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Phacochère du désert (Phacochoerus aethiopicus)


Le phacochère du désert (Phacochoerus aethiopicus) est un mammifère artiodactyle appartenant à la famille des Suidae et une des deux espèces du genre Phacochoerus aux côtés du phacochère commun (Phacochoerus africanus). Il se distingue de ce dernier par une morphologie cranio-dentaire originale (notamment l'absence d'incisives fonctionnelles), une silhouette trapue et des verrues faciales caractéristiques. Endémique de la Corne de l'Afrique, son aire de répartition actuelle couvre principalement le Kenya septentrional et central, la Somalie et le sud-est de l'Éthiopie avec une sous-espèce éteinte, le phacochère du Cap (Phacochoerus aethiopicus aethiopicus), disparue vers 1870. Classé comme "Préoccupation mineure" par l’IUCN, il reste néanmoins menacé par la chasse et la compétition avec le bétail domestique. Le phacochère du désert est également appelé Phacochère de Somalie.


Phacochere du desert (Phacochoerus aethiopicus)
Phacochère du désert (Phacochoerus aethiopicus)
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DESCRIPTION

Le phacochère du désert est un suidé de taille imposante, au corps massif et trapu. La longueur corporelle des adultes oscille en moyenne autour de 125 centimètres et le poids peut atteindre 75 kilogrammes chez les individus les mieux développés. Il existe un dimorphisme sexuel marqué, les mâles étant sensiblement plus grands et plus lourds que les femelles, différence perceptible tant par les mensurations corporelles que par la longueur des défenses et la taille des verrues faciales. La hauteur au garrot est généralement supérieure à 50 centimètres.

La tête, disproportionnellement large par rapport au corps, présente un museau aplati et élargi, une caractéristique commune aux deux espèces du genre mais plus prononcée chez le phacochère du désert. Elle est ornée de paires de protubérances dermiques appelées "verrues", composées de tissu conjonctif dense. Chez le mâle, on distingue classiquement deux paires bien développées, les verrues sous-orbitaires et les verrues génales,=, fortement en crochet et souvent pendantes, alors que chez la femelle les excroissances sont plus petites. Ces formations ne sont pas de vraies verrues au sens pathologique du terme, mais constituent des structures anatomiques propres à l'espèce, susceptibles d'absorber les chocs lors des combats intraspécifiques.

Le trait morphologique le plus diagnostique distinguant le phacochère du désert du phacochère commun est l'absence totale d'incisives fonctionnelles chez l'adulte. Les incisives supérieures sont toujours absentes, tandis que des vestiges d'incisives inférieures peuvent parfois subsister, enfouis dans les gencives et sans rôle masticatoire. Cette particularité dentaire a profondément influencé les stratégies alimentaires de l'espèce. Les canines, en revanche, sont très développées et forment des défenses recourbées, moins arquées que chez le phacochère commun. Chez les mâles adultes, ces défenses peuvent dépasser 45 à 60 centimètres de longueur et servent à la fois d'instruments de fouissage et d'armes de défense.

Le pelage est clairsemé, constitué de poils courts, raides et épars de couleur brun moyen à brun sombre. Le long de la nuque et de la ligne dorsale, une crinière de longs poils grossiers forme une crête visible aussi bien chez le mâle que chez la femelle. Cette crête est parfois partiellement blanchâtre. Les oreilles présentent une particularité morphologique distinctive, leurs extrémités se recourbant vers l'arrière, conférant à la silhouette céphalique un contour anguleux absent chez le phacochère commun. Les zones sous-orbitaires sont gonflées en forme de poches, s'étendant souvent jusqu'à la base des verrues génales. La peau, généralement de teinte gris pâle, paraît souvent plus sombre en raison des habitudes de bain de boue et de poussière de l'animal. La queue est fine, longue, terminée par une petite touffe de poils grossiers.


Phacochoerus aethiopicus
Phacochoerus aethiopicus
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HABITAT

L'aire de répartition actuelle du phacochère du désert est circonscrite à la région de la Corne de l'Afrique. L'espèce est présente principalement dans le centre et l'est du Kenya, l'ouest et le nord de la Somalie, ainsi que dans le sud-est de l'Éthiopie. Elle est également signalée, de manière plus anecdotique, à Djibouti, voire en Érythrée, bien que ces observations demeurent à confirmer. Selon les estimations les plus récentes, l'aire de distribution totale de l'espèce est d'environ 1 109 000 km², bien que la répartition précise reste mal établie en raison du manque de données de terrain.

L'espèce est endémique à l'Afrique de l'Est. Elle ne se retrouve pas à l'ouest de la vallée du Rift oriental, qui constitue une barrière biogéographique majeure entre le phacochère du désert et le phacochère commun sur la majeure partie de son aire. Des zones de sympatrie existent néanmoins dans certaines régions du nord de la Somalie, du centre du Kenya et du sud-est de l'Éthiopie, où les deux espèces peuvent cohabiter localement. La compréhension précise des limites interspécifiques dans ces zones reste un enjeu scientifique non résolu.

Sur le plan écologique, le phacochère du désert est avant tout un animal de savane et de milieux ouverts, capable de tolérer des conditions beaucoup plus arides que le phacochère commun, sans pour autant être un véritable habitant du désert stricto sensu. Il fréquente les savanes arbustives, les broussailles, les prairies et les boisements clairs à basse altitude. L'espèce évite les zones forestières denses et les terrains à végétation très touffue qui restreignent ses déplacements et sa vigilance face aux prédateurs.

Une tolérance élevée à la variabilité des précipitations annuelles constitue l'un des atouts adaptatifs de cette espèce. Contrairement au phacochère commun, elle peut se maintenir dans des zones à pluviométrie très erratique, typiques des écosystèmes semi-arides du Sahel oriental et des steppes de la Corne. En revanche, le phacochère du désert est peu tolérant aux basses températures et reste confiné aux étages altitudinaux inférieurs. Les populations fossiles se seraient autrefois étendues jusqu'à des zones tempérées aujourd'hui inaccessibles à l'espèce vivante.


Phacochoerus aethiopicus distribution
     Répartition actuelle du phacochère du désert
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ALIMENTATION

Le phacochère du désert est principalement herbivore, avec un régime alimentaire dominé par les graminées, les plantes à feuilles, les fleurs et certains fruits disponibles selon les saisons. Sa morphologie cranio-dentaire particulière, notamment l'absence d'incisives fonctionnelles et la forme spécifique du museau très aplati et élargi, le contraint à des stratégies alimentaires différentes de celles de son cousin. Le museau robuste et les défenses jouent un rôle fondamental dans le déterrage des ressources souterraines, une capacité cruciale en milieu aride où la végétation de surface est souvent rare ou desséchée.

Pour pâturer efficacement au ras du sol, l'animal adopte fréquemment une posture caractéristique en s'agenouillant sur ses membres antérieurs, les carpes posés sur le substrat, afin de pouvoir brouter les herbes courtes ou d'accéder aux parties basales des touffes. Cette position, bien que physiologiquement contraignante, est une adaptation comportementale et morphologique aux milieux ouverts et à végétation herbacée rase. Elle est commune aux deux espèces du genre et constitue l'un des comportements alimentaires les plus reconnaissables des phacochères en général.

Les rhizomes, les tubercules et les bulbes constituent des ressources alimentaires de premier plan, particulièrement en saison sèche lorsque les graminées perdent leur valeur nutritive. Le phacochère du désert les déterre grâce à son groin musculeux et à ses défenses, creusant le sol jusqu'à plusieurs dizaines de centimètres de profondeur. Cette capacité de fouissage lui confère un avantage adaptatif non négligeable dans des environnements où la disponibilité alimentaire de surface est fortement saisonnière. Les racines représentent également une source importante d'eau métabolique en période de sécheresse.

En conditions de disette, le régime alimentaire peut s'élargir à des matières végétales non habituelles. L'espèce est connue pour arracher l'écorce des arbres et consommer occasionnellement des insectes ou leurs larves. Des comportements de coprophagie ont également été documentés, y compris la consommation de leurs propres excréments, pratique susceptible de permettre une seconde extraction de nutriments à partir d'aliments partiellement digérés. Des observations de charognage sont signalées, mais elles demeurent rares et anecdotiques.

Les besoins hydriques de l'espèce sont en partie couverts par les végétaux ingérés, ce qui lui permet de subsister dans des zones semi-arides éloignées des points d'eau permanents. Néanmoins, l'accès à l'eau libre reste un facteur structurant de l'occupation de l'espace, les groupes familiaux revenant régulièrement aux mares ou cours d'eau de leur territoire. Dans les régions les plus arides de son aire, le phacochère du désert semble davantage dépendant des organes de réserve souterrains que les populations vivant dans des zones mieux arrosées, illustrant une plasticité trophique remarquable face aux contraintes environnementales locales.


Phacochere du desert parc national de Samburu
Phacochère du désert au parc national de Samburu, Kenya
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REPRODUCTION

Le cycle reproducteur du phacochère du désert est étroitement calé sur le rythme des saisons, maximisant ainsi les chances de survie de la progéniture dans des environnements arides instables. L'accouplement a généralement lieu vers la fin de la saison des pluies, avec un pic d'activité observé aux alentours d'avril. Les femelles sont polyestrales, présentant des cycles d'oestrus qui durent environ 72 heures et se répètent toutes les six semaines en l'absence de fertilisation. Durant cette période receptive, la femelle émet des sécrétions vulvaires caractéristiques qui modifient la coloration de son arrière-train et urines de manière très fréquente, parfois dix fois plus souvent qu'à l'accoutumée. Les mâles captent ces signaux phéromonaux à grande distance et flairent les urines pour évaluer l'état réceptif de la femelle. La compétition entre mâles pour l'accès aux femelles donne lieu à des affrontements rituels parfois violents, où les rivaux s'affrontent tête contre tête en utilisant leurs verrues comme boucliers amortisseurs. La copulation dure de une à dix minutes, après quoi le couple se sépare.

La période de gestation dure entre 170 et 175 jours, débouchant sur des naissances synchronisées étalées entre août et décembre, avec une fréquence maximale à la fin du mois de septembre. La femelle met bas au fond d'un terrier protégé, donnant naissance à une portée restreinte comprenant généralement deux à trois marcassins. Ce nombre de petits est inférieur à celui observé chez d'autres suidés, reflétant une adaptation écologique à des ressources limitées en milieu semi-aride. Les jeunes demeurent confinés à l'intérieur du terrier durant les premières semaines pour éviter la prédation et les extrêmes thermiques. Vers l'âge de trois semaines, ils commencent à effectuer leurs premières sorties pour s'initier au broutage des graminées tendres, tout en continuant à téter leur mère jusqu'à un rythme de toutes les quarante minutes. Le sevrage définitif survient vers six mois. Les petits s'abritent souvent sous le corps de leur mère pour chercher de l'ombre contre le soleil brûlant. La maturité sexuelle est atteinte vers l'âge d'un an à dix-huit mois, les jeunes femelles restant souvent intégrées au groupe maternel tandis que les jeunes mâles se dispersent.


Phacochere du desert reserve nationale de Shaba
Phacochère du désert femelle dans la réserve nationale de Shaba, Kenya
© Yvonne A. de Jong - iNaturalist
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COMPORTEMENT

Le phacochère du désert est une espèce diurne dont les pics d'activité se situent généralement aux heures les plus fraîches de la journée, principalement tôt le matin et en fin d'après-midi. Contrairement à certains ongulés des milieux arides qui limitent leur activité aux périodes les plus chaudes, l'espèce semble capable de rester active même durant les heures les plus chaudes selon les données disponibles, suggérant une tolérance thermique plus élevée que chez le phacochère commun. La nuit est passée dans des terriers, qui constituent à la fois un abri thermique et une protection contre les prédateurs.

L'organisation sociale repose sur des groupes familiaux composés principalement de femelles adultes et de leurs jeunes. Ces groupes occupent un domaine vital dont la superficie est d'environ 10 km², généralement centré autour d'un point d'eau. Les mâles adultes ont tendance à adopter un mode de vie solitaire ou à se regrouper en petits groupes de célibataires en dehors de la saison de reproduction. La dynamique sociale est relativement souple, les individus se déplaçant entre plusieurs terriers au sein de leur domaine.

Le terrier joue un rôle central dans la vie quotidienne de l'espèce. Il sert d'abri nocturne, de protection contre les prédateurs et de lieu de mise bas. Les phacochères n'occupent pas un unique terrier de manière exclusive, mais utilisent plusieurs galeries situées dans leur territoire, les changeant en fonction des besoins. Lorsque les domaines vitaux de deux groupes différents se chevauchent, ceux-ci peuvent partager les mêmes terriers à des moments différents, sans interaction agressive notable.

Face aux prédateurs, le phacochère du désert réagit d'abord par la fuite, courant à une vitesse pouvant atteindre 50 km/h, la queue dressée verticalement à la manière d'une antenne. Cette posture de fuite contribue à la cohésion du groupe en permettant aux individus de se localiser mutuellement. En cas d'acculement ou de défense de ses jeunes, l'animal peut se montrer très combatif. Il n'hésite pas à charger le prédateur et à utiliser ses défenses comme armes.

Des comportements de bain de boue et de bain de poussière sont fréquemment observés, notamment pour réguler la température corporelle et contrôler les ectoparasites. La communication intraspécifique repose sur des vocalises variées (grognements, couinements, claquements de mâchoires), des signaux olfactifs produits par des glandes sébacées sous les yeux, et des postures corporelles codifiées.


Phacochere du desert gros plan
Gros plan du phacochère du désert
© Markus Lilje - iNaturalist
CC-BY-NC-ND (Certains droits réservés)

PRÉDATION

Le phacochère du désert s'inscrit dans les chaînes trophiques des écosystèmes de savane et de milieux semi-arides de la Corne de l'Afrique, où il constitue une proie potentielle pour de nombreux grands carnivores. Sa taille, sa robustesse et ses défenses en font néanmoins une proie non négligeable pour les prédateurs, qui doivent souvent contourner ses capacités de défense pour parvenir à le capturer.

Le lion (Panthera leo) est le principal prédateur de l'espèce. Sa force et ses techniques de chasse en groupe lui permettent de capturer même les adultes les plus robustes. Le léopard (Panthera pardus) chasse préférentiellement les jeunes ou les individus affaiblis, mais peut s'attaquer à des adultes isolés dans des conditions favorables. Le guépard (Acinonyx jubatus) est principalement une menace pour les marcassins, sa vitesse lui permettant de les intercepter lors de leurs premières sorties hors du terrier, mais il manque de la puissance nécessaire pour s'attaquer aux adultes. La hyène tachetée (Crocuta crocuta) représente également un prédateur régulier, capable de chasser seul ou en clan selon les opportunités.

D'autres carnivores menacent ponctuellement l'espèce, notamment les lycaons (Lycaon pictus) dans les régions où leur présence est avérée. Le chacal à chabraque (Canis mesomelas) et le loup africain (Canis lupaster) peuvent s'en prendre aux marcassins nouveau-nés sortant du terrier pour la première fois. Les rapaces de grande taille, tels que les aigles martiaux (Polemaetus bellicosus) et les aigles couronnés (Stephanoaetus coronatus), constituent une menace pour les très jeunes marcassins. Le python de Seba (Python sebae), bien que moins commun dans les zones semi-arides, peut également capturer des individus de petite taille à l'occasion.

Face à la prédation, le phacochère du désert adopte une stratégie comportementale combinant vigilance collective, utilisation des terriers et réponse défensive active. Au sein des groupes familiaux, la vigilance est partagée entre les individus, permettant une détection précoce des prédateurs. Lorsqu'un danger est identifié, les adultes donnent l'alerte par des vocalises et des comportements posturaux, permettant aux jeunes de se réfugier rapidement dans le terrier. La mère défend vigoureusement ses marcassins, chargeant parfois directement un ennemi pour le repousser.

Le terrier constitue un refuge fondamental. Lorsqu'il se réfugie dans sa galerie, le phacochère entre à reculons, positionnant ainsi sa tête et ses défenses vers l'entrée, prêt à charger tout prédateur qui tenterait de pénétrer. Cette tactique est particulièrement efficace contre les félins de taille petite à moyenne. Ce comportement est l'une des adaptations comportementales les plus originales des phacochères et constitue un exemple remarquable d'utilisation de la topographie du milieu à des fins défensives.


Phacochere du desert au Kenya
Phacochère du désert photographié au Kenya
© Darren Obbard - iNaturalist
CC-BY (Certains droits réservés)

MENACES

Le phacochère du désert fait face à plusieurs facteurs de pression anthropique et environnementale à travers l'ensemble de son aire de répartition subsistante. La dégradation progressive de son habitat naturel constitue un problème majeur, principalement causée par le surpâturage intensif exercé par les cheptels de bétail domestique appartenant aux populations pastorales locales. Cette surutilisation des terres entraîne une raréfaction des graminées nutritives, un tassement des sols sableux et une érosion accélérée de la couche végétale. De plus, la compétition directe pour l'accès aux rares points d'eau permanents crée des tensions récurrentes. Dans les régions semi-arides du Kenya, d'Éthiopie et de Somalie, l'appropriation des puits et des points d'eau par les éleveurs entrave l'accès naturel des phacochères, provoquant parfois des conflits directs où les suidés, réputés agressifs envers le petit bétail, sont éliminés par les éleveurs.

Une autre menace significative réside dans la chasse, bien que celle-ci soit modulée par les facteurs culturels et religieux régionaux. Une grande partie de l'aire de distribution actuelle du phacochère du désert se trouve dans des zones à majorité musulmane où la consommation de viande de porc est proscrite par les tabous alimentaires. Cela préserve en partie l'espèce d'un braconnage de subsistance massif sur de larges portions de son territoire. Néanmoins, le braconnage subsiste à des fins de vente de viande de brousse auprès de communautés non musulmanes ou pour le commerce illégal de leurs défense en ivoire. Enfin, les périodes de sécheresses récurrentes et prolongées, intensifiées par les changements climatiques globaux dans la Corne de l'Afrique, provoquent des effondrements démographiques locaux brutaux et imprévisibles chez les populations de ce suidé.


Phacochoerus aethiopicus delamerei
Phacochoerus aethiopicus delamerei
© Markus Lilje - iNaturalist
CC-BY-NC-ND (Certains droits réservés)

CONSERVATION

Le phacochère du désert est inscrit sur la Liste rouge de l'IUCN dans la catégorie "Préoccupation mineure" (LC), en raison de sa large distribution estimée et de l'absence de menaces jugées suffisamment sévères pour justifier un classement dans une catégorie plus préoccupante. Cette évaluation relativement rassurante doit cependant être nuancée par le fait que l'espèce est extrêmement peu étudiée et que les données sur ses effectifs réels et leur tendance demeurent très insuffisantes.

L'espèce bénéficie de la protection légale offerte par les aires protégées dans lesquelles elle est présente. Au Kenya, on recense au moins dix à douze zones protégées abritant des populations de phacochère du désert. Malgré la présence de ces zones protégées, leur efficacité réelle est fortement compromise par des facteurs contextuels. La Somalie traverse depuis plusieurs décennies une crise politique et sécuritaire chronique qui rend toute gestion formelle des aires protégées quasi impossible. Au Kenya, les parcs et réserves sont affectés par le braconnage, les conflits humain-faune aux marges, les empiétements pastoraux et une insécurité résiduelle dans certaines zones frontalières. Ces conditions limitent significativement la capacité des gestionnaires à assurer une protection efficace des populations.

Le principal défi de conservation du phacochère du désert réside dans le déficit de connaissances fondamentales sur l'espèce. Comme le souligne le IUCN/SSC Pigs, Peccaries, and Hippos Status Survey and Conservation Action Plan, les lacunes dans la compréhension de la biogéographie précise, de l'abondance réelle, des exigences écologiques fines, du comportement et du statut de conservation détaillé de l'espèce sont considérables. Des études de terrain systématiques utilisant des méthodes modernes (caméras-pièges, radio-télémétrie, analyses génétiques) seraient indispensables pour évaluer avec précision l'état des populations et adapter les stratégies de gestion.

Sur le plan de la conservation ex situ, l'espèce n'est pas représentée dans les collections zoologiques mondiales de façon significative, contrairement au phacochère commun qui fait l'objet d'élevages bien documentés. Des programmes de sensibilisation des communautés locales, notamment pour réduire les représailles liées aux raids sur les cultures, et des mécanismes de compensation des dommages agricoles, pourraient contribuer à atténuer les conflits humain-faune. L'intégration du phacochère du désert dans des plans de gestion régionaux transfrontaliers, impliquant le Kenya, l'Éthiopie et la Somalie, constituerait une avancée majeure pour la conservation durable de l'espèce.


Phacochere du desert profil
Phacochère du désert vu de profil
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TAXONOMIE

L'histoire taxonomique du phacochère du désert est complexe, jalonnée de révisions successives qui ont longtemps obscurci les relations entre les différentes formes décrites. L'espèce a été la première du genre Phacochoerus à être scientifiquement décrite et illustrée. C'est Peter Simon Pallas qui en fit la description originale en 1766 sous le nom de Aper aethiopicus sur la base d'un individu vivant envoyé par le gouverneur de la colonie du Cap, Ryk Tulbagh, à la ménagerie du Prince d'Orange à La Haye, aux Pays-Bas. Pallas nota explicitement l'absence d'incisives chez cet animal, trait qui deviendra l'un des caractères diagnostiques les plus importants de l'espèce. Le lieu-type de la description originale est indiqué comme situé entre la Kaffraria et le Grand Namaqualand (province du Cap oriental, Afrique du Sud). Plus tard, Georges Cuvier étudia également ces animaux et contribua à préciser leur classification. En 1826, il créa le genre Phacochoerus, dont le nom signifie "cochon à verrues". Aper aethiopicus fut choisi comme espèce-type du nouveau genre.

Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, la classification des phacochères fit l’objet de nombreux débats. Pendant longtemps, les différentes formes africaines furent regroupées dans une seule espèce, Phacochoerus aethiopicus. Cependant, certains scientifiques continuaient à reconnaître plusieurs espèces. En 1908, Lönnberg décrivit notamment Phacochoerus sundevallii du Natal et Phacochoerus massaicus de la région de Meru, en Tanzanie. En 1909, il décrivit également Phacochoerus aethiopicus delamerei, une forme provenant de Somalie et nommée en l’honneur de Lord Delamere. D’autres chercheurs, comme Roosevelt et Heller, Schwarz et Hollister, reconnurent eux aussi plusieurs espèces de phacochères au début du XXe siècle.

Pendant une grande partie du XXe siècle, les scientifiques revinrent toutefois à l’idée d’une seule espèce regroupant les différentes formes de phacochères. Cette classification commença à changer à partir de la seconde moitié du siècle. Des travaux réalisés par Ewer, Cooke et Wilkinson, puis surtout par Grubb et d’Huart, montrèrent que les phacochères du désert et les phacochères communs présentaient des différences importantes. Ces différences concernaient notamment le crâne, les dents, la morphologie générale et la répartition géographique. À partir des années 1990, les travaux de Grubb et ceux réalisés avec d’Huart ont donc contribué à rétablir la distinction entre deux espèces, le phacochère du désert (Phacochoerus aethiopicus), et le phacochère commun (Phacochoerus africanus). L’absence d’incisives fonctionnelles chez Phacochoerus aethiopicus, certaines particularités du crâne et sa répartition géographique différente sont parmi les principaux caractères permettant de distinguer les deux espèces.

Deux sous-espèces de phacochère du désert ont traditionnellement été reconnues dans plusieurs classifications :

- Phacochoerus aethiopicus aethiopicus : (phacochère du Cap) Sous-espèce nominale, autrefois présente dans le sud-est de l'ancienne province du Cap et les régions adjacentes du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud. Elle est considérée comme éteinte depuis les années 1870, vraisemblablement entre 1865 et 1890 selon les sources. Elle était caractérisée par de petites oreilles, un faciès sombre contrastant avec des joues plus claires, et des verrues sous-orbitaires larges et pendantes. Ses représentations dans les peintures anciennes (notamment le tableau d'Aart Schouman du lectotype) en font l'unique témoignage iconographique disponible. La localité-type correspond au Cap de Bonne-Espérance (Afrique du Sud).

- Phacochoerus aethiopicus delamerei : (phacochère de Somalie ou phacochère de Lord Delamere). Sous-espèce vivante, seule représentante actuelle de l'espèce. Sa localité-type n'est pas établie avec certitude, bien qu'elle corresponde à un spécimen somalien. Elle se distingue de la sous-espèce nominale par des verrues sous-orbitaires plus en crochet chez les femelles adultes et une morphologie faciale légèrement différente. Elle occupe l'essentiel de l'aire de répartition actuelle de l'espèce (Kenya, Somalie, Éthiopie).


Desert warthog (Phacochoerus aethiopicus)
En anglais, le phacochère du désert est appelé Desert warthog
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CLASSIFICATION


Fiche d'identité
Nom communPhacochère du désert
English nameDesert warthog
Español nombreFacóquero oriental
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
Super-classeTetrapoda
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreArtiodactyla
FamilleSuidae
GenrePhacochoerus
Nom binominalPhacochoerus aethiopicus
Décrit parPeter Simon Pallas
Date1766



Satut IUCN

Préoccupation mineure (LC)

SOURCES

* Liens internes

Animal Diversity Web

Arkive

iNaturalist

Liste Rouge IUCN des espèces menacées

Mammal Species of the World (MSW)

Système d'information taxonomique intégré (ITIS)

* Liens externes

Global Biodiversity Information Facility (GBIF)

* Bibliographie

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