Manimalworld
Manimalworld Encyclopédie des animaux sauvages

Ours noir américain (Ursus americanus)


L’ours noir américain (Ursus americanus), couramment appelé baribal, est un mammifère de l'ordre des carnivores et de la famille des ursidés, endémique de l'Amérique du Nord. Il s'agit de l'espèce d'ours la plus petite et la plus largement répandue du continent, présente du Canada septentrional jusqu'au nord du Mexique, en passant par l'ensemble des États-Unis continentaux. Malgré son nom, sa robe n'est pas toujours noire : elle varie du brun roux au blond, et certaines populations côtières de Colombie-Britannique abritent même des individus au pelage blanc crème. Espèce omnivore et opportuniste, il fréquente principalement les massifs forestiers, mais fait preuve d'une remarquable plasticité écologique. L'IUCN le classe parmi les espèces de "Préoccupation mineure", sa population totale étant estimée à environ deux fois celle de toutes les autres espèces d'ours réunies.


Ours noir americain (Ursus americanus)
Ours noir américain (Ursus americanus)
© Hannah Dickinson - iNaturalist
CC-BY (Certains droits réservés)



DESCRIPTION

L'ours noir américain est un ursidé de taille moyenne, morphologiquement plus léger et plus gracile que le grizzly (Ursus arctos horribilis) avec lequel il cohabite dans l'ouest du continent. Les mâles adultes pèsent généralement entre 60 et 270 kilogrammes, tandis que les femelles, nettement plus petites, demeurent le plus souvent entre 40 et 140 kilogrammes, la masse variant fortement selon la saison, la sous-espèce et la disponibilité alimentaire. La longueur totale du corps s'établit entre 120 et 200 centimètres, à laquelle s'ajoute une queue rudimentaire de 7 à 15 centimètres, et la hauteur au garrot oscille entre 70 et 105 centimètres. Les plus grands individus sont observés chez les populations insulaires et septentrionales, notamment à Terre-Neuve et en Alaska, où la taille corporelle dépasse régulièrement la moyenne de l'espèce.

Le profil facial constitue l'un des caractères distinctifs majeurs de l'espèce : le chanfrein est droit et long en net contraste avec la concavité faciale caractéristique de l'ours brun. Les oreilles sont arrondies et proportionnellement grandes, les yeux petits, et le museau se prolonge par une truffe au flair exceptionnel, capable de détecter une source alimentaire à plusieurs kilomètres. Les pattes sont plantigrades et munies de cinq doigts pourvus de griffes courtes, robustes et fortement recourbées, adaptation remarquable à l'escalade des arbres que le grizzly ne possède pas. L'absence de bosse dorsale entre les épaules, présente chez l'ours brun, permet également de distinguer les deux espèces sur le terrain.

Le pelage, dense et laineux, présente une variabilité chromatique exceptionnelle au sein des ursidés. La robe noire domine dans l'est du continent, tandis que les phases brunes, cannelle et blondes prévalent dans l'ouest, où elles pourraient conférer un avantage mimétique en imitant l'ours brun face aux concurrents interspécifiques. La phase blanche dite ours Kermode, propre à la sous-espèce kermodei de Colombie-Britannique, résulte d'un allèle récessif du gène MC1R et ne constitue pas un albinisme. Des individus gris bleuté, appelés ours glaciers, se rencontrent quant à eux sur la côte de l'Alaska du Sud-Est.

La dentition, caractéristique d'un omnivore généraliste, comprend 42 dents : des canines puissantes destinées à déchirer, des prémolaires réduites et des molaires larges et aplaties, adaptées au broyage des végétaux. La formule dentaire, la dentition carnassière peu spécialisée et le système digestif relativement court traduisent une stratégie trophique opportuniste fondée sur la digestibilité plutôt que sur la prédation active. La longévité à l'état sauvage atteint couramment une vingtaine d'années, certains individus marqués dépassant trente ans en milieu protégé; la mortalité juvénile, la chasse et les collisions routières demeurent néanmoins les principaux facteurs limitant l'espérance de vie.


Ursus americanus
Ursus americanus
© Chris Fisher - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

HABITAT

L'ours noir américain occupe historiquement la quasi-totalité du continent nord-américain forestier, de l'Alaska et du Canada septentrional jusqu'au nord du Mexique, en passant par l'ensemble du territoire des États-Unis. Sa présence est aujourd'hui documentée dans douze provinces et territoires canadiens, une quarantaine d'États américains et plusieurs États du nord du Mexique, tels que le Nayarit et le Tamaulipas, pour une aire de répartition estimée à environ 10,5 millions de kilomètres carrés, représentant approximativement 65% de son aire historique. Cette aire a fortement régressé entre l'arrivée des colons européens et le milieu du XXe siècle, avant de se reconstituer durablement grâce à la gestion cynégétique et au reboisement.

L'espèce est étroitement associée aux milieux forestiers, qu'il s'agisse de forêts boréales de conifères, de forêts décidues de l'est, de forêts mixtes des Appalaches et des Rocheuses, de chênaies californiennes ou de la forêt pluviale tempérée du Pacifique. Elle affectionne particulièrement les peuplements offrant un étage arbustif dense, riche en fruits et en baies, ainsi qu'un couvert de fuite efficace contre les prédateurs et les congénères. Elle fréquente aussi les zones ripariennes, les tourbières, les pentes subalpines et, dans les Grandes Plaines, les galeries forestières le long des cours d'eau. Les ours utilisent des domaines vitaux très variables, de quelques dizaines à plusieurs centaines de kilomètres carrés selon le sexe, l'âge et la productivité du milieu, les mâles adultes couvrant les plus vastes superficies.

La plasticité écologique de l'espèce se manifeste par sa capacité à occuper des habitats anthropisés et des altitudes variées. Dans le sud-est des États-Unis, l'ours de Floride (Ursus americanus floridanus) exploite les forêts de pins, les bayous et les fourrés de palmettes; dans le désert du Bassin des Grands Bassins, quelques individus survivent dans les massifs montagneux isolés; à Terre-Neuve, l'ours occupe la toundra du parc national du Gros Morne. L'altitude d'occupation s'échelonne du niveau de la mer, sur la côte du Pacifique où certains ours exploitent les estrans à marée basse, jusqu'à plus de 3 000 mètres dans les montagnes du sud-ouest. Cette amplitude traduit une fidélité moins grande à un habitat particulier qu'à la disponibilité saisonnière des ressources alimentaires, qui gouverne l'ensemble des déplacements.


Ursus americanus distribution
     Répartition actuelle de l’ours noir américain
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

ALIMENTATION

Le régime alimentaire de l'ours noir américain est celui d'un omnivore opportuniste généraliste, dans lequel la matière végétale domine très largement. Les études de contenus stomacaux et fécaux indiquent que les végétaux représentent en moyenne près de trois quarts du régime annuel, le restant se partageant entre insectes, cadavres et proies occasionnelles. Cette prédominance végétale découle d'une physiologie peu adaptée à la prédation régulière : bien que classé dans l'ordre des carnivores, l'espèce ne consomme de la viande que lorsque l'occasion se présente, essentiellement sous forme de charognage, d'invertébrés ou de jeunes ongulés.

Le cycle annuel suit rigoureusement la phénologie des ressources. Au printemps, à l'émergence de la tanière, l'ours, en balance énergétique négative, recherche des aliments riches en protéines et facilement digestibles : herbacées succulentes, jeunes pousses, racines, bulbes, graminées, carex et fèves de mars. Les jeunes faons de cerfs et de wapitis peuvent être capturés à cette période, la prédation sur les ongulés demeurant toutefois marginale dans la plupart des populations. Les insectes sociaux, fourmis et surtout larves d'abeilles et de guêpes prélevées dans les troncs pourvus de miel et de couvain, apportent un complément protéique notable.

En été, le régime s'élargit aux fruits charnus, véritables pierres angulaires de l'écologie alimentaire de l'espèce comme les baies de ronce, myrtilles, framboises, amélanches, cerises, pommes sauvages et fruits de divers arbustes sont consommés en quantité dans les coupes forestières, les clairières et les pentes ensoleillées. Sur la côte du Pacifique, les populations côtières exploitent intensément les saumons en frai, dont les carcasses riches en lipides conditionnent le succès reproducteur des femelles, tandis que d'autres ours sédentarisés sur les estrans retournent les pierres à marée basse pour y consommer crabes et mollusques.

L'automne constitue la période critique de l'hyperphagie préparatoire à la mise bas et à la torpeur hivernale : l'ours noir américain ingère alors jusqu'à 20 000 kilocalories par jour, en privilégiant les graines riches en lipides et en glucides, les glands, faînes et noyers, dits fruits durs. La réussite ou l'échec de la glandée conditionne directement la condition corporelle, la fertilité des femelles et la survie des jeunes de l'année. L'hiver, en tanière, l'animal ne s'alimente pas du tout et jeûne plusieurs mois, en vivant exclusivement ses réserves adipeuses.


Ours noir americain gros plan
Gros plan de l’ours noir américain
© jim22lawrence - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

REPRODUCTION

L'ours noir américain présente une reproduction saisonnière caractérisée par un oestrus bref et une implantation différée de l'embryon. L'accouplement se déroule de juin à juillet, période durant laquelle les mâles parcourent de grandes distances pour localiser les femelles réceptives, suivant leurs pistes olfactives. Les femelles sont polyestriques saisonnières et peuvent s'accoupler avec plusieurs partenaires; la compétition entre mâles s'exprime davantage par la rivalité et l'évitement que par des combats sévères. La maturité sexuelle est atteinte vers trois à cinq ans, bien que certaines femelles se reproduisent dès deux ans dans les milieux très productifs, les plus vieilles femelles reproductrices documentées dépassant vingt ans.

La particularité physiologique centrale du cycle reproductif réside dans l'implantation différée : le blastocyte, issu de la fécondation estivale, reste libre dans l'utérus jusqu'en novembre ou décembre, ne s'implantant que lorsque la femelle entre en tanière. La gestation totale, mesurée du coït à la mise bas, atteint ainsi environ 235 jours, dont environ dix semaines de développement embryonnaire effectif. Ce mécanisme aligne la date de naissance sur la période hivernale et synchronise l'élevage des jeunes sur le printemps, saison d'abondance alimentaire. Le taux de reproduction est en outre directement déterminé par la condition corporelle de la femelle à l'automne : une femelle insuffisamment nourrie avorte silencieusement ou n'élève pas de jeune l'année suivante.

La mise bas intervient en janvier ou février dans la tanière d'hiver, souvent aménagée dans une souche creuse, une cavité rocheuse, un arbre couché ou sous un système racinaire. La portée compte en moyenne deux à trois oursons, avec des extrêmes de un à cinq, qui naissent extraordinairement immatures. Pesant environ 250 à 350 grammes, nus, aveugles et incapables de thermorégulation, ils figurent parmi les mammifères placentaires les plus nidicoles à la naissance en proportion de la taille maternelle.

L'émergence de la tanière a lieu entre mars et avril; les oursons, pesant alors de deux à quatre kilogrammes, suivent leur mère durant dix-sept mois environ, apprenant la recherche alimentaire, l'escalade et les comportements de fuite. La mortalité juvénile peut atteindre 30 à 50% selon la disponibilité des ressources et la prédation. La séparation intervient généralement au deuxième printemps, lors du retour de la mère en oestrus; les jeunes femelles peuvent alors s'établir à proximité du domaine maternel, alors que les mâles se dispersent plus loin, ce qui limite la consanguinité. L'intervalle entre deux portées est habituellement de deux ans, parfois de trois dans les populations septentrionales, l'espèce étant considérée comme l'un des vertébrés terrestres aux taux de reproduction parmi les plus lents relativement à sa masse.


Ours noir americain femelle et oursons
Ours noir américain femelle et ses oursons
© Benny Cottele - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

COMPORTEMENT

L'ours noir américain est fondamentalement une espèce solitaire, les seuls groupes durables étant constitués de la femelle et de ses jeunes. Les domaines vitaux individuels se chevauchent largement, sans territorialité au sens strict, l'espérance de défense active d'un territoire étant remplacée par un système de hiérarchies de dominance établies par la taille et l'âge. Le marquage joue un rôle central dans la communication interindividuelle : les arbres griffés et frottés, les morsures sur l'écorce et les empreintes olfactives déposées par les pattes ou par frottement du dos constituent de véritables relais d'information sur l'identité, le sexe et le statut reproductif des individus. Les ours se frottent notamment contre les mêmes arbres génération après génération, formant des "arbres à ours" bien connus des naturalistes.

L'activité est typiquement diurne dans les milieux naturels, mais elle bascule largement vers la crépuscularité et la nocturne dans les régions anthropisées, où l'évitement de l'homme structure l'emploi du temps quotidien. L'espèce est remarquablement arboricole : les oursons montent aux arbres dès quelques mois pour échapper aux prédateurs, et les adultes, griffes recourbées et musculature pectorale puissante, escaladent sans difficulté pour se nourrir, se réfugier ou, dans certaines régions méridionales, hiverner dans des cavités situées en hauteur. La nage est également maîtrisée, les ours franchissant de larges fleuves et lacs et pêchant activement en rivière.

L'hiver est marqué par un repos prolongé qualifié de torpeur plutôt que d'hibernation véritable. La température corporelle ne chute que modérément, le métabolisme ralentit d'environ la moitié, et l'animal demeure capable de se réveiller rapidement en cas de dérangement. La durée du repos varie de quelques semaines dans le sud de la Floride à sept mois en Alaska et à Terre-Neuve, où il figure parmi les plus longs des ours nord-américains. Durant cette période, il ne boit, ne mange ni n'élimine, les déchets azotés étant recyclés en protéines, ce qui explique l'absence d'atrophie musculaire malgré le jeûne.

Les interactions sociales se concentrent autour des ressources abondantes et localisées, saumons en frai, glandées ou dépotoirs, où des concentrations temporaires et des hiérarchies de nourrissage s'établissent, les plus grands mâles s'appropriant les meilleures positions. Les comportements de menace, souffles, claquements de mâchoires et charges simulées, précèdent généralement la fuite plutôt que l'attaque. Face à l'homme, l'ours noir américain privilégie systématiquement la fuite, y compris la femelle suitée; les comportements de défense des oursons, contrairement à une croyance répandue, se soldent presque toujours par la retraite de l'adulte vers les arbres. La signalétique stéréotypée qui présente la mère suitée comme dangereuse relève davantage de la prudence gestionnaire que de la statistique des attaques, très faible par rapport au nombre de contacts annuels.


Ours noir americain parc national Jasper
Ours noir américain au parc national Jasper, Canada
© Thomas Fuhrmann - Wikimedia Commons
CC-BY-SA (Certains droits réservés)

PRÉDATION

L'ours noir américain adulte, en raison de sa taille et de sa force, ne compte guère de prédateurs réguliers à l'état sauvage; la pression de prédation se concentre presque exclusivement sur les jeunes de l'année et, dans une moindre mesure, sur les subadultes. Le principal prédateur naturel documenté est l'ours brun (Ursus arctos), dont les mâles tuent et consomment des ours noirs, en particulier des oursons, partout où les deux espèces cohabitent dans l'ouest du continent. La prédation interspécifique n'est pas seulement trophique : elle participe aussi de la compétition, l'élimination des concurrents et de leur descendance procurant un avantage aux ours bruns dans les milieux partagés. Il n'existe toutefois aucune preuve solide d'hybridation naturelle entre les deux espèces, les accouplements rapportés demeurant anecdotiques et le mécanisme d'isolement reproductif paraissant efficace.

Le loup gris (Canis lupus) constitue le second prédateur documenté. Les meutes peuvent harceler et tuer des oursons et, exceptionnellement, des adultes affaiblis, en particulier en hiver ou au sortir de la tanière. Des interactions agonistiques observées au Minnesota, en Alberta et dans le Yellowstone montrent une vigilance accrue des ourses suitées en zones à loups, sans que l'impact démographique soit mesurable au niveau des populations. Les récits d'ours noirs tués par des loups demeurent rares et circonscrits à des circonstances défavorables à l'ours.

Le puma (Puma concolor) s'attaque occasionnellement aux oursons et aux jeunes subadultes, notamment en Californie, en Floride et dans les Rocheuses; cette prédation, régulière mais dispersée, ne menace pas la viabilité des populations d'ours, dont elle ne constitue qu'une composante mineure de la mortalité juvénile. Le coyote (Canis latrans) et l'aigle royal (Aquila chrysaetos) peuvent exceptionnellement prélever des très jeunes oursons dans les premiers jours suivant l'émergence de la tanière, mais ces cas relèvent de l'anecdote.

La mortalité juvénile globale, qui peut dépasser 30% la première année, provient toutefois davantage de la famine, du cannibalisme intraspécifique et des accidents que de la prédation allochtone. Le cannibalisme par des mâles adultes, phénomène documenté dans plusieurs populations, affecte principalement les oursons, tandis que la famine des jeunes à l'émancipation et la dispersion périlleuse des subadultes expliquent l'essentiel des pertes. Il convient enfin d'ajouter que l'homme demeure, de très loin, la première cause de mortalité de l'espèce par les tirs de chasse, les collisions routières et les destructions d'animaux à problème, l'ensemble des prédateurs naturels ne représentant qu'une fraction négligeable de la mortalité totale comparé aux sources anthropiques.


Ours noir americain Vancouver
Ours noir de Vancouver (Ursus americanus vancouveri)
© Alex Patten - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

MENACES

Bien que l'ours noir américain figure parmi les espèces les moins menacées de la famille des ursidés, il demeure exposé à un ensemble de pressions dont l'intensité varie fortement selon les régions. La première menace historique est la perte et la fragmentation des habitats : le déboisement agricole des XIXe et XXe siècles a réduit l'aire de l'espèce à environ un tiers de son étendue d'origine dans l'est du continent, et la fragmentation demeure aiguë en Floride, dans le sud des Appalaches et en Californie, où les axes routiers cloisonnent les métapopulations. La construction résidentielle, commerciale et routière en lisière des massifs forestiers étend chaque année les zones d'interface homme-faune, sources de conflits croissants.

Les conflits homme-ours constituent la seconde menace majeure, en constante augmentation dans les États de l'est et du sud des États-Unis. Les ours attirés par les poubelles, mangeoires et cultures deviennent des animaux à problème, tués légalement par les services fauniques ou illégalement par les propriétaires. Cette dépendance alimentaire anthropique altère le comportement, accroît la mortalité routière et suscite une intolérance sociale qui fragilise les programmes de conservation. La mortalité routière a atteint des niveaux significatifs en Floride, au New Jersey et en Pennsylvanie, où elle constitue la première cause documentée de mortalité non cynégétique.

La chasse, très largement encadrée, ne menace pas la viabilité globale de l'espèce, mais le braconnage persiste, motivé par le marché des vésicules biliaires et des griffes utilisé en médecine traditionnelle asiatique, ainsi que par le commerce illégal de trophées. Le contrôle du commerce international relève de la CITES, qui inscrit l'espèce à son Annexe II. La surexploitation localisée peut également résulter de quotas mal calibrés dans de petites populations insulaires, sensibles à la dérive génétique et à la stochasticité démographique.

Les menaces climatiques prennent enfin de l'importance. Le réchauffement modifie la phénologie des fructifications et la synchronie entre la glandée et l'hyperphagie, tandis que les incendies de forêt de grande ampleur, de plus en plus fréquents dans l'ouest, détruisent temporairement les peuplements de glands et de baies. En Louisiane, l'ours noir de Louisiane (Ursus americanus luteolus), inscrit comme menacée en vertu de l'Endangered Species Act, illustre la vulnérabilité des populations relictuelles dont l'habitat se réduit aux forêts riveraines. À l'échelle continentale, toutefois, aucune de ces menaces ne remet en cause la viabilité de l'espèce, dont la population est stable ou croissante dans la très grande majorité des juridictions.


Ours noir americain zoo Minnesota
Ours noir américain au zoo du Minnesota, USA
Crédit photo: Alex Kantorovich - Zooinstitutes

CONSERVATION

Le statut de conservation de l'ours noir américain constitue l'une des réussites les plus manifestes de la gestion de la faune nord-américaine. L'IUCN classe l'espèce en "Préoccupation mineure" (LC) sur sa Liste rouge, la tendance globale étant estimée croissante, et la dernière évaluation du Groupe de spécialistes des ours, coordonné par Garshelis et ses collaborateurs, souligne la solidité démographique de l'espèce dans la plupart des juridictions. À l'échelle nationale, les populations sont gérées par les agences fédérales des États-Unis et provinciales du Canada selon des plans fondés sur le suivi des populations, les quotas et la réglementation des modes de chasse.

L'encadrement juridique international repose sur la CITES, inscrite à l'Annexe II, qui soumet à autorisation l'exportation des trophées et des produits dérivés. Aux États-Unis, l'Endangered Species Act protège spécifiquement la sous-espèce de Louisiane, dont le statut de menacé, attribué en 1992, a fait l'objet d'une proposition de déclassement après reconstitution démographique, et la similarité d'apparence a permis d'étendre la protection à l'ensemble des ours noirs présents dans l'aire historique de la sous-espèce, à l'est du Texas, en Louisiane et dans le sud du Mississippi.

La restauration de l'espèce dans l'est du continent illustre l'efficacité de la gestion moderne : interruption de la chasse dans de nombreux États, reboisement massif des terres agricoles abandonnées, création d'aires protégées et programmes de réintroduction ont permis aux populations de l'Arkansas, du New Jersey, de la Floride et du Maryland de se reconstituer à partir de noyaux relictuels. L'Arkansas conserve une référence emblématique avec la réintroduction dans les Interior Highlands entre 1958 et 1968, qui a repeuplé l'ensemble de l'État. Dans les provinces canadiennes, la Colombie-Britannique a mis en place, en 2006, un accord de gestion du territoire couvrant 18 000 kilomètres carrés de forêt pluviale pour protéger l'ours kermode, emblème provincial.

La cohabitation avec l'homme fait aujourd'hui l'essentiel du travail de conservation : stérilisation des sources alimentaires anthropiques, gestion des poubelles publiques, éducation du public, dispositifs d'effarouchement et protocoles de destruction sélective des ours à problème. Les organisations non gouvernementales et les agences élaborent conjointement des guides de bonne pratique à l'attention des riverains, tandis que les équipes routières développent des passages à faune, dont l'efficacité démographique a été démontrée dans le parc national de Banff. Enfin, la recherche scientifique mobilise le suivi radio-télémétrique, les pièges photographiques et les études génétiques non invasives sur les poils et les fèces, dont les données alimentent les modèles démographiques et les plans de gestion.


Ours noir americain illustration
Illustration de l'ours noir américain
Auteur: JT Bowen; d'après John James Audubon
CC0 (Domaine public)

TAXONOMIE

L'histoire taxonomique de l'ours noir américain illustre l'évolution des conceptions systématiques chez les grands mammifères. L'espèce a été décrite formellement par le naturaliste allemand Peter Simon Pallas en 1780, dans le quatorzième volume de son Spicilegia Zoologica, la localité type étant l'Amérique du Nord orientale. Le nom binominal Ursus americanus est ainsi affecté à un animal déjà bien connu des peuples autochtones et des colons, mais que la science linnéenne n'avait pas encore distingué clairement de l'ours brun européen. La description de Pallas, fondée sur des spécimens d'Amérique du Nord orientale, fixe le patronyme qui demeure en usage à ce jour.

Au début du XXe siècle, la systématique du genre Ursus s'est complexifiée avec la proposition de genre distinct. Le sous-genre Euarctos, érigé par plusieurs auteurs, notamment Hall en 1981 et Thenius en 1979, a été proposé pour isoler l'ours noir américain du reste du genre, en raison de caractères crâniens et dentaires distinctifs, notamment l'absence de prémolaire supérieure réduite et le profil facial droit. Cette classification a prévalu dans une partie de la littérature du XXe siècle, où l'espèce figure sous le nom d'Euarctos americanus. La systématique moderne, fondée sur les analyses moléculaires, a toutefois ramené l'ours noir dans le genre Ursus, le rang de sous-genre étant encore occasionnellement mentionné.

Les approches génétiques ont en effet profondément renouvelé la compréhension des relations de parenté au sein des ursidés. Les analyses de phylogénie moléculaire indiquent que les ours noir américain et les ours noirs asiatiques constituent des taxons frères, plus étroitement apparentés entre eux qu'à tout autre ours moderne, la divergence avec l'ours brun et l'ours polaire remontant à environ cinq millions d'années. Le line d'ours noirs américains et asiatiques s'est ainsi séparé du reste du genre Ursus bien avant la radiation des ours bruns et polaires. La question de la monophylie du genre Ursus au sens large, intégrant l'ours noir, reste débattue, certains auteurs plaidant pour la reconnaissance de genres distincts.

La classification de référence, issue de la troisième édition de Mammal Species of the World et reprise par l'Association internationale pour la recherche et la gestion des ours, reconnaît seize sous espèces d'ours noir américain, distinguées principalement par des différences morphologiques mineures et par des données génétiques. L'examen de ces formes illustre la grande variabilité géographique de l'espèce, notamment en matière de robe, et montre que la délimitation sous-spécifique demeure pour partie conventionnelle, plusieurs taxa étant fondés sur la seule coloration.

- Ursus americanus altifrontalis (Ours noir olympique)

- Ursus americanus amblyceps (Ours noir du Nouveau-Mexique)

- Ursus americanus americanus (Ours noir de l'Est)

- Ursus americanus californiensis (Ours noir de Californie)

- Ursus americanus carlottae (Ours noir de Haïda Gwaii)

- Ursus americanus cinnamomum (Ours noir Cannelle)

- Ursus americanus emmonsii (Ours noir argenté)

- Ursus americanus eremicus (Ours noir du Mexique)

- Ursus americanus floridanus (Ours noir de Floride)

- Ursus americanus hamiltoni (Ours noir de Terre-Neuve)

- Ursus americanus kermodei (Ours kermode)

- Ursus americanus luteolus (Ours noir de Louisiane)

- Ursus americanus machetes (Ours noir de l'ouest mexicain)

- Ursus americanus perniger (Ours noir de Kenai)

- Ursus americanus pugnax (Ours noir côtier)

- Ursus americanus vancouveri (Ours noir de Vancouver)


American black bear
En anglais, l’ours noir américain est appelé American black bear
© Anneliese Mak - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

CLASSIFICATION


Fiche d'identité
Nom communOurs noir américain
Autre nomBaribal
English nameBlack bear
American black bear
Español nombreOso negro americano
Oso negro
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
Super-classeTetrapoda
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreCarnivora
Sous-ordreCaniformia
FamilleUrsidae
Sous-familleUrsinae
GenreUrsus
Nom binominalUrsus americanus
Décrit parPeter Simon Pallas
Date1780



Satut IUCN

Préoccupation mineure (LC)

SOURCES

* Liens internes

Animal Diversity Web

iNaturalist

Liste Rouge IUCN des espèces menacées

Mammal Species of the World (MSW)

Système d'information taxonomique intégré (ITIS)

US Fish and Wildlife Service (FWS)

* Liens externes

Global Biodiversity Information Facility (GBIF)

Wikimedia Commons

Zooinstitutes

* Bibliographie

Pallas, P.S. (1780). Spicilegia Zoologica, vol. 14 : 5.

Larivière, S. (2001). Ursus americanus. Mammalian Species, 647 : 1-11, American Society of Mammalogists.

Britannica, The Editors of Encyclopaedia (2024). Black bear (Ursus americanus). Encyclopædia Britannica.

International Association for Bear Research and Management (IBA). Ursus americanus (American black bear). Bear Biology.

Garshelis, D.L. et Hristienko, H. (2006). State and provincial estimates of American black bear numbers versus assessments of population trend. Ursus, 17(1) : 1-14.

Williamson, D.F. (2002). In the Black: Status, Management, and Trade of the American Black Bear (Ursus americanus) in North America. TRAFFIC North America, World Wildlife Fund, Washington D.C.

National Park Service (NPS). Oregon Zoo. American black bear — Fiche naturaliste.

New Jersey Division of Fish and Wildlife (NJDEP). Black Bear Biology and Behavior.

Garshelis, D.L., Crider, D. et van Manen, F.T. (2016). Ursus americanus. The IUCN Red List of Threatened Species, e.T41687A45033900.

U.S. Fish and Wildlife Service. Louisiana black bear (Ursus americanus luteolus) — Endangered Species Act.

IFAW (International Fund for Animal Welfare). Black Bears: Facts, Diet, Habitat, and Conservation.

Wilson, D.E. et Reeder, D.M. (2005). Mammal Species of the World: A Taxonomic and Geographic Reference, 3e édition, Johns Hopkins University Press, 2 vol., 2142 p.

Hall, E.R. (1981). The Mammals of North America, 2e édition, John Wiley and Sons, New York.

Hornaday, W.T. (1905). A new white bear from British Columbia. Smithsonian Miscellaneous Collections.