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Ratel (Mellivora capensis)
Le ratel (Mellivora capensis) est un mustélidé trapu et robuste, réputé pour son caractère exceptionnellement combatif et sa tolérance remarquable à la douleur. Présent sur une vaste aire de distribution allant de l'Afrique subsaharienne au sous-continent indien, il occupe des milieux diversifiés, des forêts tropicales aux déserts arides. Omnivore opportuniste, le ratel se distingue par une peau épaisse et élastique qui le protège des piqûres, des morsures et même des attaques de prédateurs bien plus imposants. Ses interactions avec le guide-miel (Indicator indicator), à travers une relation mutualiste longtemps célébrée, ont contribué à sa renommée populaire. Bien que classé en préoccupation mineure par l'IUCN, le ratel fait face à des pressions anthropiques croissantes, notamment la perte d'habitat, la persécution par les éleveurs et le piégeage illégal, qui fragilisent ses populations à l'échelle locale. Le ratel est également appelé Zorille du Cap.
© Petroeska - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)Le ratel est un mammifère de taille moyenne appartenant à la famille des mustélidés. Sa morphologie est immédiatement reconnaissable : le dessus du corps, du sommet de la tête jusqu'à la base de la queue, est recouvert d'un pelage blanc ou gris argenté, contrastant nettement avec les flancs et le dessous entièrement noirs. Cette dichromatisme dorsoventral très prononcé est interprété comme un signal aposématique, avertissant les prédateurs potentiels des capacités défensives redoutables de l'animal. Certains individus présentent des variations locales avec des teintes plus sombres sur le dos, notamment dans les populations des forêts tropicales humides.
Le corps est massif, trapu et musculeux. La longueur totale varie entre 60 et 77 cm pour le corps, auxquels s'ajoute une queue de 16 à 30 cm. Le poids oscille entre 7 et 16 kg, les mâles étant sensiblement plus lourds que les femelles. La tête est large, aplatie, avec de petites oreilles arrondies quasi affleurant la surface crânienne. Ce profil bas de l'oreille constitue une adaptation contre les morsures au niveau de la tête lors des conflits intra- ou interspécifiques. L'atout défensif le plus remarquable du ratel est sa peau : épaisse de plusieurs millimètres, particulièrement au niveau du cou et de l'arrière du crâne, elle est en outre très lâche sur le corps, permettant à l'animal de se retourner dans sa propre peau pour mordre un ennemi qui le saisit. Cette élasticité cutanée unique confère au ratel une résistance aux morsures, aux piqûres d'abeilles, aux griffes et même aux pointes de porc-épic. Sa peau est également largement imperméable au venin de certains serpents, bien que cette immunité partielle fasse encore l'objet de recherches.
Les membres sont courts et puissants, terminés par de longues griffes robustes, particulièrement développées sur les membres antérieurs. Ces griffes semi-rétractiles sont des outils de fouissage très efficaces, permettant au ratel d'excaver rapidement des terriers ou de déterrer ses proies. La démarche est plantigrade, lente mais puissante, avec un trot caractéristique à longue distance. Les glandes anales sont bien développées et produisent une sécrétion musquée aux propriétés répulsives, mobilisée lors des situations de stress ou de menace.
© Corné Rautenbach - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)Le ratel présente l'une des aires de répartition les plus larges parmi les mustélidés, s'étendant sur trois continents : l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie du Sud. En Afrique, il est présent depuis le Sénégal et la Mauritanie à l'ouest jusqu'en Éthiopie et en Somalie à l'est, et vers le sud jusqu'à l'Afrique du Sud, en passant par l'Afrique centrale. Il est absent des zones forestières denses équatoriales du bassin du Congo, ainsi que des zones hyperarides du Sahara central et du Namib. En Afrique orientale, il est commun dans les savanes et les milieux semi-arides du Kenya, de Tanzanie, du Botswana et de Namibie. En Afrique australe, la population est bien établie, notamment dans le Kalahari. Hors d'Afrique, le ratel est présent dans la péninsule Arabique, en Iran, en Afghanistan, au Pakistan, en Inde — jusqu'au Népal occidental — et au Turkménistan. En Inde, les populations sont fragmentées et localisées principalement dans les plaines du Gange, le Rajasthan et les zones semi-arides du Deccan. Au Moyen-Orient, on le trouve au Yémen, en Oman, et sporadiquement en Jordanie et en Israël, où les effectifs sont très réduits.
Sur le plan de l'habitat, le ratel est un généraliste remarquable. Il colonise les savanes boisées, les steppes arbustives, les zones semi-arides et arides, les forêts sèches décidues, les régions montagneuses jusqu'à 2 600 mètres d'altitude (notamment en Éthiopie et en Inde), et même les zones cultivées à proximité des villages. Il est en revanche absent des déserts stricts et des forêts tropicales denses. Son affinité pour les milieux ouverts ou semi-ouverts est liée à ses stratégies de chasse actives, qui nécessitent une végétation basse permettant la détection et la poursuite des proies.
Le ratel est fondamentalement solitaire et territorial. La taille du territoire varie considérablement selon la disponibilité des ressources : de quelques dizaines à plusieurs centaines de kilomètres carrés en milieu aride. Des données de radiotélémétrie en Afrique du Sud ont documenté des domaines vitaux allant jusqu'à 500 km² chez les mâles.
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CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)Le ratel est un omnivore opportuniste de premier ordre, dont le régime alimentaire varie considérablement selon la saison, la région géographique et la disponibilité locale des ressources. Il s'adapte avec une remarquable flexibilité à l'offre trophique, consommant des invertébrés, des vertébrés, des fruits, des racines et des charognes selon les opportunités. Cette plasticité alimentaire est l'un des facteurs expliquant son succès écologique sur une aire de répartition aussi vaste.
Les invertébrés constituent une part importante du régime, en particulier les larves d'insectes xylophages, les termites, les scarabées, les mille-pattes et les scorpions. Le ratel est particulièrement spécialisé dans la prédation des abeilles sauvages et le pillage de leurs ruches pour en extraire le miel et les larves, ce qui lui a valu son nom vernaculaire. Cette relation avec les abeilles implique une résistance partielle aux piqûres, liée à l'épaisseur de sa peau et probablement à une tolérance physiologique aux venins apidés. La relation mutualiste avec le grand indicateur (Indicator indicator), un oiseau qui guiderait le ratel vers les ruches, est bien documentée dans la littérature populaire, mais sa fréquence et sa systématicité réelles restent débattues dans la littérature scientifique récente.
Les vertébrés comprennent des serpents — y compris des espèces hautement venimeuses comme les cobras (Naja spp.) et les vipères (Bitis spp.) — des lézards, des rongeurs, des hérissons, des lapins, des mangoustes et de petits mammifères jusqu'à la taille d'une gazelle juvénile.
La capacité du ratel à tuer et consommer des serpents venimeux est remarquable : une résistance partielle aux neurotoxines a été documentée, bien que les mécanismes moléculaires précis demeurent à élucider. Des observations documentées font état de ratels survivant à des morsures de mamba noir (Dendroaspis polylepis), l'un des serpents les plus venimeux d'Afrique.
Dans les zones agricoles, le ratel s'attaque aux volailles et, plus rarement, aux petits ruminants, ce qui génère des conflits importants avec les éleveurs. Il consomme également des fruits charnus, des baies, des racines et des tubercules, notamment en saison sèche lorsque les proies animales se raréfient. Les charognes sont exploitées opportunément. La chasse est essentiellement solitaire, active, basée sur un olfaction fine et une prospection systématique du territoire. Le ratel fouille activement le sol, retourne les pierres, déchire l'écorce des arbres morts et excave les terriers de rongeurs avec ses griffes puissantes.
© Luca Boscain - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)La reproduction du ratel est relativement peu connue en milieu naturel, les données disponibles provenant en grande partie d'individus captifs et de quelques études de terrain menées principalement en Afrique du Sud et en Inde. Le ratel est polygyne et non saisonnier dans la plupart des régions de son aire de répartition, bien que certaines études suggèrent une légère augmentation des naissances en début de saison des pluies dans les milieux saisonniers d'Afrique australe.
La femelle atteint la maturité sexuelle vers l'âge d'un an, le mâle légèrement plus tard. L'accouplement implique un comportement de poursuite prolongé, parfois violent, et le mâle peut accompagner la femelle réceptive durant plusieurs jours. La durée de gestation est estimée entre 50 et 70 jours, sans évidence concluante de diapause embryonnaire, contrairement à ce qui est observé chez plusieurs autres mustélidés. La portée est généralement de un à deux petits, rarement trois. Les naissances multiples semblent plus communes dans les milieux à forte disponibilité alimentaire.
Les jeunes naissent dans un terrier creusé par la mère ou dans une cavité naturelle (anfractuosité rocheuse, tronc creux). Ils sont nidicoles, naissant aveugles et sans pelage développé. L'ouverture des yeux intervient vers trois semaines. Le sevrage survient entre deux et trois mois, mais les jeunes restent associés à la mère jusqu'à l'âge d'environ 14 à 16 mois, période durant laquelle ils apprennent les techniques de chasse et de fouissage. Cette longue période de dépendance maternelle est caractéristique des mustélidés à mode de vie solitaire et territorial.
Le père ne participe pas aux soins parentaux. La femelle défend activement le terrier et les jeunes contre les prédateurs, adoptant un comportement défensif particulièrement agressif en présence d'un danger. Les jeunes mâles dispersent plus loin que les femelles à l'émancipation. Le ratel peut vivre jusqu'à 24 ans en captivité, mais la longévité en milieu naturel est probablement plus courte, de l'ordre de 7 à 10 ans, sous l'effet de la compétition territoriale, des conflits avec les humains et de la prédation des juvéniles.
© Sabina Philippe - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)Le ratel est réputé pour un comportement parmi les plus intrépides du règne animal. Face à un prédateurs, il n'hésite pas à se retourner et à attaquer, adoptant une posture défensive agressive, émettant des vocalisations rauques et libérant ses sécrétions glandulaires. Cette audace comportementale est soutenue par ses défenses morphologiques : peau épaisse, mâchoires puissantes, griffes robustes et insensibilité partielle à certains venins. Des récits documentés de ratels repoussant des lions ou des léopards sont attestés dans la littérature scientifique et naturaliste.
Le ratel est fondamentalement solitaire, excepté lors des périodes de reproduction ou de l'association mère-jeunes. Les individus évitent généralement les rencontres interspécifiques directes et maintiennent leur territoire par le marquage olfactif intense, réalisé à l'aide des sécrétions des glandes anales et de l'urine. Les mâles se déplacent sur de très grandes distances quotidiennes, parfois supérieures à 20 km, en prospectant méthodiquement leur domaine vital.
L'intelligence du ratel est documentée par des observations en captivité et sur le terrain. Des individus ont été observés utilisant des outils rudimentaires (déplacer des pierres ou des branches pour accéder à des proies ou escalader des clôtures), et se montrant capables de résoudre des problèmes de confinement avec une persistance et une créativité notables. Dans plusieurs zoos, des ratels sont parvenus à s'échapper d'enclos réputés sécurisés, démontrant des capacités de planification et de mémorisation spatiale.
Le ratel est avant tout actif, rarement au repos pendant ses périodes d'activité. Il adopte une démarche de prospection active, explorant systématiquement son territoire à la recherche de nourriture. Les terriers servent à la fois de refuges diurnes, de sites de mise bas et de zones de stockage occasionnel des proies. Le ratel peut en creuser un nouveau chaque jour ou réutiliser d'anciens terriers d'autres espèces (oryctéropes, mangoustes). Les vocalisations incluent des grognements, des sifflements, des ronronnements entre la mère et ses petits, et des cris perçants lors de conflits.
© Qanat Kenzhe - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)En dépit de ses défenses redoutables, le ratel n'est pas exempt de prédation naturelle, bien que le nombre de prédateurs capables de s'attaquer à un adulte en bonne santé soit limité. Les grands félins constituent la principale menace prédatrice : le lion (Panthera leo) et le léopard (Panthera pardus) sont les plus souvent impliqués dans les tentatives de prédation documentées. Cependant, même face à ces prédateurs, le ratel oppose une résistance farouche et il n'est pas rare qu'un lion abandonne l'attaque face à la combativité de l'animal. Des vidéos et observations de terrain montrent des ratels parvenant à se dégager de la mâchoire d'un léopard grâce à la laxité de leur peau.
La hyène tachetée (Crocuta crocuta) est également citée comme prédateur occasionnel, de même que le lycaon (Lycaon pictus) en meute, dont la stratégie de chasse coopérative peut venir à bout de la défense individuelle du ratel. En Asie, le tigre (Panthera tigris) et le léopard constituent les principaux prédateurs potentiels, bien que les interactions documentées soient rares.
Les jeunes ratels sont beaucoup plus vulnérables que les adultes. Durant leurs premiers mois, ils peuvent être victimes d'aigles martial (Polemaetus bellicosus), d'aigles couronnés (Stephanoaetus coronatus), de pythons (python de Seba, python molure) et de diverses espèces de varans. La mère défend activement sa progéniture, mais la prédation juvénile demeure probablement un facteur de mortalité significatif dans la dynamique des populations.
Le comportement d'intimidation du ratel adulte — hérissement du pelage dorsal, adoption d'une posture de face, grognements intenses et libération de musc — est généralement suffisant pour dissuader la plupart des prédateurs de taille moyenne. Cette efficacité défensive, combinée à la difficulté de maintenir une prise solide sur sa peau laxe, fait du ratel adulte une proie peu rentable pour la majorité des carnivores africains ou asiatiques. Le ratel occupe ainsi une niche écologique de prédateur intermédiaire relativement protégé, mais non invulnérable, au sein des communautés de carnivores qu'il partage.
Crédit photo: Alex Kantorovich - Zooinstitutes
Bien qu'il ne soit pas considéré comme menacé dans son ensemble, le ratel fait face à un ensemble de menaces anthropiques qui fragilisent ses populations à l'échelle régionale et locale, et dont l'ampleur pourrait justifier une réévaluation de son statut à l'avenir.
La perte et la dégradation de l'habitat constituent la menace la plus pervasive. L'expansion agricole, la déforestation, la conversion des savanes en terres de culture et l'urbanisation réduisent et fragmentent l'habitat disponible à travers toute l'aire de répartition. En Inde et au Moyen-Orient, les populations sont aujourd'hui très fragmentées, cantonnées dans des poches d'habitat relictuelles soumises à des pressions croissantes. En Afrique du Nord, la population est considérée comme très réduite et potentiellement en déclin.
Le conflit avec les éleveurs et les apiculteurs représente une seconde menace majeure. Le ratel est perçu comme un prédateur des volailles, des jeunes caprins et des ruches, ce qui entraîne une persécution directe sous forme de pièges, d'empoisonnement et de tirs. Dans certaines régions d'Afrique du Sud, du Maroc et d'Iran, cette persécution est systématique. L'empoisonnement à la viande appâtée, souvent destiné à d'autres carnivores (lycaons, hyènes), tue également des ratels de manière non sélective.
Le commerce illégal constitue une menace croissante, notamment en Afrique de l'Ouest et en Asie du Sud, où le ratel est capturé pour le commerce de bushmeat, pour la médecine traditionnelle (ses graisses, son fiel et ses griffes sont utilisés dans certaines pharmacopées locales) et pour le commerce d'animaux de compagnie exotiques. En Inde, sa capture pour la médecine ayurvédique et les croyances populaires représente une pression non négligeable.
Le changement climatique constitue une menace à long terme, en modifiant la distribution et la disponibilité des ressources alimentaires, en exacerbant les sécheresses dans les milieux arides et semi-arides qu'il fréquente, et en favorisant les conflits avec les humains dans des conditions de ressources raréfiées.
Crédit photo: Alex Kantorovich - Zooinstitutes
La Liste rouge des espèces menacées de l'IUCN répertorie l'espèce dans la catégorie "Préoccupation mineure" (LC) en raison de sa large répartition. Le ratel bénéficie également d'une protection légale dans la majorité des pays de son aire de répartition, bien que l'application effective de cette protection varie considérablement. Il est inscrit à l'Annexe III de la CITES au Ghana, ce qui réglemente son commerce international depuis ce pays. En Afrique du Sud, il est protégé par le National Environmental Management: Biodiversity Act (NEMBA). En Inde, il est classé en Schedule I de la Wildlife Protection Act de 1972 lui conférant le plus haut niveau de protection légale nationale. Au Maroc, il est protégé depuis 1962, bien que les effectifs demeurent très bas dans le pays.
La présence du ratel dans de nombreuses parcs nationaux africains et asiatiques (Kruger, Etosha, Kalahari Gemsbok, Ranthambore, Corbett, etc.) constitue un filet de sécurité pour les populations résidentes. Cependant, les domaines vitaux très étendus des mâles signifient que les individus sortent régulièrement des limites des parcs, les exposant aux conflits avec les communautés locales. Des programmes de mitigation des conflits humain-ratel ont été développés en Afrique du Sud et en Namibie, incluant des ruches sécurisées à l'aide de systèmes de protection spécifiques, des enclos renforcés pour les volailles et des programmes de compensation pour les éleveurs affectés. Ces approches communautaires, intégrant les populations locales dans les bénéfices de la conservation, se sont révélées plus efficaces que les approches purement répressives.
La recherche scientifique sur le ratel reste insuffisante par rapport à d'autres grands carnivores. Les études de radiotélémétrie et de suivi par GPS, menées notamment par des équipes sud-africaines, ont considérablement amélioré la compréhension de ses besoins en territoire et de son écologie. Des initiatives de science citoyenne, via les pièges photographiques et les plateformes de signalement en ligne, contribuent au suivi des populations à grande échelle. L'amélioration des connaissances sur les sous-espèces et la structuration génétique des populations reste un enjeu prioritaire pour orienter les stratégies de conservation.
© Luca Boscain - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)Le ratel fut décrit pour la première fois par le naturaliste allemand Johann Christian Daniel von Schreber en 1776, dans son ouvrage monumental Die Säugthiere in Abbildungen nach der Natur (tome III), sous le nom de Viverra capensis. L'épithète spécifique capensis fait référence à sa provenance présumée depuis la région du Cap de Bonne-Espérance, en Afrique australe, conformément à la pratique nomenclaturale de l'époque consistant à ancrer les espèces africaines dans cette région, bien souvent de manière approximative.
En 1780, Gottlieb Conrad Christian Storr proposa le genre Mellivora, dérivé du latin mellivorus ("qui mange du miel"), reflétant son régime alimentaire. Initialement classé parmi les viverridés (comme les civettes) en raison de sa morphologie, le ratel fut ensuite rapproché des mustélidés au XIXe siècle, avant d’être définitivement intégré à cette famille grâce aux études anatomiques de Richard Owen (1835), qui souligna ses similitudes avec les blaireaux.
Au XXe siècle, des débats ont persisté sur sa classification. Dans les années 1960-1970, certains taxonomistes, comme Reginald Innes Pocock, le plaçaient dans la sous-famille des Melinae (blaireaux), mais des analyses génétiques menées par W. Christopher Wozencraft (2005) ont confirmé son appartenance à une sous-famille distincte, les Mellivorinae, monotypique (ne contenant que le genre Mellivora). Des fossiles découverts en Afrique du Sud (Mellivora benfieldi, Pliocène) et en Inde (Promellivora punjabiensis, Miocène supérieur) ont révélé que les ancêtres du ratel migraient entre l’Afrique et l’Asie il y a 7 à 10 millions d’années, avant la fermeture de la Téthys. Une étude de 2020 (basée sur des gènes nucléaires) a même suggéré que Mellivora pourrait être plus proche des loutres que des blaireaux, remettant en question les arbres phylogénétiques traditionnels.
La systématique infraspécifique du ratel demeure un sujet de révision active. Les sous-espèces reconnues par la littérature récente, notamment Wilson & Reeder (2005) et Begg et al. (2008), sont présentées ci-dessous. Chacune d'entre-elle est définie sur la base de caractères morphologiques (coloration dorsale, dimensions crâniennes, taille corporelle) et de son aire géographique.
- Mellivora capensis capensis : Sous-espèce nominale, décrite à partir de spécimens provenant de la région du Cap, en Afrique du Sud. Elle occupe l'Afrique australe, notamment l'Afrique du Sud, le Botswana, la Namibie et une partie du Zimbabwe. Elle se distingue par une grande taille, un manteau dorsal gris argenté bien développé et une bande noire ventrale nettement contrastée.
- Mellivora capensis abyssinica : Présente en Éthiopie, en Érythrée et dans les régions voisines de la Corne de l'Afrique. Elle possède généralement un pelage légèrement plus clair que celui de la sous-espèce nominale et des dimensions intermédiaires.
- Mellivora capensis buechneri : Répartie dans une partie de l'Afrique centrale, notamment au Soudan du Sud et dans les régions limitrophes. Elle a été réhabilitée sur la base de caractères crâniens et morphologiques. Son statut reste discuté par certains auteurs.
- Mellivora capensis concisa : Présente principalement au Pakistan occidental et dans le nord-ouest de l'Inde. Elle est généralement plus petite que les formes africaines et montre un pelage relativement court, adaptation probable aux régions plus arides.
- Mellivora capensis cottoni : Connue de plusieurs régions d'Afrique centrale, notamment en République démocratique du Congo. Elle présente un manteau dorsal relativement sombre et une taille moyenne.
- Mellivora capensis indica : Répandue dans une grande partie du sous-continent indien, notamment en Inde et localement au Népal. Cette sous-espèce est bien adaptée aux paysages semi-arides, aux savanes et aux zones agricoles.
- Mellivora capensis leuconota : Occupe l'Afrique de l'Est, notamment le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda. Son manteau dorsal est souvent plus clair, parfois presque blanchâtre chez certains individus.
- Mellivora capensis maxwelli : Présente dans le sud-ouest de l'Arabie, principalement au Yémen et en Arabie saoudite. Elle est relativement petite et adaptée aux milieux montagneux et désertiques.
- Mellivora capensis pumilio : Décrite à partir de spécimens de Somalie. Comme son nom l'indique (pumilio signifiant "nain"), il s'agit de l'une des plus petites sous-espèces reconnues.
- Mellivora capensis signata : Répartie dans certaines régions d'Afrique orientale. Elle est caractérisée par une limite particulièrement nette entre la coloration dorsale grisâtre et les parties inférieures noires.
- Mellivora capensis wilsoni : Présente en Irak, dans le sud-ouest de l'Iran et localement au Koweït. Elle est adaptée aux environnements désertiques et semi-désertiques du Moyen-Orient.
- Mellivora capensis whitei : Connue de certaines régions d'Afrique australe, principalement en Zambie et dans les pays voisins. Elle présente des caractères morphologiques proches de la sous-espèce nominale, avec quelques différences de taille et de coloration.
La reconnaissance des sous-espèces varie selon les autorités taxonomiques. Les bases de données modernes telles que Mammal Diversity Database, GBIF et Species 2000/Catalogue of Life reconnaissent toutes Mellivora capensis comme une seule espèce, mais ne retiennent pas toujours la même liste de sous-espèces. Les différences reposent essentiellement sur des caractères morphologiques (taille, coloration, proportions du crâne), tandis que les études génétiques réalisées jusqu'à présent mettent en évidence une différenciation relativement faible entre de nombreuses populations. Il est donc probable que la classification infra-spécifique soit révisée à mesure que de nouvelles analyses génomiques couvrant l'ensemble de l'aire de répartition seront publiées.
| Nom commun | Ratel |
| Autre nom | Zorille du Cap |
| English name | Honey badger |
| Español nombre | Tejón de la miel Tejón melero |
| Règne | Animalia |
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embranchement | Vertebrata |
| Super-classe | Tetrapoda |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Infra-classe | Eutheria |
| Ordre | Carnivora |
| Sous-ordre | Caniformia |
| Famille | Mustelidae |
| Genre | Mellivora |
| Nom binominal | Mellivora capensis |
| Décrit par | Johann Christian Daniel von Schreber |
| Date | 1776 |
Satut IUCN | ![]() |
* Liens internes
Liste Rouge IUCN des espèces menacées
Mammal Species of the World (MSW)
Système d'information taxonomique intégré (ITIS)
* Liens externes
Global Biodiversity Information Facility (GBIF)
IUCN SSC Small Carnivore Specialist Group
* Bibliographie
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