Phacochère
Les phacochères (genre Phacochoerus) constituent un genre de mammifères artiodactyles appartenant à la famille des suidés, emblématiques des grands espaces africains. Adaptés aux contraintes de la vie en milieu ouvert, ces animaux se distinguent de leurs cousins eurasiatiques par des caractéristiques physiques et comportementales uniques. Leur présence joue un rôle fondamental dans l'équilibre des écosystèmes savanicoles, où ils agissent comme des ingénieurs du paysage grâce à leurs activités de fouissage et de pâturage. Robustes et particulièrement résilients face aux conditions climatiques extrêmes, ils ont développé des stratégies de survie très élaborées pour faire face à une forte pression de prédation. Le genre regroupe deux espèces distinctes qui partagent des traits morphologiques singuliers, notamment des défenses proéminentes et des callosités faciales impressionnantes.
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CC-BY-SA (Certains droits réservés)Le phacochère possède une morphologie trapu et massive, parfaitement taillée pour la vie en zone aride. Son corps, atteignant une longueur de 100 à 150 cm pour une hauteur au garrot oscillant entre 65 et 85 cm, affiche un poids compris entre 50 et 120 kg, les mâles étant nettement plus imposants que les femelles. La peau, d'une teinte grisâtre à brune, est globalement nue ou parsemée de rares soies sombres, mais le dos s'orne d'une longue crinière érigeable qui s'étend du sommet du crâne jusqu'au milieu du dos. Cette crinière se dresse lors des phases de menace pour amplifier l'allure de l'animal face aux prédateurs.
La tête se montre particulièrement volumineuse et aplatie, arborant de larges excroissances cutanées calleuses, souvent qualifiées de verrues, composées de tissu fibreux très dense. Les mâles possèdent trois paires de ces verrues faciales situées sous les yeux, sur le museau et près des mâchoires, tandis que les femelles n'en présentent que deux paires de taille réduite. Ces structures servent principalement d'amortisseurs de chocs lors des combats d'intimidation entre rivaux. La denture du phacochère s'avère spectaculaire et très spécialisée. Les canines supérieures se développent en d'impressionnantes défenses courbées vers le haut, pouvant atteindre une longueur de 30 à 60 cm chez les adultes. Les canines inférieures, plus courtes mais extrêmement affûtées, frottent continuellement contre les défenses supérieures, créant un tranchant redoutable.
Le groin, large et renforcé par un os rostral puissant, offre une grande force d'enfoncement pour creuser le sol. Les pattes sont relativement longues et fines par rapport au buste, se terminant par des sabots adaptés à la course rapide sur terrain sec. Lors du déplacement rapide au trot ou au galop, la queue fine, terminée par un toupillon de poils noirs, est portée de manière parfaitement verticale, servant de signal visuel de ralliement pour les jeunes et le groupe à travers les hautes herbes. Les yeux sont placés haut sur le crâne, permettant d'observer les alentours tout en conservant la tête baissée pour brouter la végétation rase.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)Les phacochères occupent une vaste zone géographique s'étendant à travers une grande partie de l'Afrique subsaharienne, du Sénégal jusqu'à la Corne de l'Afrique, et descendant vers le sud jusqu'en Afrique du Sud. Leur distribution varie selon l'espèce considérée, couvrant des territoires très diversifiés allant des zones sahéliennes semi-arides jusqu'aux prairies humides et aux zones boisées. Ils évitent les forêts tropicales très denses ainsi que les déserts hyperarides, préférant les milieux ouverts offrant un accès régulier à des points d'eau et une couverture herbeuse suffisante. On les retrouve fréquemment dans les savanes arborées, les maquis d'épineux, les formations buissonnantes et les zones humides de bas-fond. Les phacochères montrent une préférence marquée pour les plaines alluviales où la terre reste meuble, facilitant ainsi l'extraction des racines et des rhizomes. L'altitude ne constitue pas un frein absolu à leur installation, car certaines populations s'observent sur les plateaux montagneux jusqu'à 3 000 m d'altitude, notamment en Éthiopie.
L'élément déterminant de leur habitat réside dans la présence de réseaux de terriers abandonés, le plus souvent creusés à l'origine par des oryctéropes. Ces cavités souterraines fournissent un refuge indispensable contre les variations thermiques extrêmes de la savane, protégeant l'animal du froid nocturne comme de la chaleur étouffante des heures centrales de la journée. Les microhabitats riches en baignoires de boue sont également privilégiés, car le vautrage est vital pour le maintien de leur équilibre thermique et l'élimination des parasites externes. En période de sécheresse, les individus sont capables de concentrer leurs activités autour des derniers points d'eau permanents, étendant leur domaine vital pour trouver de la nourriture.
L'action humaine, notamment le pastoralisme extensif et l'expansion agricole, a parfois fragmenté leur territoire traditionnel, mais les phacochères font preuve d'une grande adaptabilité, exploitant les zones cultivées périphériques lorsqu'ils y trouvent des ressources alimentaires accessibles et une pression de chasse modérée.
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CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)Le phacochère adopte un régime alimentaire principalement herbivore et végétarien, se distinguant de la plupart des autres suidés par une adaptation très poussée au pâturage. Bien que qualifié d'omnivore opportuniste en raison de la consommation occasionnelle de petits animaux, de cadavres ou d'insectes, l'essentiel de son bol alimentaire se compose d'herbes courtes, de graminées et de légumineuses. Pour consommer cette végétation rase, l'animal a développé une posture caractéristique : il s'agenouille sur ses membres antérieurs, reposant sur des callosités carpiennes épaisses et développées dès sa jeunesse. Cette position lui permet d'abaisser son groin au plus près du sol sans fatiguer son cou massif.
Durant la saison des pluies, lorsque les herbes sont tendres et gorgées d'eau, le phacochère sélectionne les jeunes pousses riches en nutriments en les coupant net à l'aide de ses incisives. À l'inverse, durant la saison sèche, lorsque la végétation aérienne se dessèche et perd sa valeur nutritive, le régime bascule vers la consommation d'organes végétaux souterrains. À l'aide de son groin robuste et de ses sabots avant, l'animal déterre d'importantes quantités de racines, de bulbes, de tubercules et de rhizomes enfouis dans le sol aride. Ces éléments souterrains fournissent non seulement l'énergie nécessaire, mais apportent également une réserve d'eau cruciale pour survivre durant les mois sans précipitations.
Les phacochères consomment également des fruits tombés au sol, des écorces d'arbres, des champignons et des baies. Ils tirent parti des bouses d'éléphants ou d'autres grands herbivores pour y sélectionner des graines non digérées ou des larves d'insectes. L'eau potable reste un besoin régulier, bien que ces animaux puissent s'en passer pendant plusieurs jours s'ils trouvent des plantes succulentes et des racines gorgées d'humidité. Lorsqu'un point d'eau est disponible, ils s'y abreuvent quotidiennement et en profitent pour ingérer des sels minéraux présents dans la boue.
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CC-BY-SA (Certains droits réservés)Le cycle reproducteur du phacochère est étroitement coordonné avec le rythme des saisons pour garantir que les naissances surviennent au moment où les ressources alimentaires sont les plus abondantes. La période d'accouplement se déclenche généralement vers la fin de la saison des pluies ou au début de la saison sèche. Les mâles, habituellement solitaires, se rapprochent des groupes de femelles et manifestent un comportement de rut marqué. Ils arpentent les territoires en émettant des grognements rythmiques, en claquant des dents et en déposant des sécrétions odorantes issues de leurs glandes préorbitales et labiales sur la végétation ambiante. La compétition entre mâles pour l'accès aux femelles en oestrus donne lieu à des affrontements rituels parfois impressionnants mais rarement mortels. Les rivaux se font face, verrouillent leurs têtes et s'interbloquent à l'aide de leurs verrues faciales et de leurs défenses supérieures, cherchant à pousser l'adversaire en arrière par la force brute.
La gestation dure environ 160 à 175 jours, soit près de cinq mois et demi. À l'approche du terme, la femelle gestante quitte son groupe social et cherche un terrier isolé pour y mettre bas. Elle aménage un nid douillet à l'intérieur de la cavité en y apportant des herbes sèches et de la paille. La portée compte généralement entre deux et quatre marcassins, bien que des portées de six jeunes puissent parfois être observées. À la naissance, les petits sont extrêmement vulnérables, pesant moins de 500 g, et sont dépourvus de poils thermoprotecteurs, ce qui les rend très sensibles au froid. Ils passent leurs premières semaines de vie confinés dans la chaleur du terrier, la mère retournant fréquemment auprès d'eux pour les allaiter. Contrairement à d'autres suidés, la femelle possède seulement quatre tétines fonctionnelles, ce qui limite le nombre de jeunes pouvant survivre au sein d'une même portée. Le sevrage débute vers l'âge de deux à trois mois, moment où les marcassins commencent à sortir du terrier et à goûter à la végétation solide. Ils atteignent leur maturité sexuelle vers 18 à 24 mois.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)Le phacochère présente des moeurs essentiellement diurnes, une particularité qui le distingue de la majorité des suidés sauvages qui sont plutôt nocturnes ou crépusculaires. L'organisation sociale repose sur de petites unités familiales, composées d'une ou plusieurs femelles adultes accompagnées de leurs jeunes des portées précédentes. Les mâles adultes vivent de façon solitaire ou forment de petits groupes de célibataires temporaires, ne rejoignant les groupes de femelles qu'au moment de la période de reproduction.
La communication au sein du groupe s'effectue par une gamme variée de vocalises comprenant des grognements, des cris d'alerte aigus et des soufflements, complétée par des signaux visuels et olfactifs. Le toilettage mutuel et le frottement des glandes faciales renforcent la cohésion sociale entre les membres du groupe. La journée du phacochère est structurée autour de sessions de pâturage, de recherche de nourriture et de périodes de repos à l'ombre durant les heures les plus chaudes. Le vautrage dans la boue occupe une place prépondérante dans leur emploi du temps quotidien. Cette activité leur permet de réguler leur température corporelle en l'absence de glandes sudoripares efficaces, tout en formant une croûte protectrice contre les rayons ultraviolets et les insectes piqueurs comme les tiques. À la tombée de la nuit, les phacochères regagnent impérativement un terrier pour s'y abriter.
L'entrée dans le terrier s'effectue selon une technique très précise. L'animal s'approche de la cavité, fait demi-tour et s'y engouffre en marche arrière. Cette posture stratégique lui permet de faire face à l'ouverture, la tête et les défenses orientées vers l'extérieur, prêtes à charger ou à défendre l'accès contre tout intrus qui tenterait de s'y introduire. Les jeunes pénètrent généralement en premier, suivis de la mère qui ferme la marche. Bien qu'ils ne soient pas strictement territoriaux, les groupes occupent des domaines vitaux qui peuvent se chevaucher largement, et les rencontres aux points d'eau se déroulent généralement sans agressivité excessive en dehors des périodes de rut.
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CC-BY-SA (Certains droits réservés)En raison de sa taille moyenne et de son abondance dans la savane, le phacochère constitue une proie de choix pour une multitude de grands carnivores africains. Le lion (Panthera leo) représente son prédateur principal, n'hésitant pas à traquer les adultes et parfois même à déterrer les individus réfugiés dans les cavités souterraines en creusant le sol avec ses puissantes pattes. Le léopard (Panthera pardus), grâce à sa discrétion et sa technique d'affût, capture fréquemment des phacochères, tout comme le guépard (Acinonyx jubatus) qui cible en priorité les jeunes et les subadultes lors de courses rapides en milieu découvert. Les hyènes tachetées (Crocuta crocuta) et les lycaons (Lycaon pictus) chassent également le phacochère en meute, utilisant leur endurance pour épuiser leur victime avant de l'encercler.
Dans les zones aquatiques ou à proximité des rivières, le crocodile du Nil (Crocodylus niloticus) surprend les animaux lorsqu'ils viennent s'abreuver ou se vautrer dans la vase. Les jeunes marcassins sont exposés à une pression de prédation encore plus vaste. Ils tombent souvent sous les griffes des grands rapaces comme l'aigle martial (Polemaetus bellicosus), ou deviennent la proie des chacals, des servals, des caracals et des pythons de Seba (Python sebae).
Face à cette menace permanente, le phacochère s'appuie sur des sens très développés, notamment une ouïe fine et un odorat exceptionnel, bien que sa vue soit relativement moyenne. Lorsqu'un danger est détecté, l'animal pousse un grognement d'alerte caractéristique qui provoque la fuite immédiate de tout le groupe. Capable d'atteindre des vitesses de pointe de près de 50 km/h, il cherche à distancer son agresseur pour rejoindre au plus vite le terrier le plus proche. S'il se retrouve acculé ou si ses jeunes sont directement menacés, le phacochère peut faire preuve d'une férocité remarquable. Il fait alors face à l'attaquant en chargeant tête baissée, utilisant ses défenses inférieures acérées comme de véritables poignards capables d'infliger de profondes blessures et de repousser des prédateurs aussi redoutables que les léopards ou les jeunes lions.
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CC-BY (Certains droits réservés)Le genre Phacochoerus regroupe deux espèces vivantes distinctes, parfaitement adaptées à leurs environnements respectifs et présentant des divergences morphologiques et géographiques claires.
* Phacochère commun (Phacochoerus africanus) : constitue l'espèce la plus répandue et la plus connue à travers le continent. Son aire de répartition couvre la majeure partie des savanes d'Afrique subsaharienne. Il se caractérise par une dentition complète à l'état adulte, conservant des incisives fonctionnelles sur la mâchoire supérieure et inférieure, ainsi que par des verrues faciales sous-oculaires retroussées vers le haut. Le Phacochère commun est généralement divisé en quatre sous-espèces réparties régionalement (Phacochoerus africanus africanus en Afrique de l'Ouest, Phacochoerus africanus aeliani dans la Corne de l'Afrique, Phacochoerus africanus massaicus en Afrique de l'Est et Phacochoerus africanus sundevallii en Afrique australe.).
* Phacochère du désert (Phacochoerus aethiopicus) : une espèce beaucoup plus spécialisée et restreinte aux milieux particulièrement arides. Historiquement, cette espèce comprenait deux sous-espèces (le Phacochère du Cap (Phacochoerus aethiopicus aethiopicus), qui habitait le sud de l'Afrique et qui a été exterminé par la chasse excessive au cours du XIXe siècle, et le Phacochère du désert de Somalie (Phacochoerus aethiopicus delamerei), qui survit encore aujourd'hui dans les zones semi-désertiques du Kenya, de l'Éthiopie et de la Somalie). Morphologiquement, le phacochère du désert se distingue de son cousin commun par l'absence totale d'incisives supérieures fonctionnelles chez l'adulte et par des verrues faciales situées sous les yeux qui sont recourbées vers le bas. De plus, ses oreilles présentent des extrémités incurvées vers l'arrière et sa forme crânienne est légèrement plus courte et plus concave.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)| Nom commun | Sanglier des savanes |
| Autre nom | Phacochère |
| English name | Warthog |
| Español nombre | Facóquero Facocero |
| Règne | Animalia |
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embranchement | Vertebrata |
| Super-classe | Tetrapoda |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Infra-classe | Eutheria |
| Ordre | Artiodactyla |
| Famille | Suidae |
| Genre | Phacochoerus |
* Liens internes
Liste Rouge IUCN des espèces menacées
Mammal Species of the World (MSW)
Système d'information taxonomique intégré (ITIS)
* Liens externes
Global Biodiversity Information Facility (GBIF)
* Bibliographie
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