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Procyonidae
Les procyonidés (Procyonidae) constituent une famille de mammifères carnivores de taille moyenne, dont la distribution naturelle est presque exclusivement restreinte au continent américain. Avec quatorze espèces réparties en six genres actuellement reconnus, ils forment un groupe cohérent sur le plan morphologique et phylogénétique, tout en présentant une remarquable diversité de formes, de modes de vie et d'adaptations écologiques. Le raton laveur commun (Procyon lotor) est sans doute le représentant le plus connu de la famille, notamment en raison de sa plasticité comportementale et de son expansion fulgurante en Europe et en Asie au cours du XXe siècle. Les Procyonidae occupent des niches écologiques variées, des forêts tropicales humides aux forêts tempérées, en passant par les milieux périurbains. Leur histoire évolutive est particulièrement intéressante, car les analyses moléculaires ont profondément modifié les relations proposées autrefois sur la seule base de la morphologie. Les Procyonidae représentent ainsi un exemple important de diversification des carnivores du Nouveau Monde et ont joué un rôle notable dans les écosystèmes américains.
Auteur: Johannes Gerardus Keulemans
CC0 (Domaine public)L'histoire évolutive des Procyonidae est intimement liée à la biogéographie de l'hémisphère occidental et aux grandes transformations paléogéographiques du Cénozoïque. Les analyses moléculaires modernes, confirmées par les données fossiles, situent l'origine de la famille au début du Miocène, il y a environ 25 à 30 millions d'années, en Amérique du Nord. Les procyonidés font partie du superfamille des Musteloidea, qui comprend également les Mustelidae, les Mephitidae et les Ailuridae, dont le panda roux (Ailurus fulgens) est le seul représentant vivant. L'ancêtre commun de ces familles était probablement un petit carnivore forestier omnivore, ressemblant superficiellement aux procyonidés actuels.
Les plus anciens fossiles attribuables aux Procyonidae proviennent de dépôts nord-américains du Miocène précoce à moyen, notamment les genres éteints Bassaricyon et Pseudobassaris. Le genre Procyon apparaît dans les archives fossiles il y a environ 5 à 10 millions d'années, à la transition Miocène-Pliocène, et représente l'une des lignées les plus dérivées de la famille. La diversification majeure du groupe en Amérique du Sud est directement associée au Grand Échange Faunique Américain (GABI), qui débuta il y a environ 3 millions d'années avec la fermeture de l'isthme de Panama. Plusieurs lignées de procyonidés ont migré vers le sud et se sont diversifiées dans les environnements tropicaux néotropicaux, donnant naissance aux genres actuels Potos, Bassaricyon et Nasuella.
Sur le plan phylogénétique, les analyses moléculaires récentes, notamment celles basées sur des marqueurs mitochondriaux et nucléaires, ont profondément révisé les relations internes de la famille. L'étude pionnière de Koepfli et al. (2007) a démontré que les procyonidés se divisent en deux clades principaux : d'une part, un clade basal regroupant Procyon et Nasua (et Nasuella), et d'autre part, un clade plus dérivé comprenant Potos, Bassaricyon et Bassariscus. Ce schéma phylogénétique suggère que les adaptations arboricoles avancées observées chez le kinkajou et les olingos — notamment la queue préhensile de Potos — sont des acquisitions dérivées au sein de la famille, et non des caractères ancestraux.
L'évolution convergente joue un rôle important dans la compréhension des procyonidés. La queue préhensile du kinkajou, par exemple, constitue une convergence remarquable avec de nombreux autres mammifères arboricoles néotropicaux, comme les Cebidae ou les Didelphidae. De même, les adaptations alimentaires — frugivorie spécialisée chez Potos, insectivorie-frugivorie chez Bassariscus, omnivorie généraliste chez Procyon — reflètent des radiations adaptatives indépendantes en réponse aux pressions sélectives de différents environnements. La description de l'olinguito (Bassaricyon neblina) en 2013 par Helgen et al. illustre à quel point la diversité au sein de la famille reste encore partiellement méconnue.
Les données paléontologiques révèlent également l'existence de nombreux genres et espèces éteints qui témoignent d'une diversité passée bien supérieure à celle observée aujourd'hui. Parmi ceux-ci, Chapalmalania, un procyonidé géant sud-américain du Pliocène-Pléistocène, pouvait atteindre la taille d'un ours de taille moyenne et représente probablement une réponse adaptative aux niches écologiques vacantes en Amérique du Sud avant la grande faune glaciaire. Les extinctions du Pléistocène, associées aux changements climatiques et à la pression de chasse humaine, ont significativement réduit la diversité du groupe dans les zones tempérées de l'Amérique du Nord, laissant le raton laveur et le bassaris d'Amérique centrale comme seuls représentants de la famille dans cette région.
Source: Pinterest
Les Procyonidae présentent une morphologie générale caractéristique des carnivores de taille petite à moyenne, avec néanmoins une grande variabilité selon les genres et les espèces. Leur masse corporelle oscille entre environ 0,7 kilogramme chez le bassaris rusé (Bassariscus astutus) et plus de 10 kilogrammes chez certains individus adultes du raton laveur commun (Procyon lotor), avec une moyenne proche de 3 à 5 kilogrammes pour la majorité des représentants de la famille. La longueur totale, incluant la queue, varie de 40 centimètres environ pour les plus petites espèces à plus d'un mètre pour les plus grandes.
La tête est généralement arrondie, avec un museau relativement court, des oreilles dressées et bien développées, et des yeux grands et orientés vers l'avant, ce qui leur confère une vision binoculaire efficace. Les membres sont pentadactyles, avec des pattes antérieures particulièrement habiles, dotées de doigts mobiles et sensibles permettant une manipulation précise des objets et des aliments, une caractéristique partagée par la quasi-totalité des membres de la famille. Cette dextérité manuelle est notamment illustrée chez le raton laveur, dont le comportement de "lavage" des aliments est bien documenté, même s'il s'agit davantage d'une hypersensibilisation des coussinets en milieu humide que d'un réel nettoyage.
La fourrure des procyonidés est dense et souvent richement colorée. Chez de nombreuses espèces, elle est marquée par des motifs contrastés, le plus emblématique étant le masque facial noir entouré de blanc chez Procyon lotor, ainsi que les anneaux alternés clairs et sombres qui ornent la queue de la majorité des espèces. Ces marques jouent probablement un rôle dans la communication intraspécifique, le camouflage ou la signalisation aposématique. La queue est longue, souvent touffue, et peut servir de balancier chez les espèces arboricoles comme le kinkajou (Potos flavus) et les olingos (Bassaricyon spp.), voire de queue préhensile chez ce dernier, une adaptation unique au sein de la famille.
La dentition des procyonidés est de type bunodonte à sélénodonte selon les espèces, reflétant leur régime alimentaire omnivore. La formule dentaire typique est : I 3/3, C 1/1, P 4/4, M 2/2, soit 40 dents au total, bien que quelques variations existent selon les genres. Les molaires présentent des tubercules arrondis adaptés au broyage de matières végétales et animales, confirmant le caractère omnivore du groupe. Le crâne est relativement gracile par rapport à celui d'autres carnivores de taille comparable, avec des crêtes sagittales peu marquées, sauf chez les individus les plus âgés ou de grande taille.
La squelette appendiculaire révèle des adaptations à des modes de vie variés. Les espèces terrestres possèdent des membres robustes adaptés à la course et à la fouille, tandis que les espèces arboricoles présentent des adaptations à l'escalade, incluant des griffes acérées et des articulations carpale et tarsale très mobiles. Certaines espèces, comme le kinkajou, sont capables de faire pivoter leurs pattes postérieures à 180 degrés pour faciliter la descente des arbres tête en bas. Les mâles sont généralement plus grands et plus lourds que les femelles au sein d'une même espèce, le dimorphisme sexuel étant modéré mais constant.
Auteur: Auguste-Nicolas Vaillant - Paul Gervais
CC0 (Domaine public)Les Procyonidae sont une famille à distribution essentiellement néotropicale et néarctique, dont l'aire de répartition naturelle couvre la quasi-totalité du continent américain, depuis le sud du Canada jusqu'au nord de l'Argentine, en passant par l'Amérique centrale et l'ensemble du bassin amazonien. Cette distribution reflète l'histoire biogéographique du groupe, intimement liée au grand échange faunique américain (GABI) survenu il y a environ 3 millions d'années lors de la formation de l'isthme de Panama, permettant la dispersion de nombreux taxons entre Amérique du Nord et Amérique du Sud.
Le raton laveur commun (Procyon lotor) est l'espèce dotée de la plus large distribution au sein de la famille. Il occupe un territoire s'étendant du sud du Canada jusqu'au Panama, en passant par la totalité des États-Unis. Cette espèce est remarquable par sa capacité d'adaptation à une grande variété d'habitats : forêts tempérées et boréales, zones humides, plaines agricoles, zones périurbaines et urbaines. Sa colonisation de l'Europe et du Caucase au cours du XXe siècle — à la suite d'introductions intentionnelles ou accidentelles — en fait aujourd'hui l'une des espèces envahissantes les plus problématiques du monde, présente notamment en Allemagne, en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Russie et au Japon.
Les espèces tropicales et subtropicales, qui représentent la majorité des procyonidés, sont essentiellement confinées aux Amériques centrale et du Sud. Le kinkajou (Potos flavus) fréquente les forêts tropicales humides de plaine et de montagne depuis le Mexique jusqu'au Brésil et à la Bolivie. Les Bassaricyon (olingo), avec quatre espèces reconnues, occupent des altitudes plus élevées dans les forêts néotropicales, souvent au-dessus de 1 000 mètres, avec une préférence marquée pour les forêts de brouillard et de nuage. L'olinguito (Bassaricyon neblina), décrit seulement en 2013, est cantonné aux forêts de nuage des Andes équatoriennes.
Les espèces des genres Nasua et Nasuella (coati) sont distribués depuis le sud-ouest des États-Unis jusqu'à l'Argentine, avec une préférence pour les forêts tropicales sèches et humides, les forêts galeries et les zones de transition forêt-savane. Le coati des montagnes de l'Ouest (Nasuella olivacea) se rencontre exclusivement dans les Andes, à des altitudes pouvant dépasser 4 000 mètres au-dessus du niveau de la mer, témoignant d'une remarquable capacité d'adaptation aux environnements de haute altitude. Les Bassariscus occupent principalement les zones rocheuses et semi-arides de l'Amérique du Nord, notamment au Mexique et dans le sud-ouest des États-Unis.
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)Sur le plan alimentaire, les Procyonidae sont des omnivores opportunistes dont le régime varie considérablement selon l'espèce, la saison et la disponibilité des ressources. La majorité des représentants de la famille consomme une grande diversité d'aliments incluant des fruits, des invertébrés, des vertébrés de petite taille, des oeufs, des champignons et des matières végétales diverses. Cette flexibilité alimentaire constitue l'un des facteurs clés du succès écologique de la famille. Le raton laveur commun est probablement l'omnivore le plus généraliste de la famille : il consomme des crustacés, des amphibiens, des reptiles, des petits mammifères, des oiseaux, des fruits, des noix, des insectes et même des déchets alimentaires anthropogènes dans les milieux urbanisés.
Le kinkajou occupe une niche alimentaire plus spécialisée, orientée vers la frugivorie et la nectarivorie. Son régime est composé à plus de 90 % de fruits, complété par du nectar qu'il prélève grâce à sa longue langue, et occasionnellement d'insectes. Il joue un rôle important dans la pollinisation de certaines plantes tropicales et dans la dispersion des graines, contribuant activement à la dynamique des forêts néotropicales. Les coatis, en revanche, sont réputés pour leur technique de fouille : ils retournent la litière forestière, les pierres et les troncs tombés à la recherche d'invertébrés, de larves et de petits vertébrés, tout en complétant leur régime avec des fruits selon la saison.
La reproduction chez les procyonidés suit des schémas relativement conservés au sein de la famille, bien que des variations significatives existent entre les genres. La majorité des espèces est polygame ou promiscue, sans formation de couples stables. La saison de reproduction est généralement saisonnière dans les zones tempérées, avec un pic de naissances au printemps ou au début de l'été, permettant aux jeunes de bénéficier de ressources alimentaires abondantes. Chez le raton laveur, la gestation dure environ 63 jours et aboutit à la naissance de 2 à 7 petits (en moyenne 3 à 4), qui naissent les yeux fermés et dépendants des soins maternels pendant plusieurs mois.
Chez les coatis, la reproduction est remarquable en ce qu'elle est synchronisée au niveau du groupe. Les femelles, qui vivent en bandes sociales, se retirent du groupe quelques semaines avant la mise bas pour construire un nid en hauteur dans les arbres, où elles donnent naissance à 2 à 7 petits après une gestation d'environ 74 jours. Après le sevrage, les juvéniles rejoignent la bande familiale. Le kinkajou présente une reproduction peu féconde, donnant naissance à un seul petit par an après une gestation de 112 à 118 jours, l'un des taux de reproduction les plus bas de la famille. Les jeunes kinkajous restent dépendants de leur mère jusqu'à l'âge de 18 à 24 mois.
Le comportement social des procyonidés varie considérablement selon les espèces. Les ratons laveurs sont majoritairement solitaires, mais peuvent former des groupes non familiaux lors de l'exploitation de ressources alimentaires concentrées. Ils communiquent par un répertoire vocal riche et par des marquages olfactifs. Les coatis sont remarquables par leur organisation sociale complexe : les femelles et leurs juvéniles vivent en bandes pouvant compter jusqu'à 30 individus, tandis que les mâles adultes sont solitaires en dehors de la saison de reproduction. Cette structure sociale dimorphe est exceptionnelle au sein des carnivores. Le kinkajou et les olingos sont nocturnes et arboricoles, solitaires pour la plupart, bien qu'ils puissent se regrouper autour de sources alimentaires abondantes comme des arbres fruitiers. L'activité nocturne leur permet d'exploiter des ressources peu accessibles aux compétiteurs diurnes et de réduire le risque de prédation.
Source: Wikimedia Commons
CC-BY-SA (Certains droits réservés)La famille des Procyonidae compte actuellement quatorze espèces vivantes réparties en six genres. Cette diversité spécifique, bien que modeste par rapport à d'autres familles de carnivores, cache une remarquable variété morphologique, comportementale et écologique. Chacun de ces genres représente une radiation évolutive distincte, adaptée à des niches et des environnements particuliers.
* Bassaricyon
* Olingo commun - Bassaricyon gabbii
* Olingo d'Allen - Bassaricyon alleni
* Olingo des plaines occidentales - Bassaricyon medius
* Olinguito - Bassaricyon neblina
* Bassariscus
* Bassaris d'Amérique centrale - Bassariscus sumichrasti
* Bassaris rusé - Bassariscus astutus
* Nasua
* Coati à nez blanc - Nasua narica
* Coati commun - Nasua nasua
* Nasuella
* Coati des montagnes de l'Ouest - Nasuella olivacea
* Coati des montagnes de l'Est - Nasuella meridensis
* Potos
* Kinkajou - Potos flavus
* Procyon
* Raton crabier - Procyon cancrivorus
* Raton laveur commun - Procyon lotor
* Raton de Cozumel - Procyon pygmaeus
Le nombre d'espèces de raton laveur a longtemps été discuté. Aujourd'hui, seules trois espèces restent acceptée, mais le nombre de sous-espèces n'est pas encore unanime. La liste ci-dessous reprend celle de Mammal Species of the World (MSW) :
- Raton laveur à face courte (Procyon lotor simus) †
- Raton laveur de Californie (Procyon lotor psora)
- Raton laveur de Floride (Procyon lotor elucus)
- Raton laveur de Key Vaca (Procyon lotor auspicatus)
- Raton laveur de Key West (Procyon lotor incautus)
* Raton laveur de Guadeloupe (Procyon lotor minor)
Voir plus...
- Raton laveur de la Barbade (Procyon lotor gloveralleni) †
- Raton laveur de la Haute vallée du Mississippi (Procyon lotor hirtus)
- Raton laveur de l'Est (Procyon lotor lotor)
- Raton laveur de l'île de Saint Simon (Procyon lotor litoreus)
- Raton laveur de Louisiane (Procyon lotor megalodous)
- Raton laveur de Matecumbe Key (Procyon lotor inesperatus)
- Raton laveur des Bahamas (Procyon lotor maynardi)
- Raton laveur de Snake River Plain (Procyon lotor excelsus)
- Raton laveur de Ten Thousand island (Procyon lotor marinus)
- Raton laveur de Tres Marias (Procyon lotor insularis)
- Raton laveur de Vancouver (Procyon lotor vancouverensis)
- Raton laveur du désert du Colorado (Procyon lotor pallidus)
- Raton laveur du Mexique (Procyon lotor hernandezii)
- Raton laveur du Pacifique nord-ouest (Procyon lotor pacificus)
- Raton laveur du Panama (Procyon lotor pumilus)
- Raton laveur du Texas (Procyon lotor fuscipes)
| Règne | Animalia |
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embranchement | Vertebrata |
| Super-classe | Tetrapoda |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Infra-classe | Eutheria |
| Ordre | Carnivora |
| Sous-ordre | Caniformia |
| Famille | Procyonidae |
| Décrit par | John Edward Gray |
| Date | 1825 |
* Liens internes
Association mondiale des zoos et aquariums (WAZA)
Liste Rouge IUCN des espèces menacées
Mammal Species of the World (MSW)
Système d'information taxonomique intégré (ITIS)
* Liens externes
Global Biodiversity Information Facility (GBIF)
* Bibliographie
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