Sanglier à moustaches (Sus barbatus)
Le sanglier à moustaches (Sus barbatus) est un mammifère artiodactyle appartenant à la famille des Suidae endémique des forêts tropicales humides de l'Asie du Sud-Est insulaire. Connu pour les touffes de poils blancs ou jaunâtres qui ornent ses joues et son museau, il occupe les îles de Bornéo, Sumatra, la péninsule Malaise, les Philippines et plusieurs archipels environnants. Omnivore opportuniste, il joue un rôle écologique capital dans la dispersion des graines et le renouvellement des forêts. Classé "Vulnérable" sur la Liste rouge de l'IUCN, le sanglier à moustaches fait l'objet d'une attention scientifique croissante en raison du recul rapide de son habitat naturel sous la pression des activités humaines. Le sanglier à moustaches est également appelé sanglier barbu.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)Le sanglier à moustaches est l'un des suidés sauvages les plus imposants d'Asie du Sud-Est. Les mâles atteignent couramment une longueur tête-corps de 100 à 180 cm, pour un poids oscillant entre 57 et 130 kg, bien que des individus exceptionnels dépassant 150 kg aient été signalés à Bornéo. Les femelles, sensiblement plus petites, pèsent généralement entre 35 et 75 kg. La hauteur au garrot varie de 75 à 90 cm chez les mâles adultes, conférant à l'espèce une silhouette robuste et trapue caractéristique des suidés forestiers tropicaux.
La caractéristique la plus frappante de l'espèce est sans conteste la barbe ou moustache faciale qui lui a valu son nom vernaculaire et scientifique. Ces formations pileuses denses, de couleur blanche à jaunâtre, s'étendent sur les joues, autour du museau et parfois jusqu'aux épaules, formant une parure spectaculaire particulièrement développée chez les mâles en pleine maturité sexuelle. Chez ces derniers, de volumineuses verrues faciales apparaissent de part et d'autre du museau; elles sont moins prononcées ou absentes chez les femelles et les jeunes individus.
Le pelage général du corps est clairsemé, brunâtre à noirâtre, parfois teinté de roux sur les flancs et les membres. La peau, épaisse et coriace, est partiellement visible sur le dos et les épaules. La tête est volumineuse, portée bas, avec un groin allongé et musculeux adapté au fouissage. Les oreilles, petites et pointues, sont bordées de longs poils. La queue, mince et tufftée à son extrémité, est relativement courte. Les pattes sont fortes, aux onglons larges et bien adaptés aux sols forestiers gorgés d'humidité tropicale.
Les canines, ou défenses, sont bien développées chez les deux sexes, mais considérablement plus longues et recourbées chez les mâles. Ces armes servent à la fois dans les interactions intraspécifiques (combat entre mâles lors de la saison de reproduction) et dans la défense face aux prédateurs. Les juvéniles naissent avec une robe rayée longitudinalement de brun et de crème (livrée cryptique classique chez les suidés) qu'ils perdent progressivement au cours de leurs premières semaines de vie pour adopter la coloration adulte uniforme.
© Liuye entomologie - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)L'aire de répartition géographique du sanglier à moustaches s'étend sur une zone ciblée de l'Asie du Sud-Est insulaire et péninsulaire. L'espèce est historiquement présente en Malaisie péninsulaire, sur l'île de Sumatra, ainsi que sur l'île de Bornéo, qui abrite la plus forte densité de population. Elle est également documentée sur l'archipel de Sulu et plusieurs petites îles environnantes de la mer de Chine méridionale, comme l'île de Bangka. L'étendue géographique exacte a connu des révisions importantes en raison de la déforestation continue qui isole les populations dans des fragments forestiers de plus en plus restreints et déconnectés les uns des autres.
En matière d'habitat, ce suidé est intrinsèquement lié aux forêts tropicales humides primaires et secondaires. Il montre une affinité particulière pour les forêts de Diptérocarpacées de plaine et de colline, un groupe d'arbres dont les cycles de reproduction dictent la présence et la densité des animaux. Le sanglier à moustaches occupe également les forêts marécageuses de peatland, les mangroves côtières, les forêts de montagnes basses jusqu'à 1 500 mètres d'altitude, ainsi que les zones côtières sablonneuses où il recherche régulièrement de la nourriture. L'espèce s'aventure parfois dans les plantations d'huile de palme et les zones de coupe sélective adjacentes aux massifs forestiers préservés.
La disponibilité en eau douce et la présence de sols humides sont des composantes essentielles de son habitat. Le sanglier à moustaches dépend étroitement des cours d'eau, des zones humides et des vasières pour ses bains de boue quotidiens, indispensables à la thermorégulation et à l'élimination des parasites externes. La structure du couvert forestier doit être suffisamment dense pour lui fournir un abri contre les prédateurs et le rayonnement solaire direct. La connectivité entre les différents types de forêts est vitale pour cette espèce, car elle doit pouvoir se déplacer librement à travers divers gradients altitudinaux et paysagers afin de suivre les fructifications saisonnières.
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)Le sanglier à moustaches est un omnivore généraliste, dont le régime alimentaire est à la fois varié et opportuniste, adapté aux fluctuations saisonnières des ressources disponibles dans les forêts tropicales d'Asie du Sud-Est. Son groin puissant et ses onglons robustes lui permettent de fouiller activement le sol à la recherche de racines, de bulbes, de rhizomes, de tubercules, de vers de terre, d'insectes fouisseurs, de larves, de petits vertébrés et de champignons souterrains. Le fouissage est une activité fondamentale qui lui permet d'exploiter des ressources inaccessibles à la plupart des autres mammifères forestiers de taille comparable.
Les fruits constituent néanmoins la base quantitative du régime de l'espèce, en particulier dans les forêts à diptérocarpes de Bornéo et de Sumatra. Les épisodes de fructification synchronisée et massive de dizaines d'espèces d'arbres appartenant à la famille des Dipterocarpaceae représentent une opportunité alimentaire extraordinaire qui attire des centaines, voire des milliers d'individus sur les zones de fructification. Durant ces périodes d'abondance, les sangliers à moustaches accumulent d'importantes réserves de graisse corporelle qui leur permettront de traverser les périodes de disette, qui peuvent durer plusieurs années. Des fruits d'autres familles botaniques — Moraceae, Arecaceae, Annonaceae — sont également consommés.
En dehors des périodes de fructification, l'alimentation de l'espèce est plus diversifiée. Les invertébrés (fourmis, termites, coléoptères et leurs larves) représentent une source protéique importante. Des études fécales et d'observation directe ont documenté la consommation de charognes, d'oeufs d'oiseaux, de petits reptiles et même de rongeurs. L'espèce n'hésite pas à piller les nids d'oiseaux nichant au sol ou à se nourrir de poissons morts dans les cours d'eau peu profonds. Cette plasticité alimentaire est une adaptation clé à la variabilité interannuelle marquée des ressources forestières tropicales.
Le rôle écologique du sanglier à moustaches dans le fonctionnement de la forêt tropicale est considérable. En ingérant et en dispersant des graines, parfois après leur passage dans l'appareil digestif, l'espèce contribue à la régénération et à la diversité végétale. Le fouissage intense du sol stimule le recyclage des nutriments et crée des microhabitats favorables à la germination de nombreuses espèces végétales. En retournant la litière et en incorporant de la matière organique, les sangliers participent activement aux cycles biogéochimiques de l'écosystème forestier.
© Dirk Mezger - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)La reproduction du sanglier à moustaches est étroitement liée aux cycles de fructification des forêts à diptérocarpes, une particularité remarquable qui la distingue de la plupart des autres suidés sauvages. Les femelles ne sont réceptives et ne mettent bas qu'à la suite (ou pendant) les épisodes de fructification, lorsque l'abondance alimentaire garantit une disponibilité énergétique suffisante pour mener une gestation et assurer la survie des marcassins. Ce couplage entre reproduction et ressources alimentaires a été documenté notamment à Bornéo, où des chercheurs ont observé des vagues synchronisées de naissances quelques mois après les grands épisodes de fructification.
La gestation dure environ 90 à 120 jours, ce qui est comparable aux autres membres du genre Sus. Les portées comptent généralement de deux à huit marcassins, avec une moyenne de trois à cinq dans la plupart des études disponibles. À la naissance, les jeunes présentent la livrée rayée caractéristique des suidés et sont entièrement dépendants de leur mère pendant les premières semaines. Ils restent à l'abri dans un nid rudimentaire constitué de feuilles, de brindilles et de végétaux amassés par la femelle avant la mise bas, qui choisit un emplacement discret, souvent à l'abri d'une végétation dense ou d'un amoncellement de racines.
Le sevrage intervient progressivement entre trois et cinq mois, après quoi les jeunes commencent à accompagner leur mère dans ses déplacements et à ingérer des aliments solides. Les femelles semblent capables de se reproduire dès l'âge de 18 mois environ, mais les études en conditions sauvages manquent de données précises sur l'âge de la première reproduction. Les mâles atteignent la maturité sexuelle vers deux ans, mais leur accès effectif à la reproduction est souvent retardé par la compétition intrasexuelle.
La structure sociale de l'espèce influe directement sur l'organisation de la reproduction. Les femelles vivent généralement en groupes familiaux composés d'une femelle adulte et de ses jeunes de l'année et de l'année précédente. Les mâles adultes sont plutôt solitaires en dehors de la période de rut, durant laquelle ils entrent en compétition active pour l'accès aux femelles réceptives. Les combats entre mâles peuvent être violents, impliquant l'utilisation des défenses, et laissent parfois des cicatrices durables.
La longévité du sanglier à moustaches varie en fonction des conditions environnementales, des menaces naturelles, et des pressions humaines. En milieu naturel, la durée de vie moyenne du sanglier à moustaches est de 10 à 15 ans. En captivité, où les menaces sont réduites et où l’accès à la nourriture et aux soins médicaux est garanti, le sanglier à moustaches peut vivre jusqu’à 20 ans, voire plus dans des conditions optimales.
© Klaus Rudloff - BioLib
All rights reserved (Tous droits réservés)Le sanglier à moustaches présente une organisation sociale complexe, variable selon l'âge, le sexe et la disponibilité des ressources alimentaires. Les femelles adultes et leurs jeunes constituent les noyaux sociaux de base. Ces groupes familiaux se déplacent ensemble, partagent des gîtes, et coopèrent partiellement dans la vigilance prédatrice. Ces unités familiales peuvent se regrouper temporairement lors des épisodes de fructification pour former de vastes rassemblements allant de quelques dizaines à plusieurs centaines d'individus, phénomène spectaculaire qui a été observé à maintes reprises dans les forêts de Bornéo. Les mâles adultes, quant à eux, adoptent majoritairement un mode de vie solitaire, ne rejoignant les femelles que lors des périodes de rut.
La communication chez le sanglier à moustaches emprunte plusieurs modalités sensorielles. La communication acoustique joue un rôle important : l'espèce produit une grande variété de vocalisations incluant des grognements, des couinements, des aboiements d'alarme courts et secs, et des cris plus intenses lors des interactions agressives ou de la défense contre les prédateurs. Les femelles et leurs petits utilisent des vocalisations douces pour maintenir la cohésion du groupe familial. La communication chimique, via les glandes odorantes situées près des yeux, des joues et des pieds, est également très importante dans le maintien des hiérarchies sociales et le marquage territorial.
Le comportement de vautrage (consistant à se rouler dans la boue des mares et des cours d'eau) est une activité sociale et physiologique récurrente. Au-delà de sa fonction thermorégulatrice dans les conditions climatiques chaudes et humides de l'Asie du Sud-Est tropicale, le vautrage dépose une couche protectrice sur la peau contre les ectoparasites (tiques, mouches piqueuses) et constitue un comportement de marquage indirect, car la boue véhicule des odeurs caractéristiques de l'individu.
Les individus adultes présentent une activité principalement crépusculaire et nocturne, bien que des comportements diurnes aient été documentés, en particulier dans les zones peu fréquentées par l'homme. Le domaine vital des individus est vaste et variable, estimé entre 30 et plusieurs centaines de km² selon la qualité et la connectivité de l'habitat. Les longues migrations saisonnières du sanglier à moustaches à Bornéo, qui peuvent couvrir des centaines de kilomètres, restent l'un des comportements les plus remarquables documentés chez un suidé sauvage et constituent un axe de recherche actif.
© Phil Benstead - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)En tant que grand mammifère forestier, le sanglier à moustaches n'est pas exempt de prédation naturelle, même si sa taille, sa robustesse et ses défenses en font une proie difficile pour la plupart des prédateurs. Dans les forêts de Bornéo et de Sumatra, le principal prédateur naturel de l'adulte est le tigre de Sumatra (Panthera tigris sumatrae), dont les populations sont malheureusement elles-mêmes très menacées. La panthère nébuleuse de Bornéo (Neofelis diardi borneensis) et la panthère nébuleuse de Sumatra (Neofelis diardi diardi) s'attaquent quant à eux plus fréquemment aux jeunes et aux sub-adultes, qu'ils peuvent maîtriser plus aisément. Ces félins constituent des régulateurs naturels importants des populations du sanglier à moustaches.
Le python réticulé (Malayopython reticulatus), l'un des plus grands serpents du monde, est également un prédateur documenté du sanglier à moustaches, notamment des jeunes marcassins et des sub-adultes. Des observations et des contenus stomacaux ont révélé la prédation de juvéniles par cette espèce. Bien que rare, la prédation sur des individus adultes par des pythons de grande taille a aussi été signalée dans la littérature et dans des observations de terrain à Bornéo et à Sumatra. Dans les zones côtières et riveraines, les grands crocodiles, notamment le crocodile marin (Crocodylus porosus), peuvent également représenter un danger pour les individus qui s'approchent des cours d'eau ou des zones de mangroves.
Dans les Philippines, et plus particulièrement à Palawan, les prédateurs naturels de la sous-espèce locale sont moins diversifiés : l'absence de tigres et la rareté des grands félins réduisent la pression de prédation directe sur les adultes. Les pythons sont présents mais plus petits. Le pithécophage des Philippines (Pithecophaga jefferyi) peut potentiellement s'attaquer aux marcassins, même si des données précises sur cette interaction spécifique sont limitées.
La pression de prédation exercée par les prédateurs naturels est généralement considérée comme secondaire par rapport aux menaces anthropiques dans la dynamique des populations actuelles du sanglier à moustaches. Cependant, la coévolution avec ces prédateurs a façonné plusieurs aspects du comportement de l'espèce : vigilance accrue, tendance à se déplacer en groupe (dilution du risque), préférence pour les zones de végétation dense offrant des possibilités de fuite ou de dissimulation, et activité plus nocturne dans les zones à forte présence de grands prédateurs.
© Tiffany Kosch - iNaturalist
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)Le sanglier à moustaches fait face à un ensemble de menaces interconnectées qui en font une espèce menacée. La première menace, et sans doute la plus déterminante sur le long terme, est la destruction et la fragmentation de l'habitat. L'expansion des plantations de palmiers à huile (Elaeis guineensis) en Malaisie et en Indonésie a entraîné la conversion de vastes étendues de forêts tropicales primaires en monocultures où l'animal ne peut pas se reproduire de manière viable. La construction de routes, le développement de l'agriculture intensive, les projets d'infrastructure et l'urbanisation accélérée dans les zones rurales appauvrissent et fragmentent continuellement le couvert forestier résiduel.
La chasse constitue la seconde grande menace pour l'espèce. Le sanglier à moustaches est une source alimentaire importante pour de nombreuses communautés rurales et autochtones d'Asie du Sud-Est, notamment à Bornéo où les populations Dayak pratiquent une chasse de subsistance traditionnelle. Cependant, le développement des marchés, l'amélioration des équipements de chasse (armes à feu, pièges modernes, lampes à batterie pour la chasse nocturne) et la croissance des marchés locaux de viande de brousse ont conduit à une intensification de la pression de chasse bien au-delà de ce que les populations peuvent supporter durablement. Dans certaines régions, la chasse commerciale illégale constitue une menace sérieuse.
Les conflits homme-faune représentent une troisième dimension problématique. Les individus qui fréquentent les lisières agricoles et les plantations peuvent causer des dommages significatifs aux cultures, notamment riz, manioc, maïs et palmiers jeunes, ce qui génère des représailles de la part des agriculteurs. Ces derniers ont recours à des pièges, à l'empoisonnement et à des tirs pour protéger leurs récoltes, sans égard pour le statut de conservation de l'espèce. Ce phénomène est exacerbé par la réduction de l'habitat naturel qui pousse les sangliers à se rapprocher des zones cultivées.
Les épizooties constituent une menace plus récente et potentiellement catastrophique. La Peste Porcine Africaine (PPA), causée par un arbovirus hautement pathogène pour les suidés, s'est propagée en Asie du Sud-Est à partir de la fin des années 2010 et a déjà causé des mortalités importantes dans des populations sauvages de sangliers eurasiens. Le risque de transmission au sanglier à moustaches est réel et fait l'objet d'une surveillance accrue. Les changements climatiques, enfin, pourraient modifier la phénologie des diptérocarpes et donc la périodicité et l'intensité des épisodes de fructification, déstabilisant ainsi le couplage entre reproduction et ressources alimentaires qui est au coeur de la biologie de l'espèce.
Crédit photo: Alex Kantorovich - Zooinstitutes
Le sanglier à moustaches est une espèce inscrite sur la Liste rouge des espèces menacées de l'IUCN dans la catégorie "Vulnérable" (VU).
La conservation du sanglier à moustaches s'appuie sur plusieurs piliers complémentaires, à la fois réglementaires, géographiques et communautaires. Sur le plan juridique, l'espèce bénéficie de protections nationales dans la plupart des pays de son aire de répartition. En Malaisie (Sabah et Sarawak), en Indonésie et au Brunéi, la chasse commerciale est en principe réglementée, même si les capacités d'application sur le terrain restent insuffisantes. En Indonésie, les dérogations accordées aux communautés autochtones pour la chasse de subsistance compliquent la mise en oeuvre d'une protection uniforme.
La protection de l'habitat est la mesure de conservation la plus efficace à long terme. De nombreuses populations de sangliers à moustaches résident dans des aires protégées de grande taille, telles que le parc national de Gunung Palung, le parc national de Tanjung Puting et la réserve de Kutai en Kalimantan, le parc national de Kinabalu au Sabah, ou les vastes forêts protégées du Sarawak. Cependant, la gestion de ces aires n'est pas toujours optimale, et les forêts non protégées situées entre elles jouent un rôle crucial de corridor pour les migrations saisonnières de l'espèce. Des initiatives de restauration et de reconnexion de ces corridors forestiers, portées par des ONG comme WWF Malaysia ou Wildlife Conservation Society (WCS), sont en cours. La recherche scientifique contribue activement à améliorer les stratégies de conservation. Des programmes de suivi télémetrique par GPS-collier ont permis de cartographier les domaines vitaux, les routes de migration et les habitats critiques de Sus barbatus à Bornéo. Ces données guident la localisation des corridors à restaurer et permettent d'identifier les zones de conflit homme-faune à prioriser pour des interventions de mitigation. Des études génétiques contribuent à caractériser la structuration des populations et à identifier les unités de gestion conservatoire pertinentes.
L'implication des communautés locales est reconnue comme un facteur clé de succès. Des programmes d'éducation environnementale, de développement de moyens d'existence alternatifs à la chasse commerciale, et de gestion participative des ressources naturelles sont mis en place dans plusieurs régions. En Malaisie et à Bornéo, certaines communautés Dayak participent à des programmes de surveillance communautaire de la faune, devenant ainsi actrices de la conservation de l'espèce. La sensibilisation aux risques épizootiques, notamment liés à la Peste Porcine Africaine, fait également partie des priorités de conservation actuelles.
© Klaus Rudloff - BioLib
All rights reserved (Tous droits réservés)L'histoire taxonomique du sanglier à moustaches prend sa source au XIXe siècle dans les travaux du zoologiste allemand Salomon Müller. Ce dernier a décrit scientifiquement l'espèce en 1838 à partir de spécimens collectés près de Banjarmasin, dans la partie sud de l'île de Bornéo (Kalimantan, Indonésie). La description officielle initiale a placé l'animal au sein du genre Sus, un groupe clé de la famille des Suidae. Au fil des décennies, le statut spécifique de Sus barbatus est resté globalement stable, validé par l'ensemble des révisions mammalogiques majeures conduites par les chercheurs.
Au cours des XIXe et XXe siècles, plusieurs scientifiques ont proposé la création de nouveaux taxons ou la réorganisation de formes locales au sein du complexe Sus barbatus. Certaines populations insulaires ont temporairement été décrites comme des espèces distinctes avant d'être réintégrées comme sous-espèces ou synonymes juniors au fur et à mesure que les analyses ostéologiques, morphométriques et génétiques progressaient. L'un des exemples les plus notables concerne le sanglier géant de Palawan, historiquement considéré par plusieurs auteurs comme une simple sous-espèce sous le nom de Sus barbatus ahoenobarbus, avant que des études approfondies au début des années 2000 ne l'élèvent au rang d'espèce à part entière (Sus ahoenobarbus).
Actuellement, la classification taxonomique moderne s'appuie sur les données fournies par les bases de données de référence comme GBIF et l'IUCN, qui reconnaissent formellement deux sous-espèces distinctes de sangliers à moustaches :
* Sus barbatus barbatus : La sous-espèce nominale. Elle est distribuée sur l'île de Bornéo ainsi que sur plusieurs îles adjacentes. Elle se caractérise par des moustaches faciales particulièrement longues et balayées sur les joues, accompagnées d'une bande de soies très fournies sur le groin, développant une pilosité faciale plus imposante chez les mâles adultes.
* Sus barbatus oi : Décrite au début du XXe siècle par le zoologiste américain Gerrit Smith Miller Jr., cette forme occupe la Malaisie péninsulaire, l'île de Sumatra et l'île de Bangka. Le nom sous-spécifique "oi" découle d'une troncation d'un terme vernaculaire local utilisé à Sumatra pour désigner ce suidé. Sur le plan morphologique, cette sous-espèce présente des soies plus courtes sur les joues, mais possède des poils particulièrement raides et dressés le long de son museau. Les études moléculaires récentes confirment la séparation génétique entre les populations de Bornéo et celles de la région de Sumatra-Malaisie, justifiant le maintien de ces deux taxons sous-spécifiques.
© Helle Hvitved - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)| Nom commun | Sanglier à moustaches |
| Autre nom | Sanglier barbu |
| English name | Bearded pig |
| Español nombre | Jabalí barbudo |
| Règne | Animalia |
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embranchement | Vertebrata |
| Super-classe | Tetrapoda |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Infra-classe | Eutheria |
| Ordre | Artiodactyla |
| Famille | Suidae |
| Genre | Sus |
| Nom binominal | Sus barbatus |
| Décrit par | Salomon Müller |
| Date | 1838 |
Satut IUCN | ![]() |
* Liens internes
Liste Rouge IUCN des espèces menacées
Mammal Species of the World (MSW)
Système d'information taxonomique intégré (ITIS)
Wildlife Conservation Society (WCS)
* Liens externes
Global Biodiversity Information Facility (GBIF)
Nature Conservation Foundation
* Bibliographie
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