Hylochère (Hylochoerus meinertzhageni)
L'hylochère (Hylochoerus meinertzhageni) est l'unique représentant vivant du genre Hylochoerus et le plus grand suidé sauvage d'Afrique. Véritable géant discret des forêts tropicales, il fut l'un des derniers grands mammifères africains à être formellement décrit par la science, au tournant du XXe siècle. Sa morphologie imposante — mâchoire massive, défenses évasées, joues nues aux glandes préorbitales gonflées — lui confère une silhouette immédiatement reconnaissable. Pourtant, sa nature discrète, combinée à son attachement aux sous-bois denses, en fait un animal exceptionnellement difficile à observer. Réparti en populations fragmentées à travers l'Afrique subsaharienne, des forêts guinéennes aux escarpements du Rift oriental, il joue un rôle fonctionnel notable dans les écosystèmes forestiers. L'espèce est actuellement classée en "Préoccupation mineure" par l'IUCN, bien que certaines sous-espèces soient localement menacées.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)L'hylochère est, en termes de masse corporelle moyenne, le plus grand suidé vivant du monde. La longueur tête-corps des adultes varie de 1,30 à 2,10 m, et la hauteur au garrot oscille entre 0,75 et 1,10 m. La queue, nettement plus courte que celle de nombre d'ongulés, mesure entre 25 et 45 cm. Le poids varie considérablement selon le sexe et la sous-espèce : les mâles adultes atteignent généralement 140 à 275 kg, avec une médiane d'environ 210 kg, tandis que les femelles, sensiblement plus légères, oscillent entre 100 et 204 kg, pour une médiane proche de 167 kg. Le dimorphisme sexuel est ainsi marqué, non seulement par la taille et la masse, mais aussi par des caractères crânio-faciaux très nets.
La tête est massive et constitue l'un des éléments les plus caractéristiques de l'espèce. Chez le mâle, le crâne présente une dépression frontale en forme de plat entourée de crêtes osseuses recouvertes de peau nue, associée à des zygomas épaissis et pneumatisés qui soutiennent d'imposants renflements infraorbitaires nus. Ces coussinets, imprégnés des sécrétions de la glande préorbitale dont le canal lacrymal est particulièrement développé, jouent un rôle important dans la communication olfactive et visuelle intra-spécifique. Le rhinarium, très large — jusqu'à 10 à 17 cm de diamètre — est ovale, gonflé et charnu, avec des narines très espacées. La femelle présente un museau plus étroit et une face plus velue. Les deux sexes sont dotés de défenses, celles du mâle atteignant une longueur maximale enregistrée d'environ 36 à 39 cm, évasées vers l'extérieur et vers le haut.
Le pelage, épais et grossier, est de teinte générale noir profond à gris brun foncé sur les parties dorsales et latérales, avec des reflets orangés au niveau des poils les plus proches de la peau. Les soies ventrales sont plus claires, grisâtres à noirâtres. Une crête dorsale de longs poils épais et érectiles est bien visible, notamment en situation de stress ou d'alarme. Les oreilles, larges et pointues, sont frangées de poils noirs. Des "favoris" blancs ou jaunâtres ornent la ligne de la mâchoire inférieure et constituent un repère visuel utile à l'identification de l'espèce en forêt. Les jeunes naissent avec un pelage unicolore brun, parfois légèrement rayé chez certains individus, et perdent progressivement ces marques à mesure qu'ils grandissent.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)L'hylochère est endémique du continent africain, où il occupe une vaste zone biogéographique s'étendant, de manière discontinue, depuis les forêts de l'Afrique de l'Ouest jusqu'aux massifs montagneux de l'Afrique de l'Est. Sa répartition générale suit de très près celle du bongo (Tragelaphus eurycerus), autre grand mammifère forestier africain, ce qui témoigne d'exigences écologiques similaires en matière de couverture végétale et d'humidité. En Afrique de l'Ouest, des populations isolées sont connues depuis la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia jusqu'en Côte d'Ivoire et au Ghana. En Afrique centrale, l'espèce est présente dans le sud-est du Nigeria, le sud du Cameroun, le nord du Gabon, le sud de la République centrafricaine, le nord de la République du Congo, et dans le nord et l'est de la République démocratique du Congo. En Afrique de l'Est, enfin, des populations fragmentées occupent les hauts plateaux du Rift albertin, notamment dans l'est de la RDC, en Ouganda, au Kenya, au Soudan du Sud et dans le sud-ouest de l'Éthiopie. L'espèce semble avoir disparu du Rwanda depuis la fin des années 1980.
L'hylochère affectionne une très grande diversité de milieux forestiers, allant des forêts tropicales humides de plaine aux formations subalpines et bambouseraies d'altitude, en passant par les forêts montagnardes, les galeries forestières, les fourrés post-culturels, les savanes boisées et les zones marécageuses. Il peut se rencontrer depuis le niveau de la mer jusqu'à des altitudes supérieures à 3 800 m. La condition sine qua non de sa présence semble être l'existence d'un sous-bois suffisamment dense permettant la dissimulation, combinée à une source d'eau permanente à proximité. L'animal montre une nette préférence pour les zones d'écotone entre forêt fermée et milieux ouverts ou cultivés, où l'abondance de graminées et d'herbacées est maximale.
Les densités de population sont généralement faibles sur l'ensemble de l'aire de répartition, mais peuvent être localement élevées dans les zones protégées. Des estimations réalisées dans les années 1970-2000 font état de 0,4 individu par km² dans le Parc National de Garamba (RDC), de 2,6 individus par km² dans le Parc National des Virunga, et de densités pouvant atteindre 8 à 13 individus par km² dans certaines zones protégées du Kenya. Ces densités fluctuent toutefois sensiblement en fonction de la pression des prédateurs, de la disponibilité alimentaire et du niveau de dérangement humain. La fragmentation progressive des habitats forestiers d'Afrique de l'Ouest constitue une menace particulièrement sévère pour la sous-espèce ivoriensis, dont l'aire est réduite aux derniers îlots de forêt primaire humide de la région guinéenne.
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CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)L'hylochère est principalement un herbivore spécialisé, s'alimentant avant tout de graminées, de carex (Cyperaceae) et d'herbacées diverses. Son régime alimentaire se distingue notablement de celui des autres suidés africains par sa forte composante graminivore et folivore, qui l'apparente davantage à un ruminant brouteur qu'à l'image classique du sanglier fouisseur omnivore. La formule dentaire — réduction notable des incisives et des prémolaires, molaires allongées à morphologie bunolophodonte — est directement corrélée à cette spécialisation vers le traitement de matières végétales fibreuses. Le crâne et la musculature faciale sont en effet morphologiquement adaptés à la folivorie plutôt qu'à l'omnivorie généralisée.
L'hylochère fait preuve d'une remarquable plasticité dans la sélection de ses ressources alimentaires, ajustant son régime en fonction de la saison, du stade phénologique de la végétation et de la diversité des types de milieux disponibles dans son domaine vital. Des dizaines d'espèces de graminées, carex et herbacées sont consommées selon les localités et les périodes. En zone forestière dense, l'animal exploite les clairières naturelles, les bords de piste et les zones perturbées où la lumière permet une croissance dense d'espèces herbacées. Dans les régions de montagne, il profite des pelouses d'altitude et des zones marécageuses riches en Carex et en Pennisetum. Il n'est pas, à proprement parler, un fouisseur comme le phacochère ou le sanglier commun: ses sabots et son museau ne lui permettent pas de retourner efficacement le sol, mais ses défenses peuvent être utilisées pour creuser la terre à la recherche de racines ou de minéraux.
Bien que fondamentalement herbivore, l'hylochère montre un comportement alimentaire opportuniste dans certaines circonstances. Des observations rapportent la consommation occasionnelle de charognes et d'oeufs. La coprophagie est documentée, plus fréquemment chez les jeunes, notamment avec attraction pour les déjections d'éléphants fraîches lorsque celles-ci sont disponibles. La pratique de la géophagie est probable, comme chez d'autres suidés, et participerait à la couverture des besoins en minéraux.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)La biologie de la reproduction de l'hylochère est encore imparfaitement documentée, en raison de la discrétion de l'espèce et de la rareté des études de terrain à long terme. Les données disponibles indiquent que les naissances s'étalent principalement de janvier à août, avec une tendance à se concentrer en période précédant les saisons des pluies locales, bien que cette saisonnalité soit variable selon les régions. La gestation dure environ quatre à cinq mois. Les portées comptent généralement de deux à six marcassins, avec une moyenne de deux à quatre. La femelle peut donner naissance jusqu'à deux portées par an dans des conditions favorables.
Avant la mise-bas, les femelles quittent temporairement le groupe familial pour s'isoler. Elles construisent un nid sommaire de feuilles mortes, d'herbes et de branchages dans un lieu abrité, habituellement au sein d'un sous-bois dense ou dans une zone de végétation touffue. Les marcassins naissent dans ce nid et y sont maintenus en sécurité durant la première semaine de vie environ. Très peu de temps après la naissance — en général entre cinq et dix jours — la mère réintègre le groupe avec sa portée. Les jeunes cheminent alors en dessous du corps de la mère lorsqu'ils traversent des espaces découverts, ce qui constitue un comportement protecteur caractéristique. Tous les membres adultes du groupe participent à la surveillance et à la protection des marcassins, ce qui confère à l'espèce une structure de soins allocatifs relativement développée pour un suidé.
Les jeunes femelles peuvent se disperser avant l'âge d'un an et rejoindre d'autres groupes, tandis que les jeunes mâles tendent à demeurer au sein du groupe familial jusqu'à l'apparition des caractères sexuels secondaires (développement du crâne, des coussinets faciaux, des défenses), avant d'être éventuellement marginalisés et de rejoindre des groupes de célibataires. La maturité sexuelle est atteinte vers l'âge de deux à trois ans. Les combats entre mâles pour l'accès aux femelles peuvent être intenses : les individus s'affrontent en chargeant frontalement tête contre tête, puis en poussant avec le front massif et en cherchant à déstabiliser l'adversaire en lui faisant basculer le museau de côté. Ces combats, parfois prolongés sur plusieurs dizaines de minutes, peuvent se solder par des blessures graves, voire des fractures crâniennes mortelles. L'infanticide, bien que difficile à observer, est signalé comme non exceptionnel au sein de cette espèce.
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All rights reserved (Tous droits réservés)L'hylochère est un animal grégaire vivant en groupes familiaux stables et non territoriaux. La taille de ces groupes varie généralement de quatre à vingt individus, avec une composition typique d'un mâle dominant adulte, d'une à quatre femelles adultes et de leurs jeunes issus de plusieurs générations. Des regroupements éphémères de plusieurs groupes ont été occasionnellement observés. Les jeunes mâles adultes ou subadultes exclus du groupe familial forment des groupes satellites de célibataires qui se maintiennent à la périphérie des groupes reproducteurs. Les mâles peuvent être monogames ou polygames selon les conditions locales.
L'activité de l'hylochère est principalement nocturne et crépusculaire, bien que des individus peu perturbés par l'activité humaine puissent être actifs de jour. Dans les zones de chasse intensive, l'animal adopte une stratégie strictement nocturne. En dehors de ces pressions, les hylochères peuvent être actifs jusqu'à dix heures par jour. Les domaines vitaux couverts quotidiennement atteignent 8 à 12 km². La communication au sein du groupe repose sur un répertoire vocal relativement riche — grognements divers, cris d'alarme stridents, sons gutturaux émis lors des interactions sociales — ainsi que sur la communication olfactive, notamment via les sécrétions des glandes préorbitales, préputiales et des coussinets des joues du mâle. Le marquage olfactif du territoire par des voies de passages habituelles et des dortoirs communs est bien documenté.
Malgré sa réputation de discrétion, l'hylochère peut se montrer redoutable lorsqu'il se sent acculé ou lorsque la protection de la portée est en jeu. Son mode de défense principal reste la fuite vers les couverts denses, mais un mâle adulte ne recule pas devant une confrontation directe avec un prédateur, voire un humain, en cas de nécessité. Il est documenté que des groupes d'hylochères ont repoussé des clans de hyènes tachetées à l'écart de carcasses. L'ensemble du groupe forme un cercle protecteur autour des marcassins en cas d'alarme. Par ailleurs, l'animal pratique le bain de boue, comme tous les suidés, comportement qui joue un rôle thermorégulateur et anti-parasitaire. L'hylochère est également porteur asymptomatique de la Peste Porcine Africaine (PPA), qu'il peut transmettre au bétail via des tiques du genre Ornithodoros, et vecteur des trypanosomes responsables de la maladie du sommeil via la mouche tsé-tsé.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)En raison de sa taille imposante et de sa robustesse, l'hylochère adulte bénéficie d'une protection naturelle relative contre la plupart des prédateurs africains. Néanmoins, plusieurs espèces s'attaquent régulièrement à lui, et la pression de prédation constitue un facteur de régulation non négligeable dans certaines populations. Les principaux prédateurs des individus adultes sont le léopard (Panthera pardus) et le lion (Panthera leo). Le léopard, en particulier, est signalé comme le prédateur le plus régulier sur les hylochères adultes : dans les zones forestières denses, les grands mâles léopards — souvent plus massifs que leurs équivalents de savane — sont les seuls carnivores capables de s'attaquer à des individus de cette taille dans un contexte forestier. Des cas de prédation sur des adultes sont documentés au Kenya, en Ouganda et dans les parcs de la RDC.
La hyène tachetée (Crocuta crocuta), qui chasse en clans organisés, peut également s'attaquer à des adultes affaiblis ou isolés. Des interactions antagonistes entre hyènes et hylochères sont régulièrement rapportées : il n'est pas rare que les hylochères parviennent à chasser les hyènes à l'écart de carcasses, témoignant d'une capacité de résistance remarquable. Le lycaon (Lycaon pictus), lorsqu'il est présent dans l'aire de répartition de l'hylochère, est également mentionné parmi les ennemis potentiels, mais sa co-occurrence est géographiquement limitée et les données restent peu abondantes.
Les jeunes sont nettement plus vulnérables, et leur taux de mortalité juvénile est estimé à environ 50 %. Outre le léopard et la hyène, les jeunes peuvent être victimes du python de Seba (Python sebae), des grands rapaces - notamment le pygargue vocifer (Haliaeetus vocifer) et l'aigle martial (Polemaetus bellicosus) - et du crocodile du Nil (Crocodylus niloticus) lorsque les groupes traversent des points d'eau. L'infanticide intra-spécifique est également signalé, possiblement lié à des changements de mâle dominant au sein du groupe.
La dynamique de prédation est fortement localisée : dans le Parc National Queen Elizabeth (Ouganda), une augmentation soudaine des populations de lions et de léopards a entraîné une chute d'environ 30 % de la densité des hylochères sur quelques années, illustrant la sensibilité de cette espèce aux variations des communautés de prédateurs. Ces routines spatiales prévisibles — le groupe exploitant les mêmes pistes, dortoirs et points d'eau — rendent les hylochères particulièrement vulnérables à la prédation ciblée.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)Malgré un statut global favorable attribué par l'IUCN, l'hylochère est soumis à un ensemble de pressions anthropiques qui fragilisent ses populations de manière croissante. La déforestation constitue sans conteste la menace la plus sévère à l'échelle continentale. L'Afrique de l'Ouest a connu une perte forestière supérieure à 20 % au cours de la seule dernière décennie, et les projections indiquent une poursuite de ce déclin. La conversion des forêts en terres agricoles, les exploitations minières, l'extension des agglomérations et la construction d'infrastructures routières fragmentent et réduisent l'habitat disponible. Cette fragmentation isole les populations, limitant les flux génétiques et augmentant la vulnérabilité locale aux événements stochastiques.
La chasse constitue la seconde menace majeure. L'hylochère est chassé pour sa viande dans la majorité de son aire de répartition, tant à des fins de subsistance que pour approvisionner les marchés urbains de viande de brousse. Sa relative facilité d'approche lorsqu'il est acculé — il tend à tenir tête plutôt qu'à fuir indéfiniment — en fait une cible vulnérable pour les chasseurs locaux. Le colletage (pose de pièges à câbles) est particulièrement dévastateur, car peu discriminant. La chasse commerciale illégale est documentée dans plusieurs pays de son aire de répartition, notamment en Afrique centrale. Bien que le commerce de ses défenses (ivoire) soit secondaire par rapport à celui de l'éléphant, il existe localement un trafic de ses trophées.
D'autres facteurs de menace méritent d'être signalés. Les maladies, notamment la Peste Porcine Africaine et la peste porcine classique, représentent des risques potentiels, en particulier lors de contacts avec des porcs domestiques en zones périphériques. La transmission des trypanosomes par la mouche tsé-tsé peut engendrer des campagnes de lutte vectorielle qui nuisent indirectement à l'espèce. Les conflits avec les agriculteurs — l'hylochère causant des dégâts aux cultures situées en lisière de forêt — conduisent parfois à des abattages locaux. Enfin, la mortalité routière est signalée dans les zones où les axes goudronnés traversent les habitats forestiers. La sous-espèce Hylochoerus meinertzhageni ivoriensis est officiellement listée comme "Vulnérable" par l'IUCN, en raison de l'état critique de conservation des forêts ouest-africaines.
© Dixon, Royal
CC0 (Domaine public)Au niveau global, l'hylochère est évalué "Préoccupation mineure" (LC) par l'IUCN depuis l'évaluation de 2016, au motif que sa population totale n'est pas considérée comme en déclin rapide et que l'espèce reste présente dans de nombreuses aires protégées à travers son aire de répartition. Cependant, cette catégorie masque des disparités importantes entre sous-espèces et entre régions. Hylochoerus meinertzhageni ivoriensis, confinée aux derniers fragments de forêts humides d'Afrique de l'Ouest, est listée séparément comme vulnérable, sa population ayant subi des déclins locaux significatifs. L'espèce n'est pas inscrite aux annexes de la CITES.
La présence de l'hylochère dans de nombreux parcs nationaux et réserves à travers son aire africaine constitue la principale ligne de défense de l'espèce. Parmi les zones protégées où l'espèce est représentée figurent le Parc National des Virunga (RDC), le Parc National de Queen Elizabeth (Ouganda), les parcs du Mont Kenya et d'Aberdare (Kenya), le Parc National du Gabon, la Réserve de Dja (Cameroun) et plusieurs zones protégées en Éthiopie. Au Gabon, l'hylochère bénéficie d'une protection intégrale en vertu de l'article 92 du code forestier et de l'annexe 1 du décret 164/PR/MEF du 19 janvier 2011. Des protections similaires existent dans d'autres États de son aire, bien que leur application effective varie considérablement.
Les lacunes dans les connaissances biologiques et écologiques constituent en elles-mêmes un obstacle à la mise en place de programmes de conservation ciblés. Des études récentes, notamment génomiques, commencent à combler ce déficit : en 2025, le séquençage complet du génome de l'hylochère a été réalisé pour la première fois, permettant de mieux comprendre sa position phylogénétique et son histoire évolutive au sein des suidés africains. Des recommandations ont été formulées par le Groupe de spécialistes des Porcins, Pécaris et Hippopotames de l'IUCN, notamment la nécessité d'inventaires populationnels actualisés, en particulier pour les sous-espèces d'Afrique centrale et occidentale, ainsi que la mise en place de programmes de suivi à long terme dans les zones protégées. La sensibilisation des communautés locales au rôle écologique de l'espèce et l'appui aux autorités de gestion des parcs restent des priorités identifiées pour maintenir des populations viables.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)L'histoire taxonomique de l'hylochère est remarquable par sa découverte particulièrement tardive dans les annales de la zoologie moderne. Alors que la faune africaine avait été amplement documentée au cours du XIXe siècle, cet ongulé géant a réussi à échapper au recensement scientifique jusqu'au tout début du XXe siècle en raison de ses moeurs extrêmement discrètes et de son habitat forestier très dense. La première mention scientifique officielle de l'espèce est faite en 1904 par le zoologiste britannique Oldfield Thomas. Le spécimen type qui sert à la description de l'espèce a été collecté au Kenya, dans la forêt de Nandi, par le naturaliste et officier militaire britannique Richard Meinertzhagen. Ce dernier expédia le crâne et les peaux de l'animal au Natural History Museum de Londres. Reconnaissant d'emblée la spécificité anatomique de ce suidé de grande taille, Oldfield Thomas érigea le genre monospécifique Hylochoerus — dérivé du grec ancien hylē signifiant "forêt" et khoiros signifiant "cochon" — et attribua l'épithète spécifique meinertzhageni en l'honneur de son récolteur.
Durant les décennies suivant sa découverte, plusieurs naturalistes décrivirent de multiples formes et taxons à travers le continent, conduisant à la création de jusqu'à sept sous-espèces distinctes fondées sur des variations mineures de pelage ou de mensurations crâniennes. Toutefois, les révisions taxonomiques ultérieures conduites à la fin du XXe siècle ont invalidé la majorité de ces divisions pour ne retenir de manière consensuelle que trois sous-espèces géographiques principales, différant par leur taille corporelle et leur répartition :
- Hylochoerus meinertzhageni meinertzhageni : La sous-espèce nominale, originaire d'Afrique de l'Est. Elle s'étend de la République Démocratique du Congo orientale jusqu'au Kenya, à l'Ouganda, au Soudan du Sud et à l'Éthiopie. C'est la plus imposante des trois sous-espèces, les mâles y atteignant des poids maximaux et développant des structures osseuses faciales extrêmement imposantes.
- Hylochoerus meinertzhageni rimator : La sous-espèce d'Afrique centrale. On la retrouve dans une zone s'étendant du sud-est du Nigeria et du Cameroun jusqu'au bassin du Congo et au nord de la RDC. Sa taille globale et la masse crânienne de ses individus sont intermédiaires entre la forme orientale et la forme occidentale.
- Hylochoerus meinertzhageni ivoriensis : La sous-espèce d'Afrique de l'Ouest, distribuée de manière très fragmentée de la Guinée jusqu'au Ghana. C'est la plus petite des trois formes, sa taille étant parfois à peine supérieure à celle du potamochère, avec un poids dépassant rarement 150 kilogrammes.
Au début des années 2010, des travaux de révision de la taxonomie des ongulés ont suggéré d'élever ces trois sous-espèces au rang d'espèces distinctes en raison de leur isolement géographique prolongé et de leurs divergences morphologiques. Cependant, la communauté zoologique internationale conserve actuellement l'unique espèce Hylochoerus meinertzhageni subdivisée en trois sous-espèces en attendant des analyses phylogéogénomiques complètes.
| Nom commun | Hylochère |
| Autre nom | Cochon forestier géant |
| English name | Giant Forest Hog |
| Español nombre | Hilóquero |
| Règne | Animalia |
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embranchement | Vertebrata |
| Super-classe | Tetrapoda |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Infra-classe | Eutheria |
| Ordre | Artiodactyla |
| Famille | Suidae |
| Genre | Hylochoerus |
| Nom binominal | Hylochoerus meinertzhageni |
| Décrit par | Michael Rogers Oldfield Thomas |
| Date | 1904 |
Satut IUCN | ![]() |
* Liens internes
Liste Rouge IUCN des espèces menacées
Mammal Species of the World (MSW)
Système d'information taxonomique intégré (ITIS)
* Liens externes
Global Biodiversity Information Facility (GBIF)
Smithsonian National Museum of Natural History
* Bibliographie
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