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Martre des Nilgiri (Martes gwatkinsii)


La martre des Nilgiri (Martes gwatkinsii), également appelée martre de l'Inde du Sud, est un mammifère carnivore rare appartenant à la famille des Mustelidae. Unique représentante de son genre dans la péninsule indienne, cette espèce est strictement endémique de la chaîne montagneuse des Ghats occidentaux. Caractérisée par son pelage sombre contrastant avec un plastron jaune orangé très vif, elle constitue un maillon écologique essentiel mais particulièrement méconnu de son écosystème d'origine. Bien que protégée par la législation indienne depuis plusieurs décennies, elle figure sur la Liste rouge de l'IUCN en tant qu'espèce "Vulnérable" (VU), principalement en raison de la fragmentation et de la destruction de son habitat. La pauvreté des données disponibles sur sa biologie, son comportement et sa dynamique de population constitue un obstacle majeur à l'élaboration de stratégies de conservation adaptées. La martre des Nilgiri représente ainsi un enjeu prioritaire pour la recherche zoologique et la conservation de la biodiversité en Inde méridionale.


Martre des Nilgiri (Martes gwatkinsii)
Martre des Nilgiri (Martes gwatkinsii)
© Garima Bhatia - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)



DESCRIPTION

La martre des Nilgiri est un mustélidé de taille moyenne, légèrement plus robuste que la martre des pins (Martes martes). La longueur totale du corps, queue comprise, varie entre 55 et 75 cm, dont environ 18 à 23 cm pour la queue relativement longue et touffue. Le poids des adultes oscille généralement entre 1,0 et 2,3 kg, les mâles étant sensiblement plus lourds que les femelles, un dimorphisme sexuel typique des mustélidés.

Le pelage dorsal présente une teinte brun chocolat sombre à brun-noir, nettement plus foncée sur le dos et la queue que sur les flancs et le ventre. La gorge et la poitrine arborent une tache de couleur jaunâtre à orangée pâle, caractère partagé avec plusieurs autres membres du genre Martes. La tête est relativement allongée, avec de petites oreilles arrondies bien fournies en poils, de grands yeux sombres et un museau pointu. Les membres sont courts mais musclés, et les pattes sont équipées de griffes semi-rétractiles qui facilitent la progression dans les arbres. Comparée à la martre à gorge jaune (Martes flavigula), l'espèce est nettement plus sombre et moins contrastée.


Martes gwatkinsii
Martes gwatkinsii
© Naseef Gafoor - Wikimedia Commons
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HABITAT

L'aire de répartition de la martre des Nilgiri est l'une des plus restreintes du genre. Elle est strictement limitée aux Ghâts occidentaux du sud de l'Inde et aux massifs adjacents, depuis les collines de Nilgiri (Tamil Nadu, Kerala, Karnataka) jusqu'aux Ghâts méridionaux. Sa présence a été confirmée dans plusieurs zones protégées, notamment les parcs nationaux de Mudumalai, Nagarhole, Bandipur et Anamalai, ainsi que dans la réserve de biosphère des Nilgiri. Des signalements existent également dans les Cardamom Hills au Kerala. L'espèce est absente du reste de l'Inde, du Sri Lanka et de tout autre pays. La fragmentation croissante de l'habitat forestier se traduit par une distribution de plus en plus morcelée à l'intérieur de cette aire déjà réduite, avec des populations locales parfois isolées dans des îlots de végétation entourés de zones agricoles ou de plantations.

La martre des Nilgiri occupe une variété d'habitats forestiers, mais marque une préférence nette pour les forêts tropicales humides sempervirentes et les forêts semi-sempervirentes de montagne, généralement entre 300 et 2 100 mètres d'altitude. Elle fréquente volontiers les forêts de Shola — formations arborées denses caractéristiques des hauts plateaux du sud de l'Inde —, ainsi que les forêts mixtes à feuilles caduques en mosaïque avec des zones sempervirentes. La présence d'un couvert forestier dense et d'un sous-étage développé semble déterminante pour l'espèce, qui s'avère peu tolérante aux milieux ouverts ou fortement dégradés. On la signale occasionnellement à la lisière de plantations de café ou de cardamome ombragées, à condition qu'elles jouxtent des forêts naturelles.


Martes gwatkinsii distribution
     Répartition actuelle de la martre des Nilgiri
© Manimalworld
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ÉCOLOGIE

Les données disponibles sur le régime alimentaire de la martre des Nilgiri sont fragmentaires, car l'espèce a rarement pu être observée directement en milieu naturel. Les analyses de déjections et les rares observations directes suggèrent un régime omnivore opportuniste, typique des martres. Les petits mammifèresrongeurs, musaraignes — constituent vraisemblablement une part importante de l'alimentation, complétée par des oiseaux et leurs oeufs, des lézards, des grenouilles et divers invertébrés. Des fruits charnus sont également consommés selon la saison, ce qui peut faire de la martre un agent de dispersion de graines. L'espèce est supposée active aussi bien de jour que de nuit, adoptant un comportement de chasse adapté aux opportunités locales.

La biologie reproductive de la martre des Nilgiri est pratiquement inconnue, aucune étude spécifique n'ayant été publiée sur ce sujet à ce jour. Ces lacunes constituent une priorité de recherche évidente pour les biologistes de la conservation.

La martre des Nilgiri est généralement décrite comme une espèce solitaire, à l'instar de la plupart des mustélidés terrestres et arboricoles. Elle serait principalement diurne ou crépusculaire, mais les observations en milieu naturel restent rares et difficiles à sistématiser. Les piégeages photographiques réalisés dans plusieurs réserves ont apporté quelques données sur l'activité temporelle, suggérant une certaine plasticité comportementale en fonction de la pression humaine.


Martre de l'Inde du Sud
La martre des Nilgiri est également appelée Martre de l'Inde du Sud
© Navaneeth Kishor - Wikimedia Commons
CC-BY (Certains droits réservés)

MENACES

La principale menace pesant sur la martre des Nilgiri est la destruction et la fragmentation de son habitat forestier. Les Ghâts occidentaux, reconnus comme l'un des 36 points chauds de biodiversité mondiale, subissent depuis des décennies une pression anthropique considérable : conversion des forêts en terres agricoles, expansion des plantations de thé, de café, de cardamome et de teck, urbanisation croissante et développement des infrastructures routières et hydroélectriques. Ces transformations paysagères morcèlent le couvert forestier en îlots de plus en plus petits et isolés, limitant les déplacements entre populations et réduisant la viabilité démographique à long terme.

La perturbation des habitats par le bétail, notamment le pâturage en forêt, dégrade la qualité et la structure du sous-étage végétal dont la martre dépend pour ses déplacements et sa reproduction. Le braconnage, bien que non documenté de façon systématique pour cette espèce, représente une menace potentielle, que ce soit à des fins alimentaires locales ou par capture accidentelle dans des pièges destinés à d'autres espèces. La présence de plantations de bois exotiques envahissants, tels que l'eucalyptus et l'Acacia australien, réduit la disponibilité d'habitats de qualité en transformant des forêts hétérogènes en peuplements monospécifiques pauvres en ressources alimentaires et en sites de reproduction. Enfin, le changement climatique constitue une menace émergente préoccupante : les modèles prédictifs indiquent que les forêts de montagne des Ghâts pourraient connaître des altérations importantes de leur composition et de leur distribution altitudinale au cours du XXIᵉ siècle, réduisant encore l'aire potentiellement favorable à l'espèce.


Martre des Nilgiri gros plan
Gros plan de la martre des Nilgiri
© Selvaganesh17 - Wikimedia Commons
CC-BY-SA (Certains droits réservés)

CONSERVATION

La martre des Nilgiri est classée "Vulnérable" (VU) sur la Liste rouge de l'IUCN depuis la révision de 2016, en application des critères A2c et C2a(i), qui reflètent une réduction estimée de la population et une taille de population totale faible avec des sous-populations fragmentées. Elle est inscrite à l'Annexe III de la CITES et bénéficie d'une protection intégrale en vertu de la Wildlife Protection Act indienne de 1972 (Schedule II), qui interdit formellement sa capture, son commerce et sa mise à mort.

Sur le plan des mesures in situ, la présence de l'espèce dans plusieurs zones protégées de grande importance — réserve de biosphère des Nilgiri, parcs nationaux de Mudumalai, Bandipur, Nagarhole, Anamalai et réserve de tigres de Kalakad-Mundanthurai — offre un réseau de refuges potentiels. Cependant, la connectivité entre ces aires protégées demeure insuffisante, et les corridors forestiers sont souvent interrompus par des zones agricoles ou des routes à forte circulation.

Les actions de conservation prioritaires identifiées incluent le renforcement de la surveillance des populations par piégeage photographique et analyses génétiques non invasives, la modélisation de l'habitat pour identifier les corridors à restaurer, ainsi que des programmes de sensibilisation des communautés locales. Quelques études écologiques récentes menées dans le cadre de programmes de surveillance de la faune sauvage ont permis de confirmer la présence de l'espèce dans plusieurs localités nouvelles, mais l'absence de données démographiques fiables empêche toujours une évaluation précise du statut de conservation. La recherche sur l'écologie trophique, les domaines vitaux et la reproduction constitue un préalable indispensable à l'élaboration de plans de gestion efficaces.


Nilgiri Marten (Martes gwatkinsii)
En anglais, la martre des Nilgiri est appelée Nilgiri Marten
© Srinivasan Kasinathan - iNaturalist
CC-BY (Certains droits réservés)

TAXONOMIE

L'histoire taxonomique de la martre des Nilgiri commence au milieu du XIXᵉ siècle, dans le contexte de l'intensification des explorations naturalistes menées par les zoologistes britanniques dans l'Inde coloniale. L'espèce est formellement décrite pour la première fois par Thomas Horsfield en 1851, dans ses Illustrations of Indian Zoology, sur la base d'un spécimen collecté dans les collines de Nilgiri (Tamil Nadu actuel). Horsfield lui attribue le nom de Martes gwatkinsii, en hommage à un officier britannique dénommé Gwatkin, qui avait contribué à la récolte du matériel type. L'espèce est d'emblée placée dans le genre Martes, conformément à la classification des carnivores de l'époque.

Pendant plusieurs décennies suivant sa description originale, la martre des Nilgiri est traitée dans la littérature comme une espèce distincte, mais fait l'objet de peu d'attention scientifique en raison de sa rareté et de la difficulté d'accès à son habitat. Certains auteurs de la fin du XIXe et du début du XXe siècle la considèrent comme une sous-espèce ou une simple variante géographique de la martre à gorge jaune Martes flavigula. Cette position synonymique est notamment défendue par Blanford (1888) dans la Fauna of British India, qui note des ressemblances morphologiques générales entre les deux taxons, en particulier la tache gulaire clair et la taille corporelle comparable.

Cette synonymie partielle est toutefois progressivement remise en cause au XXe siècle. Pocock (1941), dans sa monographie sur les carnivores de l'Inde, rétablit gwatkinsii en tant qu'espèce valide, en soulignant des différences morphologiques significatives avec la martre à gorge jaune : coloration dorsale nettement plus sombre et uniforme, absence du motif bicolore caractéristique de la gorge et de la poitrine chez flavigula, proportions crâniennes distinctes, et répartition géographique entièrement allopatrique. Ces arguments morphologiques fournissent une base solide pour le maintien du statut spécifique de la martre des Nilgiri.

Les analyses phylogénétiques moléculaires réalisées à partir des années 2000 ont apporté des éléments décisifs dans ce débat. Koepfli et al. (2008), dans une étude phylogénomique comparative des mustélidés, confirment la monophylie du genre Martes et placent Martes gwatkinsii comme taxon frère de Martes flavigula, les deux espèces formant un clade distinct à l'intérieur du genre. Cette relation de parenté étroite explique les ressemblances morphologiques ayant autrefois conduit à la synonymie, mais la divergence génétique observée confirme sans ambiguïté le statut spécifique de gwatkinsii. Des travaux ultérieurs, notamment ceux intégrant des données mitochondriales et nucléaires, corroborent cette position phylogénétique.

Sur le plan nomenclatural, le nom valide de l'espèce est aujourd'hui universellement accepté comme Martes gwatkinsii. Aucune sous-espèce n'est reconnue, bien que la fragmentation géographique de l'aire de répartition laisse supposer l'existence possible de différenciation génétique entre populations.


CLASSIFICATION


Fiche d'identité
Nom communMartre des Nilgiri
Autre nomMartre de l'Inde du sud
English nameNilgiri marten
Español nombreMarta de Nilgiri
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
Super-classeTetrapoda
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreCarnivora
Sous-ordreCaniformia
FamilleMustelidae
GenreMartes
Nom binominalMartes gwatkinsii
Décrit parThomas Horsfield
Date1851



Satut IUCN

Vulnérable (VU)

SOURCES

* Liens internes

Animal Diversity Web

Arkive

CITES

iNaturalist

Liste Rouge IUCN des espèces menacées

Mammal Species of the World (MSW)

Système d'information taxonomique intégré (ITIS)

* Liens externes

Endangered Species of Nilgiris

Global Biodiversity Information Facility (GBIF)

IUCN SSC Small Carnivore Specialist Group

Wikimedia Commons

* Bibliographie

Horsfield, T. (1851). Descriptions of a new species of Viverra and Martes from the Nilagiri Hills. Proceedings of the Zoological Society of London, 19, 172–173.

Pocock, R. I. (1941). The Fauna of British India, including Ceylon and Burma. Mammalia. Volume 2: Carnivora. Taylor and Francis, London.

Blanford, W. T. (1888). The Fauna of British India, including Ceylon and Burma. Mammalia. Taylor and Francis, London.

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