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Lièvre d'Europe (Lepus europaeus)


Le lièvre d'Europe (Lepus europaeus) est l'un des mammifères sauvages les plus répandus du continent eurasiatique. Membre de l'ordre des Lagomorpha et de la famille des Leporidae, il se distingue du lapin de garenne par sa taille plus imposante, ses longues oreilles caractéristiques et son mode de vie strictement solitaire et terrestre. Espèce emblématique des milieux ouverts européens, le lièvre d'Europe joue un rôle écologique fondamental au sein des écosystèmes agricoles et de prairies. Ses populations ont toutefois connu un déclin marqué au cours des dernières décennies, notamment en raison de l'intensification de l'agriculture.


Lievre d'Europe (Lepus europaeus)
Lièvre d'Europe (Lepus europaeus)
© Peter Kennerley - iNaturalist
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DESCRIPTION

Le lièvre d'Europe est un mammifère de taille moyenne, nettement plus grand que le lapin de garenne. Les adultes mesurent entre 50 et 70 cm de longueur corporelle, pour un poids oscillant généralement entre 3 et 5 kg, les femelles — appelées hases — étant légèrement plus lourdes que les mâles, désignés sous le nom de bouquins. Le corps est élancé et musculeux, adapté à des déplacements rapides : le lièvre peut en effet atteindre des pointes de vitesse de 70 km/h sur de courtes distances, et effectuer des bonds de plusieurs mètres pour dérouter ses poursuivants.

Le pelage est caractéristique : le dos et les flancs arborent une teinte brun-roux mêlée de gris et de noir, conférant un camouflage efficace dans les milieux herbacés. Le ventre est blanc crème, et la queue courte présente une face dorsale noire et une face ventrale blanche. Les oreilles, longues de 9 à 12 cm, sont dotées d'un liseré noir bien visible à leur extrémité. Les pattes postérieures, nettement plus longues que les antérieures, témoignent des capacités locomotrices remarquables de l'espèce.

Le pelage subit des variations saisonnières légères : il est généralement plus terne et grisâtre en hiver, bien que le lièvre d'Europe ne blanchisse pas complètement, à la différence du lièvre variable (Lepus timidus). Les yeux, de couleur ambrée à brun doré, sont positionnés latéralement, offrant un champ de vision quasi panoramique de près de 360°, avantage précieux face aux prédateurs. Les vibrisses (moustaches tactiles) sont longues et sensibles. La denture, typique des lagomorphes, comprend deux paires d'incisives supérieures (dont une vestigiale), adaptées au broutage de végétaux coriaces.

Le lapin de garenne et le lièvre d'Europe partagent une partie de leur aire de répartition dans certaines régions. Il est parfois difficile de les distinguer l'un de l'autre. Le lièvre d'Europe s'en distingue par les caractères suivants :

- Il est plus grand et nettement plus longiligne, avec de longues pattes

- Les oreilles sont plus grandes, et leur pointe (comme la queue) est noire

- L'iris de l’oeil est plus clair et bien distinct de la pupille

- Sa robe est plus colorée, tirant sur le brun fauve à brun-roux mêlé de gris

- Sa distance de fuite est plus grande lorsqu'il est en activité, et il est plus difficile à observer de près

- Il ne creuse pas de terrier

- Il élève ses petits à découvert à même le sol qui naissent déjà pourvus d'une fourrure et deviennent rapidement autonomes

- Ses bonds sont plus importants, plus amples et fluides, et sa course est beaucoup plus rapide, c'est un véritable sprinter sur de longues distances, lui permettant souvent d'échapper à ses prédateurs sur de vastes terrains découverts où il n'a aucun refuge. Le lapin se contente de sautiller sur de courtes distances, et de bondir s'il est surpris pour un refuge généralement pas bien loin.


Lepus europaeus
Lepus europaeus
© Polynár János - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

HABITAT

Le lièvre d'Europe occupe naturellement un immense territoire qui s'étend du nord de l'Espagne jusqu'en Sibérie, englobant également le Royaume-Uni, le sud de la Scandinavie et une partie du Moyen-Orient, entre la mer Caspienne et le golfe Persique. Au-delà de ces frontières d'origine, l'espèce a été introduite par l'homme comme gibier dans de nombreuses régions du monde, notamment en Australie, en Nouvelle-Zélande, ainsi qu'en Amérique du Nord et du Sud. Très adaptable, ce mammifère est capable de s'installer dans des environnements variés, vivant aussi bien au niveau de la mer que dans des zones de haute altitude pouvant atteindre 2 400 mètres.

Le lièvre d'Europe se distingue par une incroyable capacité d'adaptation, ce qui lui permet de coloniser des environnements très variés, allant du littoral jusqu'aux sommets des montagnes alpines. De manière générale, plus son habitat est diversifié, plus les populations de lièvres sont nombreuses et florissantes. Bien que les recherches scientifiques montrent des résultats parfois différents selon les régions étudiées, un point commun ressort systématiquement : cet animal recherche en priorité les terres en friche, qui lui offrent à la fois nourriture et protection. À l'inverse, il évite les zones habitées par l'homme et les quartiers résidentiels, préférant le calme des espaces sauvages ou agricoles.


Lepus europaeus distribution
Répartition actuelle du Lièvre d'Europe
     Répartition d'origine -      Zone d'introduction
© Manimalworld
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ALIMENTATION

Le lièvre d'Europe est un herbivore strict, dont le régime alimentaire varie significativement selon les saisons et la disponibilité des ressources végétales. Au printemps et en été, il consomme principalement des graminées fraîches, des trèfles, des luzernes, des plantains, ainsi qu'une grande diversité de plantes herbacées. Il est particulièrement attiré par les jeunes pousses tendres riches en eau et en nutriments, et peut causer des dommages notables dans les cultures céréalières ou maraîchères lorsque les densités de population sont élevées.

En automne, son alimentation se diversifie avec la consommation de feuilles sénescentes, de graines, de baies et de racines. L'hiver représente la période la plus critique : la neige et le gel réduisant drastiquement l'accès aux végétaux verts, le lièvre se rabat alors sur des aliments plus grossiers comme des écorces d'arbrisseaux, des rameaux ligneux, des tiges sèches et des bourgeons. Il peut ainsi causer des dégâts sur de jeunes arbres fruitiers ou forestiers.

Comme tous les lagomorphes, le lièvre d'Europe pratique la caecotrophie : il ingère directement à l'anus certaines de ses propres fèces molles, les caecotrophes, riches en protéines, vitamines B et micro-organismes digestifs. Ce comportement, généralement observé la nuit ou tôt le matin, permet une double digestion et une assimilation optimale des nutriments. Les crottes dures, brunes et fibreuses que l'on trouve dans la nature sont, quant à elles, les déjections terminales, distinctes des caecotrophes.

Le lièvre d'Europe s'alimente principalement à l'aube et au crépuscule, bien qu'il puisse être actif toute la nuit. Durant la journée, il reste tapi dans son gîte — une simple dépression dans le sol appelée "forme" — où il se repose en digérant. Sa consommation journalière est estimée entre 300 et 500 g de végétaux selon la saison et la taille de l'individu. L'eau est principalement obtenue via la végétation consommée, le lièvre boisant rarement.


Lepus europaeus creticus
Lièvre brun de Crète (Lepus europaeus creticus)
© Xavier Rufray - iNaturalist
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REPRODUCTION

La reproduction du lièvre d'Europe est l'une des plus productives parmi les mammifères sauvages européens. La saison de reproduction s'étend de janvier à août dans la majeure partie de l'aire de répartition, avec une intensité maximale entre février et mai. Les femelles sont polyestrales et peuvent connaître jusqu'à quatre à cinq gestations par an. La durée de gestation est d'environ 41 à 42 jours, ce qui est remarquablement long pour un mammifère de cette taille.

Un phénomène physiologique particulier, la superfoetation, a été décrit chez cette espèce : la femelle peut être fécondée alors qu'elle porte déjà un premier embryon en fin de gestation, permettant ainsi une succession très rapide des portées. Chaque portée comprend en moyenne deux à trois levrauts, rarement cinq ou six. Les levrauts naissent nidifuges : ils sont intégralement recouverts de fourrure, ont les yeux ouverts et sont capables de se déplacer quelques heures après la naissance. Cet état de développement avancé contraste fortement avec les naissances altricielles observées chez les lapins.

La hase ne construit pas de nid; elle dépose ses levrauts dans des gîtes séparés, distants parfois de plusieurs centaines de mètres, réduisant ainsi le risque de prédation simultanée de toute la portée. Elle les allaite une seule fois par nuit, pendant quelques minutes seulement, avec un lait extrêmement riche en lipides et en protéines. Le sevrage intervient vers l'âge de trois à quatre semaines. La maturité sexuelle est atteinte dès six à huit mois chez les femelles.


Lievre d'Europe juvenile
Lièvre d'Europe juvénile
© Milan Kořínek - BioLib
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COMPORTEMENT

Le lièvre d'Europe est une espèce solitaire, ne formant pas de groupes sociaux stables en dehors des brèves interactions liées à la reproduction. Chaque individu occupe un domaine vital dont la superficie varie selon la qualité de l'habitat, oscillant généralement entre 100 et 300 hectares pour les mâles, et légèrement moins pour les femelles. Ces domaines peuvent se chevaucher partiellement sans entraîner de comportements territoriaux marqués, bien que des interactions agonistiques entre mâles aient lieu lors de la saison de reproduction.

Il est principalement crépusculaire et nocturne, bien qu'il puisse être observé en activité diurne dans les zones peu perturbées. Durant la journée, il se dissimule dans sa "forme", gîte aménagé dans une dépression naturelle du sol, sous un buisson, entre des mottes de terre ou à l'abri d'une végétation dense. Il adopte alors une posture caractéristique, aplatissant son corps contre le sol, les oreilles rabattues le long du dos, se rendant quasi invisible pour les prédateurs.

Lorsqu'il se sent menacé, le lièvre opte d'abord pour l'immobilité totale, puis prend la fuite brusquement si le danger se rapproche trop. Sa stratégie de fuite est remarquable : il effectue des zigzags rapides et imprévisibles, exploitant pleinement ses pattes postérieures puissantes, et peut maintenir une vitesse élevée sur une distance considérable. Il connaît parfaitement son territoire, empruntant des coulées et des voies de fuite éprouvées.

Le lièvre d'Europe communique via des signaux olfactifs (glandes odoriférantes, urine, fèces) qui jouent un rôle important dans la signalisation sociale et reproductrice. Les vocalisations sont rares et réservées aux situations de détresse extrême — un cri strident, parfois comparé à celui d'un enfant, peut être poussé lorsqu'il est capturé. Son espérance de vie à l'état sauvage dépasse rarement quatre à cinq ans, bien qu'il puisse vivre jusqu'à douze ans en captivité.


Lievre d'Europe bouquinage
Le combat entre deux lièvres s'appelle le bouquinage
© Berthold Faust - Wikimedia Commons
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PRÉDATION

Le lièvre d'Europe est une proie importante pour de nombreux prédateurs dans les écosystèmes européens, occupant une position centrale dans les réseaux trophiques des milieux ouverts. Parmi les mammifères, le renard roux (Vulpes vulpes) constitue son prédateur terrestre le plus significatif et le plus répandu. Le lynx boréal (Lynx lynx), là où il est présent, peut représenter une menace notable, de même que le loup gris (Canis lupus) dans les zones où ce dernier a recolonisé l'Europe. Le chien viverrin (Nyctereutes procyonoides), espèce invasive en expansion, peut occasionnellement s'attaquer aux levrauts. Les mustélidés tels que la fouine (Martes foina) et le putois d'Europe (Mustela putorius) prédatent surtout les jeunes individus.

Du côté des rapaces, la buse variable (Buteo buteo) est l'un des principaux prédateurs aériens du lièvre, notamment des levrauts. L'autour des palombes (Accipiter gentilis), le faucon pèlerin (Falco peregrinus) et l'aigle royal (Aquila chrysaetos), dans les zones montagneuses, peuvent également capturer des individus adultes. Les grands-ducs d'Europe (Bubo bubo) représentent une menace nocturne non négligeable, leur puissance leur permettant de s'attaquer à des proies de la taille d'un lièvre adulte.

Face à cette pression de prédation, le lièvre d'Europe a développé plusieurs stratégies anti-prédateur : le mimétisme cryptique de son pelage, le comportement d'immobilité décrit précédemment, l'activité nocturne et la stratégie de dispersion des portées. Les levrauts, particulièrement vulnérables, bénéficient de l'absence d'odeur perceptible pendant leurs premières semaines de vie, réduisant ainsi leur détection. La régulation des populations de prédateurs, notamment du renard, a été historiquement présentée comme un levier de gestion cynégétique favorisant les populations de lièvres, bien que les études scientifiques récentes nuancent l'efficacité de telles mesures et insistent davantage sur la qualité de l'habitat.


Lepus europaeus europaeus
Lièvre brun de l'Ouest (Lepus europaeus europaeus)
© Alessandher Piva - iNaturalist
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MENACES

Une analyse menée dans douze pays européens démontre que l'intensification de l'agriculture est le facteur principal du déclin des populations de lièvres d'Europe, une menace qui semble s'étendre à l'ensemble de son territoire. Si la prédation et les fortes pluies peuvent nuire à leur abondance, des facteurs comme la température ou la chasse n'influencent pas directement la densité globale de l'espèce à l'échelle du continent. Parallèlement, dans des pays comme la France, l'Espagne ou la Grèce, le lâcher de lièvres étrangers pour la chasse fragilise l'identité génétique des populations locales, un problème particulièrement marqué dans la région cantabrique.

Le lièvre d'Europe doit également faire face à de nombreuses maladies mortelles, telles que le syndrome du lièvre brun européen, la tularémie ou encore la pasteurellose, qui représentent des causes de mortalité majeures. Bien que certaines populations, notamment en Allemagne, conservent encore une bonne diversité génétique, l'isolement de certains groupes reste préoccupant. À terme, si les échanges entre les populations sont entravés, cela pourrait entraîner des problèmes de consanguinité et affaiblir la survie de l'espèce sur le long terme.


Lepus europaeus cyprius
Lièvre brun de Chypre (Lepus europaeus cyprius)
Source: Cyprus Island.net
Di-no license (Licence inconnue)

CONSERVATION

Parce qu'il est encore très abondant, le lièvre d'Europe n'est pas considéré comme une espèce menacée. Pour cette raison, la Liste rouge de l'IUCN répertorie l'espèce dans la catégorie "Préoccupation mineure" (LC).

Le lièvre d'Europe est une espèce de gibier majeure dont le déclin préoccupant a nécessité une protection internationale via la Convention de Berne. Dans plusieurs pays comme la Norvège, l'Allemagne, l'Autriche ou la Suisse, sa situation est jugée suffisamment critique pour qu'il soit désormais inscrit sur les listes rouges nationales en tant qu'espèce menacée ou quasi menacée. Face à ce constat, les scientifiques soulignent l'importance de mener des recherches approfondies pour comprendre comment les transformations de son environnement influencent sa survie, notamment dans les zones de pâturages où ses effectifs restent mystérieusement bas.

L'intensification des pratiques agricoles, marquée par l'usage massif d'engrais et la simplification des paysages, est directement pointée du doigt. Pour inverser cette tendance, il est essentiel de restaurer la diversité des milieux naturels en recréant des paysages variés et hétérogènes. Parallèlement, des enjeux génétiques cruciaux apparaissent, notamment en Espagne. La population de lièvres de la région cantabrique possède une identité génétique unique qui a été fragilisée par l'importation de spécimens étrangers destinés à la chasse. Pour protéger ce patrimoine biologique exceptionnel, un programme d'élevage en captivité a été instauré. Ce dispositif a déjà prouvé son efficacité en permettant la naissance de levrauts et travaille désormais à renforcer la diversité génétique de la population locale en intégrant des individus issus de différentes zones géographiques.


Lievre d'Europe portrait
Portrait du lièvre d'Europe
© Klaus Rudloff - BioLib
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CULTURE

En Europe, le lièvre est un symbole de sexe et de fertilité depuis au moins la Grèce antique. Les Grecs l'associaient aux dieux Dionysos, Aphrodite et Artémis, ainsi qu'aux satyres et aux cupidons. L’Église chrétienne a associé le lièvre à la luxure et à l’homosexualité, mais elle l’a également associée à la persécution de l’église à cause de la façon dont elle était communément chassée.

En Europe du Nord, les images de Pâques impliquent souvent des lièvres ou des lapins. Dans son étude du lièvres sur la coutume et la mythologie populaires au XIXe siècle, Charles J. Billsoncite les coutumes folkloriques concernant le lièvres aux environs de Pâques en Europe du Nord et soutient que le lièvres était probablement un animal sacré dans le festival printanier de la Grande-Bretagne préhistorique. L'observation du comportement d'accouplement du lièvre au printemps a conduit à l'idiome anglais populaire "fou comme un lièvre d'Amérique", avec des expressions similaires des écrits du XVIe siècle de John Skelton et de Sir Thomas More. Le lièvre fou réapparaît dans Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, dans lequel Alice participe à une folle fête du thé avec March Hare et Mad Hatter.

Toute connexion du lièvre à Ēostre est douteuse. John Andrew Boyle cite un dictionnaire d'étymologie de A. Ernout et A. Meillet, qui a écrit que les lumières d'ostre étaient portés par des lièvres, que ostre représentait la fécondité printanière, l'amour et le plaisir sexuel. Boyle répond qu'on ne sait presque rien sur Ēostre et que les auteurs semblent avoir accepté l'identification de Ēostre avec la déesse nordique Freyja, mais que le lièvre n'est pas associé à Freyja non plus. Boyle ajoute que "lorsque les auteurs parlent du lièvre comme du "compagnon d'Aphrodite, des satyres et des cupidons"et que "au Moyen Âge (le lièvre) apparaît à côté de la figure de (mythologique) Luxuria", ils sont bien plus sûrs.

Le lièvre est un personnage dans certaines fables, telles que La Tortue et le Lièvre d'Ésope. L'histoire a été annexée à un problème philosophique par Zeno d'Elea, qui a créé un ensemble de paradoxes pour soutenir l'attaque de Parménide sur l'idée de mouvement continu, chaque fois que le lièvre (ou le héros Achille) se déplace là où la tortue était, la tortue se déplace un peu plus loin. L'artiste allemand de la Renaissance, Albrecht Dürer, a représenté de manière réaliste un lièvre dans sa peinture à l'aquarelle de 1502 intitulé "Jeune lièvre".


Lepus europaeus hybridus
Lièvre de Russie centrale (Lepus europaeus hybridus)
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TAXONOMIE

Le lièvre d'Europe fut décrit scientifiquement pour la première fois par le naturaliste et zoologiste allemand Peter Simon Pallas en 1778, dans son ouvrage Novae Species Quadrupedum e Glirium Ordine, sous le binôme Lepus europaeus. Sa description initiale reposait sur des spécimens collectés en Europe centrale et orientale. Le genre Lepus avait été établi antérieurement par Carl von Linné dans la dixième édition du Systema Naturae (1758), qui y incluait notamment Lepus timidus, le lièvre variable. La classification linnéenne regroupait à l'origine les lièvres et lapins dans un même genre, avant que la taxonomie ne s'affine progressivement au fil des siècles suivants. Au XIXe siècle, plusieurs naturalistes — dont John Edward Gray et Johann Andreas Wagner — proposèrent des révisions génériques et décrivirent de nombreuses espèces et sous-espèces nouvelles au sein du genre Lepus, conduisant à une grande instabilité nomenclaturale.

L'appartenance des Lagomorpha à l'ordre des Rodentia fut longtemps débattue. C'est Gideon Algernon Mantell, puis surtout William Matthew (1912) et James William Gidley (1912), qui contribuèrent à séparer définitivement les lagomorphes des rongeurs, position désormais universellement acceptée. Le genre Lepus appartient à la famille des Leporidae, qui comprend également les genres Oryctolagus, Sylvilagus et une douzaine d'autres.

Au cours du XXe siècle, les analyses morphologiques et biométriques permirent de mieux délimiter l'espèce Lepus europaeus et de la distinguer d'espèces proches telles que Lepus capensis (lièvre du Cap) ou Lepus castroviejoi (lièvre cantabrique). Des travaux de génétique moléculaire menés à partir des années 1990 et 2000, utilisant notamment les marqueurs mitochondriaux (cytochrome b, D-loop) et nucléaires, ont profondément remodelé la phylogénie du genre Lepus, révélant des lignées cryptiques non décelables morphologiquement. Ces études ont notamment mis en évidence l'existence de refuges glaciaires distincts (Balkans, Asie Mineure) ayant généré une structuration génétique importante chez Lepus europaeus.

Le statut du lièvre d'Europe est actuellement stable dans les grandes bases de données taxonomiques de référence, notamment la liste de référence des mammifères du monde (Mammal Species of the World) et l'IUCN. Des espèces initialement considérées comme des sous-espèces de Lepus europaeus ont été élevées au rang d'espèces à part entière à la lumière des analyses moléculaires, illustrant la dynamique permanente de la systématique du genre Lepus.

Bien que la classification puisse varier selon les auteurs et les mises à jour taxonomiques des bases de données comme le GBIF, la liste classique reconnaît généralement seize sous-espèces principales pour le lièvre d'Europe :

- Lepus europaeus caspicus

- Lepus europaeus connori

- Lepus europaeus creticus

- Lepus europaeus cyprius

- Lepus europaeus cyrensis

- Lepus europaeus europaeus

- Lepus europaeus hybridus

 Voir plus... 

- Lepus europaeus judeae

- Lepus europaeus karpathorum

- Lepus europaeus medius

- Lepus europaeus occidentalis

- Lepus europaeus parnassius

- Lepus europaeus ponticus

- Lepus europaeus rhodius

- Lepus europaeus syriacus

- Lepus europaeus transsylvanicus


Il est important de noter que certaines sources contemporaines, en s'appuyant sur des analyses génétiques plus récentes, tendent à regrouper certaines de ces sous-espèces ou à en discuter la validité (notamment pour les populations insulaires), mais cette nomenclature demeure la référence historique pour décrire la diversité géographique de l'espèce.


European hare (Lepus europaeus)
En anglais, le lièvre d'Europe est appelé European hare
© Attila Steiner - iNaturalist
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CLASSIFICATION


Fiche d'identité
Nom communLièvre d'Europe
Autre nomLièvre brun
English nameEuropean hare
Brown hare
Español nombreLiebre común
Liebre europea
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
Super-classeTetrapoda
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreLagomorpha
FamilleLeporidae
GenreLepus
Nom binominalLepus europaeus
Décrit parPeter Simon Pallas
Date1778



Satut IUCN

Préoccupation mineure (LC)

SOURCES

* Liens internes

Arkive

Animal Diversity Web

BioLib

iNaturalist

Liste Rouge IUCN des espèces menacées

Mammal Species of the World (MSW)

Système d'information taxonomique intégré (ITIS)

* Liens externes

Cyprus Island.net

Global Biodiversity Information Facility (GBIF)

Wikimedia Commons

World Lagomorph Society

* Bibliographie

Pallas, P. S. (1778). Novae Species Quadrupedum e Glirium Ordine. Wolfgang Walther, Erlangae.

Flux, J. E. C. & Angermann, R. (1990). The hares and jackrabbits. In : Chapman, J. A. & Flux, J. E. C. (éds.), Rabbits, Hares and Pikas : Status Survey and Conservation Action Plan. IUCN, Gland, pp. 61–94.

Wilson, D. E. & Reeder, D. M. (éds.) (2005). Mammal Species of the World : A Taxonomic and Geographic Reference (3e éd.). Johns Hopkins University Press, Baltimore.

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Suchentrunk, F., Mamuris, Z., Sfougaris, A. & Stamatis, C. (2003). Biochemical genetic variability in brown hares (Lepus europaeus) from Greece. Acta Theriologica, 48(2), 193–207.

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Tatara, M. & Moribe, J. (2000). Population density and home range of the European brown hare (Lepus europaeus) in different habitats. Mammalian Biology, 65(3), 155–162.

Rödel, H. G. & Dekker, J. J. A. (2012). Influence of weather and soil conditions on mortality, reproduction and population dynamics of European hares in long-term studies. Mammalian Biology, 77(3), 196–204.

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