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Phacochère commun (Phacochoerus africanus)


Le phacochère commun (Phacochoerus africanus) est un mammifère artiodactyle appartenant à la famille des suidés. Cet animal se distingue par une morphologie hautement spécialisée pour la vie en savane, marquée par une tête impressionnante garnie de verrues calleuses et de canines transformées en défenses impressionnantes. Adaptaté à un environnement soumis à d'importantes fluctuations saisonnières, l'espèce combine des habitudes alimentaires herbivores combiné à un comportement social fondé sur des matriarcats étroits. Capable de résister à des températures extrêmes tout en naviguant au milieu d'un cortège impressionnant de grands carnivores, il joue un rôle écologique majeur en perturbant le sol et en façonnant la structure de la végétation locale. Le phacochère commun est une des deux espèces formant le genre Phacochoerus, la seconde étant le phacochère du désert.


Phacochere commun (Phacochoerus africanus)
Phacochère commun (Phacochoerus africanus)
© Mike Merchant - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)



DESCRIPTION

Le phacochère commun est un suidé de taille moyenne à grande, dont la morphologie générale rappelle celle d'un sanglier fortement modifié par les contraintes adaptatives du milieu africain. Le corps est massif et trapu, porté par des membres relativement longs et grêles par rapport au reste de la silhouette, ce qui lui confère une allure caractéristique, presque hirsute. La tête est disproportionnellement volumineuse, large et aplatie dorsoventralement, avec un museau court et tronqué terminé par un groin mobile utilisé pour le fouissage. Le pelage est rare, composé de soies épaisses et rares de couleur grisâtre à brunâtre, couvrant inégalement le corps. Une crinière de poils plus longs et plus denses court le long de la ligne dorsale, de la nuque jusqu'à la région sacrée, et se hérisse lors des situations d'alarme ou d'agression.

La caractéristique morphologique la plus immédiatement reconnaissable demeure les verrues faciales, de nature dermique et fibroconjonctive, qui ornent la face latérale du museau. Chez le mâle adulte, deux paires de verrues sont présentes. Chez la femelle, seule la paire préorbitaire est généralement développée, les verrues rostales étant absentes ou rudimentaires. Ces structures n'ont pas de vocation sensorielle; elles jouent essentiellement un rôle de protection lors des affrontements entre mâles, en absorbant les chocs infligés par les défenses adverses.

Les défenses constituent un autre trait diagnostique majeur de l'espèce. Présentes dans les deux sexes, elles correspondent aux canines supérieures hypertrophiées, fortement recourbées vers le haut et l'arrière, atteignant chez les vieux mâles jusqu'à 60 cm de longueur mesurée le long de la courbe. Les canines inférieures, plus courtes et tranchantes, forment avec les supérieures une arme redoutable utilisée en défense contre les prédateurs. La masse corporelle varie entre 60 et 150 kg chez les mâles adultes, les femelles étant sensiblement plus légères, entre 45 et 75 kg. La hauteur au garrot oscille entre 65 et 85 cm.

La queue, mince et terminée par un pinceau de soies noires, est portée verticalement lors de la course, comportement interprétatif potentiellement lié à la cohésion du groupe en milieu herbeux. Les oreilles sont longues, pointues et mobiles, dotées d'une bonne acuité auditive. La vision, en revanche, est assez limitée, ce qui explique que le phacochère fasse davantage confiance à son odorat et à son ouïe pour détecter les dangers.


Phacochoerus africanus
Phacochoerus africanus
© Ry Beaver - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

HABITAT

Le phacochère commun présente l'une des plus vastes aires de répartition parmi les suidés africains. Il est présent dans la quasi-totalité de l'Afrique subsaharienne, depuis la région sahélienne jusqu'aux zones méridionales du continent, en passant par l'Afrique orientale et centrale. On le rencontre au Sénégal, en Guinée-Bissau, au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Tchad, en Éthiopie, au Soudan, en Érythrée, dans toute la région des Grands Lacs africains, au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda, en Zambie, au Zimbabwe, en Namibie, au Botswana et en Afrique du Sud. Il est absent des forêts tropicales denses du bassin du Congo, du désert du Sahara et des zones arides extrêmes de la Corne de l'Afrique, ces dernières étant occupées par le phacochère du désert (Phacochoerus aethiopicus delamerei).

L'habitat de prédilection du phacochère commun est constitué par les savanes herbeuses et arborées, les plaines alluviales, les prairies post-feu en cours de régénération, et les zones de transition entre les espaces ouverts et les galeries forestières riveraines. Il marque une préférence notable pour les milieux présentant à la fois un accès à l'eau, une végétation herbacée rase favorisant l'alimentation au sol et la présence de terriers abandonnés — généralement creusés par les oryctéropes — dans lesquels il se repose et met bas. La disponibilité de ces abris naturels est en effet un facteur limitant non négligeable dans la distribution locale de l'espèce.

Le phacochère commun supporte bien les milieux saisonnièrement secs, à condition que l'eau libre soit accessible à moins d'une dizaine de kilomètres en saison sèche. Il peut fréquenter des altitudes allant jusqu'à 3 000 mètres dans les zones montagneuses d'Éthiopie et du Kenya, à condition que les conditions végétales y soient favorables. Les densités de population varient considérablement selon la qualité de l'habitat, les ressources alimentaires disponibles et la pression de prédation.

L'activité humaine a modifié profondément la répartition originelle de l'espèce. Si la déforestation et la conversion des savanes en terres agricoles ont localement réduit les populations, le phacochère montre une certaine plasticité écologique lui permettant de coloniser les zones cultivées en périphérie des zones protégées, où il peut causer des dégâts sur les cultures vivrières. Certaines populations se sont établies en dehors de l'aire naturelle de l'espèce à la suite d'introductions accidentelles ou délibérées dans des parcs et réserves privées.


Phacochoerus africanus distribution
     Répartition actuelle du phacochère commun
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ALIMENTATION

Le phacochère commun est un herbivore généraliste dont le régime alimentaire varie de façon marquée en fonction de la saison, de la disponibilité des ressources et de la structure de la végétation locale. En saison des pluies, lorsque les graminées sont abondantes et tendres, il se nourrit principalement de feuilles et de tiges herbacées fraîches, sélectionnant les espèces à forte teneur en eau et en nutriments. Il adopte alors une posture de broutage caracteristique, agenouillé sur les carpes afin d'atteindre les herbes courtes et les rhizomes affleurants. Cette posture, liée à la conformation courte de son cou et à l'insertion de sa tête sur un corps volumineux, constitue une adaptation fonctionnelle remarquable.

En saison sèche, lorsque les ressources herbacées diminuent significativement, le régime s'oriente davantage vers les bulbes, les rhizomes, les tubercules et les racines, que l'animal extrait du sol à l'aide de son groin robuste et de ses défenses utilisées comme outils de fouissage. Il consomme également des fruits tombés, de l'écorce, des excréments d'autres herbivores (coprophagie occasionnelle) et, dans les zones protégées, il n'est pas rare qu'il fouille les carcasses laissées par les grands carnivores. Cette flexibilité alimentaire est un atout décisif pour sa survie dans les environnements africains soumis à une forte variabilité saisonnière.

Les besoins hydriques du phacochère commun sont modérés. En saison sèche, l'espèce peut se passer d'eau libre pendant plusieurs semaines en puisant l'humidité nécessaire dans les racines et les bulbes ingérés. Lorsque l'eau est disponible, il s'y abreuve quotidiennement et pratique régulièrement le bain de boue, comportement thermorégulateur et antiparasitaire. Les points d'eau sont des lieux de rencontre sociale importants et peuvent concentrer de grandes densités d'individus en saison sèche, favorisant les interactions agonistiques entre mâles.


Phacochoerus africanus massaicus
Phacochère d'Afrique centrale (Phacochoerus africanus massaicus)
© Mkt47 - iNaturalist
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REPRODUCTION

La reproduction du phacochère commun suit un cycle saisonnier marqué, étroitement corrélé aux régimes de précipitations locaux. Dans la majeure partie de l'aire de distribution, les naissances se concentrent en début de saison des pluies, de manière à ce que les jeunes bénéficient d'une ressource herbacée abondante pendant leur période de croissance critique. La gestation dure en moyenne 170 à 175 jours, soit environ cinq mois et demi, et les femelles donnent naissance à des portées de deux à quatre marcassins, le plus souvent deux à trois dans les populations bien étudiées.

La femelle s'isole quelques jours avant la mise bas pour occuper un terrier, généralement un ancien terrier d'oryctéropes préalablement aménagé, dans lequel elle met bas et allaite ses jeunes pendant les premières semaines. Les marcassins naissent relativement bien développés, les yeux ouverts, et commencent à sortir du terrier vers la deuxième semaine. L'allaitement se poursuit pendant quatre à cinq mois, bien que les jeunes commencent à brouter très tôt, dès la troisième semaine de vie.

Les mâles adultes ne participent pas aux soins parentaux et consacrent leur énergie à la compétition intraspécifique pour l'accès aux femelles. Les femelles atteignent la maturité sexuelle vers l'âge de 18 mois à 2 ans; les mâles, bien que physiologiquement matures vers 2 ans, n'accèdent généralement à la reproduction effective qu'à partir de 4 ans, lorsqu'ils ont atteint un statut compétitif suffisant.

La longévité naturelle du phacochère est estimée à 12–15 ans, avec des records de 17–18 ans en captivité. La mortalité juvénile est particulièrement élevée, atteignant parfois 50 % au cours de la première année de vie, sous l'effet conjugué de la prédation, des maladies et des épisodes de sécheresse. La dynamique des populations est donc essentiellement contrôlée par le recrutement annuel et la survie des juvéniles, qui fluctuent fortement d'une année à l'autre en fonction des conditions climatiques.


Phacochere commun femelle Afrique du Sud
Phacochère commun femelle et ses petits en Afrique du Sud
© Ruth McDunn - iNaturalist
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COMPORTEMENT

Le phacochère commun présente une organisation sociale de type matrilinéaire souple, fondée sur des groupes familiaux appelés sounders, composés d'une femelle adulte et de sa progéniture, parfois associés temporairement à d'autres femelles apparentées. Ces groupes sont relativement stables dans le temps et occupent des domaines vitaux bien définis, dont la taille varie de 1 à 20 km² selon la qualité de l'habitat et la disponibilité des ressources. Les mâles adultes vivent le plus souvent solitaires ou en petits groupes de célibataires, ne s'associant aux groupes familiaux que lors de la saison de reproduction.

L'activité quotidienne du phacochère est essentiellement diurne, avec deux pics principaux d'activité, tôt le matin et en fin d'après-midi. Les heures chaudes de la journée sont généralement consacrées au repos à l'ombre ou dans les terriers, qui offrent une protection thermique efficace contre les températures extrêmes de la savane. La nuit, les individus se retirent systématiquement dans leurs terriers.

Le répertoire comportemental du phacochère commun inclut des postures et des vocalises variées. En situation d'alarme, l'individu se fige, relève la tête, érige sa crinière dorsale et émet un grognement sourd avant de fuir au galop, la queue dressée verticalement. Cette posture de fuite avec queue levée est interprétée comme un signal visuel de cohésion facilitant le suivi du groupe par ses membres dans une végétation dense. Les interactions agonistiques entre mâles incluent des parades latérales, des charges parallèles et des combats frontaux, rythmés par des grognements et des souffles forts.

Le phacochère entretient des relations de tolérance, voire de mutualisme facultatif, avec plusieurs espèces aviaires, notamment les pique-boeufs (Buphagus spp.) qui débarrassent sa peau des tiques et des ectoparasites. Des comportements de vigilance partagée ont également été documentés entre phacochères et zèbres ou impalas fréquentant les mêmes pâturages. Ces associations interspécifiques augmentent le niveau de détection des prédateurs et constituent un avantage adaptatif direct dans un environnement à forte densité de carnivores.


Phacochere du Sud (Phacochoerus africanus sundevallii)
Phacochère du Sud (Phacochoerus africanus sundevallii)
© Tia Offner - iNaturalist
CC-BY (Certains droits réservés)

PRÉDATION

Le phacochère commun figure parmi les proies les plus régulièrement chassées de la savane africaine, en raison de sa taille intermédiaire, de sa relative abondance et de ses comportements prévisibles liés à l'utilisation des terriers. Son cortège de prédateurs est remarquablement diversifié, couvrant l'ensemble des guildes de carnivores présentes dans son aire de distribution, des grands félins aux reptiles, en passant par les canidés et les rapaces.

Le lion (Panthera leo) représente, dans la plupart des écosystèmes de savane, le prédateur principal des adultes et sub-adultes. Le léopard (Panthera pardus) chasse également le phacochère avec efficacité, notamment les juvéniles et les femelles de petit gabarit, auxquels il tend des embuscades depuis les arbres ou dans les zones de végétation dense. Le guépard (Acinonyx jubatus), bien qu'il privilégie des proies plus agiles, peut s'attaquer aux juvéniles ou aux individus affaiblis.

Le lycaon (Lycaon pictus) est un prédateur redoutable du phacochère commun, dont il chasse les jeunes et les adultes à la course grâce à son endurance supérieure. La hyène tachetée (Crocuta crocuta), opportuniste et puissante, s'attaque aux adultes, en particulier lorsqu'ils sont isolés ou blessés, et peut déterrer les juvéniles dans les terriers. Le crocodile du Nil (Crocodylus niloticus) constitue un danger majeur aux points d'abreuvement, capturant les phacochères qui s'approchent trop près de la berge.

Parmi les rapaces, l'aigle martial (Polemaetus bellicosus) et l'aigle couronné (Stephanoaetus coronatus) sont capables de s'attaquer aux marcassins peu après la sortie du terrier, représentant une pression de prédation non négligeable sur la survie juvénile. Face à l'ensemble de ces menaces, le phacochère a développé plusieurs stratégies défensives comme la fuite rapide (pouvant dépasser 55 km/h sur courte distance), le recours aux terriers comme refuges impénétrables, et le comportement de défense active avec utilisation des défenses, qui peut infliger des blessures graves, voire mortelles, à des prédateurs de taille petite à moyenne.


Phacochere d'Erythree (Phacochoerus africanus aeliani)
Phacochère d'Erythrée (Phacochoerus africanus aeliani)
© Zein et Carlo - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

MENACES

Bien que le phacochère commun ne soit pas actuellement considéré comme une espèce menacée d'extinction à l'échelle mondiale, ses populations locales subissent diverses pressions croissantes. La perte, la fragmentation et la dégradation de son habitat naturel constituent la menace la plus constante. L'expansion rapide des surfaces agricoles, l'urbanisation et la conversion des savanes en pâturages pour le bétail domestique réduisent l'espace vital disponible et fragmentent les populations, restreignant les flux génétiques entre les massifs préservés.

Le conflit direct avec les communautés humaines représente un facteur de mortalité important. Considéré comme un ravageur de cultures en raison de son habitude de déterrer les tubercules cultivés comme le manioc ou les patates douces, le phacochère fait l'objet de campagnes d'abattage de contrôle ou d'empoisonnement par les agriculteurs. De plus, il est fréquemment chassé pour sa viande de brousse, très appréciée dans plusieurs régions d'Afrique centrale et australe. Bien que le commerce de ses défenses en tant qu'ivoire de substitution soit plus restreint que celui des éléphants, il alimente un braconnage local soutenu.

Sur le plan sanitaire, le phacochère commun joue le rôle de réservoir naturel pour plusieurs agents pathogènes graves sans en subir nécessairement de symptômes létaux. C'est notamment le cas du virus de la peste porcine africaine (PPA) et des trypanosomes transmis par les mouches tsé-tsé. Cette position de réservoir entraîne des politiques d'éradication ciblées dans certaines zones d'élevage intensif afin d'éviter la transmission aux porcs domestiques. Enfin, les périodes prolongées de sécheresse, amplifiées par le changement climatique global, entraînent une chute drastique des taux de survie des nouveau-nés et réduisent la disponibilité des ressources alimentaires.


Phacochoerus africanus africanus
Phacochoerus africanus africanus
© Cordenos Thierry - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

CONSERVATION

Sur la Liste rouge de l'IUCN, le phacochère commun est classé dans la catégorie "Préoccupation mineure" (LC) en raison de sa vaste aire de répartition et de ses effectifs globaux encore élevés. Néanmoins, des tendances au déclin sont observées dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et de l'Est en raison de la pression démographique humaine et du braconnage.

La stratégie de conservation de l'espèce repose principalement sur le réseau étendu de parcs nationaux et de réserves fauniques d'Afrique subsaharienne. Des zones protégées majeures telles que le parc national du Serengeti en Tanzanie, le parc national Kruger en Afrique du Sud ou le parc national de Murchison Falls en Ouganda abritent des populations importantes et sécurisées. Dans ces zones, la conservation du phacochère bénéficie des mesures globales de protection de l'écosystème de savane et de la lutte anti-braconnage axée sur la megafaune.

En dehors des espaces strictement protégés, des programmes de gestion communautaire de la faune sauvage sont mis en place pour encourager la cohabitation entre les populations locales et les suidés. En Afrique australe, le développement de réserves privées et du tourisme cynégétique réglementé a permis de redonner une valeur économique à l'espèce, incitant les propriétaires terriens à maintenir des habitats favorables plutôt qu'à convertir les terres en fermes agricoles. Le Groupe de spécialistes des suidés de l'IUCN (IUCN/SSC Pigs, Peccaries and Hippos Specialist Group) assure un suivi régulier de l'état des sous-espèces et émet des recommandations pour limiter la transmission des maladies vers les cheptels domestiques sans recourir à l'abattage aveugle.

Phacochere commun gros plan
Gros plan du phacochère commun
© Thomas Bitsch - iNaturalist
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TAXONOMIE

L'histoire taxonomique du genre Phacochoerus s'avère particulièrement complexe et marquée par de nombreuses révisions systématiques depuis les premières observations scientifiques. Les premiers éléments de description remontent à la seconde moitié du XVIIIe siècle, une époque où la classification des mammifères sauvages d'Afrique subsaharienne n'en était qu'à ses débuts. Le naturaliste allemand Peter Simon Pallas établit le premier jalon formel en décrivant le Phacochère du Cap à partir de spécimens d'Afrique australe, lui attribuant le nom de Sus aethiopicus. À cette période, l'ensemble des suidés connus à travers le globe était rattaché au genre Linnéen générique Sus. Quelques décennies plus tard, en 1788, Johann Friedrich Gmelin identifie une deuxième forme à partir d'individus observés en Afrique de l'Ouest, qu'il désigne sous le nom de Sus africanus. Tout au long de la première moitié du XIXe siècle, l'accumulation de spécimens au sein des collections ostéologiques européennes permet aux zoologistes de prendre conscience des divergences profondes séparant ces suidés afrotropicaux des sangliers d'Eurasie. La forme singulière du crâne, la disposition des verrues faciales et la présence de canines hyper-développées incitent le naturaliste français Frédéric Cuvier à créer le genre Phacochoerus en 1826 pour regrouper ces formes africaines.

Malgré l'établissement de ce cadre générique propre, la classification interne des phacochères divise profondément la communauté scientifique pendant plus d'un siècle. Les auteurs hésitent continuellement entre deux approches taxonomiques opposées. La première position, d'orientation monospécifique, considère qu'il n'existe qu'une seule espèce extrêmement variable répandue dans toute l'Afrique subsaharienne, devant porter par priorité d'ancienneté le nom de Phacochoerus aethiopicus. La seconde position soutient au contraire l'existence de plusieurs espèces distinctes réparties selon des barrières géographiques et écologiques précises. Au milieu du XXe siècle, la tendance à la simplification taxonomique prévaut dans la littérature de synthèse. La quasi-totalité des mammalogistes fusionne l'ensemble des populations sous l'unique taxon Phacochoerus aethiopicus, ravalant la forme africanus au rang de simple sous-espèce ou de variation clinale sans portée systématique majeure.

Cette vision unifiée persiste jusqu'aux révisions fondamentales menées à la fin du XXe siècle par le mammalogiste britannique Peter Grubb. En réexaminant minutieusement les séries de crânes conservées dans les musées d'histoire naturelle, Grubb met en lumière des critères ostéologiques et dentaires constants qui distinguent deux groupes bien séparés. Il démontre que les populations du Nord et du Centre de l'Afrique possèdent une dentition adulte conservant des incisives fonctionnelles et des sinus sphénoïdaux distincts, tandis que la forme australe et somalienne en est totalement dépourvue chez l'adulte. Ces travaux permettent de réhabiliter la dualité spécifique du genre, officialisant la séparation entre le phacochère commun (Phacochoerus africanus) et le phacochère du désert (Phacochoerus aethiopicus).

L'avènement des outils de la biologie moléculaire au début des années 2000 est venu sceller définitivement ce débat historique. Les analyses phylogénétiques basées sur le séquençage de l'ADN mitochondrial et nucléaire ont confirmé une divergence génétique ancienne entre les deux lignées, estimée à plusieurs millions d'années, remontant au Pliocène supérieur. Cette spéciation ancienne découle probablement de la fragmentation des milieux ouverts et des épisodes d'aridification récurrents dans la Corne de l'Afrique. Aujourd'hui, cette structure à deux espèces valides est pleinement reconnue par les bases de données taxonomiques de référence entérinant ainsi plus de deux siècles de recherches et de remaniements systématiques.

La systématique moderne reconnaît désormais quatre sous-espèces réparties à travers le continent :

- Phacochoerus africanus africanus : La sous-espèce type, localisée principalement dans la ceinture sahélienne et la savane soudanienne, s'étendant de l'Afrique de l'Ouest jusqu'au Soudan et à l'Éthiopie.

- Phacochoerus africanus aeliani : Le phacochère d'Érythrée, dont la distribution reste limitée à des populations isolées dans la Corne de l'Afrique, notamment en Érythrée, à Djibouti et en Éthiopie.

- Phacochoerus africanus massaicus : Le phacochère d'Afrique orientale, présent du Kenya et de l'Ouganda jusqu'au nord du Mozambique et en République Démocratique du Congo.

- Phacochoerus africanus sundevallii : Le phacochère d'Afrique australe, occupant les zones de savane depuis l'Angola et la Namibie jusqu'à l'Afrique du Sud.


Common warthog (Phacochoerus africanus)
En anglais, le phacochère commun est appelé Common warthog
Crédit photo: Alex Kantorovich - Zooinstitutes

CLASSIFICATION


Fiche d'identité
Nom communPhacochère commun
English nameCommon warthog
Español nombreFacóquero común
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
Super-classeTetrapoda
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreArtiodactyla
FamilleSuidae
EspècePhacochère
GenrePhacochoerus
Nom binominalPhacochoerus africanus
Décrit parJohann Friedrich Gmelin
Date1788



Satut IUCN

Préoccupation mineure (LC)

SOURCES

* Liens internes

Animal Diversity Web

Arkive

iNaturalist

Liste Rouge IUCN des espèces menacées

Mammal Species of the World (MSW)

Système d'information taxonomique intégré (ITIS)

* Liens externes

Diconimoz.com

Global Biodiversity Information Facility (GBIF)

* Bibliographie

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