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Éléphant de savane d'Afrique (Loxodonta africana)
L'éléphant de savane d'Afrique (Loxodonta africana) est le plus grand animal terrestre. Membre de la famille des Elephantidae, il peuple les savanes, forêts claires et zones semi-arides du continent africain, de la côte ouest au littoral est, et des plaines d'Afrique australe aux confins du Sahel. Reconnaissable à ses oreilles en forme de continent africain, ses défenses imposantes et sa trompe préhensile, cette espèce constitue un pilier écologique et culturel d'une importance considérable. Classée comme espèce "En danger" par l'IUCN depuis 2021, l'éléphant de savane d'Afrique est confrontée à la pression du braconnage et à la fragmentation croissante de son habitat. Sa longévité, son intelligence remarquable, ses structures sociales complexes et son rôle d'ingénieur de l' écosystème en font l'un des mammifères les mieux étudiés au monde.
© Clare Mateke - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)L'éléphant de savane d'Afrique est le plus grand mammifère terrestre connu à ce jour. Les mâles adultes atteignent en moyenne 3,0 à 3,7 mètres au garrot pour une longueur corporelle de 5,5 à 7,5 mètres. Leur masse oscille généralement entre 4 000 et 6 300 kilogrammes, les individus exceptionnels dépassant parfois les 7 000 kilogrammes. Les femelles sont sensiblement plus petites, mesurant entre 2,5 et 2,8 mètres au garrot pour un poids variant de 2 700 à 3 600 kilogrammes. Le dimorphisme sexuel, bien que marqué en termes de taille absolue, reste néanmoins moins prononcé que chez certains pinnipèdes ou bovidés.
La peau est épaisse, allant de 2,5 à 3 centimètres sur le dos et les flancs, et présente une coloration gris-brun caractéristique, souvent teintée de nuances rougeâtres ou orangées sous l'effet de la boue dans laquelle les individus aiment se rouler. Cette couche de sédiments joue un rôle thermorégulateur et de protection contre les parasites cutanés. La peau est parcourue de nombreuses rides et plis profonds qui augmentent considérablement la surface corporelle, favorisant ainsi la dissipation thermique par évaporation — un avantage non négligeable dans les milieux chauds et arides. Chez les individus âgés, des zones dépigmentées peuvent apparaître autour du front, de l'oreille et de la trompe.
Les oreilles constituent l'un des critères morphologiques les plus distinctifs de l'espèce. Très largement développées, elles peuvent mesurer jusqu'à 1,5 mètre de hauteur sur 1,2 mètre de largeur, formant un éventail dont la forme évoque approximativement le continent africain. Riches en vaisseaux sanguins, elles participent activement à la thermorégulation : en agitant régulièrement leurs oreilles, les éléphants créent un mouvement d'air qui accélère le refroidissement du sang circulant dans les nombreux vaisseaux superficiels. Ce mécanisme peut abaisser la température corporelle de plusieurs degrés par rapport à la température ambiante.
La trompe, organe à la fois respiratoire, tactile, olfactif et préhensile, représente la fusion de la lèvre supérieure et du nez. Constituée d'environ 40 000 à 60 000 unités musculaires distinctes organisées en faisceaux longitudinaux et transversaux, elle est dépourvue d'os ou de cartilage rigide, ce qui lui confère une flexibilité et une précision exceptionnelles. À son extrémité distale se trouvent deux doigts musculeux qui permettent à l'animal de saisir des objets aussi fins qu'un brin d'herbe ou une baie. La trompe sert à absorber et projeter jusqu'à 15 litres d'eau à la fois, à aspirer de la poussière pour le bain de poussière, et à émettre des sons puissants, notamment les barrissements caractéristiques de l'espèce. Elle constitue également un organe sensoriel d'une sensibilité olfactive exceptionnelle, pouvant détecter de l'eau à plusieurs kilomètres de distance.
Les défenses, présentes chez les deux sexes bien que plus développées chez les mâles, sont des incisives supérieures hypertrophiées en ivoire. Elles peuvent atteindre 2,5 à 3 mètres de longueur chez les grands mâles et peser jusqu'à 45 à 60 kilogrammes chacune. Les individus exceptionnels arborent des défenses dépassant les 100 kilogrammes la paire. Ces structures servent à fouiller le sol à la recherche de racines et de sel, à décortiquer l'écorce des arbres, à déplacer des obstacles et à lutter lors de confrontations intra et interspécifiques. La formule dentaire est particulière : l'éléphant de savane ne dispose que d'une seule molaire fonctionnelle par demi-mâchoire à la fois. Ces molaires, au nombre de six générations, se succèdent horizontalement tout au long de la vie de l'animal, la dernière se mettant en place vers la cinquantaine d'années. Leur usure progressive fixe mécaniquement la durée de vie maximale de l'espèce à environ 60 à 70 ans.
Les membres sont massifs et columnaires, adaptés au support d'une masse corporelle considérable. Les pieds sont larges et pourvus d'un épais coussinet adipeux et fibreux qui amortit les chocs et répartit le poids sur une vaste surface d'appui. Chaque pied possède cinq orteils enveloppés dans un sabot vestigial. Les membres antérieurs présentent généralement cinq ongles, les postérieurs quatre. Le crâne est extrêmement pneumatisé, creusé de larges sinus qui allègent sa masse tout en offrant des surfaces d'insertion musculaire pour la nuque, nécessaires au port des imposantes défenses.
© J. Satler - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)L'aire de répartition historique de l'éléphant de savane d'Afrique s'étendait autrefois à travers l'ensemble du continent sub-saharien, allant des régions sahéliennes septentrionales jusqu'à l'extrême sud du continent. Cependant, au cours des derniers siècles et de manière particulièrement accentuée durant le XXe siècle, cette distribution s'est drastiquement fragmentée sous la pression des activités humaines. Aujourd'hui, l'espèce est confinée dans un ensemble de territoires discontinus répartis sur environ trente-sept pays d'Afrique subsaharienne. Les populations les plus importantes et les plus stables se trouvent en Afrique australe, notamment au Botswana, en Namibie, au Zimbabwe, en Afrique du Sud et en Zambie. L'Afrique de l'Est, la Tanzanie et le Kenya abritent également des effectifs notables, tandis qu'en Afrique centrale et de l'Ouest, les populations sont beaucoup plus réduites, éparpillées et fortement isolées.
En matière d'habitat, cette espèce fait preuve d'une plasticité écologique remarquable lui permettant de coloniser une grande diversité de biomes. Contrairement à son cousin l'éléphant de forêt, l'éléphant de savane privilégie les milieux ouverts et semi-ouverts. On le rencontre principalement dans les savanes arborées et arbustives, les prairies herbeuses, les forêts claires de type miombo et les zones d'affleurement rocheux. L'espèce est également capable de s'adapter à des environnements extrêmement arides, comme en témoignent les populations célèbres adaptées au désert dans le Namib et le Damaraland, où les individus accomplissent de longs trajets entre les points d'eau éphémères. À l'inverse, l'animal occupe aussi les zones humides, les deltas intérieurs comme celui de l'Okavango, les forêts de montagne et les plaines inondables.
La présence d'eau douce utilisable pour la boisson et le bain constitue le facteur déterminant majeur qui conditionne la distribution spatiale de l'espèce. Un éléphant adulte devant boire quotidiennement de vastes quantités d'eau, le groupe matriarcal adapte ses déplacements en fonction de la disponibilité des ressources hydrauliques. Pendant la saison sèche, les troupeaux se regroupent à proximité des rivières permanentes, des lacs et des points d'eau pérennes, tandis qu'à la saison des pluies, ils se dispersent sur de vastes étendues pour exploiter la végétation nouvelle et les marres temporaires.
Les domaines vitaux des éléphants de savane varient considérablement en fonction de la richesse de leur milieu. Dans les zones riches en nourriture et abondamment arrosées, le territoire d'un groupe peut ne couvrir que quelques dizaines de kilomètres carrés. Dans les régions désertiques ou semi-arides où la nourriture et l'eau sont très dispersées, le domaine vital peut s'étendre sur plusieurs milliers de kilomètres carrés. Ces immenses déplacements saisonniers nécessitent des corridors de migration préservés permettant aux animaux de naviguer librement entre les différentes aires de nourrissage et de reproduction à travers les frontières nationales.
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)L'éléphant de savane d'Afrique est un herbivore généraliste dont le régime alimentaire est extrêmement varié, englobant plusieurs centaines d'espèces végétales distinctes selon les saisons et les régions traversées. En raison de sa taille corporelle massive et d'un système digestif relativement peu efficace de type fermenteur post-gastrique, l'animal doit ingérer de très grandes quantités de matière végétale pour subvenir à ses besoins énergétiques quotidiennement. Un individu adulte consacre entre seize et dix-huit heures par jour à la recherche et à la consommation de nourriture, ingérant quotidiennement de 150 à 300 kilogrammes de végétation fraîche, ce qui représente environ 4 à 5 % de son poids total.
La composition du régime alimentaire varie considérablement au cours de l'année en fonction du cycle des saisons. Durant la saison des pluies, lorsque la végétation est verdoyante et riche en nutriments, les graminées et les herbes fraîches constituent la majeure partie de la nourriture consommée. L'éléphant utilise alors sa trompe pour pincer les touffes d'herbe, les déraciner et les secouer contre ses membres pour en retirer la terre avant de les porter à sa bouche. Dès que survient la saison sèche et que les hautes herbes se dessèchent et se dégradent en qualité nutritionnelle, le pachyderme adapte sa stratégie et se tourne vers le broutage de ressources ligneuses. Il consomme alors des feuilles d'arbres et d'arbustes, des rameaux, des fruits, des fleurs, des racines et de l'écorce.
L'écorçage des arbres est une habitude alimentaire caractéristique de cette espèce. À l'aide de ses défenses, l'éléphant décolle les bandes d'écorce des troncs pour accéder à la couche de cambium sous-jacente, particulièrement riche en minéraux, en sucres et en eau. Pour atteindre les feuilles les plus tendres situées à la cime, il n'hésite pas à secouer violemment les arbres ou à les déraciner complètement en poussant de tout son poids avec sa tête ou son poitrail. Ce comportement de détérioration de la végétation boisée transforme profondément la structure de la végétation locale, maintenant la savane ouverte et favorisant la pousse de nouvelles herbes pour d'autres herbivores.
L'eau représente un besoin vital indissociable de son alimentation. Un éléphant consomme chaque jour entre 100 et 200 litres d'eau. En cas de disette d'eau en surface, il utilise ses pattes antérieures et ses défenses pour creuser le lit asséché des rivières afin de mettre au jour des nappes phréatiques sous-terraines. De surcroît, les éléphants recherchent activement des apports en minéraux essentiels, notamment le sel et le calcium, en consommant de la terre riche en minéraux dans des salines naturelles ou en grattant des roches phosphatées. Le transit intestinal étant très rapide, environ la moitié seulement de la matière ingérée est assimilée, le reste étant rejeté sous forme de crottin volumineux qui joue un rôle capital dans la dispersion des graines.
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CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)La reproduction chez l'éléphant de savane d'Afrique se caractérise par des cycles longs, des investissements parentaux considérables et des interactions sociales élaborées. L'espèce ne possède pas de saison de reproduction strictement délimitée, bien que les accouplements et les naissances montrent souvent un pic durant ou juste après les périodes de fortes pluies, lorsque les ressources alimentaires sont abondantes. Les femelles atteignent leur maturité sexuelle vers l'âge de dix à douze ans, mais elles ne donnent généralement naissance à leur premier éléphanteau que vers treize à quinze ans. Les mâles deviennent physiologiquement fertiles vers le même âge, mais ils ne participent réellement à la reproduction que bien plus tard, vers trente ans, lorsqu'ils acquièrent la taille et le statut social nécessaires pour rivaliser avec leurs congénères.
Les mâles adultes connaissent des périodes récurrentes d'état hormonal intense appelées le musth. Durant cette phase, qui dure de quelques semaines à plusieurs mois selon l'âge et la condition physique de l'individu, le taux de testostérone du mâle est démultiplié, pouvant être jusqu'à soixante fois supérieur à sa valeur normale. Le mâle en musth sécrète un fluide visqueux et odorant par ses glandes temporales situées entre l'oeil et l'oreille, et laisse fuiter de l'urine en continu le long de ses pattes arrière. Cet état confère au mâle une agressivité accrue et une dominance temporaire sur les mâles plus âgés mais non en musth, lui garantissant un accès prioritaire aux femelles en oestrus.
Lorsqu'une femelle entre en oestrus, elle émet des phéromones dans son urine et produit des vocalises infrasoniques spécifiques de basse fréquence pour avertir les mâles des environs. Les mâles en compétition se rassemblent autour de son groupe matriarcal et s'évaluent mutuellement par des démonstrations de force, des parades de menaces et parfois de violents combats à coups de défenses. Le mâle le plus fort ou le plus dominant surveille la femelle pendant quelques jours et s'accouple avec elle à plusieurs reprises lorsque celle-ci se montre réceptive.
Après une période de gestation exceptionnellement longue de 22 mois, la plus longue de tout le règne animal terrestre, la femelle met au bas un seul petit. Les naissances de jumeaux restent extrêmement rares. La mise bas a généralement lieu au sein du groupe matriarcal, qui entoure la mère pour la protéger des prédateurs. Le nouveau-né pèse environ 100 kilogrammes pour près de 90 centimètres de hauteur. Il est capable de se tenir debout et de suivre le groupe quelques heures seulement après sa naissance. Le jeune est allaité pendant au moins deux à trois ans, bien qu'il commence à goûter à la végétation solide dès l'âge de six mois. L'ensemble des femelles du groupe, appelées allomères, participent à la protection, au guidage et à l'éducation du jeune éléphanteau. L'intervalle entre deux naissances pour une même femelle est généralement de quatre à cinq ans.
© Eliana Donna Vagabonda - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)La structure sociale de l'éléphant de savane d'Afrique repose sur une organisation matriarcale hautement structurée et dynamique. L'unité de base est la famille, composée de deux à plus de vingt individus comprenant une femelle adulte âgée, la matriarche, ses filles, ses jeunes fils ainsi que ses petits-enfants. La matriarche dirige le groupe grâce à son expérience accumulée sur plusieurs décennies : elle connaît les itinéraires de migration, la localisation des points d'eau en période de sécheresse extrême et la conduite à tenir face aux dangers. Les familles sont liées entre elles par des réseaux de parenté et se regroupent fréquemment pour former des groupes de liaison ou de grands rassemblements saisonniers comptant plusieurs centaines d'animaux.
Les mâles quittent la famille matriarcale à la puberté, entre douze et quinze ans, expulsés doucement ou choisissant de s'éloigner d'eux-mêmes. Ils mènent ensuite une existence plus solitaire ou rejoignent des groupes fluides de mâles célibataires. Au sein de ces associations de mâles, une hiérarchie stricte est établie en fonction de la taille, de l'âge et de l'état de musth. Les mâles plus âgés jouent un rôle de tuteurs auprès des jeunes adultes, régulant leur comportement et limitant les agressions incontrôlées. Les contacts entre mâles et femelles adultes se restreignent essentiellement aux périodes où les femelles sont fertiles et où les mâles cherchent à s'accoupler.
La communication chez cet animal est d'une sophistication extraordinaire, passant par des canaux acoustiques, visuels, tactiles et chimiques. Les éléphants utilisent une large gamme de sons vocaliques allant des barrissements de détresse ou de colère aux grognements sourds. Une grande partie de leur communication acoustique s'effectue sous forme d'infrasons, des sons de très basse fréquence inaudibles pour l'oreille humaine qui se propagent à travers le sol et l'air sur plusieurs kilomètres. Ces signaux permettent aux groupes distants de coordonner leurs déplacements et de maintenir le contact social. Le sens du toucher est également primordial : les éléphants se touchent fréquemment la trompe, s'enroulent les appendices et se caressent pour consolider les liens affectifs.
L'espèce fait preuve de capacités cognitives exceptionnelles, incluant la conscience de soi, l'empathie, l'apprentissage culturel et une mémoire spatiale à long terme remarquable. Le comportement des éléphants face à la mort traduit une sensibilité particulière : lorsqu'un membre du groupe ou même un éléphant étranger meurt, les survivants manifestent une forme de deuil. Ils examinent silencieusement le cadavre, touchent doucement le crâne et les défenses avec leur trompe, et recouvrent parfois la dépouille de branches et de terre. De plus, ils pratiquent régulièrement des bains de boue et de poussière pour entretenir leur peau et se débarrasser des parasites.
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CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)En raison de ses dimensions gigantesques et de sa force colossale, l'éléphant de savane d'Afrique adulte ne possède pratiquement aucun prédateur naturel capable de s'attaquer à lui lorsqu'il est en bonne santé. Aucun carnivore de la savane africaine n'est en mesure de terrasser un individu adulte isolé sans courir un risque mortel. La charge d'un éléphant furieux ou les coups portés par sa trompe et ses pattes suffisent à neutraliser instantanément n'importe quel superprédateur. Par conséquent, les individus adultes bénéficient d'une sécurité quasi totale vis-à-vis de la faune prédatrice continentale.
Cependant, les jeunes éléphanteaux, les individus très âgés, malades ou blessés présentent une vulnérabilité notable face à certains grands carnivores. Le lion (Panthera leo) représente le seul prédateur naturel capable d'élaborer des stratégies de chasse ciblées contre cette espèce. Les attaques de lions se concentrent presque exclusivement sur les petits âgés de moins de deux ans qui se trouvent momentanément séparés de leur mère ou de la protection du groupe matriarcal. Dans certaines régions spécifiques où les autres proies se font rares, comme dans le parc national de Chobe au Botswana, des troupes de lions particulièrement nombreuses et spécialisées ont appris à chasser des jeunes éléphants pendant la nuit, profitant de la vision nocturne inférieure des pachydermes.
Le crocodile du Nil (Crocodylus niloticus) constitue un autre prédateur opportuniste redoutable, en particulier lorsque les éléphants s'approchent des cours d'eau pour boire ou traverser les rivières. Un grand crocodile peut attraper la trompe d'un jeune éléphanteau ou d'un individu imprudent qui s'abreuve. Bien qu'un éléphant adulte parvienne le plus souvent à se dégager ou à traîner le reptile hors de l'eau, une telle attaque peut infliger de graves blessures à la trompe ou entraîner la noyade des jeunes individus entraînés dans les eaux profondes.
Les hyènes tachetées (Crocuta crocuta) et les léopards (Panthera pardus) peuvent également constituer une menace pour les nouveau-nés ou les éléphanteaux affaiblis, mais ils sont incapables d'attaquer un petit protégé par des femelles adultes. La stratégie défensive du groupe matriarcal est extrêmement efficace : dès qu'une menace est détectée, les femelles adultes se rassemblent immédiatement en formant un cercle défensif étanche autour des petits, en faisant face à l'ennemi tout en poussant des barrissements d'intimidation et en effectuant des charges dissuasives. Cette cohésion sociale suffit dans la grande majorité des cas à décourager les tentatives des prédateurs les plus audacieux.
© malacochersus - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)La menace la plus dévastatrice qui pèse sur l'éléphant de savane d'Afrique est le braconnage intensif alimenté par le trafic international illégal d'ivoire. Bien que le commerce international de l'ivoire soit interdit par les conventions internationales, la demande soutenue sur les marchés noirs, notamment en Asie, continue de stimuler un abatage clandestin massif. Des dizaines de milliers d'éléphants ont été massacrés au cours des dernières décennies pour leurs défenses. Les grands mâles dotés de défenses massives sont ciblés en priorité, ce qui déséquilibre profondément la structure démographique et sociale des populations, réduisant le pool génétique et privant les groupes de reproducteurs expérimentés.
La destruction, la dégradation et la fragmentation de l'habitat représentent le second facteur majeur de déclin des populations. La croissance démographique rapide des populations humaines en Afrique s'accompagne d'une expansion agricole incontrôlée, de la conversion des terres sauvages en pâturages pour le bétail, de l'urbanisation et de la construction d'infrastructures routières ou ferroviaires. Ces transformations réduisent la surface des territoires disponibles pour la faune et coupent les anciens corridors de migration historiques. Enfermés dans des réserves de plus en plus réduites et isolées les unes des autres, les éléphants souffrent de la perte de variabilité génétique.
La réduction des espaces naturels entraîne inévitablement une hausse dramatique des conflits entre les éléphants et les populations humaines locales. Lorsque leurs routes migratoires sont bloquées ou que la nourriture vient à manquer dans les réserves, les éléphants s'aventurent dans les champs cultivés pour se nourrir de maïs, de canne à sucre ou de fruits, détruisant en quelques heures les récoltes de toute une saison. Ces incursions provoquent d'importantes pertes financières pour les agriculteurs et mettent parfois en danger des vies humaines. En représailles, les habitants tuent fréquemment les éléphants par empoisonnement, pièges ou armes à feu.
À ces menaces directes s'ajoutent les conséquences globales du changement climatique. Les sécheresses prolongées et répétées causées par la modification des régimes pluviométriques assèchent les points d'eau et réduisent la disponibilité de la végétation comestible. Lors des grandes sécheresses, de nombreux éléphants, particulièrement les jeunes et les individus âgés, meurent de déshydratation et de malnutrition. L'augmentation des températures exacerbe également la compétition autour des rares ressources en eau restantes, aggravant les tensions entre la faune sauvage, le bétail et les communautés rurales.
© clickid - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)Face à la régression alarmante des effectifs, la Liste rouge de l'IUCN a officiellement évalué le statut de l'éléphant de savane d'Afrique, le classant désormais dans la catégorie "En danger" (EN). La stratégie globale de conservation s'articule autour de plusieurs axes complémentaires visant à enrayer le braconnage, à préserver les habitats restants et à favoriser la cohabitation pacifique avec les populations humaines. L'inscription de l'espèce à l'Annexe I de la CITES interdit le commerce international de ses spécimens et de ses dérivés, fournissant un cadre juridique strict pour lutter contre le trafic d'ivoire.
Sur le terrain, la lutte anti-braconnage a été considérablement renforcée grâce à la modernisation des patrouilles d'éco-gardes dans les parcs nationaux. Ces équipes utilisent désormais des technologies de pointe, telles que le suivi par satellite, les drones de surveillance, les réseaux thermiques et les unités cynophiles spécialisées dans la détection des armes et de l'ivoire. Parallèlement, la création et le développement d'aires protégées transfrontalières, comme la Zone de conservation transfrontalière du Kavango-Zambèze, permettent de sécuriser d'immenses paysages continus et de restaurer les corridors de migration vitaux qui traversent plusieurs pays.
La gestion des conflits homme-éléphant constitue un volet capital de la préservation à long terme. Diverses méthodes innovantes et non violentes ont été élaborées pour tenir les éléphants à distance des zones agricoles. L'utilisation de clôtures garnies de ruches d'abeilles s'est révélée particulièrement efficace, les éléphants craignant les piqures autour des yeux et de la trompe. De même, les clôtures ou briques pimentées à base de piment fort diffusent une odeur âcre et répulsive qui éloigne les pachydermes sans leur nuire. La mise en place de systèmes d'assurance pour compensation des dégâts de culture aide également à réduire l'animosité des villageois envers l'espèce.
L'implication des communautés locales dans les bénéfices de la conservation est fondamentale. À travers les initiatives d'écotourisme communautaire et la gestion participative des ressources naturelles, les habitants reçoivent des retombées financières directes générées par la présence des éléphants. Lorsque la faune sauvage devient une source de revenus et d'emplois durables plutôt qu'un fardeau, les communautés s'investissent activement dans la protection des animaux. Enfin, le suivi scientifique continu par marquage GPS et recensements aériens permet d'adapter les politiques de conservation en temps réel aux dynamiques des populations.
African Savanna Elephant
© evelynha - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)L'histoire taxonomique de l'éléphant de savane d'Afrique est l'une des plus complexes et des plus débattues de la zoologie systématique moderne, reflétant à la fois la diversité morphologique de l'espèce, l'évolution des méthodes de classification et les implications politiques et conservationnistes des décisions nomenclaturales. La première description formelle de l'éléphant d'Afrique sous un binôme linnéen est attribuée à Johann Friedrich Blumenbach, anatomiste et naturaliste allemand, qui publia en 1797 dans son Handbuch der Naturgeschichte le nom Elephas africanus pour désigner l'éléphant du continent africain, le distinguant ainsi d'Elephas maximus, l'éléphant d'Asie décrit par Linnaeus en 1758. La désignation de Blumenbach reposait sur des critères morphologiques macroscopiques — la forme des oreilles, la conformation des défenses et la structure de la bosse frontale — et sur des observations de spécimens naturalisés ou d'individus captifs connus à l'époque en Europe.
Le nom générique Loxodonta fut introduit par Frédéric Cuvier en 1827, sur la base de la forme caractéristique des crêtes d'émail des molaires de l'éléphant africain — des crêtes en forme de losange, par contraste avec les crêtes plus comprimées latéralement des molaires d'Elephas. Le terme Loxodonta dérive du grec loxos (oblique) et odous (dent), en référence à cette disposition particulière. Cette distinction dentaire, confirmée par les travaux d'Owen (1845) et d'autres anatomistes du XIXe siècle, aboutit à la combinaison valide Loxodonta africana, qui demeure le nom accepté de l'éléphant de savane à ce jour.
La question de la distinction spécifique entre l'éléphant de savane (Loxodonta africana sensu stricto) et l'éléphant de forêt (longtemps considéré comme une sous-espèce Loxodonta africana cyclotis) a constitué l'un des débats taxonomiques les plus vifs de la zoologie africaine du XXe siècle. L'éléphant de forêt, décrit sous le nom Elephas cyclotis par Matschie en 1900, fut longtemps traité comme une sous-espèce de l'éléphant de savane, bien que des différences morphologiques substantielles — notamment la taille beaucoup plus réduite, les oreilles plus rondes, les défenses plus fines et plus droites, et les molaires à cinq crêtes d'émail contre quatre chez l'éléphant de savane — aient conduit certains auteurs à suggérer dès la première moitié du XXe siècle qu'il pourrait s'agir d'une espèce distincte.
La résolution de ce débat fut apportée par les analyses génétiques moléculaires publiées à partir des années 2000. Roca et al. (2001), dans une étude publiée dans Science utilisant des marqueurs d'ADN mitochondrial et nucléaire sur un large panel d'individus sauvages, conclurent que les éléphants de forêt et de savane avaient divergé il y a environ 2,5 à 5 millions d'années — une séparation temporelle comparable à celle séparant les lions des léopards — et devaient être traités comme deux espèces pleinement distinctes. Cette conclusion fut confirmée et renforcée par Rohland et al. (2010), qui utilisèrent des données d'ADN ancien extrait de spécimens de mastodontes (Mammut americanum
Mammut americanum
© Jayu-CC-BY-SA) et de mammouth laineux
Mammouth laineux (Mammuthus primigenius)
Auteur: Mauricio Antón - CC-BY (Mammuthus primigenius) comme groupes externes pour ancrer la phylogénie moléculaire. Ces études établirent de plus que les deux espèces africaines sont respectivement plus proches l'une de l'autre que chacune ne l'est d'Elephas maximus, confirmant la monophylie du genre Loxodonta.
Cependant, la question n'est pas entièrement close. Des analyses génomiques plus récentes, notamment celles de Palkopoulou et al. (2018) utilisant des génomes entiers d'éléphants actuels et fossiles, ont révélé des traces d'hybridation ancienne entre les deux lignées africaines et des relations phylogénétiques complexes au sein du genre Loxodonta. Par ailleurs, une troisième entité — l'éléphant de savane d'Afrique de l'Ouest, parfois désigné sous le nom de Loxodonta africana orleansi fait l'objet de débats sur son éventuelle reconnaissance comme sous-espèce distincte. Génétiquement distincte des populations d'Afrique de l'Est et du Sud, cette population réduite (quelques milliers d'individus répartis dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest) présente des signatures génomiques de longue isolation qui justifieraient une gestion conservationniste individualisée, quelle que soit la décision taxonomique finale.
| Nom commun | Élephant de savane d'Afrique |
| English name | African Savanna Elephant |
| Español nombre | Elefante Africano de Sabana |
| Règne | Animalia |
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embranchement | Vertebrata |
| Super-classe | Tetrapoda |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Infra-classe | Eutheria |
| Ordre | Proboscidea |
| Famille | Elephantidae |
| Genre | Loxodonta |
| Nom binominal | Loxodonta africana |
| Décrit par | Johann Friedrich Blumenbach |
| Date | 1797 |
Satut IUCN | ![]() |
* Liens internes
Liste Rouge IUCN des espèces menacées
Mammal Species of the World (MSW)
Système d'information taxonomique intégré (ITIS)
* Liens externes
Global Biodiversity Information Facility (GBIF)
* Bibliographie
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