Le raton laveur de l'Alabama (Procyon lotor varius) est une ancienne sous-espèce du raton laveur commun (Procyon lotor) décrite en 1930 par Edward William Nelson et Edward Alphonso Goldman. Son nom faisait référence à une population principalement associée au sud-est des États-Unis, notamment à l’Alabama. Il fut distingué à partir de différences de taille, de coloration du pelage et de caractères crâniens par rapport au raton laveur de l’Est (Procyon lotor lotor). Toutefois, cette différenciation subsécifique n’est plus retenue dans les classifications modernes : Procyon lotor varius est aujourd’hui considéré comme un synonyme de Procyon lotor, et les populations concernées sont généralement rapportées au raton laveur de l’Est.
Dans leur traitement original, Nelson et Goldman caractérisaient le raton laveur de l'Alabama comme une sous-espèce de petite taille, morphologiquement proche du raton laveur de l’Est, mais présentant plusieurs différences jugées suffisamment constantes pour justifier sa reconnaissance. Les auteurs indiquaient notamment que le raton laveur de l’Alabama était généralement plus petit que le raton laveur de l’Est, avec un pelage plus court et, en moyenne, plus pâle. La coloration générale était décrite dans des tons gris brunâtre clair, avec une nuance chamois ou ocre plus marquée sur la ligne dorsale, particulièrement vers la nuque et les épaules. Les poils noirs étaient moins abondants sur les flancs, ce qui accentuait l’aspect relativement clair de l’animal. La tête conservait toutefois le masque facial sombre caractéristique des ratons laveurs, avec une combinaison de poils brunâtres, noirs et gris. Le museau était relativement court et pointu, tandis que les oreilles, arrondies, étaient bordées de zones plus claires.
Comme chez les autres représentants de ratons laveurs, le corps était compact, les membres relativement courts et les pieds plantigrades. Les doigts des membres antérieurs, très mobiles et sensibles, constituaient une adaptation importante à la recherche et à la manipulation de la nourriture. La queue, longue et touffue, portait les anneaux sombres caractéristiques du genre. Le crâne constituait cependant l'un des principaux critères utilisés par Nelson et Goldman pour distinguer Procyon lotor varius. Ils relevaient plusieurs différences dans les proportions et la morphologie crânienne par rapport à Procyon lotor lotor, tout en considérant que les deux formes étaient très proches.
La comparaison avec d’autres formes méridionales, notamment le raton laveur de Floride (Procyon lotor elucus) et le raton laveur du Texas (Procyon lotor fuscipes), faisait également apparaître des différences de taille et de structure du crâne. Il faut toutefois souligner que ces caractères morphologiques ont été interprétés dans le cadre d'une conception très subdivisée de la variabilité géographique du raton laveur. Les classifications ultérieures ont progressivement réduit le nombre de sous-espèces reconnues, et Procyon lotor varius n’est aujourd’hui plus considéré comme une entité taxonomique valide distincte.
HABITAT
Lors de sa description en 1930, l’aire attribuée au raton laveur de l’Alabama était relativement vaste et dépassait largement les limites de l’État auquel il devait son nom vernaculaire. Nelson et Goldman indiquaient une distribution comprenant l’Alabama, l’ouest de la Géorgie, le nord-ouest de la Floride, le Mississippi, le nord de la Louisiane, le Tennessee et l’extrême sud-ouest du Kentucky. La localité type était Castleberry, dans le comté de Conecuh, en Alabama, où le spécimen holotype avait été collecté par A. H. Howell le 10 octobre 1908. Cette répartition correspondait essentiellement aux régions chaudes et humides du sud-est des États-Unis, où les paysages forestiers, les cours d’eau, les marécages et les zones agricoles fournissaient une combinaison favorable d’abris et de ressources alimentaires. Le travail de Johnson, réalisé entre 1962 et 1968, portait sur la biologie du raton laveur alors identifié sous le nom de Procyon lotor varius et examinait notamment les facteurs susceptibles de réguler ses populations. Cette étude historique constitue aujourd’hui une source importante pour comprendre l’écologie du raton laveur dans cette région, même si le nom subsécifique utilisé à l’époque n’est plus retenu.
ÉCOLOGIE
Comme la plupart des ratons laveurs, le raton laveur de l'Alabama possède un régime alimentaire extrêmement diversifié. Il s’agit d’un omnivore opportuniste capable d’exploiter aussi bien des ressources animales que végétales. Dans les paysages du sud-est des États-Unis, son alimentation peut comprendre des fruits, des baies, des noix, des glands, des céréales, des insectes, des écrevisses, des mollusques, d’autres invertébrés, des poissons, des amphibiens, des reptiles, des oiseaux et de petits mammifères. Les sources générales sur l’espèce soulignent également leur capacité à consommer des déchets et des ressources d’origine humaine, ce qui contribue à leur réussite dans les paysages transformés.
L’espèce est principalement crépusculaire et nocturne, même si son activité peut varier selon les saisons, l’âge, le sexe et les conditions locales. Pendant la journée, elle se repose généralement dans des cavités d’arbres, des terriers abandonnés, des amas de végétation, des structures rocheuses ou des constructions humaines disponibles. Les individus sont capables de parcourir des secteurs relativement étendus à la recherche de nourriture, les dimensions des domaines vitaux variant fortement selon la qualité de l’habitat et la disponibilité des ressources. En Alabama, l’étude de Johnson consacrée à l’ancienne sous-espèce a porté sur plusieurs aspects de la biologie de ces animaux et notamment sur les facteurs influençant leurs effectifs. Elle montre l’intérêt historique de Procyon lotor varius comme unité d’étude régionale, même si cette population n'est plus officiellement reconnue.
TAXONOMIE
L’histoire taxonomique du raton laveur de l'Alabama s’inscrit dans la longue tradition de subdivision géographique du raton laveur commun. L’espèce aujourd’hui appelée Procyon lotor avait été initialement décrite par Carl von Linné en 1758 sous le nom Ursus lotor. Elle fut ensuite transférée dans le genre Procyon, établi par Gottlieb Conrad Christian Storr en 1780. Le raton laveur fut progressivement étudié dans différentes régions d’Amérique du Nord, et les mammalogistes du XIXe et du début du XXe siècle commencèrent à reconnaître de nombreuses variations géographiques. Cette tendance aboutit à une multiplication importante des noms subsécifiques, fondés principalement sur des différences de taille, de coloration, de proportions corporelles et de morphologie crânienne.
C’est dans ce contexte qu’Edward William Nelson et Edward Alphonso Goldman décrivirent Procyon lotor varius en 1930. La description originale fut publiée le 11 novembre 1930 dans le Journal of Mammalogy, volume 11, numéro 4, page 456, dans leur travail intitulé "Six new raccoons of the Procyon lotor group". Le spécimen type était une femelle adulte, conservée sous le numéro USNM 158246, constituée d’une peau et d’un crâne. Elle avait été collectée par A. H. Howell le 10 octobre 1908 à Castleberry, dans le comté de Conecuh, Alabama. Cette localité devint la localité type de la nouvelle sous-espèce.
Nelson et Goldman considéraient Procyon lotor varius comme une forme méridionale proche de Procyon lotor lotors, mais ils lui attribuaient une taille généralement plus faible, un pelage plus clair et plus court et des différences crâniennes. Ils lui assignaient une aire comprenant l’Alabama, le Mississippi, le Tennessee, le nord de la Louisiane, l’ouest de la Géorgie, le nord-ouest de la Floride et l’extrême sud-ouest du Kentucky. Leur travail participait à une révision très détaillée des variations géographiques du raton laveur, au cours de laquelle plusieurs autres formes furent également nommées.
Cette subdivision fut cependant progressivement remise en question. Les classifications modernes ont réduit le nombre de sous-espèces reconnues en considérant qu’une partie des différences utilisées pour les distinguer représentait une variation géographique normale plutôt que des lignées taxonomiquement séparées. Les bases taxonomiques actuelles ne reconnaissent donc plus Procyon lotor varius comme une sous-espèce valide. Dans cette conception moderne, les populations autrefois attribuées à Procyon lotor varius sont généralement incluses dans le complexe géographique du raton laveur commun et, conformément à la classification retenue ici, rattachées au raton laveur de l’Est (Procyon lotor lotor). Il est donc préférable, dans une fiche actuelle, de conserver Procyon lotor varius comme ancien nom subsécifique / synonyme taxonomique, plutôt que de le présenter comme une sous-espèce encore valide. L’existence du nom reste néanmoins importante pour la littérature historique, notamment pour les travaux zoologiques et écologiques réalisés en Alabama au XXe siècle.
Nelson, E. W., & Goldman, E. A. (1930). Six new raccoons of the Procyon lotor group. Journal of Mammalogy, 11(4), 453–459.
Johnson, A. S. (1970). Biology of the raccoon (Procyon lotor varius Nelson and Goldman) in Alabama. Bulletin 402, Alabama Agricultural Experiment Station, Auburn University, 148 p.
U.S. Forest Service. Procyon lotor, northern raccoon. Fire Effects Information System.
Alabama Department of Conservation and Natural Resources. Raccoon — Procyon lotor.
Lotze, J.-H., & Anderson, S. (1979). Procyon lotor. Mammalian Species, 119, 1–8. Référencé par le U.S. Forest Service.
Miller, G. S., & Kellogg, R. (1955). List of North American Recent Mammals. Bulletin of the United States National Museum, 205.
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