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Grizzly (Ursus arctos horribilis)


Le grizzly (Ursus arctos horribilis) est la sous-espèce nord-américaine continentale de l'ours brun (Ursus arctos), l'un des plus grands carnivore terrestres de l'hémisphère Nord. Appartenant à la grande famille des ursidés (Ursidae), ce prédateur charismatique se distingue par sa silhouette massive, son intelligence remarquable et son adaptation poussée aux environnements sauvages. Autrefois largement répandu à travers une vaste portion de l'ouest du continent, cet animal symbolise à la fois la force indomptable de la nature sauvage et la vulnérabilité de la faune face à l'expansion humaine. Sa présence historique et actuelle façonne profondément les paysages qu'il habite, influençant la dynamique des populations végétales et animales par son rôle écologique d'espèce clé. Son histoire est indissociable de celle de la colonisation de l'Ouest américain, qui l'a exterminé sur la quasi-totalité de son ancienne aire méridionale.


Grizzly (Ursus arctos horribilis)
Grizzly (Ursus arctos horribilis)
© Giff Beaton - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)



DESCRIPTION

Le grizzly est un ours massif et trapu dont la silhouette se reconnaît d'emblée à la bosse musculeuse qui surmonte ses épaules. Cette saillie, formée par les muscles du dos et de l'épaule attachés à de hautes apophyses épineuses vertébrales, fournit la puissance de ses membres antérieurs, adaptés au creusement et au fouissage. La tête est large, le profil du museau concave, les oreilles courtes et arrondies, les yeux petits. Le crâne, robuste, porte de fortes crêtes sagittales chez les vieux mâles, auxquelles s'ancrent les puissants muscles masticateurs.

Le dimorphisme sexuel est marqué. Les mâles adultes pèsent en général entre 180 et 360 kilogrammes, les femelles entre 100 et 200, mais ces valeurs varient fortement selon la latitude, la saison et la richesse du milieu : les ours du littoral alaskien, qui profitent des remontées de saumons, dépassent souvent de très loin ceux de l'intérieur des Rocheuses, et certains mâles atteignent ou franchissent les 450 kilogrammes. Debout sur ses pattes arrière, un grand mâle mesure jusqu'à deux mètres et demi, tandis que la longueur tête-corps atteint couramment entre 1,7 et 2,5 mètres et la hauteur au garrot environ un mètre à un mètre vingt. La queue reste vestigiale, de dix à quinze centimètres environ. Le poids fluctue d'ailleurs de manière spectaculaire au fil de l'année, un individu pouvant gagner une part considérable de sa masse en quelques mois d'engraissement automnal.

Le pelage, épais et double, se compose d'un sous-poil dense et de longs poils de garde. Sa teinte va du blond pâle au brun sombre, presque noir, en passant par le roux et le cannelle, et se distingue souvent par l'extrémité argentée ou dorée des poils de garde, qui donne à l'animal son aspect givré. La coloration varie au sein d'une même portée et n'a donc pas de valeur diagnostique. Les griffes, non rétractiles, droites et peu courbées, mesurent de six à dix centimètres sur les pattes antérieures et servent avant tout à creuser, à retourner les pierres et à déterrer racines, rongeurs et bulbes; elles sont bien plus longues que celles de lours noir américain, ce qui aide à distinguer les deux espèces, avec la bosse et le profil du visage.

La denture, de quarante-deux dents, reflète le régime omnivore : les carnassières sont peu spécialisées et les molaires larges et aplaties permettent de broyer végétaux et graines, tandis que les canines, longues et puissantes, servent à saisir et à défendre. L'odorat est l'organe sensoriel dominant, capable de repérer une charogne ou des baies à grande distance; l'ouïe est bonne et la vue, médiocre mais plus performante qu'on ne le croit souvent, s'accommode aussi de la faible lumière. Malgré sa masse, le grizzly se déplace en plantigrade avec une aisance surprenante et peut, sur de courtes distances, dépasser 50 km/h. Les traces, qui aident à l'identifier, montrent cinq doigts et les marques des griffes bien en avant des coussinets.


Ursus arctos horribilis
Ursus arctos horribilis
© Amir Said - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

HABITAT

À l'arrivée des Européens, le grizzly occupait l'ensemble de l'ouest de l'Amérique du Nord, depuis l'Alaska et le Yukon jusqu'au nord du Mexique, et des côtes du Pacifique jusqu'aux Grandes Plaines, où il fréquentait surtout les vallées fluviales. Plusieurs dizaines de milliers d'individus peuplaient alors les États-Unis contigus, des prairies californiennes aux montagnes du Sud-Ouest. Cette aire s'est effondrée entre le milieu du XIXe siècle et les années 1970 sous l'effet de la colonisation, de la chasse, de l'empoisonnement et de la conversion des terres, si bien que le grizzly ne subsiste plus aujourd'hui que dans une fraction infime de son territoire méridional d'origine.

Le noyau de l'aire actuelle se situe dans le nord-ouest du continent. L'Alaska abrite la plus importante population, de l'ordre de trente mille ours bruns toutes formes confondues, tandis que le Canada en héberge encore quelque vingt-cinq mille, répartis entre le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest, l'ouest du Nunavut, la Colombie-Britannique et l'Alberta, l'espèce ayant disparu des Prairies. Aux États-Unis contigus, environ deux mille grizzlis survivent dans quelques îlots montagneux du Montana, de l'Idaho, du Wyoming et de l'État de Washington : l'écosystème du Grand Yellowstone, celui de la Continental Divide nord, ainsi que les massifs isolés de Cabinet-Yaak, de la Selkirk et des North Cascades, où les effectifs sont extrêmement faibles.

Le grizzly est un animal de grands espaces, aux exigences écologiques étendues. Il exploite une mosaïque de milieux qu'il parcourt au rythme des saisons : forêts de conifères et prairies subalpines, éboulis et versants alpins, ripisylves et marais, toundra arctique dans le Nord, forêts pluviales tempérées et estuaires sur le littoral du Pacifique. Au printemps, il descend volontiers vers les basses altitudes pour exploiter les premières herbes, les carcasses d'ongulés morts pendant l'hiver et les avalanches, ces couloirs où la végétation précoce affleure; en été il gagne les prairies d'altitude, puis, à l'automne, il recherche les zones à baies, à graines ou à saumons qui lui permettront de constituer ses réserves. Cette transhumance saisonnière, parfois de plusieurs dizaines de kilomètres, impose la continuité des habitats.

Les domaines vitaux traduisent cette exigence : ils s'étendent sur quelques dizaines à quelques centaines de kilomètres carrés pour les femelles et peuvent dépasser un millier pour les mâles dans les régions pauvres de l'intérieur, alors qu'ils se réduisent nettement sur les côtes où la nourriture est abondante. La densité, elle aussi, varie considérablement, de quelques individus pour mille kilomètres carrés dans l'Arctique à plusieurs dizaines pour cent kilomètres carrés dans les meilleurs sites côtiers. Le grizzly recherche par ailleurs des sites d'hivernage précis, généralement des pentes à sol stable et à couverture neigeuse durable, souvent à haute altitude dans les Rocheuses. Il tolère mal les routes et les zones bâties, qu'il évite ou traverse à la faveur de la nuit, de sorte que la qualité de son habitat dépend autant du dérangement que de la ressource alimentaire.


Ursus arctos horribilis distribution
     Répartition actuelle du grizzly
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

ALIMENTATION

Le grizzly est un omnivore opportuniste dont le régime, d'une extrême plasticité, dépend de la région, de la saison et même de l'année. Contrairement à ce que suggère son classement parmi les carnivores, l'essentiel de son apport énergétique provient souvent de végétaux dans l'intérieur du continent : herbes, carex et prêles au printemps, ombellifères, racines et bulbes, puis baies, en particulier les airelles et les amélanchiers à l'été et à l'automne. Le fouissage laisse dans les prairies alpines de vastes surfaces retournées, qui contribuent à aérer le sol et à diversifier la végétation. Les insectes et leurs larves et fourmis, complètent ce menu.

La part animale reste néanmoins déterminante, car elle fournit les protéines et les lipides nécessaires à la croissance et à la reproduction. Le grizzly chasse les jeunes de wapiti et d'orignal et déterre marmottes et spermophiles dans leurs terriers. Il exploite aussi abondamment les charognes : les ongulés morts durant l'hiver ou tués par les loups, dont il dépossède fréquemment les meutes. À la belle saison, les papillons de nuit (noctuelles) s'accumulent par milliers dans les éboulis d'altitude et offrent à certains ours du Grand Yellowstone un apport lipidique concentré et à faible coût de capture. Les chasses actives d'adultes de grands ongulés demeurent, en revanche, occasionnelles.

Là où elles existent, deux ressources concentrées structurent la biologie des populations. Sur le littoral pacifique et dans certains bassins de l'Alaska, les remontées de saumons fournissent un apport de graisse et de protéines si abondant que l'ours ne consomme parfois que la chair grasse, les oeufs et le cerveau des poissons; l'accès à cette manne explique en grande partie la taille exceptionnelle des individus côtiers et les fortes densités qu'ils atteignent. Dans le Grand Yellowstone, où le saumon fait défaut, les graines du pin à écorce blanche jouent un rôle comparable : les écureuils roux les stockent dans des caches, que le grizzly repère à l'odorat et pille à l'automne, et les années de mauvaise production, ou le dépérissement des peuplements, ont modifié ses déplacements et accru les conflits avec l'homme.

Cette diversité alimentaire s'inscrit dans un cycle énergétique strict. À la sortie de la tanière, l'animal, amaigri, se nourrit peu et cherche une nourriture facile à digérer; l'appétit augmente à mesure que la végétation avance. À partir de la fin de l'été, il entre en hyperphagie : il peut alors consommer, selon les estimations, de l'ordre de vingt mille kilocalories par jour et consacrer l'essentiel de son temps à s'alimenter, pour accumuler les réserves de graisse qui soutiendront le jeûne hivernal et, chez la femelle, la gestation et la lactation. Durant l'hibernation, il ne mange, ne boit et n'excrète pratiquement rien; ses besoins sont couverts par le catabolisme des lipides et le recyclage de l'urée, ce qui lui permet de préserver sa masse musculaire.


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Grizzly qui pêche le saumon

REPRODUCTION

Le grizzly atteint généralement sa maturité sexuelle vers l’âge de 4 ou 6 ans. La saison d’accouplement commence en juin. Le mâle s’accouple avec plusieurs femelles, leurs mordillant le cou et en grognant. La gestation dure entre 6 et 8 mois. Cette période longue ne fait naître les petits qu’en hiver, lorsque la femelle est bien à l’abri dans sa tanière. Ceci s’explique car l’ovule fécondé ne rejoint l’utérus qu’en automne, ce qui permet à la femelle de prévoir des réserves de graisse assez importantes pour elles et les petits dans son ventre.

La femelle donne généralement naissance entre 1 et 4 oursons. À la naissance un ourson grizzly ne mesure pas plus de 20 cm et son poids varie entre 500 et 700 g. Il naît aveugle et presque nu dans l’obscurité de la tanière maternelle. Il sera allaité par sa mère jusqu’à l’âge de 18 mois.

Lorsque les oursons quittent la tanière pour la première fois sous l’œil bienveillant de leur mère, ils ne pèsent pas plus de 9 kg. Les oursons quittent leur mère dans leur troisième ou quatrième année. Cependant, deux tiers des oursons meurent avant d’atteindre leur premier anniversaire. Il peut également arriver qu’un mâle rôdant dans le coin tue les petits d’une portée.


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Grizzly femelle et ses oursons

COMPORTEMENT

Le grizzly est un animal solitaire bien qu’il tolère la présence de ses congénères dans son entourage. Le domaine d’un mâle peut atteindre 1 800 km². À part l’homme, le grizzly n’a pas d’ennemis naturels, seuls quelques combats brefs ont parfois lieu entre deux mâles durant la saison des accouplements. Il est plus à craindre de l’agressivité d’une femelle qui défend ses petits.

Les grizzlys vagabondent au printemps et en été. En automne, ils mangent énormément pour accumuler des réserves de graisse pour l’hiver, période pendant laquelle il passe la quasi-totalité de son temps à dormir. Le grizzly n’hiberne pas vraiment, car il lui arrive de se réveiller pour manger lorsque les journées sont moins froides. L’image que nous avons des ours passant l’hiver dans une grotte est réaliste, puisque les grizzlys utilisent parfois ce genre d’abris naturel. Cependant, la plupart des grizzlys creuseront eux-mêmes leurs propres abris dans le sol, s’y réfugiant dès que les chutes de neige deviennent importantes. Cette neige qui recouvrira alors l’abri constituera une parfaite cloison isolante.

Il convient de noter que l’on ignore encore beaucoup du comportement et des mœurs du grizzly, la majorité des observations étant faites dans des endroits à forte concentration d’ours où leur comportement est sans doute très différent de celui des ours plus solitaires. Cette méconnaissance explique en partie, avec la complexité inhérente au comportement animal, la réputation du grizzly d’être imprévisible.


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Combat entre grizzlys mâles
© Andrew Kelly

ÉTAT DES POPULATIONS

Comme beaucoup d’animaux peuplant notre planète, le grizzly est une espèce menacée d’extinction. Le 9 janvier 2006, l’U.S. Fish and Wildlife Service a proposé d’enlever le grizzly du parc national de Yellowstone de la liste d’espèces menacées et protégées. En mars 2007 il n’est plus considéré comme menacé au parc national de Yellowstone. Mais le 22 septembre 2009, un juge fédéral rétablit la protection pour les ours.

Dans les années 1800, la population mondiale de grizzly était estimée à environ 50 000 spécimens. En 1975, un recensement au parc de Yellowstone faisait état entre 136 et 312 individus. Aujourd’hui, on en compte un peu plus de 500. En Alaska, on ne compte pas moins de 40 000 grizzlys. C’est en effet dans ce secteur que l’on dénombre la plus grande population de cet ursidé. Cet État de 1,5 million de km² abrite 98 % des ours bruns des États-Unis et 70 % de ceux répertoriés en Amérique du Nord.

Ces derniers siècles, l’activité humaine aura connu une croissance rapide réduisant ainsi l’espace vital du grizzly et rendant impossible l’isolement entre l’homme et l’animal. Or pour assurer leur survie, il faudrait justement que le grizzly puisse vivre loin de tout contact humain. Jusqu’au début des années 1980, de nombreux grizzlys sont morts par suite des mauvaises pratiques de gestion des déchets qui avaient cours dans les parcs nationaux. Dans le secteur de Lake Louise, un nombre particulièrement élevé de bêtes a été abattu ou transplanté. Depuis peu, la population locale commence à se remettre de ce taux de mortalité élevé, mais elle croît lentement et elle est vulnérable aux variations du taux de natalité et du taux de mortalité.


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Grizzly au parc national de Yellowstone

SAVIEZ-VOUS QUE ?

* Le grizzly peut s’hybrider avec l’ours polaire. Le résultat de cette hybridation est appelé pizzly ou encore Grolar.

* Le grizzly est souvent confondu avec les 2 autres sous-espèces d’ours brun, l’ours kodiak et le grizzly mexicain, mais ceux-ci sont génétiquement et physiquement éloignés.

* Le mot grizzly s’écrit de deux façons différentes : Grizzly ou Grizzli.

* Le grizzly est l’un des plus grands carnivores terrestres.

* L’ours kodiak, peut peser jusqu’à une tonne, soit presque le double du grizzly, et mesurer jusqu’à 3 m.

* Le grizzli est rarement belliqueux. Sa taille lui permet d’éviter de se battre avec les autres animaux et, dans la mesure du possible, il évitera tout contact avec les humains.


Pizzly ou grolar
Le pizzly ou grolar est un hybride issu du croisement entre
un grizzly et un ours polaire

CLASSIFICATION


Fiche d'identité
Nom communGrizzly
Autre nomGrizzli
English nameGrizzly bear
Español nombreOso grizzly
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreCarnivora
Sous-ordreCaniformia
FamilleUrsidae
Sous-familleUrsinae
Super-familleOurs
GenreUrsus
EspèceOurs brun
Nom binominalUrsus arctos horribilis
Décrit parGeorge Ord
Date1815



Satut IUCN

Vulnérable (VU)

Grizzly bear
En anglais, le grizzly est appelé Grizzly bear

SOURCES


Le Monde Animal

Bears of the world

FAAXAAL

Système d'information taxonomique intégré (ITIS)

Andrew Kelly Wildlife and Landscape photography

Hinterland Who's Who

Wikimedia Commons

Rolf Hicker Photography

Canadian Museum of Nature