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Rhinocéros noir (Diceros bicornis)


Le rhinocéros noir (Diceros bicornis) est l'une des deux espèces de rhinocéros africains, aux côtés du rhinocéros blanc (Ceratotherium simum). Le rhinocéros noir se distingue par sa lèvre supérieure préhensile adaptée au broutage de végétation ligneuse. Malgré son appellation, sa robe arbore une nuance allant du gris au brun, teintée par la poussière ou la boue dans laquelle il se roule fréquemment. Autrefois omniprésent dans les savanes et formations arbustives africaines, ce géant à deux cornes a subi un déclin démographique d’une violence inouïe au cours du XXe siècle, causé par le braconnage et la destruction de ses zones de vie. Aujourd’hui classée en danger critique d’extinction par l'IUCN, l’espèce fait l'objet de programmes de conservation rigoureux. Le rhinocéros noir est également appelé rhinocéros à lèvres crochues.


Rhinoceros noir (Diceros bicornis)
Rhinocéros noir (Diceros bicornis)
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DESCRIPTION

Le rhinocéros noir est un mammifère périsodactyle appartenant à la famille des Rhinocerotidae. C'est le plus petit des deux rhinocéros africains, mais il demeure l'une des plus imposantes créatures terrestres du continent. Les adultes mesurent entre 1,40 et 1,80 mètre au garrot pour une longueur corporelle allant de 3 à 3,75 mètres, et pèsent généralement entre 800 et 1 400 kilogrammes, les mâles étant en moyenne légèrement plus lourds que les femelles, bien que ce dimorphisme sexuel soit peu marqué comparé à d'autres grands mammifères. La peau épaisse, grisâtre, pratiquement dépourvue de poils à l'âge adulte, est parcourue de plis caractéristiques notamment autour du cou et des épaules. Elle peut paraître plus sombre ou plus claire selon la couleur de la terre dans laquelle l'animal se vautre, phénomène qui explique en partie la confusion sur sa coloration réelle.

La caractéristique la plus distinctive du rhinocéros noir est sa lèvre supérieure pointue et préhensile, parfaitement adaptée à la saisie des feuilles, des rameaux et des fruits, par opposition à la lèvre plate en forme de faucille du rhinocéros blanc qui lui permet de brouter les herbes. Cette morphologie est directement liée à son régime alimentaire principalement foliaire. L'animal possède deux cornes nasales composées de kératine agglomérée — la même protéine que nos ongles — et non d'os. La corne antérieure, la plus développée, peut atteindre 1,30 mètre, voire dépasser cette longueur dans des cas exceptionnels. La corne postérieure est plus courte, souvent inférieure à 50 centimètres. Ces cornes, qui poussent tout au long de la vie de l'animal, constituent malheureusement la cible principale des braconniers.

Les membres sont robustes, terminés par trois doigts munis de sabots, et la tête volumineuse est portée relativement bas. Les yeux sont petits et la vision est médiocre, ce qui est compensé par un odorat et une ouïe particulièrement développés. Les oreilles tubulaires sont mobiles et pivotent indépendamment pour localiser les sons avec précision. Malgré son gabarit imposant, le rhinocéros noir est capable d'atteindre des vitesses de pointe de 55 à 60 km/h sur de courtes distances, une agilité surprenante qui le rend dangereux lorsqu'il charge, ce qu'il fait volontiers, souvent sous l'effet d'une fausse interprétation de son environnement due à sa mauvaise vue.

Le nom rhinocéros noir est un emprunt de l’anglais se traduisant par black rhinoceros pour faire une différence avec white rhinoceros, car les deux espèces sont en réalité gris foncé et ne se distinguent pas sur le plan des couleurs. De ce fait, ces appellations trompeuses sont venues d’une faute de traduction de l’Africaan où wijde signifie large, mais a été confondu avec white, c’est-à-dire blanc. Les formes allemandes à gueule large et à gueule pointue sont au contraire les traductions correctes de l’africaan que l’on devrait donc préférer. Ces noms se rapportent à la lèvre supérieure : celle du rhinocéros noir est adaptée pour saisir le feuillage en l’arrachant tandis que celle du rhinocéros blanc est plate et convient mieux pour brouter de l’herbe.


Diceros bicornis
Diceros bicornis
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CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

HABITAT

Le rhinocéros noir était historiquement répandu dans la quasi-totalité de l'Afrique subsaharienne, des forêts montagnardes d'Éthiopie et de Somalie jusqu'aux plaines du Cap, en passant par les steppes de l'Afrique de l'Est et les savanes d'Afrique australe et occidentale. Avant la colonisation européenne, les estimations suggèrent qu'il pouvait exister entre 850 000 et plusieurs millions d'individus sur l'ensemble du continent. Au début du XXe siècle, la population totale était estimée à environ 100 000 individus. La chasse intensive et la destruction des habitats ont conduit à un effondrement dramatique de l'espèce, réduisant la population à moins de 2 500 individus dans les années 1990, soit une réduction de plus de 96 % en un siècle, avant que les efforts de conservation n'inversent lentement la tendance.

Aujourd'hui, l'espèce est confinée à quelques pays d'Afrique orientale et australe. Le Kenya abrite la plus grande population de l'espèce nominale (Diceros bicornis michaeli), avec des individus présents notamment dans les réserves de Lewa, Ol Pejeta, Nairobi et Tsavo. L'Afrique du Sud concentre la majorité de la sous-espèce Diceros bicornis minor, notamment dans le parc Kruger, iSimangaliso et plusieurs réserves privées. La Namibie, dans les régions semi-arides de Damaraland et de Kaokoveld, héberge la sous-espèce Diceros bicornis bicornis, la seule adaptée aux déserts. Le Zimbabwe et la Tanzanie maintiennent également des populations significatives, et des programmes de translocation ont permis de réintroduire l'espèce dans certains pays comme le Rwanda, la Zambie et le Botswana.

Les habitats préférentiels varient selon les sous-espèces mais incluent généralement les zones d'arbustes denses, les forêts claires miombos, les savanes boisées et les zones de transition entre forêt et prairie. L'espèce montre une préférence marquée pour les milieux offrant une couverture végétale suffisante pour se dissimuler et un accès à des sources d'eau permanentes ou semi-permanentes. En Namibie, certaines populations ont su s'adapter à des milieux désertiques extrêmement arides, parcourant de très longues distances pour s'abreuver, parfois plusieurs jours sans eau. L'altitude ne constitue pas une barrière majeure : on trouve des populations sur les hauts plateaux éthiopiens comme dans les plaines côtières.

Remarque : À la demande de certains membres et pays, le Groupe de spécialistes des rhinocéros d'Afrique de la CSE de l'IUCN (GSRAf) a pour politique de ne pas divulguer d'informations détaillées (y compris des cartes) indiquant la localisation et les noms de toutes les sous-populations de rhinocéros pour des raisons de sécurité. Pour cette raison, seuls les pays entiers d'occurrence sont indiqués sur la carte de répartition ci-dessous.


Diceros bicornis distribution
Carte de répartition du rhinocéros noir
     Répartition actuelle -      Éteint

ALIMENTATION

Le rhinocéros noir est un herbivore strict dont le régime alimentaire est principalement composé de végétaux ligneux : feuilles, rameaux, écorces, fruits et fleurs d'une grande diversité d'espèces végétales. On dénombre plus de 200 espèces de plantes différentes dans son alimentation selon les études botaniques réalisées en Afrique de l'Est et en Afrique australe, ce qui en fait un herbivore remarquablement généraliste sur le plan botanique, même si les préférences varient selon les saisons et les disponibilités locales. Il est classé comme brouteur strict, par opposition aux pâtureurs comme le rhinocéros blanc, en raison de sa lèvre supérieure préhensile qui lui permet de saisir avec précision les feuilles et les jeunes pousses.

Les acacias constituent une part importante de l'alimentation dans de nombreuses régions, bien que la consommation d'espèces épineuses ne semble pas dissuader l'animal, dont la lèvre et la langue sont suffisamment robustes pour manipuler ces végétaux. Dans les régions plus humides, les Euphorbiacées, les Combretacées et diverses espèces de Grewia sont régulièrement consommées. Certaines plantes ingérées seraient toxiques pour d'autres mammifères, ce qui suggère que le rhinocéros noir a développé des adaptations physiologiques particulières liées à son microbiome intestinal et à ses capacités de détoxification.

L'animal est principalement actif à l'aube, au crépuscule et pendant la nuit, évitant ainsi les heures les plus chaudes de la journée. Pendant les périodes les plus chaudes, il se repose à l'ombre ou se vautre dans la boue — comportement qui lui sert à la fois de thermorégulation et de protection contre les parasites et insectes piqueurs. La consommation d'eau varie selon les individus et les populations : dans les régions bien arrosées, le rhinocéros s'abreuve quotidiennement, mais les populations désertiques de Namibie peuvent survivre plusieurs jours, voire plus de cinq jours, sans boire, compensant en partie leurs besoins en eau par la teneur hydrique des végétaux consommés. Les minéraux sont complétés par la visite régulière de salines naturelles, essentielles à l'équilibre nutritionnel de l'espèce.


Diceros bicornis bicornis
Rhinocéros noir du Sud (Diceros bicornis bicornis)
© Tia Offner - iNaturalist
CC-BY (Certains droits réservés)

REPRODUCTION

Le rhinocéros noir atteint la maturité sexuelle relativement tardivement : les femelles deviennent reproductrices entre 4 et 6 ans, tandis que les mâles, bien que physiologiquement capables dès 7 à 8 ans, n'accèdent généralement à la reproduction effective que plus tard, entre 10 et 12 ans, en raison de la compétition sociale avec les mâles dominants. L'espèce est polygyne : les mâles dominants s'accouplent avec plusieurs femelles au sein de leur domaine vital. Les contacts entre individus adultes sont généralement évités et peuvent être conflictuels, mais les interactions reproductives donnent lieu à des rencontres prolongées, parfois de plusieurs jours, au cours desquelles le mâle suit assidûment la femelle réceptive.

La période de gestation est l'une des plus longues des mammifères terrestres après les éléphants, durant en moyenne 15 à 16 mois. La femelle met bas un seul petit, pesant entre 35 et 50 kilogrammes à la naissance. Les naissances sont asynchrones et peuvent survenir à n'importe quelle période de l'année, bien qu'une légère saisonnalité ait été observée dans certaines populations, avec une concentration de naissances en saison des pluies lorsque la nourriture est plus abondante. Le nouveau-né est précoce et capable de se déplacer quelques heures après sa naissance. Il reste avec sa mère jusqu'à l'arrivée du veau suivant, soit pendant deux à quatre ans selon l'intervalle inter-naissances.

L'intervalle entre deux naissances successives est généralement de 2,5 à 5 ans dans les conditions naturelles, ce qui confère à l'espèce un taux de renouvellement démographique très faible, la rendant particulièrement vulnérable aux perturbations de ses populations. La lactation dure entre 12 et 18 mois, bien que le jeune commence à consommer des végétaux dès l'âge de 2 mois environ. L'espérance de vie est d'environ 35 à 45 ans en milieu naturel, et jusqu'à 50 ans en captivité. La lente dynamique de reproduction constitue l'un des principaux obstacles à la reconstitution rapide des populations sauvages malgré les efforts de conservation intensifs déployés depuis les années 1990.


Rhinoceros noir femelle
Rhinocéros noir femelle et so petit au zoo de Berlin, Allemagne
© Klaus Rudloff - BioLib
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COMPORTEMENT

Le rhinocéros noir est une espèce fondamentalement solitaire, à l'exception des mères accompagnées de leurs jeunes et des couples formés temporairement lors de la période de reproduction. Chaque individu occupe un domaine vital dont la superficie varie considérablement selon le sexe, l'habitat et la disponibilité des ressources : de quelques dizaines de kilomètres carrés pour les femelles dans des habitats favorables jusqu'à plusieurs centaines de kilomètres carrés pour les mâles dans des zones plus arides. Les domaines vitaux des individus de même sexe peuvent se chevaucher partiellement, mais les mâles dominants défendent activement un territoire contre les rivaux.

La communication territoriale s'effectue principalement par la déposition de crottes en des lieux spécifiques (latrines) qui constituent de véritables relais d'information olfactifs. Les rhinocéros noirs dispersent leur fumier en éventail grâce à des coups de pied caractéristiques, amplifiant ainsi la dispersion des odeurs. La marque urinaire, notamment le marquage par jets puissants projetés sur les buissons environnants, complète ce système de communication. Ces signaux chimiques renseignent les congénères sur l'identité, le statut reproducteur et la présence d'un individu dans la zone, limitant ainsi les rencontres directes potentiellement conflictuelles.

Malgré sa réputation de grande agressivité — souvent exagérée dans les récits de voyageurs anciens —, le rhinocéros noir n'est agressif que lorsqu'il se sent menacé ou surpris. Ses charges spectaculaires, pouvant sembler imprévisibles, sont souvent des charges d'intimidation avortées à courte distance, le mauvais développement visuel de l'animal le poussant parfois à charger une direction erronée. En revanche, lors de vraies confrontations avec des prédateurs ou des rivaux, la corne est utilisée comme arme offensive redoutable. Les interactions agonistiques entre mâles peuvent être fatales. Le bain de boue, pratiqué régulièrement, joue un rôle essentiel dans la thermorégulation et la protection cutanée.


Diceros bicornis minor
Rhinocéros noir du centre-sud (Diceros bicornis minor)
© Jack Cochran - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

PRÉDATION

À l'état adulte, le rhinocéros noir ne possède pratiquement pas de prédateurs naturels capables de lui infliger des dommages létaux, hormis l'être humain. Sa taille imposante, sa robustesse physique et son comportement défensif agressif constituent une dissuasion efficace contre la grande majorité des carnivores africains. Néanmoins, les jeunes restent vulnérables durant leurs premières semaines de vie, avant qu'ils n'atteignent une taille suffisante pour se défendre ou prendre la fuite efficacement.

Le lion (Panthera leo) est considéré comme le prédateur naturel le plus significatif du rhinocéros noir, mais les attaques réussies sur des individus adultes sont extrêmement rares et sont généralement documentées uniquement dans des circonstances exceptionnelles, impliquant des groupes de lions coordonnés ou des individus adultes affaiblis, malades ou âgés. Des observations de groupes de lions attaquant des femelles rhinocéros avec leur veau ont été enregistrées dans des réserves du Botswana et du Zimbabwe, se concluant parfois par la mort du jeune.

La hyène tachetée (Crocuta crocuta) et le lycaon (Lycaon pictus) sont théoriquement capables de s'en prendre aux très jeunes veaux ou aux individus extrêmement affaiblis, mais de telles observations restent anecdotiques dans la littérature scientifique. Le crocodile du Nil (Crocodylus niloticus) peut constituer un danger lors des traversées de points d'eau pour les jeunes individus. Des observations de combat entre rhinocéros noirs et hippopotames (Hippopotamus amphibius) aux points d'eau ont également été documentées, se concluant parfois par des blessures sévères des deux côtés.

En définitive, la principale menace létale pour le rhinocéros noir reste sans équivoque l'espèce humaine, à travers le braconnage pour la corne et la destruction de l'habitat. L'absence de prédateurs naturels efficaces signifie que les perturbations anthropiques sur les populations ne sont pas compensées par une réduction de la pression de prédation, ce qui aggrave leur impact démographique sur une espèce dont la reproduction est déjà intrinsèquement lente.


Diceros bicornis michaeli
Rhinocéros noir del'Est (diceros bicornis michaeli)
Crédit photo: Alex Kantorovich - Zooinstitutes

MENACES

La menace la plus grave et la plus immédiate pesant sur le rhinocéros noir est le braconnage pour ses cornes, alimenté par une demande persistante et lucrative sur les marchés asiatiques — notamment en Chine, au Vietnam et en Corée du Sud — où elles sont utilisées en médecine traditionnelle comme antipyrétique ou symbole de statut social. Bien que la kératine qui compose ces cornes ne présente aucune propriété médicinale validée scientifiquement, leur prix sur le marché noir peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros par kilogramme, dépassant parfois la valeur de l'or ou de la cocaïne au poids. Ce différentiel économique crée des incitations puissantes pour les réseaux criminels organisés, qui recrutent des braconniers locaux souvent armés de fusils de précision et de produits anesthésiques vétérinaires.

La perte et la fragmentation de l'habitat constituent la seconde grande menace. L'expansion agricole, l'urbanisation, le développement des infrastructures et la compétition avec le bétail domestique ont réduit et morcelé les espaces disponibles pour l'espèce, isolant les populations les unes des autres et compromettant les flux génétiques entre groupes. Cette fragmentation amplifie les effets de la consanguinité à long terme et réduit la résilience des populations face aux changements environnementaux.

Les conflits entre humains et rhinocéros représentent également un facteur de mortalité non négligeable dans les zones périphériques des réserves, où des individus errants peuvent détruire des cultures et menacer les communautés locales, conduisant à des abattages de représailles. Le changement climatique constitue une menace croissante : la modification des régimes de précipitations dans les régions déjà arides d'Afrique australe et orientale affecte la disponibilité des ressources alimentaires et hydriques, pouvant contraindre les individus à parcourir de plus longues distances et à les exposer davantage aux braconniers. Enfin, les maladies infectieuses émergentes, comme certaines pathologies transmises par des tiques ou le virus de la fièvre aphteuse, représentent un risque sanitaire sous-estimé pour les populations de petite taille à faible variabilité génétique.


Diceros bicornis longipes
Rhinocéros noir de l'Ouest (Diceros bicornis longipes)
© Hubert Planton - Rhino Resource Center
Di-no license (Licence inconnue)

CONSERVATION

Le rhinocéros noir est considéré comme une espèce en grand danger d'extinction. Il est classé dans la catégorie "En danger critique" (CR) sur la Liste rouge de l'IUCN.

Depuis les années 1970 et plus intensément depuis les années 1990, des efforts de conservation considérables ont été déployés à différentes échelles pour enrayer le déclin du rhinocéros noir. Sur le plan législatif, la CITES a inscrit le rhinocéros noir à son Annexe I en 1977, interdisant tout commerce international de spécimens, de parties ou de produits dérivés. Cette interdiction, bien qu'imparfaitement respectée, a contribué à réduire l'accès légal aux cornes sur les marchés internationaux.

Les programmes de protection intensive des populations sauvages (intensive protection zones, IPZ) ont permis de sécuriser des noyaux de populations dans des réserves clôturées étroitement surveillées. Le déploiement de gardes anti-braconnage formés, d'unités cynophiles, de drones de surveillance et de systèmes de monitoring par radio-colliers a considérablement renforcé la sécurité des individus dans plusieurs réserves africaines. Des programmes de translocation ont permis de déplacer des individus depuis des populations en bonne santé vers de nouveaux habitats ou de renforcer des populations en déclin génétique. La réintroduction du rhinocéros noir au Rwanda, en Zambie et au Botswana témoigne du succès de cette approche.

Les programmes d'élevage en captivité, coordonnés par les plans de survie des espèces (SSP en Amérique du Nord, EEP en Europe), maintiennent une population ex situ qui constitue une assurance démographique et génétique. L'implication des communautés locales dans la gestion des ressources naturelles et le développement d'une économie du tourisme basée sur la faune sauvage ont permis de créer des incitations économiques à la conservation et de réduire les conflits. Des initiatives comme la Community-Based Natural Resource Management (CBNRM) en Namibie ont démontré que le partage équitable des bénéfices du tourisme avec les populations riveraines peut réduire significativement le braconnage. Grâce à l'ensemble de ces mesures, la population mondiale est passée d'environ 2 480 individus en 1995 à plus de 6 000 en 2023, un signe encourageant mais fragile.

Le rhinocéros noir vit dans plusieurs parcs nationaux : Addo Elephant - Kruger - Etosha - Hwange - Mana Pools - Sud Luangwa - Serengeti


TAXONOMIE

L'histoire taxonomique du rhinocéros noir remonte aux débuts de la systématique zoologique moderne. Carl von Linné a été le premier scientifique à formaliser l'existence de l'espèce sous le binôme Rhinoceros bicornis dans la dixième édition de son ouvrage fondateur Systema Naturae. Par la suite, les naturalistes ont constaté des différences anatomiques majeures entre l'espèce asiatique monocorne et les espèces africaines à deux cornes, ce qui a mené à des révisions de la classification générique.

Le genre Diceros a été érigé par le naturaliste britannique John Edward Gray pour isoler le rhinocéros noir africain des autres membres de la famille des Rhinocerotidae. Cette distinction s’appuie sur des caractères morphologiques crâniens et dentaires uniques, ainsi que sur l'absence d'incisives fonctionnelles à l'âge adulte. Diceros bicornis constitue aujourd'hui la seule espèce vivante rattachée à ce genre, bien que des formes fossiles datant du Pliocène aient été identifiées dans le registre paléontologique.

Au cours des XIXe et XXe siècles, le découpage systématique interne de l'espèce a suscité d'importants débats parmi les mammalogistes. De nombreuses descriptions reposant sur des variations individuelles de taille, de couleur de peau ou de courbure de corne ont conduit à l'établissement de plus d'une dizaine de taxa infraspécifiques invalides ou synonymes. La rationalisation des sous-espèces s'est appuyée progressivement sur l'analyse de la morphométrie crânienne puis sur la phylogéographie moléculaire. Les travaux systématiques récents menés par Colin Groves et Peter Grubb ont permis de clarifier les limites des différentes populations régionales et de réhabiliter la validité de certaines sous-espèces adaptées à des écozones particulières. La taxonomie actuelle reconnaît quatre sous-espèces de rhinocéros noir, dont une est éteinte. Chacune se distingue par sa morphologie crânienne et corporelle, sa répartition géographique historique et ses caractéristiques écologiques et comportementales spécifiques.

* Diceros bicornis bicornis : (Rhinocéros noir du Cap / du Sud-Ouest). Historiquement présente en Afrique du Sud et éteinte au XIXe siècle dans sa forme australe. C'est la population la plus remarquable par son adaptation aux milieux désertiques ou sub-désertiques du Damaraland et du Kaokoveld : ces individus peuvent survivre sans eau pendant plusieurs jours et parcourent de vastes domaines vitaux pour trouver de la nourriture dans un milieu appauvri. Leur population est estimée à environ 1 900 individus, en progression grâce aux programmes de conservation namib. Morphologiquement, ils se distinguent par une stature légèrement plus fine et des cornes souvent plus longues et recourbées.

* Diceros bicornis minor : (Rhinocéros noir du Centre-Sud). C'est la sous-espèce la plus nombreuse et la plus répandue, historiquement présente de la Tanzanie jusqu'au Zimbabwe, en passant par la Zambie, le Malawi et le Mozambique. Elle constitue l'essentiel des populations d'Afrique du Sud, du Zimbabwe et de Tanzanie, avec une population totale estimée à environ 4 000 individus. Elle présente les cornes les plus courtes et une morphologie corporelle plus robuste.

* Diceros bicornis michaeli : (Rhinocéros noir d'Afrique de l'Est). C'est la sous-espèce d'Afrique orientale, anciennement répandue en Éthiopie, Somalie, Kenya, Ouganda et Tanzanie. Elle est aujourd'hui principalement concentrée au Kenya, qui abrite la grande majorité de ses effectifs dans des réserves comme Ol Pejeta, Lewa et Nairobi. Sa population est estimée à environ 900 individus. C'est la population la plus étudiée, en raison de la forte concentration de chercheurs et de projets de conservation au Kenya.

* Diceros bicornis longipes : (Rhinocéros noir d'Afrique de l'Ouest). Autrefois répartie à travers les savanes d'Afrique centrale et occidentale (Cameroun, Tchad, République Centrafricaine, Nigeria). Soumise à un braconnage intensif sans protection efficace, elle fut déclarée éteinte par l'IUCN en 2011, le dernier individu connu étant mort en captivité en 2006. Son extinction constitue l'un des avertissements les plus dramatiques sur les conséquences du braconnage non contrôlé.


Black rhinoceros (Diceros bicornis)
En anglais, le rhinocéros noir est appelé Black rhinoceros
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CLASSIFICATION


Fiche d'identité
Nom communRhinocéros noir
English nameBlack Rhinoceros
Hook-lipped Rhinoceros
Español nombreRinoceronte Negro
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
Super-classeTetrapoda
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdrePerissodactyla
FamilleRhinocerotidae
Sous-familleRhinocerotinae
GenreDiceros
Nom binominalDiceros bicornis
Décrit parCarl von Linné (Linnaeus)
Date1758



Satut IUCN

En danger critique (CR)

FICHE POUR ENFANTS

Pour finir, retrouvez ci-dessous une fiche simplifiée en image du rhinocéros noir pour vos enfants.


Rhinoceros noir fiche pour enfants
Fiche pour enfants du rhinocéros noir
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CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

SOURCES

* Liens internes

Animal Diversity Web

Arkive

BioLib

iNaturalist

Liste Rouge IUCN des espèces menacées

Mammal Species of the World (MSW)

Système d'information taxonomique intégré (ITIS)

* Liens externes

Global Biodiversity Information Facility (GBIF)

Rhino Resource Center

South African National Parks

Zoo du bassin d'Arcachon

* Bibliographie

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