du gène mutant de ses deux parents, ce qui explique pourquoi le guépard royal est si exceptionnel à observer dans son milieu naturel, principalement dans les régions d'Afrique australe comme le Zimbabwe ou l'Afrique du Sud.

Signalé officiellement pour la première fois en 1926 dans l'actuel Zimbabwe, ce félin a longtemps été l'objet de spéculations intenses de la part des naturalistes, certains y voyant même, de manière erronée, un hybride entre le guépard et le léopard. Ce n'est qu'au début des années 1980 que des programmes de reproduction en captivité ont confirmé définitivement qu'il s'agissait bien d'une mutation interne à l'espèce et non d'une branche taxonomique distincte. Bien que son statut ne le différencie pas des autres guépards, il demeure un symbole fort de la diversité génétique intraspécifique. Sur le plan comportemental ou physiologique, aucune différence majeure n'a été notée par rapport aux individus tachetés, bien que son camouflage puisse théoriquement s'avérer plus efficace dans les zones de savanes boisées denses. Malgré sa beauté fascinante qui attire l'attention des chercheurs, le guépard royal reste soumis aux mêmes menaces d'extinction que ses congénères, sa survie dépendant entièrement de la préservation globale des populations sauvages.


Guepard royal
Le guépard royal
© Olga Ernst - Wikimedia Commons
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TAXONOMIE

L'évolution du genre Acinonyx s'inscrit dans une trajectoire biologique fascinante qui remonte à plusieurs millions d'années. Les recherches paléontologiques et génétiques suggèrent que la lignée des guépards a divergé de l'ancêtre commun des pumas et des jaguarundis il y a environ 6,7 millions d'années. Cette séparation a eu lieu à une époque où les félidés commençaient à se diversifier à travers l'Eurasie et l'Amérique du Nord. Contrairement à une idée reçue ancienne, le guépard ne descend pas d'une lignée de chiens, malgré ses griffes non rétractiles, mais constitue une adaptation extrême du groupe des petits félins au milieu ouvert de la steppe et de la savane. Cette convergence évolutive vers la vitesse a façonné son squelette de manière unique.

L'histoire génétique de l'espèce est marquée par deux goulots d'étranglement majeurs qui ont radicalement réduit sa diversité. Le premier s'est produit il y a environ 100 000 ans, lors de la migration de l'espèce de l'Amérique du Nord vers l'Asie, puis l'Afrique. Le second, bien plus sévère, a eu lieu il y a environ 10 000 à 12 000 ans, à la fin de l'époque du Pléistocène. Cette crise a entraîné l'extinction de nombreuses espèces de grands mammifères et a failli faire disparaître le guépard. Les survivants de cette période sont les ancêtres de tous les guépards modernes, ce qui explique pourquoi les individus actuels présentent une homogénéité génétique quasi totale, comparable à celle de clones.

Cette faible variabilité génétique a des conséquences directes sur la biologie de l'espèce, notamment une grande sensibilité aux maladies épizootiques et des anomalies fréquentes dans la morphologie des spermatozoïdes. Au fil des découvertes fossiles, les chercheurs ont pu identifier des formes géantes de guépards, comme le spécimen eurasien qui pesait le double de l'animal actuel, montrant que le genre a exploré diverses niches de prédateurs de vitesse avant de se stabiliser sous sa forme contemporaine. Aujourd'hui, l'analyse de l'ADN mitochondrial continue d'affiner notre compréhension de la séparation entre les populations africaines et la dernière population asiatique subsistante, confirmant une isolation de longue date entre ces groupes géographiques.

La reconnaissance des sous-espèces du guépard a longtemps été sujette à débat, en raison de variations morphologiques subtiles et d’une diversité génétique étonnamment faible à l’échelle de l’espèce. Historiquement, jusqu’à une dizaine de sous-espèces ont été décrites, principalement sur la base de différences de taille, de teinte du pelage ou de répartition géographique. Les recherches génétiques modernes ont toutefois conduit à une révision drastique de cette classification. La plupart des autorités scientifiques actuelles reconnaissent généralement quatre sous-espèces valides.

- Acinonyx jubatus jubatus regroupe les populations d’Afrique australe et orientale et constitue la sous-espèce la plus abondante.

- Acinonyx jubatus hecki, ou guépard saharien, occupe des zones désertiques du Sahara et du Sahel et se distingue par un pelage plus pâle.

- Acinonyx jubatus soemmeringii est présent dans le nord-est de l’Afrique, notamment en Éthiopie et au Soudan.

- Acinonyx jubatus venaticus, le guépard asiatique, subsiste aujourd’hui sous forme d’une population relictuelle extrêmement réduite en Iran.

Malgré ces distinctions, les différences génétiques entre sous-espèces sont faibles, ce qui souligne l’homogénéité évolutive de l’espèce. Cette faible variabilité pose des défis majeurs pour la conservation, notamment en matière de résilience face aux maladies et aux changements environnementaux.


Cheetah
En anglais, le guépard est appelé Cheetah
© Piet du Preez - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

CLASSIFICATION


Fiche d'identité
Nom communGuépard
English nameCheetah
Español nombreChita
Guepardo
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreCarnivora
Sous-ordreFeliformia
FamilleFelidae
GenreAcinonyx
Nom binominalAcinonyx jubatus
Décrit parJohann Christian Schreber
Date1775



Satut IUCN

Vulnérable (VU)

FICHE POUR ENFANTS

Pour finir, découvrez ci-dessous une fiche pédagogique en image pour les enfants sur ce magnifique félin.


Guepard fiche pour enfants
Fiche pour enfants du guépard
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

SOURCES

* Liens internes

Animal Diversity Web

Arkive

BioLib

CITES

Convention sur la Conservation des Espèces Migratrices (CMS)

iNaturalist

Liste Rouge IUCN des espèces menacées

Mammal Species of the World (MSW)

Système d'information taxonomique intégré (ITIS)

* Liens externes

Afrikan Parks

Cheetah Conservation Fund

Global Biodiversity Information Facility (GBIF)

Wikimedia Commons

* Bibliographie

Caro, T. M. (1994). Cheetahs of the Serengeti Plains: Group Living in an Asocial Species. University of Chicago Press.

O'Brien, S. J., et al. (2017). The Cheetah’s Genomic History and the Perils of Low Genetic Diversity. Journal of Heredity.

Marker, L., Boast, L. K., & Schmidt-Küntzel, A. (2018). Cheetahs: Biology and Conservation. Academic Press.

Sunquist, M., & Sunquist, F. (2002). Wild Cats of the World. University of Chicago Press.

World Bank (2022). The Economic Value of Biodiversity in African Protected Areas.

Lindsey, P. A., et al. (2013). The Economic Contribution of Cheetahs to Ecotourism in Southern Africa.

Bottriell, L. (1987). King Cheetah: The Story of the Quest. Brill Academic Pub.

Kaelin, C. B., et al. (2012). Specifying Cheetah Paint Sets: The Genetics of Coat Patterns. Science Journal.

Van Aarde, R. J., & Van Dyk, A. (1986). Inheritance of the king cheetah coat pattern. South African Journal of Wildlife Research.