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Martre à gorge jaune (Martes flavigula)
La martre à gorge jaune (Martes flavigula) est la plus grande espèce du genre Martes de l'Ancien Monde, répartie depuis l'Extrême-Orient russe et la péninsule coréenne jusqu'aux confins de l'Asie du Sud et du Sud-Est. Ce carnivore généraliste se distingue par un pelage contrasté : une gorge et un poitrail jaune doré éclatant, une tête sombre et des membres antérieurs brun-noir. Excellente grimpeuse, diurne et semi-arboricole, elle fréquente une vaste gamme de milieux forestiers, depuis les forêts tropicales de plaine jusqu'aux forêts de montagne himalayennes dépassant 4 500 mètres d'altitude. Chasseuse opportuniste capable de traquer en petits groupes coordonnés des proies bien plus grosses qu'elle, elle illustre une remarquable plasticité écologique. Classée en "Préoccupation mineure" (LC) par l'IUCN, elle demeure toutefois affectée localement par la déforestation et le piégeage.
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CC-BY-NC (Certains droits réservés)La martre à gorge jaune est le plus grand représentant du genre Martes dans l'Ancien Monde, dépassée uniquement par sa proche parente, la martre des Nilgiri (Martes gwatkinsii), avec laquelle elle partage le sous-genre Charronia. Le corps est allongé, robuste et musclé, porté par un cou long et une poitrine étirée. Les mâles mesurent de 50 à 72 centimètres de la tête au corps et pèsent entre 2,5 et 5,7 kilogrammes, tandis que les femelles, sensiblement plus petites, atteignent 50 à 62 centimètres pour un poids de 1,6 à 3,8 kilogrammes. La queue, touffue mais relativement peu fournie comparée à celle des autres martres, mesure environ les deux tiers de la longueur du corps, lui conférant une silhouette particulièrement effilée.
Le pelage offre une combinaison de teintes unique parmi les mustélidés. Le sommet de la tête est brun noirâtre à reflets brillants, les joues prennent une tonalité plus rousse, et le menton ainsi que les lèvres inférieures sont blancs. La gorge et le haut de la poitrine arborent un jaune doré à orangé éclatant qui donne son nom à l'espèce, tandis que le dos affiche un brun-jaune lustré virant au brun plus soutenu sur l'arrière-train. Les flancs et le ventre sont d'un jaune vif, contrastant avec les pattes antérieures et le bas des membres, entièrement noirs. La queue est sombre dessus, avec une base brun grisâtre et une extrémité plus claire. Le pelage estival, plus court et plus terne, diffère nettement de la fourrure hivernale, plus dure et plus brillante mais toujours moins dense que celle des autres martres.
Le crâne, proche de celui de la fouine mais de taille nettement supérieure, porte une mâchoire puissante adaptée à un régime carnivore varié. Le baculum, en forme de S, présente quatre processus émoussés à son extrémité, un caractère distinctif de l'espèce. Les oreilles sont larges et arrondies, et les pattes courtes et robustes se terminent par de larges coussinets recouverts de poils raides et flexibles, à l'exception des coussinets digitaux et plantaires, glabres. Les glandes anales, porteuses de deux protubérances inhabituelles, sécrètent un liquide nauséabond utilisé pour la défense et le marquage du territoire, contribuant à la réputation de robustesse de l'espèce face aux prédateurs potentiels.
© jsterling60 - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)La martre à gorge jaune occupe l'une des aires de répartition les plus étendues parmi les mustélidés asiatiques, s'étirant de l'Afghanistan et du Pakistan à l'ouest jusqu'à la péninsule coréenne et l'Extrême-Orient russe au nord-est. Vers le sud, son aire englobe l'ensemble de l'arc himalayen — Inde, Népal, Bhoutan, Bangladesh — avant de se prolonger à travers le Myanmar, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Viêt Nam jusqu'à la péninsule malaise. Elle est également présente en Chine continentale, à Taïwan, ainsi que sur les grandes îles de la Sonde : Sumatra, Bornéo et Java. En Indonésie comme à Taïwan, certaines populations insulaires, génétiquement isolées, correspondent à des sous-espèces endémiques.
L'espèce manifeste une remarquable tolérance altitudinale et écologique. Dans l'Himalaya, elle a été observée jusqu'à plus de 4 500 mètres d'altitude, dans des prairies alpines bien au-dessus de la limite forestière, tandis qu'en plaine elle fréquente des forêts tropicales humides proches du niveau de la mer. Entre ces extrêmes, elle colonise les forêts de feuillus tempérées, les forêts mixtes de conifères et de feuillus, la taïga méridionale de l'Extrême-Orient russe, les forêts sempervirentes et semi-sempervirentes d'Asie du Sud-Est, ainsi que des milieux plus ouverts comme les marais de plaine, les broussailles et les zones montagneuses dépourvues de couvert arboré dense. Cette plasticité en fait l'un des carnivores les plus largement distribués de la région indomalayenne et paléarctique orientale.
Bien que capable de grimper avec aisance — elle peut effectuer des sauts de 8 à 9 mètres entre les branches —, la martre à gorge jaune chasse principalement au sol. Elle occupe des domaines vitaux étendus mais non strictement défendus, qu'elle parcourt activement; certains individus couvrent de 10 à 20 kilomètres en une seule journée et nuit de déplacement. Cette mobilité élevée, combinée à l'absence de territorialité stricte, lui permet d'exploiter efficacement des ressources alimentaires dispersées dans des paysages forestiers souvent hétérogènes, y compris des zones partiellement dégradées par l'activité humaine, où elle parvient à se maintenir mieux que de nombreux autres carnivores forestiers spécialisés.
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)Carnivore opportuniste à tendance omnivore prononcée, la martre à gorge jaune présente l'un des régimes alimentaires les plus diversifiés parmi les mustélidés. Son menu comprend des rongeurs, des léporidés, des oiseaux et leurs oeufs — notamment des galliformes nichant au sol comme les faisans et les francolins —, des reptiles, des amphibiens, des insectes, ainsi qu'une part substantielle de fruits, de nectar et de matière végétale, qui en fait un disperseur de graines important dans les forêts subtropicales qu'elle fréquente. Elle s'attaque également à des animaux domestiques, notamment la volaille et, occasionnellement, des chats.
L'aspect le plus spectaculaire de son comportement alimentaire réside dans sa capacité à chasser en petits groupes coordonnés, généralement en paires mais parfois en bandes de trois individus ou plus, ce qui lui permet de s'attaquer à des proies dépassant largement sa propre taille. Dans l'Himalaya et en Birmanie, elle s'en prend fréquemment aux faons de muntjac, tandis qu'en Extrême-Orient russe, le cerf porte-musc constitue une part importante de son alimentation hivernale : les martres le poursuivent parfois jusque sur la glace, où l'animal perd son agilité, et deux ou trois individus peuvent consommer une carcasse entière en deux à trois jours. D'autres jeunes ongulés — élans, cerfs sika, chevreuils, gorals — sont également capturés, généralement dans une fourchette de poids de 10 à 12 kilogrammes, de même que les jeunes sangliers à l'occasion.
La martre à gorge jaune n'hésite pas non plus à s'attaquer à des congénères plus petits, comme la zibeline. Dans les secteurs où elle cohabite avec le tigre, elle suit parfois ce dernier pour se nourrir des restes de ses proies, une stratégie de charognage opportuniste. Son régime varie fortement selon la saison et la localité : les populations forestières subtropicales d'Asie de l'Est consomment proportionnellement davantage de fruits et de petits rongeurs, tandis que les populations nordiques et montagnardes dépendent plus largement des ongulés en hiver. Cette flexibilité alimentaire, associée à une activité de fouissage opportuniste près des habitations humaines et des sites touristiques, témoigne d'une remarquable capacité d'adaptation écologique.
© ge0rgev - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)La biologie reproductive de la martre à gorge jaune demeure incomplètement documentée, en grande partie en raison des difficultés d'observation directe de cette espèce discrète en milieu forestier dense. Les indices disponibles suggèrent un système de reproduction saisonnier, avec deux périodes d'accouplement rapportées selon les régions : l'une se situant de la mi-février à la fin mars, l'autre de la fin juin au début août. Durant ces périodes, des combats entre mâles pour l'accès aux femelles ont été observés, suggérant un système plutôt polygyne, bien que l'hypothèse d'une monogamie ait également été avancée par certains auteurs sans confirmation définitive.
La durée de gestation rapportée, comprise entre 220 et 290 jours, est exceptionnellement longue au regard de la taille de l'animal et de la durée de gestation typique des mustélidés, généralement de l'ordre de 30 à 65 jours. Cet écart laisse fortement supposer l'existence d'une implantation différée, phénomène bien documenté chez plusieurs autres espèces du genre Martes, au cours duquel l'œuf fécondé, parvenu au stade de blastocyste, demeure en dormance dans l'utérus avant que son implantation et son développement actif ne reprennent plusieurs mois plus tard. Les portées comptent généralement deux à trois petits, bien que des portées de quatre ou cinq aient occasionnellement été rapportées.
Comme chez la plupart des mustélidés, les nouveau-nés naissent dans un état altricial : aveugles, dépourvus de fourrure développée et entièrement dépendants des soins maternels. L'âge de la maturité sexuelle, la durée de l'allaitement et le rôle éventuel du mâle dans l'élevage des jeunes restent largement inconnus, ce qui souligne le besoin d'études de terrain ciblées sur cet aspect méconnu de la biologie de l'espèce.
© Vrxz - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)La martre à gorge jaune se distingue de la plupart des mustélidés par une sociabilité relativement développée. Si elle peut chasser et se déplacer seule, elle est fréquemment observée en paires ou en petits groupes de trois à quatre individus, vraisemblablement des unités familiales ou des associations temporaires liées à la chasse coopérative. Cette tendance grégaire, rare chez les martres généralement solitaires, faciliterait la capture de proies de grande taille et pourrait également jouer un rôle dans la transmission de comportements entre jeunes et adultes.
Essentiellement diurne, l'espèce est active du lever du jour jusqu'au milieu de l'après-midi, période durant laquelle elle parcourt activement son vaste domaine vital. Bien que primordialement terrestre dans ses déplacements de chasse, elle demeure une grimpeuse extrêmement agile, capable d'effectuer des sauts spectaculaires de 8 à 9 mètres entre les branches lorsqu'elle évolue dans la canopée, que ce soit pour fuir un danger, accéder à des nids ou exploiter des ressources fruitières en hauteur. La communication repose largement sur le marquage olfactif : les glandes anales et abdominales déposent des sécrétions odorantes le long des itinéraires fréquentés, complétées par des vocalisations variées allant de cris d'alarme à des sons plus discrets utilisés entre membres d'un même groupe.
L'un des traits comportementaux les plus marquants de l'espèce est son absence quasi totale de crainte envers l'humain et les grands prédateurs potentiels. Forte de sa puissance physique, de sa coloration voyante et de ses sécrétions glandulaires nauséabondes, elle s'aventure sans hésitation à proximité des habitations, des campements et même des sites très fréquentés par les visiteurs dans certaines réserves naturelles, où des groupes ont été observés s'habituant rapidement à la présence humaine, notamment autour de points de nourrissage destinés à d'autres espèces comme l'ours noir d'Asie. Cette absence de réticence, couplée à une intelligence et une curiosité marquées, rend l'espèce relativement facile à apprivoiser en captivité, un trait rare parmi les carnivores sauvages de cette taille.
© Alexander Ganse - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)En raison de sa taille relativement importante pour un mustélidé, de sa robustesse physique, de ses sécrétions glandulaires répulsives et de son tempérament peu farouche, la martre à gorge jaune ne compte que peu de prédateurs naturels réguliers à l'âge adulte. Cette quasi-absence de pression de prédation directe constitue un trait distinctif notable au sein de la guilde des mésocarnivores asiatiques, où la plupart des espèces de taille comparable demeurent vulnérables face aux grands carnivores sympatriques.
Les rares cas de prédation documentés impliquent principalement de grands félins partageant son habitat forestier, notamment le tigre (Panthera tigris) et le léopard (Panthera pardus), ainsi que, dans les régions montagneuses d'Extrême-Orient russe, l'ours brun (Ursus arctos) et l'ours noir d'Asie (Ursus thibetanus), susceptibles de s'en prendre occasionnellement à des individus isolés ou affaiblis. Le tigre de l'Amour (Panthera tigris altaica), en particulier, a été identifié comme un prédateur occasionnel dans certaines études de régime alimentaire menées en Russie extrême-orientale, bien que la martre à gorge jaune représente une proportion marginale de son alimentation. Dans les portions méridionales et insulaires de son aire de répartition, des prédations occasionnelles par la panthère nébuleuse (Neofelis nebulosa), ainsi que par de grands rapaces tels que l'aigle royal (Aquila chrysaetos), ont également été rapportées, ces derniers ciblant plus volontiers les jeunes individus que les adultes en bonne santé.
Les meutes de dholes (Cuon alpinus), prédateurs sociaux capables de neutraliser des proies de taille substantielle par un comportement collectif, représentent une autre menace potentielle, bien que les interactions directes documentées entre les deux espèces demeurent rares dans la littérature scientifique. De manière générale, la combinaison d'une vitesse de déplacement élevée, d'une excellente capacité de fuite arboricole et d'une réputation de combativité dissuade la plupart des prédateurs potentiels de s'attaquer à des adultes en bonne condition physique.
Les jeunes non sevrés, en revanche, demeurent vulnérables à un éventail plus large de prédateurs opportunistes lorsqu'ils sont laissés sans surveillance au nid pendant les phases de chasse de la mère. Cette quasi-invulnérabilité relative des adultes contribue à expliquer la stabilité démographique observée chez cette espèce à travers la majeure partie de son aire de répartition.
© Royle Safaris - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)Si la martre à gorge jaune ne fait l'objet d'aucune menace majeure à l'échelle de son aire de répartition globale, plusieurs pressions localisées pèsent sur certaines populations régionales et sous-espèces insulaires. La déforestation et la fragmentation des habitats forestiers, liées à l'expansion agricole, à l'exploitation forestière commerciale et au développement des infrastructures, demeurent le facteur de déclin le plus répandu, en particulier dans les zones de plaine d'Asie du Sud-Est où la conversion des forêts naturelles en plantations progresse rapidement.
Le piégeage, qu'il soit intentionnel ou accidentel, constitue une menace significative. L'espèce est régulièrement capturée dans des collets posés pour d'autres gibiers, une pratique extrêmement répandue dans les forêts d'Asie du Sud-Est continentale, où le piégeage non sélectif touche l'ensemble de la faune terrestre de taille moyenne. Elle est également chassée directement pour sa fourrure, dont la qualité demeure toutefois inférieure à celle d'autres martres, ainsi que pour la viande et certaines parties du corps utilisées dans la médecine traditionnelle dans certaines régions de Chine et de l'Himalaya, où un commerce illégal de faune sauvage a été documenté. Les éleveurs de volaille la considèrent par ailleurs comme un nuisible en raison de ses attaques occasionnelles sur les basses-cours, ce qui entraîne des persécutions directes dans certaines zones rurales.
Les sous-espèces insulaires, génétiquement isolées et souvent restreintes à des aires de répartition réduites, apparaissent particulièrement vulnérables. C'est notamment le cas de la martre de Taïwan (Martes flavigula chrysospila), considérée en danger par les autorités américaines de la faune et de la flore sauvages, ainsi que de la population javanaise (Martes flavigula robinsoni), évaluée séparément par l'IUCN en raison de la pression démographique humaine intense et de la déforestation avancée sur l'île de Java. Dans la région himalayenne, des études récentes soulignent également la vulnérabilité de l'espèce face au changement climatique, qui modifie la répartition altitudinale des habitats forestiers et des proies disponibles dans les écosystèmes montagnards fragiles. Bien que ces pressions cumulées n'affectent pas encore le statut global de conservation de l'espèce, elles justifient une vigilance accrue à l'échelle des populations périphériques et insulaires.
Crédit photo: Alex Kantorovich - Zooinstitutes
L'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) classe la martre à gorge jaune dans la catégorie de "Préoccupation mineure" (LC), une évaluation justifiée par sa vaste aire de répartition, sa présence avérée dans un grand nombre d'aires protégées et l'absence de menace identifiée susceptible d'entraîner un déclin rapide à l'échelle de l'espèce dans son ensemble. Aucune estimation globale fiable de la population mondiale n'est disponible, mais des données régionales existent : en Extrême-Orient russe, la population est estimée entre 2 500 et 3 500 individus, avec une densité observée de un à cinq individus pour cent kilomètres carrés dans la réserve naturelle de Sikhote-Aline.
Sur le plan juridique, l'espèce bénéficie de statuts de protection variables selon les pays. Elle figure à l'Annexe III de la CITES pour les populations indiennes, ce qui encadre le commerce international des spécimens et de leurs dérivés. Elle est également protégée par la législation nationale au Myanmar, en Malaisie et en Chine, bien que l'application effective de ces protections demeure inégale selon les régions.
Malgré son statut global rassurant, plusieurs lacunes de connaissance compliquent l'évaluation précise de la santé des populations. Les inventaires démographiques fiables restent rares en dehors de quelques sites d'étude bien suivis, et le rôle écologique de l'espèce — en tant que disperseur de graines, régulateur de populations de rongeurs et de petits ongulés, et proie occasionnelle de grands prédateurs — demeure insuffisamment documenté à l'échelle régionale.
Certaines sources signalent par ailleurs une tendance générale au déclin dans plusieurs portions de son aire, en contradiction apparente avec le statut de "Préoccupation mineure", ce qui souligne la nécessité d'une révision périodique de l'évaluation à mesure que de nouvelles données deviennent disponibles. Les efforts futurs gagneraient à cibler les sous-espèces insulaires et montagnardes les plus isolées, et à intégrer cette espèce dans les programmes de suivi à long terme des écosystèmes forestiers himalayens et indomalayens.
© Klaus Rudloff - BioLib
All rights reserved (Tous droits réservés)La connaissance occidentale de la martre à gorge jaune remonte à 1781, lorsque le naturaliste britannique Thomas Pennant en livre la première description écrite dans son ouvrage History of Quadrupeds, sous le nom vernaculaire de "White-cheeked Weasel" (belette à joues blanches), sans toutefois lui attribuer de nom scientifique latin formel. C'est le naturaliste néerlandais Pieter Boddaert qui, en 1785, dans son Elenchus Animalium, propose la première dénomination binomiale, Mustela flavigula, plaçant initialement l'espèce dans le genre des belettes alors englobant la plupart des petits carnivores eurasiens. Pendant plusieurs décennies suivant cette publication, l'existence même de l'animal demeure mise en doute par de nombreux zoologistes européens, faute de spécimens tangibles, jusqu'à ce qu'une peau soit présentée en 1824 au musée de la Compagnie des Indes orientales par le naturaliste Thomas Hardwicke, confirmant définitivement la validité de l'espèce.
L'espèce fut par la suite transférée au genre Martes, créé par Pinel en 1792. En 1865, le zoologiste britannique John Edward Gray proposa un genre distinct, Charronia, pour regrouper la martre à gorge jaune et son proche parent indien, la martre des Nilgiri (Martes gwatkinsii), alors parfois considérée comme une simple sous-espèce méridionale de Martes flavigula avant d'être reconnue comme une espèce à part entière. Le statut taxonomique de Charronia a fluctué entre rang générique et rang subgénérique selon les auteurs successifs, notamment Pocock en 1941, qui retint cette classification dans sa révision de la faune des mammifères de l'Inde britannique.
Les analyses moléculaires menées depuis les années 2000, en particulier les études de phylogénie mitochondriale de Koepfli et collègues en 2008 et de Li et collègues en 2014, ont confirmé la monophylie du genre Martes tout en établissant que le couple flavigula-gwatkinsii constitue la lignée la plus divergente au sein du genre, justifiant son maintien au rang de sous-genre Charronia, distinct du sous-genre nominal Martes regroupant les six autres espèces holarctiques. Cette divergence précoce, estimée entre 4,8 et 5,8 millions d'années, daterait du Miocène supérieur et se serait probablement produite dans la région indomalayenne.
La classification infraspécifique demeure activement débattue. Wozencraft, dans l'édition de référence Mammal Species of the World parue en 2005, reconnaît neuf sous-espèces, principalement distinguées par des variations de taille, de teinte du pelage et de la présence ou de l'absence de zones glabres sur la face plantaire des pattes postérieures.
La sous-espèce nominale, Martes flavigula flavigula (Boddaert, 1785), occupe l'Himalaya et le nord de l'Inde, où elle fut initialement décrite. Martes flavigula aterrima (Pallas, 1811), parfois désignée comme la forme sibérienne ou de l'Amour, peuple l'Extrême-Orient russe, la péninsule coréenne et le nord-est de la Chine; il s'agit de la forme la plus septentrionale de l'espèce, dotée d'une fourrure hivernale plus dense adaptée aux rigueurs climatiques continentales.
En Asie du Sud-Est continentale, Martes flavigula indochinensis (Kloss, 1916) occupe le Vietnam, le Laos, le Cambodge et la Thaïlande, tandis que Martes flavigula peninsularis (Bonhote, 1901) se cantonne à la péninsule malaise. Les îles de la Sonde abritent chacune leur propre forme endémique : Martes flavigula henrici (Schinz, 1845) à Sumatra, Martes flavigula saba (Chasen & Kloss, 1931) à Bornéo, et Martes flavigula robinsoni (Pocock, 1936) à Java, cette dernière étant la population la plus menacée du complexe en raison de la pression démographique extrême qui s'exerce sur l'île.
Deux sous-espèces insulaires supplémentaires complètent la liste : Martes flavigula chrysospila (Swinhoe, 1866), endémique de Taïwan et considérée comme menacée par les autorités américaines de gestion de la faune sauvage, et Martes flavigula hainana (Hsu & Wu, 1981), restreinte à l'île chinoise de Hainan et décrite tardivement par rapport aux autres formes du complexe. Ces formes insulaires, isolées depuis des périodes variables par la fragmentation des connexions terrestres lors des fluctuations climatiques du Pléistocène, présentent généralement une taille corporelle réduite et des teintes de pelage plus sombres que les populations continentales, un patron de variation cohérent avec les phénomènes classiques de nanisme insulaire observés chez de nombreux carnivores de taille moyenne colonisant des îles de surface limitée. La validité de plusieurs de ces taxons reste néanmoins sujette à révision à mesure que des données génomiques plus complètes deviennent disponibles pour l'ensemble du complexe.
| Nom commun | Martre à gorge jaune |
| English name | Yellow-throated marten |
| Español nombre | Marta de garganta amarilla |
| Règne | Animalia |
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embranchement | Vertebrata |
| Super-classe | Tetrapoda |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Infra-classe | Eutheria |
| Ordre | Carnivora |
| Sous-ordre | Caniformia |
| Famille | Mustelidae |
| Genre | Martes |
| Nom binominal | Martes flavigula |
| Décrit par | Pieter Boddaert |
| Date | 1785 |
Satut IUCN | ![]() |
* Liens internes
Liste Rouge IUCN des espèces menacées
Mammal Species of the World (MSW)
Système d'information taxonomique intégré (ITIS)
* Liens externes
Global Biodiversity Information Facility (GBIF)
IUCN SSC Small Carnivore Specialist Group
* Bibliographie
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