Manimalworld
Manimalworld Encyclopédie des animaux sauvages

Carcajou (Gulo gulo)


Le carcajou (Gulo gulo) est un mammifère carnivore appartenant à la famille des Mustelidae et unique représentant du genre Gulo. Robuste et trapu, il est le plus grand représentant terrestre de cette famille. Son nom latin signifie "glouton" en latin, en référence à sa réputation — souvent exagérée — d'animal vorace et insatiable. Présent dans les régions boréales et subarctiques de l'hémisphère Nord, le carcajou fascine autant qu'il intimide. Solitaire et farouche, il est réputé pour sa force exceptionnelle, son endurance remarquable et son audace face à des proies ou des adversaires bien plus grands que lui. Animal emblématique des grands espaces sauvages du Nord, il joue un rôle écologique crucial en tant que charognard et prédateur opportuniste. Malgré sa discrétion et la difficulté à l'observer dans son milieu naturel, le carcajou occupe une place importante dans les cultures autochtones et dans l'imaginaire collectif des peuples nordiques. Le carcajou est également appelé Glouton.


Carcajou (Gulo gulo)
Carcajou (Gulo gulo)
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)



DESCRIPTION

Le carcajou présente une morphologie robuste et trapue qui lui confère une apparence puissante et distinctive. Son corps massif est porté par quatre membres courts mais musculeux, dotés de larges pattes palmées qui lui permettent de se déplacer efficacement sur la neige sans s'y enfoncer, agissant comme de véritables raquettes naturelles. La tête est large et arrondie, avec des oreilles courtes et arrondies, de petits yeux sombres et une mâchoire d'une puissance remarquable, capable de broyer des os épais et même du bois pétrifié par le gel.

La fourrure du carcajou est dense, longue et particulièrement résistante au froid et à l'humidité. Elle est généralement brun foncé à noir sur le dos, avec des bandes latérales de couleur plus claire, allant du beige au roux, qui s'étendent de l'épaule à la base de la queue. Cette livrée caractéristique varie légèrement selon les individus et les sous-espèces. La queue est touffue et relativement courte, mesurant entre 17 et 26 cm. La fourrure est si imperméable à l'humidité et si résistante au givrage qu'elle était autrefois très prisée par les peuples inuits et les trappeurs pour border les capuches de leurs vêtements d'hiver.

En termes de dimensions, les mâles sont sensiblement plus grands que les femelles, présentant un dimorphisme sexuel marqué. Un mâle adulte mesure généralement entre 65 et 107 cm de longueur corporelle et pèse entre 11 et 18 kg, tandis que les femelles atteignent un poids de 8 à 12 kg. La hauteur au garrot oscille entre 36 et 45 cm. Malgré sa taille modeste comparée à d'autres grands prédateurs, le carcajou est réputé pour sa force disproportionnée par rapport à son gabarit, capable de faire fuir des loups ou des ours de leur proie.


Gulo gulo
Gulo gulo
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

HABITAT

Le carcajou possède une aire de répartition circumpolaire, couvrant les régions boréales et subarctiques de l'hémisphère Nord. On le trouve en Amérique du Nord, de l'Alaska au Canada, en passant par quelques zones montagneuses des États-Unis (principalement les Rocheuses, la Sierra Nevada et les Cascades), ainsi qu'en Eurasie, de la Scandinavie jusqu'à la Sibérie orientale et la péninsule de Kamtchatka. La densité de population est toutefois très faible sur l'ensemble de cette vaste zone.

L'habitat préférentiel du carcajou est intimement lié à la présence de neige persistante, qui constitue un élément fondamental de son cycle de vie, notamment pour la reproduction. Il affectionne les forêts boréales de conifères (taïga), la toundra alpine et arctique, ainsi que les zones de transition entre ces deux milieux. En montagne, il peut être observé jusqu'à des altitudes élevées, bien au-delà de la limite forestière. La présence de rochers, d'éboulis et de zones escarpées lui offre des refuges et des sites de tanière adaptés.

Le domaine vital d'un individu est exceptionnellement vaste pour un mammifère de sa taille. Un mâle peut parcourir et défendre un territoire allant de 200 à plus de 1 500 km², tandis que les femelles occupent des espaces généralement deux à trois fois plus petits. Ces grands domaines vitaux reflètent la faible densité des ressources alimentaires dans les environnements nordiques. Le carcajou est un animal aux déplacements incessants, capable de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par jour à la recherche de nourriture. Sa capacité à supporter des conditions climatiques extrêmes, avec des températures pouvant descendre bien en dessous de −40 °C, est l'une de ses adaptations les plus remarquables.


Gulo gulo distribution
     Répartition actuelle du carcajou
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

ALIMENTATION

Le carcajou est un carnivore opportuniste et généraliste dont le régime alimentaire est remarquablement varié. Il est avant tout reconnu comme un charognard de premier ordre : il est capable de localiser et d'accéder à des carcasses ensevelies sous plusieurs mètres de neige grâce à son odorat exceptionnel, souvent comparé à celui de l'ours. Cette aptitude en fait un acteur clé du recyclage de la biomasse dans les écosystèmes nordiques, particulièrement en hiver lorsque les ressources alimentaires se font rares pour la plupart des autres prédateurs.

Cependant, le carcajou est également un chasseur actif capable de s'attaquer à des proies vivantes de taille variable. Il chasse notamment les lièvres variables, les lemmings, les spermophiles arctiques, les castors, les porcs-épics et diverses espèces d'oiseaux nichant au sol. En hiver, grâce à la neige profonde qui ralentit et épuise les ongulés, il peut s'en prendre à des proies bien plus grandes que lui, telles que des rennes, des wapitis ou des chevreuils, notamment des individus affaiblis, blessés ou enlisés dans la neige.

Le carcajou est également connu pour son comportement de cache-nourriture. Il enterre des portions de nourriture dans la neige ou sous des rochers afin de constituer des réserves pour les périodes de disette. Grâce à son odorat, il peut retrouver ces réserves même sous une épaisse couche de neige. Les glandes anales du carcajou sécrètent un musc puissant qu'il utilise pour marquer ses proies et ses réserves, décourageant ainsi les potentiels compétiteurs. Cette capacité à stocker et à récupérer la nourriture est une adaptation cruciale à la survie dans des environnements où la disponibilité alimentaire est hautement saisonnière.


Carcajou gros plan
Gros plan du carcajou
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

REPRODUCTION

La reproduction du carcajou est caractérisée par un système de diapause embryonnaire (ou implantation différée), une adaptation remarquable qui permet à la femelle de synchroniser la naissance des petits avec les conditions environnementales les plus favorables. L'accouplement a lieu entre mai et août, mais l'implantation de l'ovule fécondé dans l'utérus est retardée de plusieurs mois. Le développement embryonnaire actif ne débute qu'en décembre ou janvier, et les naissances surviennent entre janvier et avril, au cœur de l'hiver.

La portée comprend généralement deux à trois petits. À la naissance, les jeunes carcajous sont aveugles, couverts d'un duvet blanc crème et pèsent entre 85 et 100 grammes. La femelle choisit un site de tanière bien protégé, souvent creusé dans un amas de neige, sous des rochers ou dans une cavité naturelle, à l'abri des prédateurs et des conditions climatiques extrêmes. La lactation dure environ 8 à 10 semaines, mais les jeunes restent avec leur mère bien au-delà du sevrage, apprenant les techniques de chasse et de survie jusqu'à l'âge de 5 à 7 mois.

Les mâles sont polygames et entretiennent des relations avec plusieurs femelles dont les territoires se chevauchent partiellement avec le leur. Ils ne participent pas directement à l'élevage des jeunes, mais défendent activement leur territoire contre les intrusions de mâles rivaux. La maturité sexuelle est atteinte entre 15 et 24 mois. La longévité en milieu naturel est estimée entre 7 et 13 ans, tandis que des individus en captivité ont vécu jusqu'à 17 ans. Le taux de survie des jeunes la première année est relativement faible, notamment en raison de la rudesse des conditions climatiques et de la compétition pour les ressources.


Glouton
Le carcajou est également appelé glouton
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

COMPORTEMENT

Le carcajou est un animal essentiellement solitaire et territorial, à l'exception des périodes de reproduction et du maintien du lien entre la mère et ses jeunes. Il est actif toute l'année, y compris en plein hiver, et ne connaît aucune phase de torpeur ou d'hibernation, contrairement à d'autres mammifères nordiques. Son activité est généralement crépusculaire et nocturne, bien qu'il puisse être observé à toute heure du jour, notamment dans les régions où la lumière estivale est continue.

Le marquage territorial est une composante centrale du comportement du carcajou. Il utilise ses glandes anales pour déposer un musc fort et persistant sur les rochers, les arbres, la neige et ses réserves de nourriture. Ces marques olfactives servent à signaler sa présence aux congénères et à revendiquer son domaine vital. Les individus évitent généralement la confrontation directe, mais les rencontres entre mâles peuvent donner lieu à des combats vigoureux.

Malgré sa réputation de férocité, le carcajou fait preuve d'une grande intelligence et d'une capacité d'apprentissage notable. Il est capable de résoudre des problèmes complexes pour accéder à de la nourriture et peut déjouer des pièges tendus par les trappeurs avec une habileté remarquable. Sa résistance et son endurance sont légendaires : il peut poursuivre une proie sur de longues distances dans des conditions de neige difficiles, et sa force musculaire lui permet de tirer des carcasses bien plus lourdes que lui sur plusieurs centaines de mètres. Ces qualités lui ont valu une place de choix dans les mythologies et les traditions orales des peuples autochtones nordiques.


Carcajou parc animalier Sainte-Croix
Carcajou au parc animalier de Sainte-Croix, France
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

PRÉDATION

En dépit de sa réputation de redoutable combattant, le carcajou n'est pas exempt de prédation naturelle. Cependant, sa robustesse, son agressivité défensive et ses adaptations physiques font qu'il est rarement la proie, sauf dans des circonstances particulières. Les principaux prédateurs naturels susceptibles de s'en prendre au carcajou sont le loup gris (Canis lupus), l'ours brun (Ursus arctos) et l'ours noir américain (Ursus americanus). Les meutes de loups constituent probablement le danger le plus sérieux pour un carcajou isolé, car leur supériorité numérique et leur coordination peuvent venir à bout même d'un individu adulte.

Les grands félins présents dans certaines parties de son aire de répartition, notamment le puma (Puma concolor) en Amérique du Nord, peuvent occasionnellement s'en prendre à des juvéniles ou à des individus affaiblis. En Eurasie, le lynx boréal (Lynx lynx) et le tigre de Sibérie (Panthera tigris altaica) peuvent également représenter une menace potentielle dans des zones de chevauchement géographique. Les jeunes carcajous, moins expérimentés et moins puissants que les adultes, sont naturellement plus vulnérables à la prédation.

Il est important de souligner que, dans la grande majorité des cas, le carcajou adulte est capable de repousser ou d'échapper à ses prédateurs potentiels. Des observations ont montré des carcajous faisant fuir des ours noirs ou tenant tête à des loups pour défendre une carcasse. Cette combativité exceptionnelle, combinée à sa tolérance à la douleur et à son endurance, en fait un adversaire difficile à neutraliser. La prédation humaine, historique et contemporaine, a en réalité constitué une pression bien plus significative sur les populations de carcajous que la prédation naturelle.


Carcajou portrait
Portrait du carcajou
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

MENACES

Le carcajou est confronté à plusieurs menaces majeures qui pèsent sur la viabilité à long terme de ses populations. Le changement climatique constitue aujourd'hui la menace la plus préoccupante identifiée par les biologistes. Le carcajou dépend étroitement de la neige persistante au printemps pour creuser et protéger ses tanières de mise bas : la femelle doit pouvoir isoler ses petits dans des chambres creusées dans la neige profonde, les préservant des prédateurs et des gelées. Le recul du manteau neigeux printanier, directement lié au réchauffement climatique, compromet cette stratégie reproductive essentielle et réduit les zones d'habitat favorables.

La fragmentation et la dégradation de l'habitat représentent une autre menace significative. L'expansion des infrastructures humaines — routes, lignes électriques, exploitations forestières, mines, zones urbanisées — morcelle les grands territoires dont le carcajou a besoin pour subsister et se reproduire. Cette fragmentation isole les populations locales, réduit les échanges génétiques entre elles et augmente le risque d'extinction locale. Le piégeage à fourrure, bien que strictement encadré dans de nombreuses régions, reste une cause de mortalité non négligeable dans certaines parties de l'aire de répartition de l'espèce, notamment en Russie et dans certaines provinces canadiennes.

La diminution des populations de proies, liée à la chasse excessive ou aux perturbations de l'habitat, affecte indirectement le carcajou en réduisant la disponibilité alimentaire. Le dérangement humain lié aux activités de plein air motorisées (motoneiges, tout-terrain) dans les zones sauvages peut perturber les femelles en gestation et en lactation, entraînant l'abandon des tanières et la perte des portées. Enfin, la mortalité due aux collisions routières et aux conflits avec les éleveurs — bien que moins documentée qu'ailleurs — constitue des sources additionnelles de pression sur les populations.


Gulo gulo luscus
Gulo gulo luscus
Crédit photo: U.S. federal government
CC0 (Domaine public)

CONSERVATION

Dans l'ensemble de son aire de répartition, le carcajou n'est pas considéré comme une espèce menacée. Il est inscrit dans la catégorie "Préoccupation mineure" (LC sur la Liste rouge de l'IUCN, bien que ses populations aient subi un déclin significatif au cours du XXe siècle et que des tendances à la baisse soient encore observées dans plusieurs parties de son aire de répartition. En Amérique du Nord, notamment aux États-Unis où les populations des 48 États contigus sont très réduites, des débats récurrents ont eu lieu quant à l'opportunité de le classer comme espèce menacée en vertu du Endangered Species Act.

Plusieurs mesures de conservation ont été mises en place pour protéger le carcajou et son habitat. La création de réserves naturelles et de parcs nationaux dans les régions boréales et arctiques constitue l'une des protections les plus efficaces, préservant de vastes étendues d'habitat intact. Dans certains pays scandinaves, des programmes de suivi des populations et de limitation du piégeage ont été instaurés. En Scandinavie, la réintroduction du carcajou dans des zones d'où il avait disparu a été tentée avec un succès partiel, notamment en Suède et en Norvège, où les populations ont montré des signes de rétablissement encourageants.

La recherche scientifique joue un rôle crucial dans les efforts de conservation. Le suivi des individus par radio-télémétrie et GPS a permis de mieux comprendre les besoins en habitat, les domaines vitaux et les comportements de dispersion du carcajou. Des programmes de génétique des populations aident à identifier les corridors de déplacement essentiels et les zones prioritaires pour la conservation. Les organisations autochtones jouent également un rôle croissant dans la gestion et la protection du carcajou, leurs savoirs traditionnels complétant utilement les approches scientifiques occidentales.


Gulo gulo gulo
Gulo gulo gulo
© Klaus Rudloff - BioLib
All rights reserved (Tous droits réservés)

TAXONOMIE

La classification taxonomique du carcajou a connu une évolution significative depuis les premières descriptions scientifiques formelles au XVIIIe siècle. Carl von Linné, le père de la nomenclature binomiale moderne, est le premier à décrire scientifiquement l'espèce dans la dixième édition de son Systema Naturae publié en 1758, lui attribuant le nom de Mustela gulo. Le terme spécifique "gulo", dérivé du latin signifiant "glouton" ou "goulu", reflète la réputation ancienne de l'animal comme être vorace, réputation forgée en grande partie par des récits de naturalistes et de trappeurs européens du XVIIe et XVIIIe siècle.

Au cours des décennies suivantes, plusieurs naturalistes ont proposé des dénominations alternatives, créant une certaine confusion nomenclaturale. Pallas (1780) établit le genre Gulo, séparant ainsi le carcajou du genre Mustela et reconnaissant ses caractéristiques morphologiques distinctives, notamment sa robustesse exceptionnelle, la forme de sa tête et la structure de sa dentition, qui le distinguent nettement des fouines, putois et autres mustélidés plus graciles. C'est cette combinaison — Gulo gulo — qui prévaut aujourd'hui comme nom scientifique valide.

La position phylogénétique du carcajou au sein de la famille des mustélidés a également fait l'objet de débats. Longtemps considéré comme proche des blaireaux (sous-famille Melinae) ou des martres (sous-famille Guloninae), il est aujourd'hui fermement placé dans la sous-famille des Guloninae, aux côtés du genre Martes. Des analyses moléculaires récentes, notamment basées sur des séquences d'ADN mitochondrial et nucléaire, ont confirmé et précisé ces relations phylogénétiques, montrant que les Guloninae forment un clade bien soutenu au sein des mustélidés.

L'histoire taxonomique du carcajou est également marquée par des discussions concernant le nombre et la validité des sous-espèces. Au XIXe et au début du XXe siècle, de nombreux auteurs ont proposé de subdiviser l'espèce en de multiples sous-espèces sur la base de différences morphologiques — taille, coloration, proportions crâniennes — souvent observées sur un petit nombre de spécimens de collection. Cette approche typologique a conduit à une prolifération de noms sous-spécifiques dont la validité a été progressivement remise en question à mesure que la variabilité individuelle et géographique de l'espèce était mieux documentée.

Selon la classification actuelle, six sous-espèces différentes de carcajou sont reconnues :

- Gulo gulo albus

- Gulo gulo gulo

- Gulo gulo katschemakensis

- Gulo gulo luscus

- Gulo gulo luteus

- Gulo gulo vancouverensis

Néanmoins, la validité de ces taxons secondaires est aujourd'hui largement contestée par les analyses génétiques modernes, qui révèlent une diversité génétique globale relativement homogène à l'échelle circumpolaire, conséquence probable des capacités de dispersion phénoménales de ce mammifère à travers les banquises et les continents durant les glaciations passées.


Wolverine (Gulo gulo)
En anglais, le carcajou est appelé Wolverine
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

MYTHES ET LÉGENDES

Le carcajou occupe une place prépondérante et profondément ambivalente dans les mythologies des peuples autochtones d’Amérique du Nord. Pour de nombreuses nations innues, crisp et algonquines, cet animal incarne un être mythologique complexe et polymorphe. Il y est fréquemment dépeint comme un filou universel, un trickster doté d'une ruse exceptionnelle, d’une curiosité insatiable et d'un tempérament impitoyable. Les récits traditionnels racontent qu'il passe son temps à défier les lois de la nature, à duper les autres animaux et à tester les limites du monde moral. Parfois destructeur et vicieux, ses erreurs et ses excès servent de leçons éducatives pour la communauté, illustrant les conséquences de la cupidité et de l'orgueil. Paradoxalement, il est aussi célébré comme un héros culturel ou un démiurge ayant participé à la recréation du monde après le déluge en plongeant pour récupérer de la vase au fond des eaux primordiales. Sa résistance physique phénoménale et sa capacité à survivre dans les pires conditions en font un symbole de résilience absolue, respecté pour sa ténacité spirituelle.

En Eurasie, les croyances populaires entourant le glouton ont longtemps été nourries par une incompréhension de sa biologie, donnant naissance à de tenaces légendes urbaines et rurales. En Scandinavie et en Allemagne, une croyance médiévale affirmait que lorsqu'une biche mettait bas un quatrième faon, celui-ci se transformait magiquement en glouton, un être condamné à une faim éternelle. Le folklore européen a d'ailleurs largement exagéré sa voracité, colportant le mythe absurde selon lequel l'animal se goinfrait de viande jusqu'à ce que son estomac soit distendu au maximum, avant de se forcer à passer entre deux arbres très rapprochés pour évacuer de force la nourriture et pouvoir immédiatement recommencer à manger. Cette image de créature insatiable a fortement influencé son nom dans plusieurs langues, comme l'allemand Vielfraß (le grand empiffreur). Pour les trappeurs de Sibérie et du Grand Nord canadien, le carcajou était perçu comme un esprit maléfique de la forêt, une créature insaisissable capable de saboter les lignes de piégeage et de piller les cabanes en déjouant tous les pièges humains, ce qui lui valait le statut de fantôme ou de démon des neiges.


GALERIE PHOTOS

Retrouvez ci-dessous quelques photographies du carcajou. Cliquez sur les images pour les agrandir. Les photographies présentées ci-dessous sont soumises à des droits d'auteur. Pour toute utilisation, merci de respecter la licence de ces photographies et d'effectuer un lien retour vers notre site:  © Manimalworld - CC-BY-NC-SA.


Carcajou 01      Carcajou 02
Glouton 03      Glouton 04

photos Carcajou
Cliquer sur l'image

CLASSIFICATION


Fiche d'identité
Nom communCarcajou
Autre nomGlouton
English nameWolverine
Español nombreGlotón
Carcayú
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
Super-classeTetrapoda
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreCarnivora
Sous-ordreCaniformia
FamilleMustelidae
GenreGulo
Nom binominalGulo gulo
Décrit parCarl von Linné (Linnaeus)
Date1758



Satut IUCN

Préoccupation mineure (LC)

SOURCES

* Liens internes

Animal Diversity Web

Arkive

BioLib

Liste Rouge IUCN des espèces menacées

Mammal Species of the World (MSW)

Système d'information taxonomique intégré (ITIS)

* Liens externes

Global Biodiversity Information Facility (GBIF)

IUCN SSC Small Carnivore Specialist Group

KS Wild

* Bibliographie

Linnaeus, C. (1758). Systema Naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Tomus I. Editio decima, reformata. Holmiae. Laurentii Salvii.

Banci, V. (1994). Wolverine. In: Ruggiero, L. F. et al. (Eds), Scientific Basis for Conserving Forest Carnivores: American Marten, Fisher, Lynx and Wolverine in the Western United States. USDA Forest Service, Rocky Mountain Forest and Range Experiment Station.

Copeland, J. P., McKelvey, K. S., Aubry, K. B., Landa, A., Perioux, J., Inman, R. M., ... & May, R. (2010). The crucial role of bioclimatic envelope in wolverine habitat selection. Canadian Journal of Zoology, 88(3), 233-246.

Krott, P. (1960). Ways of the wolverine. Natural History, 69, 16-29.

Pasitschniak-Arts, M., & Larivière, S. (1995). Gulo gulo. Mammalian Species, (499), 1-10. Published by the American Society of Mammalogists.

Hornocker, M., & Hash, H. S. (1981). Ecology of the wolverine in northwestern Montana. Canadian Journal of Zoology, 59(7), 1286–1301.

Korhonen, J., Alasuutari, S., & Niemelä, P. (2001). Wolverine ecology and management in Scandinavia. Acta Theriologica Scandinavica, 12, 45–67.

Nowak, R. M. (1999). Walker's Mammals of the World (6th ed., Vol. 2). Johns Hopkins University Press, Baltimore.

Aubry, K. B., McKelvey, K. S., & Copeland, J. P. (2007). Distribution and broadscale habitat relations of the wolverine in the contiguous United States. Journal of Wildlife Management, 71(7), 2147–2158.

Brodie, J. F., & Post, E. (2010). Nonlinear responses of wolverine populations to declining winter snowpack. Population Ecology, 52(2), 279–287.

Copeland, J. P., McKelvey, K. S., Aubry, K. B., Landa, A., Persson, J., Inman, R. M., ... & Squires, J. R. (2010). The bioclimatic envelope of the wolverine (Gulo gulo): Do climatic constraints limit its geographic distribution? Canadian Journal of Zoology, 88(3), 233–246.

Inman, R. M., Magoun, A. J., Persson, J., & Mattisson, J. (2012). The wolverine's niche: Linking reproductive chronology, caching, competition, and climate. Journal of Mammalogy, 93(3), 634–644.

Krebs, J., Lofroth, E., Copeland, J., Banci, V., Cooley, D., Golden, H., ... & Weir, R. (2004). Synthesis of survival rates and causes of mortality in North American wolverines. Journal of Wildlife Management, 68(3), 493–502.

Landa, A., Lindén, M., & Kojola, I. (2000). Action plan for the conservation of wolverines (Gulo gulo) in Europe. Council of Europe, Nature and Environment, No. 115.

Lofroth, E. C., & Krebs, J. (2007). The abundance and distribution of wolverines in British Columbia, Canada. Journal of Wildlife Management, 71(7), 2159–2169.

McKelvey, K. S., Copeland, J. P., Schwartz, M. K., Littell, J. S., Aubry, K. B., Squires, J. R., ... & Holman, J. E. (2011). Climate predictions and empirical evidence for climatic refugia of wolverine. Biological Conservation, 144(10), 2512–2521.

Persson, J. (2005). Female wolverine (Gulo gulo) reproduction: Reproductive costs and winter food availability. Canadian Journal of Zoology, 83(10), 1453–1459.

Schwartz, M. K., Copeland, J. P., Anderson, N. J., Squires, J. R., Inman, R. M., McKelvey, K. S., ... & Cushman, S. A. (2009). Wolverine gene flow across a narrow climatic niche. Ecology, 90(11), 3222–3232.

COSEWIC (2014). COSEWIC assessment and status report on the wolverine Gulo gulo in Canada. Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada, Ottawa.

USFWS (2013). Threatened status for the distinct population segment of the North American wolverine occurring in the contiguous 48 states. Federal Register, 78(23), 7864–7891.

Bauer, G. (1990). Le Bestiaire magique : Mythes et légendes des animaux sauvages. Éditions de l'Espace Européen.

Brightman, R. A. (1993). Grateful Prey: Rock Cree Human-Animal Relationships. University of California Press.

Clermont, N. (1974). L'hiver et les Algonquins. Recherches amérindiennes au Québec, 4(3), 33-41.

Savard, R. (1971). Carcajou et le sens du monde : Récits montagnais-naskapi. Éditeur officiel du Québec.