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Manimalworld Encyclopédie des animaux sauvages

Viverridae


Les viverridés (Viverridae) constituent une famille de mammifères carnivores appartenant au sous-ordre des Feliformia. Originaires de l'Ancien Monde, ils regroupent notamment les civettes et les genettes. Présents principalement en Afrique et en Asie, avec une diversité particulièrement importante dans les régions tropicales, ces animaux occupent des milieux très variés, depuis les savanes et les forêts sèches jusqu'aux forêts tropicales humides. Apparue très tôt dans le registre fossile de l'ordre des carnivores, cette lignée conserve des caractéristiques morphologiques primitives qui rappellent les ancêtres communs des félidés et des hyénidés. Longtemps considérée comme un fourre-tout taxonomique, la famille a été profondément remaniée par la phylogénie moléculaire, qui en a exclu la nandinie, les linsangs et les carnivores malgaches (eupléridés).


Viverridae
Les Viverridae
Auteur original: Craig, Hugh
CC0 (Domaine public)



DESCRIPTION

Les viverridés sont des carnivores de taille petite à moyenne, au corps souple et allongé porté par des membres courts, évoquant à première vue un croisement entre un chat, un mustélidé et un petit renard. La longueur tête et corps varie d’une quarantaine de centimètres chez les plus petits poianes et genettes à plus d’un mètre chez le binturong, la queue ajoutant le plus souvent entre 30 et 90 centimètres. Le poids s’étend de moins d’un kilogramme chez les poianes à près de vingt kilogrammes chez les grands mâles de civette africaine et les femelles de binturong, plus lourdes que les mâles. Le museau est effilé, les yeux, adaptés à la vie nocturne, sont dotés d’une pupille verticale chez les genettes, et les oreilles sont arrondies et mobiles. Les vibrisses, longues et sensibles, sont particulièrement développées chez les formes arboricoles et semi-aquatiques.

Le pelage varie considérablement. Les genettes et les poianes arborent une livrée tachetée, souvent doublée d’une crête dorsale sombre et d’une queue annelée de noir et de blanc; la civette africaine, plus robuste, porte un masque facial sombre et un motif de taches et de bandes noires sur fond grisâtre, ainsi qu’une crête érectile qu’elle hérisse en cas de menace. Les palmistes sont plus uniformes, souvent brun-gris à noirâtres avec des marques faciales variables, tandis que la civette palmiste à bandes et la civette palmiste d’Owston portent des bandes transversales contrastées. Le binturong se distingue par son pelage long et hirsute, ses touffes d’oreilles et sa queue préhensile, caractère rarissime chez les carnivores; ses chevilles très mobiles lui permettent de descendre des arbres la tête la première.

Les extrémités témoignent d’adaptations diverses. Les genettes, les poianes et plusieurs autres formes possèdent des griffes rétractiles comme les félins, tandis que d’autres genres ont des griffes seulement semi-rétractiles. La civette-loutre de Sumatra présente des pieds partiellement palmés, des narines en position élevée aptes à se refermer, des oreilles réduites et un pelage dense adapté à la vie semi-aquatique. La formule dentaire comprend généralement quarante dents, avec des carnassières peu spécialisées et des molaires tuberculeuses qui reflètent un régime omnivore plutôt que strictement carnivore, par contraste avec les félidés.

La famille se caractérise enfin par de puissantes glandes odorantes périnéales. Leur sécrétion, une substance huileuse complexe contenant notamment de la civettone, sert au marquage territorial et à la communication chimique, et a été exploitée pendant des siècles en parfumerie. Le dimorphisme sexuel est généralement modeste, les mâles étant un peu plus grands que les femelles chez la plupart des espèces.


Viverridae squelette
Squelette d'une civette africaine
Auteur original:Christian Heinrich
CC0 (Domaine public)

HABITAT

Les viverridés occupent un vaste domaine paléotropical. En Afrique, ils sont présents de façon quasi continue au sud du Sahara, des forêts équatoriales d’Afrique centrale et occidentale aux savanes d’Afrique orientale et australe. La civette africaine fréquente la majeure partie de ce domaine, tandis que les genettes, très diversifiées, se répartissent selon les milieux : forêts denses, galeries forestières, savanes arbustives et zones rocheuses. Les poianes sont strictement forestiers, confinés aux forêts d’Afrique centrale et du golfe de Guinée, et la genette aquatique du Congo ne se rencontre que dans les forêts marécageuses du bassin congolais. La genette commune est la seule espèce à dépasser largement ce schéma : présente au Maghreb, dans la péninsule Ibérique, dans le sud-ouest de l’Europe jusqu’à l’ouest et au centre de la France, aux Baléares et dans la péninsule Arabique, elle a une origine européenne encore débattue, les données génétiques suggérant une introduction ancienne par l’être humain plutôt qu’une colonisation naturelle.

En Asie, la famille s’étend du Pakistan et de l’Inde au sud de la Chine, puis à l’Asie du Sud-Est continentale et insulaire, jusqu’à Sulawesi et aux Philippines. Cette région constitue le principal centre de diversité des Paradoxurinae et des Hemigalinae. Le binturong, la civette palmiste à masque et la civette palmiste à trois bandes occupent de vastes aires du sous-continent indien et de l’Indochine. Plusieurs espèces ont au contraire des aires très restreintes : la civette de Malabar, endémique des Ghâts occidentaux, la civette palmiste d’Owston, limitée au Vietnam, au Laos et au sud de la Chine, la civette de Hose, propre à Bornéo, et la civette palmiste des Célèbes. D’autres ont été introduites hors de leur aire d’origine : la petite civette indienne à Madagascar et aux Comores, la civette palmiste à masque au Japon, et la civette palmiste commune dans plusieurs îles de la Wallacea.

Les habitats sont variés, mais la majorité des espèces dépendent à des degrés divers du couvert forestier. Les forêts tropicales humides de plaine et de montagne abritent le plus grand nombre d’espèces, des formes arboricoles comme le binturong et les palmistes, qui exploitent la canopée, aux spécialistes des sols humides comme la civette palmiste à bandes ou la civette-loutre de Sumatra, liée aux cours d’eau, aux marais et aux forêts inondées de Sumatra, de la péninsule malaise et de Bornéo. D’autres espèces tolèrent les mosaïques agricoles, les plantations et les zones périurbaines. En Afrique, les genettes colonisent aussi bien les savanes sèches que les forêts d’altitude. Certaines espèces, comme la civette palmiste à masque, dépassent 2 000 mètres d’altitude dans les reliefs himalayens et indochinois.


Viverridae distribution
     Répartition actuelle des viverridés
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

ÉCOLOGIE

Les viverridés sont des omnivores opportunistes dont le régime varie fortement selon les genres. Les genettes et les poianes capturent surtout des petits mammifères, des oiseaux, des reptiles, des amphibiens et de nombreux insectes, complétés de fruits. La civette africaine consomme des arthropodes, des rongeurs, des oeufs, des charognes et des fruits. Les Paradoxurinae sont largement frugivores : le binturong dépend fortement des figues, tandis que les palmistes exploitent aussi les fruits de palmiers et les baies de caféier, et tous complètent leur régime de petits animaux. Les formes spécialisées sont plus rares : la civette palmiste à bandes et celle d’Owston se nourrissent en grande partie de vers de terre et d’invertébrés du sol, et la civette-loutre de Sumatra de poissons, de crustacés et de mollusques.

La reproduction est mal connue chez de nombreuses espèces. La gestation dure en général de deux à trois mois, environ dix à onze semaines chez la genette commune et près de trois mois chez le binturong. Les portées comptent le plus souvent de un à quatre petits, parfois jusqu’à six, nés aveugles et peu développés dans une cavité d’arbre, une anfractuosité rocheuse, un terrier ou un épais fourré. Les yeux s’ouvrent après quelques jours à deux semaines, le sevrage intervient au bout de plusieurs semaines à quelques mois et la maturité sexuelle est atteinte vers un à deux ans. Sous les tropiques, la reproduction peut s’étaler sur toute l’année, avec parfois deux portées annuelles, alors qu’elle est saisonnière chez la genette commune. En captivité, la longévité dépasse fréquemment quinze ans et peut atteindre une vingtaine d’années chez le binturong.

Le comportement est dominé par une vie solitaire et nocturne ou crépusculaire. Chaque individu occupe un domaine vital, marqué par des dépôts de sécrétions glandulaires et d’excréments, regroupés chez la civette africaine en latrines fréquemment réutilisées. Ces domaines se recouvrent largement entre sexes et entre espèces sympatriques, qui partagent les ressources en différenciant leur utilisation de l’espace, du temps et des proies, comme l’ont montré les travaux menés dans les forêts sèches de Thaïlande. L’emplacement et la fructification des arbres, ainsi que la pression de prédation, influencent l’espacement des palmistes. La communication fait appel à des grognements, des toux, des sifflements et, chez le binturong, à des émissions rappelant un ronronnement ou un gloussement, souvent accompagnées de marquages odorants. Face à une menace, l’animal hérisse son pelage, crache ou projette sa sécrétion malodorante avant de fuir vers un arbre ou un terrier.

Les prédateurs naturels sont nombreux. Les léopards et, en Asie, les tigres, les panthères nébuleuses et les dholes capturent les espèces de grande taille, tandis que le python réticulé et les grands pythons africains s’attaquent aux espèces arboricoles. Les rapaces prélèvent surtout des genettes et des jeunes. En Europe, la genette commune est la proie du grand-duc d’Europe, du renard roux et, plus localement, du lynx ibérique, auxquels s’ajoutent les chiens domestiques et l’être humain.


Viverridae genette
Illustration de la genette comme par Joseph Wolf
Auteur: Joseph Wolf
CC0 (Domaine public)

MENACES ET CONSERVATION

La première menace pesant sur la famille est la perte et la fragmentation des forêts tropicales, sous l’effet de l’exploitation forestière, de l’extension des plantations de palmier à huile et d’hévéa et de l’agriculture itinérante, en particulier en Asie du Sud-Est et en Afrique de l’Ouest. Les espèces à aire restreinte et strictement forestières, comme la civette de Malabar, la civette d’Owston, la civette de Hose ou la civette-loutre, sont les plus vulnérables. La mortalité routière, la persécution des genettes et des civettes accusées de s’attaquer aux volailles, et l’empoisonnement par les rodenticides s’ajoutent localement à ces pressions.

Les prélèvements directs constituent l’autre grande menace. En Afrique, les viverridés sont chassés pour leur viande et leur fourrure ou capturés dans des pièges non sélectifs destinés à d’autres espèces. En Asie, ils alimentent un commerce de viande, d’animaux de compagnie et de produits médicinaux traditionnels, tandis que la sécrétion odorante des civettes, longtemps recherchée en parfumerie, est encore produite dans des élevages, notamment en Éthiopie. La production du café issu des déjections de civettes, ou kopi luwak, a suscité une demande qui a conduit à la capture et à l’enfermement d’animaux sauvages dans des conditions préoccupantes. L’émergence du coronavirus du SRAS en 2002-2003 a par ailleurs mis en cause la civette palmiste à masque, vendue sur les marchés d’animaux vivants du sud de la Chine, ce qui a entraîné des abattages massifs des spécimens d’élevage.

Selon la Liste rouge de l'IUCN, la civette de Malabar est classée "En danger critique" (CR), la civette-loutre de Sumatra et la civette d’Owston sont "En danger" (EN), et le binturong ainsi que la civette palmiste à bandes sont "Vulnérables"(VU). Beaucoup d’espèces africaines de genettes sont classées en "Préoccupation mineure" (LC), mais leur statut est mal connu, de nombreuses espèces étant rares dans les données, difficiles à identifier sur le terrain et récemment décrites. La genette commune bénéficie d’une protection légale en France, ainsi que d’une inscription à l’annexe V de la directive Habitats et à l’annexe III de la convention de Berne, et plusieurs espèces asiatiques figurent aux annexes de la CITES.

Les mesures de conservation reposent sur la protection des habitats forestiers, la lutte contre le braconnage et la pose de pièges, la régulation du commerce et la sensibilisation. Des programmes d’élevage conservatoire, comme celui consacré à la civette d’Owston dans le parc national de Cúc Phương au Vietnam, ainsi que la coordination internationale assurée par le groupe de spécialistes des petits carnivores de l’IUCN, contribuent à pallier un déficit de connaissances encore important. Le déploiement des pièges photographiques depuis une vingtaine d’années a toutefois considérablement amélioré le suivi de ces espèces discrètes.


Viverridae civette indienne
Illustration de la petite civette indienne
Auteur: Pieter Willem Marinus Trap
CC0 (Domaine public)

ÉVOLUTION

Les viverridés appartiennent aux féliformes, dont la séparation d’avec les caniformes remonte à l’Éocène, il y a environ cinquante millions d’années. Les premiers carnivores d’allure viverridé apparaissent en Eurasie dès l’Oligocène, mais leur rattachement à la famille actuelle reste discuté, car ces formes primitives conservent des caractères ancestraux communs à plusieurs lignées de féliformes. Au Miocène, la diversification s’accélère : des genres comme Semigenetta en Europe ou des formes apparentées à Viverra dans les Siwaliks documentent une famille déjà bien installée, tandis que les genettes et les civettes africaines sont attestées en Afrique à partir du Miocène supérieur et du Pliocène.

Les analyses moléculaires montrent que l’histoire de la famille a été jalonnée de plusieurs échanges entre l’Afrique et l’Asie à travers le Moyen-Orient, notamment chez les Viverrinae, dont les genres asiatiques et africains ne forment pas deux ensembles séparés. L’Asie du Sud-Est a ensuite servi de laboratoire à des radiations insulaires, favorisées par les fluctuations du niveau marin au Pléistocène, qui ont alternativement relié et isolé Sumatra, Bornéo, Java et la péninsule malaise, comme en témoignent les espèces endémiques de la Sonde et de Sulawesi.

L’évolution de la famille offre aussi un cas remarquable de convergence morphologique. Les poianes africains, longtemps rattachés aux linsangs asiatiques en raison de leur silhouette et de leurs griffes rétractiles, appartiennent en réalité à des lignées très éloignées : les linsangs asiatiques forment le groupe frère des félidés, alors que les poianes sont des viverridés proches des genettes. Cette ressemblance reflète une adaptation indépendante à la vie arboricole et à la chasse de petites proies, et illustre la difficulté d’établir la phylogénie des féliformes sur la seule morphologie.


LES ESPÈCES

Selon la classification de la Mammal Diversity Database (MDD), version 2.5, publiée le 28 juillet 2026, la famille des viverridés comprend 36 espèces actuelles réparties en quatre sous-familles et 13 genres. Cette classification constitue la référence retenue pour la liste ci-dessous. Elle ne comprend pas les linsangs asiatiques du genre Prionodon, désormais classés dans les Prionodontidae, ni la nandinie (Nandinia binotata), placée dans les Nandiniidae.

* Genettinae

* Genetta

* Genette à crête - Genetta cristata

* Genette aquatique - Genetta piscivora

* Genette commune - Genetta genetta

* Genette d'Abyssinie - Genetta abyssinica

* Genette d'Angola - Genetta angolensis

* Genette de Bourlon - Genetta bourloni

* Genette de Johnston - Genetta johnstoni

* Genette géante - Genetta victoriae

* Genette Hausa - Genetta thierryi

* Genette panthère - Genetta maculata

* Genette pardine - Genetta pardina

* Genette royale - Genetta poensis

* Genette servaline - Genetta servalina

* Genette tigrine - Genetta tigrina

* Hemigalinae

* Chrotogale

* Civette palmiste d'Owston - Chrotogale owstoni

* Cynogale

* Civette-loutre de Sumatra - Cynogale bennettii

* Diplogale

* Civette de Hose - Diplogale hosei

* Hemigalus

* Civette palmiste à bandes - Hemigalus derbyanus


* Paradoxurinae

* Arctictis

* Binturong - Arctictis binturong

* Arctogalidia

* Civette palmiste à trois bandes - Arctogalidia trivirgata

* Macrogalidia

* Civette des Célèbes - Macrogalidia musschenbroekii

* Paguma

* Civette palmiste à masque - Paguma larvata

* Paradoxurus

* Civette palmiste commune - Paradoxurus hermaphroditus

* Civette palmiste de Jerdon - Paradoxurus jerdoni

* Civette palmiste de Ceylan - Paradoxurus zeylonensis


* Viverrinae

* Civettictis

* Civette africaine - Civettictis civetta

* Poiana

* Linsang africain - Poiana richardsonii

* Linsang de Leighton - Poiana leightoni

* Viverra

* Civette à grandes taches - Viverra megaspila

* Civette de Malabar - Viverra civettina

* Civette de Malaisie - Viverra tangalunga

* Grande civette indienne - Viverra zibetha

* Viverricula

* Petite civette indienne - Viverricula indica


CLASSIFICATION


Fiche d'identité
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreCarnivora
Sous-ordreFeliformia
FamilleViverridae
Décrit parJohn Edward Gray
Date1821

SOURCES


Solene Ledantec.free.fr

Système d'information taxonomique intégré (ITIS)

Liste rouge IUCN des espèces menacées

Wikimedia Commons