Potamochère du Cap (Potamochoerus larvatus)
Le potamochère du Cap (Potamochoerus larvatus) est un mammifère omnivore appartenant à la famille des Suidae dans le genre Potamochoerus. Souvent confondu avec son proche parent le potamochère roux (Potamochoerus porcus), cet animal robuste se distingue par un pelage plus sombre, une morphologie impressionnante et une grande faculté d'adaptation aux environnements modifiés par l'homme. Il joue un rôle écologique majeur dans le renouvellement des sols et la dispersion des graines au sein des écosystèmes forestiers et savanicoles. Bien que ciblé par la chasse et confronté à des conflits récurrents avec le monde agricole en raison des dégâts qu'il cause aux cultures, le potamochère du Cap demeure une espèce résiliente. Sa classification taxonomique a connu de profondes révisions, passant d'un statut de simple sous-espèce du genre Sus à une reconnaissance spécifique propre au sein du genre Potamochoerus.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)Le potamochère du Cap est un mammifère robuste dont la morphologie est bien adaptée à une vie semi-aquatique et forestière. Les adultes présentent une longueur totale du corps comprise entre 100 et 150 cm, avec une queue de 30 à 45 cm, et une hauteur au garrot variant de 55 à 80 cm. Le poids oscille généralement entre 46 et 115 kg. Le dimorphisme sexuel est présent chez cette espèce, les mâles étant significativement plus massifs que les femelles. Le corps est trapu, les membres courts et puissants, et la tête volumineuse avec un groin cartilagineux musclé, organe essentiel à la fouille du sol.
Le pelage constitue l'un des traits les plus distinctifs de l'espèce. La robe de base est d'un roux brun à ocre, pouvant varier du jaune sable au brun foncé selon les individus et les sous-espèces. Une crinière de poils plus longs et plus clairs, souvent blanc-jaunâtre, s'étend le long de la colonne vertébrale depuis la nuque jusqu'à la croupe. Les joues arborent des touffes de poils blancs ou crème particulièrement développées chez les adultes. Les juvéniles présentent un pelage rayé de lignes longitudinales jaunâtres sur fond brun, un patron cryptique qui disparaît progressivement avec l'âge. Cette livrée juvénile est un caractère commun à de nombreux représentants de la famille des suidés.
La tête est ornée de verrues cutanées caractéristiques, dont le développement augmente avec l'âge et atteint son maximum chez les vieux mâles. Ces excroissances, localisées notamment sous les yeux et le long des maxillaires, sont partiellement recouvertes de poils épais. Les canines supérieures forment des défenses recourbées vers le haut pouvant atteindre 25 cm chez les vieux mâles; celles inférieures, bien qu'également présentes, sont généralement plus courtes. Chez les femelles, les défenses sont présentes mais nettement moins développées. Les oreilles pointues sont frangées de touffes de poils blancs ou clairs particulièrement voyantes, ce qui constitue un critère d'identification aisé sur le terrain. Les yeux sont petits, de couleur sombre, avec une vision limitée compensée par un odorat et une ouïe très développés. La queue se termine par un petit gland de poils foncés que l'animal agite en signe d'agitation.
Les pieds sont biongulés, avec deux doigts fonctionnels portant des sabots solides et deux ergots accessoires latéraux. Cette structure digitale confère à l'animal une bonne stabilité sur des terrains variés, y compris les sols boueux des zones marécageuses qu'il affectionne. L'ensemble de la morphologie externe reflète un animal bien adapté à la vie dans des biotopes denses et humides, capable de se déplacer rapidement malgré son apparence massive.
© Marc Henrion - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)Le potamochère du Cap est l'un des suidés sauvages dont l'aire de distribution est parmi les plus étendues d'Afrique subsaharienne. L'espèce occupe un vaste territoire allant de l'Éthiopie et la Somalie au nord jusqu'au Cap en Afrique du Sud au sud, et de la côte atlantique à l'ouest jusqu'à la côte est de l'océan Indien. Elle est présente dans une grande majorité des pays d'Afrique orientale et australe, notamment au Kenya, Tanzanie, Mozambique, Zimbabwe, Zambie, Malawi, Angola, Botswana, Namibie, Eswatini et Afrique du Sud. À Madagascar, l'espèce a vraisemblablement été introduite par l'homme il y a plusieurs siècles, et y constitue aujourd'hui une population bien établie.
L'espèce colonise une grande variété de milieux, à condition que ceux-ci offrent un couvert végétal suffisant et une source d'eau à proximité. Les forêts humides tropicales et subtropicales constituent l'habitat de prédilection du potamochère du Cap, mais l'animal s'accommode également très bien des forêts galeries longeant les cours d'eau en milieu de savane, des bosquets de montagne, des fourrés côtiers et des maquis semi-arides. On le rencontre aussi régulièrement dans les zones de cultures adjacentes aux forêts, ce qui génère des conflits importants avec les communautés agricoles locales. La présence d'eau permanente ou semi-permanente est une condition quasi indispensable à son établissement, car il recourt fréquemment à des bains de boue pour réguler sa température et se protéger des ectoparasites.
En termes d'altitude, le potamochère du Cap s'avère remarquablement adaptable. On le rencontre du niveau de la mer jusqu'à plus de 4 000 mètres dans les zones montagneuses d'Éthiopie et d'Afrique de l'Est. Sur les pentes du mont Kenya et du Kilimandjaro, des individus ont été signalés à des altitudes très élevées, traversant même des zones de landes subalpines. Cette plasticité écologique est l'une des clés du succès de l'espèce face aux perturbations anthropiques croissantes. Dans les zones protégées, les populations sont généralement stables, voire en expansion, alors qu'elles régressent nettement dans les espaces non protégés soumis à une pression de chasse et d'agriculture intense.
Le potamochère du Cap est un omnivore opportuniste au régime alimentaire extrêmement varié, s'adaptant à la disponibilité saisonnière des ressources. La part végétale représente cependant la grande majorité de son bol alimentaire quotidien. Grâce à son groin cartilagineux particulièrement puissant et à ses pattes postérieures vigoureuses, il passe une grande partie de son temps à fouiller et retourner le sol. Ce processus lui permet d'exhumer une multitude de structures végétales souterraines très nutritives, telles que des racines, des tubercules, des bulbes et des rhizomes. Il consomme également des tiges tendres, des herbes, des gousses, des graines et des fruits tombés au sol. Dans les écosystèmes forestiers, le potamochère du Cap joue d'ailleurs un rôle important en tant que disperser de graines, tirant profit des fruits tombés sous les arbres et disséminant les noyaux dans ses excréments. Il suit régulièrement les troupes de primates pour récupérer les fruits partiellement entamés abandonnés depuis la canopée.
En plus de la matière végétale, le potamochère du Cap intègre une part significative de protéines animales à son alimentation. Il consomme une vaste gamme d'invertébrés enfouis dans la terre ou le bois en décomposition, comme les vers de terre, les larves d'insectes, les escargots, les myriapodes et les scorpions. Son opportunisme le pousse aussi à capturer de petits vertébrés, notamment des amphibiens, des reptiles, des rongeurs et les oisillons d'espèces nichant à terre, dont il raffole également des oeufs. Le potamochère ne dédaigne pas la charogne, consommant les carcasses d'animaux morts qu'il découvre au cours de ses déplacements, qu'elles soient fraîches ou à un stade avancé de décomposition. Enfin, son goût prononcé pour les cultures humaines en fait un déprédateur redouté des agriculteurs. Il ravage les champs de maïs, de canne à sucre, de manioc, de patates douces, de bananes et de papayes, non seulement en consommant les récoltes, mais aussi en piétinant et déracinant de larges parcelles.
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All rights reserved (Tous droits réservés)La reproduction du potamochère du Cap est fortement influencée par la saisonnalité des ressources alimentaires et les conditions climatiques locales. L'espèce est polygyne, ce qui signifie qu'un mâle dominant s'accouple avec plusieurs femelles de son groupe au cours d'une même saison de reproduction. La maturité sexuelle est atteinte généralement vers l'âge de 18 à 21 mois chez les femelles, et entre 18 et 24 mois chez les mâles, bien que ces derniers ne participent que rarement aux accouplements avant l'âge de 4 ans, le temps d'atteindre un rang social suffisamment élevé au sein du groupe.
Les comportements de cour du mâle dominant comprennent des poursuites, des vocalises spécifiques et des frottements du museau contre le flanc de la femelle. Des combats ritualisés entre mâles rivaux précèdent fréquemment les périodes d'accouplement, impliquant des joutes de défenses et de groin, ainsi que des charges frontales. Ces combats, bien que spectaculaires, sont rarement mortels en raison de l'épaisseur du cuir de la face et du cou. La saison des amours varie selon les régions. En Afrique orientale et australe, elle coïncide souvent avec la fin de la saison sèche ou le début de la saison des pluies, ce qui synchronise les naissances avec le pic de disponibilité alimentaire quelques mois plus tard.
La durée de gestation est d'environ 120 à 127 jours, soit environ quatre mois. La femelle s'isole peu avant la mise bas et construit un nid rudimentaire dans un endroit abrité, généralement à l'abri d'une végétation dense ou dans les racines d'un grand arbre. Les portées comprennent généralement de deux à six marcassins, avec une moyenne de trois à quatre selon les populations étudiées. Les nouveau-nés pèsent environ 500 à 900 grammes à la naissance et sont couverts d'un pelage rayé de lignes claires sur fond brun foncé, livrée cryptique qui leur confère une excellente protection visuelle dans la végétation.
Les marcassins restent cachés dans le nid pendant les premières semaines de vie, la mère revenant les allaiter régulièrement. Le sevrage intervient généralement entre 2 et 4 mois d'âge, mais les jeunes restent étroitement associés à la femelle et au groupe familial pendant plusieurs mois supplémentaires. La survie des juvéniles est fortement conditionnée par la pression des prédateurs et les conditions alimentaires disponibles pour la mère allaitante. Des études de suivi télémétriques ont montré que la mortalité juvénile, particulièrement au cours des trois premiers mois de vie, peut être très élevée dans les zones à forte densité de prédateurs. En conditions favorables, l'espèce peut produire une portée par an, ce qui lui confère un potentiel reproducteur relativement élevé parmi les suidés africains.
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All rights reserved (Tous droits réservés)Le potamochère du Cap est un animal sociable qui vit généralement en groupes familiaux. Ces groupes sont constitués d'un mâle dominant, de plusieurs femelles adultes et de leurs jeunes des différentes années. La taille des groupes varie généralement de 4 à 15 individus, mais des rassemblements plus importants peuvent se former temporairement autour de sources de nourriture abondantes. Les mâles subadultes et adultes non dominants vivent fréquemment de manière solitaire ou en petits groupes de célibataires en dehors de la saison de reproduction.
Les déplacements quotidiens peuvent être importants, souvent plusieurs kilomètres en une nuit, en fonction de la disponibilité des ressources et de la configuration du territoire. Les domaines vitaux varient considérablement selon les habitats : ils sont généralement compris entre 5 et 25 km² pour les femelles, et peuvent être beaucoup plus étendus pour les mâles adultes cherchant des partenaires. Le marquage territorial fait appel à des glandes situées sur le groin, sous les yeux et aux commissures des lèvres. Des marquages olfactifs sur les troncs d'arbres et des grattages du sol avec les pieds antérieurs complètent le répertoire de communication territorial.
La communication vocale est riche et diversifiée. Le potamochère du Cap produit un large éventail de sons tel que des grognements de contact entre membres du groupe, des grondements d'avertissement face à un danger, des cris aigus des marcassins en détresse, et aboiements rauques émis par le mâle lors des confrontations. En cas de danger immédiat, l'animal peut émettre un cri d'alarme strident qui déclenche une fuite collective du groupe. La fuite est généralement rapide et bruyante à travers la végétation, l'animal pouvant atteindre des vitesses de 45 à 55 km/h sur de courtes distances.
Les comportements de thermorégulation et d'hygiène occupent une place importante dans le répertoire comportemental de l'espèce. Les bains de boue, pratiqués quotidiennement lorsque l'eau est disponible, permettent de réguler la température corporelle par évaporation et d'éliminer les ectoparasites. Le frottement contre des troncs d'arbres après le bain de boue permet d'appliquer une couche protectrice de terre sur la peau. Le creusage de gîtes temporaires sous les racines ou dans des zones de végétation dense est une autre habitude comportementale permettant à l'animal de se reposer en sécurité. Les interactions allogrooming entre membres du groupe, bien que moins fréquentes que chez les primates, contribuent au maintien de la cohésion sociale du groupe familial.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)Le potamochère du Cap figure parmi les proies préférées de nombreux grands carnivores africains, ce qui lui vaut d'occuper une position centrale dans les réseaux trophiques des écosystèmes forestiers et de savane d'Afrique subsaharienne. Le léopard (Panthera pardus) est sans conteste le prédateur naturel le plus important et le plus spécialisé dans la chasse au potamochère. L'efficacité du léopard repose sur ses capacités d'embuscade dans la végétation dense, sa puissance musculaire et sa technique de morsure à la gorge ou à la nuque. Des études menées au Zimbabwe, au Kenya et en Afrique du Sud ont montré que les potamochères peuvent représenter 20 à 40 % du régime alimentaire du félin selon les saisons et les habitats.
Le lion (Panthera leo) chasse également le potamochère, bien que de manière plus occasionnelle, car il préfère généralement des proies de plus grande taille. Dans les zones de forêt galerie et de savane boisée, les lions peuvent cependant capturer des potamochères du Cap de manière régulière, en particulier les marcassins et les individus affaiblis. La hyène tachetée (Crocuta crocuta) est un autre prédateur significatif, notamment pour les juvéniles et les adultes isolés ou blessés. Les meutes de lycaons (Lycaon pictus) peuvent également capturer des potamochères lors de chasses coopératives en terrain découvert.
Le crocodile du Nil (Crocodylus niloticus) représente un danger particulier pour les potamochères qui s'approchent des points d'eau pour boire ou se baigner. Dans les régions où les cours d'eau abritent des populations denses de crocodiles, la pression prédatrice exercée par ces reptiles peut être localement importante. Parmi les rapaces, l'aigle martial (Polemaetus bellicosus) et l'aigle couronné (Stephanoaetus coronatus) sont capables de s'attaquer aux marcassins et aux individus de faible poids. Des pythons de Seba (Python sebae) ont également été observés capturant des potamochères juvéniles dans des zones forestières.
Face à ces nombreux prédateurs, le potamochère du Cap a développé un ensemble de comportements défensifs efficaces. La vigilance collective au sein du groupe, avec des individus qui surveillent alternativement les alentours pendant que les autres s'alimentent, constitue la première ligne de défense. En cas d'attaque avérée, le mâle dominant peut se retourner contre l'assaillant et infliger des blessures sérieuses avec ses défenses et ses pieds antérieurs. Des mâles adultes aux défenses longues et acérées peuvent mettre en fuite ou blesser grièvement des léopard. La fuite rapide dans la végétation dense demeure cependant la réponse la plus fréquente face à une menace détectée à distance. La sécurité apportée par le groupe constitue également un avantage défensif non négligeable, notamment pour la protection des marcassins.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)Malgré son statut favorable selon les critères de l'IUCN, le potamochère du Cap est confronté à un ensemble de menaces croissantes qui fragilisent ses populations dans de nombreuses parties de son aire de répartition. La principale menace demeure la destruction et la fragmentation de son habitat naturel, liées à l'expansion agricole, la déforestation pour le bois de chauffe ou la production de charbon, et le développement des infrastructures humaines. En Afrique orientale et australe, le rythme de conversion des forêts en terres agricoles est particulièrement préoccupant, réduisant les corridors forestiers dont l'espèce a besoin pour maintenir ses flux génétiques entre populations.
La chasse représente une menace majeure dans de nombreuses régions, qu'elle soit d'ordre subsistance, commerciale ou sportive. Dans les zones rurales, la viande de potamochère constitue une source importante de protéines animales pour les communautés locales, et la chasse au collet ou au fusil est pratiquée à grande échelle. Dans certains pays comme la Tanzanie et le Mozambique, le potamochère est classé parmi les espèces gibier et fait l'objet de prélèvements légaux dans des zones dédiées. Cependant, la chasse illégale et le braconnage exercent des pressions considérables sur les populations vivant en dehors des zones protégées. À Madagascar, où l'espèce est considérée comme introduite, la chasse est intensive et largement non réglementée dans de nombreuses régions.
Le conflit avec les agriculteurs constitue également un facteur de mortalité anthropique important. Les potamochères causant des dégâts significatifs aux cultures, ils sont fréquemment tués par des agriculteurs en représailles, parfois à l'aide de méthodes non sélectives comme les pièges à mâchoires ou les câbles électrifiés. Cette mortalité liée aux conflits homme-faune est rarement documentée de manière systématique, mais peut représenter localement un facteur de régulation des populations plus important que la chasse sportive réglementée.
Les maladies constituent une menace émergente et potentiellement grave. La peste porcine africaine (PPA), causée par un asfarvirus, est enzootique dans de nombreuses populations de suidés sauvages africains, y compris chez le potamochère du Cap. Si l'animal est souvent porteur sain de ce virus, son rôle potentiel dans la transmission de la PPA aux élevages porcins domestiques est une préoccupation croissante pour les autorités vétérinaires et les éleveurs. Cela génère parfois des campagnes d'élimination préventives dans les zones agricoles. La fièvre aphteuse et d'autres pathogènes à diffusion inter-espèces représentent des risques additionnels dans les zones d'interface faune-bétail. Les effets du changement climatique sur la végétation et les régimes de précipitations pourraient à terme modifier la distribution et la disponibilité de l'habitat favorable à l'espèce.
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CC-BY (Certains droits réservés)Au niveau mondial, le potamochère du Cap est classé en "Préoccupation mineure" (LC) sur la Liste rouge de l'IUCN, une évaluation maintenue depuis 2008 et réexaminée périodiquement. Ce statut reflète l'étendue considérable de son aire de distribution, la taille globalement importante de ses populations et sa capacité d'adaptation à des milieux variés. Cependant, cette évaluation globale masque des disparités régionales importantes, car dans certaines zones, les populations ont décliné de façon significative, notamment en dehors des aires protégées, et méritent une attention particulière.
Le réseau des aires protégées d'Afrique orientale et australe joue un rôle crucial dans la conservation de l'espèce. Les grands parcs nationaux tels que le Serengeti (Tanzanie), Kruger (Afrique du Sud), Hwange (Zimbabwe), le Tsavo (Kenya) ou encore les parcs du bassin du Kafue (Zambie) abritent des populations stables et bien documentées de potamochères du Cap. Ces zones protégées fournissent des refuges où la chasse est réglementée ou interdite et où les interactions avec l'agriculture sont limitées. Cependant, la superficie totale des habitats protégés représente une fraction relativement faible de l'aire de distribution globale de l'espèce, ce qui souligne l'importance des milieux non protégés pour le maintien des populations.
La gestion des conflits homme-faune liés aux dégâts aux cultures constitue l'un des défis majeurs pour la conservation de l'espèce dans les zones périforestières habitées. Des solutions éprouvées existent, comme la construction de clôtures adaptées autour des champs, l'installation de répulsifs sonores ou olfactifs, et la mise en place de gardes de nuit. Des programmes de compensation financière pour les agriculteurs victimes de dégâts aux cultures ont également été expérimentés avec des résultats mitigés dans plusieurs pays. L'implication des communautés locales dans la gestion de la faune, via des mécanismes de partage des bénéfices tirés de l'écotourisme ou de la chasse sportive légale, apparaît comme une approche prometteuse pour réduire la mortalité due aux représailles.
La recherche scientifique sur l'écologie et la génétique des populations de potamochère du Cap reste insuffisante dans de nombreuses régions de l'aire de distribution. Des études télémétriques, des inventaires par caméras-pièges et des analyses génétiques des populations permettraient de mieux comprendre la dynamique des populations, la connectivité des habitats et les flux génétiques entre populations isolées. Ces données sont indispensables pour concevoir des stratégies de conservation adaptées et prioriser les interventions dans les zones les plus vulnérables. Des programmes de gestion durable de la chasse, fondés sur des données biologiques solides, représentent également un outil de conservation important lorsqu'ils sont correctement mis en oeuvre et contrôlés par des autorités compétentes.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)L'histoire taxonomique du potamochère du Cap est particulièrement complexe et a été le théâtre de nombreuses révisions au fil des siècles. L'espèce a été décrite pour la première fois sur le plan scientifique en 1822 par le naturaliste français Frédéric Cuvier sous le protonyme Sus larvatus, à partir de spécimens récoltés sur l'île de Madagascar. Cuvier avait choisi l'épithète spécifique larvatus en référence au masque facial caractéristique porté par l'animal. Durant le XIXe siècle, les systématiciens ont hésité sur le statut des potamochères d'Afrique continentale et insulaire, les plaçant tour à tour dans le genre Sus aux côtés du sanglier d'Eurasie, puis dans divers genres créés pour l'occasion comme Choiropotamus ou Koiropotamus. C'est finalement le zoologiste britannique John Edward Gray qui a établi le genre distinct Potamochoerus.
Pendant la majeure partie du XXe siècle, un consensus systématique considérait que l'ensemble des potamochères d'Afrique appartenaient à une seule et unique espèce polytypique nommée Potamochoerus porcus. Sous cette classification ancienne, le potamochère roux d'Afrique de l'Ouest représentait la forme nominale, tandis que les formes d'Afrique orientale, australe et de Madagascar étaient reléguées au rang de sous-espèces, sous l'appellation Potamochoerus porcus larvatus ou Potamochoerus porcus koiropotamus. Ce n'est qu'au cours des années 1990, à la suite d'analyses morphométriques détaillées conduites notamment par Peter Grubb et confortées ultérieurement par des études phylogénétiques et génétiques, que le genre Potamochoerus a été scindé en deux espèces distinctes pleinement reconnues : le potamochère roux (Potamochoerus porcus) occupant les forêts d'Afrique occidentale et centrale, et le potamochère du Cap (Potamochoerus larvatus) occupant l'Afrique orientale, australe et les îles de l'océan Indien.
Le statut des sous-espèces au sein de Potamochoerus larvatus fait encore aujourd'hui l'objet de débats au sein de la communauté mammalogique. Les bases de données taxonomiques de référence reconnaissent généralement entre trois et six sous-espèces sur la base de critères géographiques et de variations de la coloration du pelage.
- Potamochoerus larvatus larvatus : désigne les populations présentes à Madagascar et aux Comores. Toutefois, les potamochères malgaches étudiés forment un ensemble génétique apparenté aux populations continentales et ne présentent pas la différenciation attendue entre deux sous-espèces distinctes. Pour cette raison, ces formes malgaches doivent être considérées comme des appellations historiques ou provisoires plutôt que comme des sous-espèces actuellement validées.
- Potamochoerus larvatus hassama : correspond à la forme d'Afrique orientale. Elle est signalée en Éthiopie, au Soudan du Sud, dans l'est de la République démocratique du Congo, au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, au Kenya et en Tanzanie. Cette forme appartient aux populations orientales, historiquement distinguées des potamochères d'Afrique australe par certains caractères du crâne et du pelage. Les populations orientales présentent généralement une coloration faciale plus claire et une variabilité morphologique importante.
- Potamochoerus larvatus koiropotamus : est la forme d'Afrique centrale et australe. Son aire comprend notamment le bassin inférieur du Congo, l'Angola, la Zambie, le Zimbabwe, le Malawi, le Mozambique, le Botswana, l'Eswatini, la région de Caprivi en Namibie et l'Afrique du Sud. Il s'agit donc d'une sous-espèce à très vaste distribution.
- Potamochoerus larvatus somaliensis : représente la forme du nord-est de l'aire de répartition. Elle est associée principalement aux régions des bassins des fleuves Tana, Jubba et Shabelle, au Kenya et en Somalie. Son aire géographique est donc beaucoup plus restreinte que celle de Potamochoerus larvatus koiropotamus. Elle occupe des milieux où la présence d'eau et de végétation dense permet à l'espèce de subsister malgré des conditions climatiques parfois plus sèches.
D'autres noms ont été proposés historiquement. Potamochoerus larvatus edwardsi et Potamochoerus larvatus nyasae apparaissent dans les bases taxonomiques comme des synonymes ou des combinaisons historiques et ne constituent pas aujourd'hui des sous-espèces reconnues séparément par les traitements taxonomiques modernes.
| Nom commun | Potamochère du Cap |
| English name | Bushpig |
| Español nombre | Potamoquero de río |
| Règne | Animalia |
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embranchement | Vertebrata |
| Super-classe | Tetrapoda |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Infra-classe | Eutheria |
| Ordre | Artiodactyla |
| Famille | Suidae |
| Genre | Potamochoerus |
| Nom binominal | Potamochoerus larvatus |
| Décrit par | Georges Frédéric Cuvier |
| Date | 1822 |
Satut IUCN | ![]() |
* Liens internes
Liste Rouge IUCN des espèces menacées
Mammal Species of the World (MSW)
Système d'information taxonomique intégré (ITIS)
* Liens externes
Global Biodiversity Information Facility (GBIF)
* Bibliographie
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