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Blaireau d'Asie (Meles leucurus)
Le blaireau d'Asie (Meles leucurus) est un mammifère carnivore de la famille des Mustelidae, largement répandu à travers les steppes, forêts et montagnes d'Asie centrale et orientale. Longtemps confondu avec le blaireau européen (Meles meles), il fut progressivement reconnu comme une espèce à part entière au cours du XXe siècle, à la faveur d'analyses morphologiques et génétiques approfondies. Robuste et opportuniste, ce mustélidé fouisseur joue un rôle écologique notable dans les écosystèmes qu'il occupe, notamment par son activité de terrassement et sa prédation sur les invertébrés du sol. Il demeure, malgré son aire vaste, relativement peu étudié comparé à ses congénères européens.
© Zametnya - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)Le blaireau d'Asie présente une silhouette robuste et trapue, caractéristique du genre Meles. Les adultes mesurent entre 60 et 90 cm de longueur corporelle, auxquels s'ajoute une queue de 12 à 20 cm. Le poids varie considérablement selon les saisons et les populations : il oscille généralement entre 5 et 12 kg, les individus pouvant accumuler d'importantes réserves de graisse avant l'hiver, atteignant parfois 14 à 15 kg chez les spécimens en bonne condition.
Le pelage dorsal est grisâtre à brun-jaunâtre, résultant d'un effet bicolore dû aux poils à base foncée et à apex pâle. Le ventre est nettement plus sombre, brun noirâtre, ce qui le distingue visuellement du blaireau européen dont le ventre est également sombre mais dont le contraste dorsoventral diffère. La tête est marquée par le patron facial typique du genre : deux larges bandes latérales sombres, brun foncé à noires, encadrant une bande médiane blanche ou crème qui court du museau jusqu'à la nuque. Les oreilles sont courtes, arrondies, à bordure blanche. Les pattes sont puissantes, munies de longues griffes adaptées au creusement.
La tête est allongée et cunéiforme, avec un crâne massif. Les yeux sont petits et relativement enfoncés. Plusieurs traits crânio-dentaires permettent de distinguer le blaireau d'Asie du blaireau européen : notamment un rostre proportionnellement plus long, une boîte crânienne légèrement différente, et des variations dans la morphologie des carnassières. Les glandes anales, présentes chez tous les blaireaux, servent à la communication chimique et à la délimitation territoriale. Le dimorphisme sexuel est faible, les mâles étant légèrement plus grands et plus lourds que les femelles.
Crédit photo: Alex Kantorovich - Zooinstitutes
Le blaireau d'Asie occupe un vaste territoire qui s'étend de la Russie — depuis le fleuve Volga jusqu'à l'Extrême-Orient — jusqu'en Mongolie, en Chine et en Corée, en passant par l'Asie centrale. La Volga sert de frontière naturelle majeure entre ce dernier et le blaireau européen, bien que les deux espèces cohabitent dans certaines zones situées entre le haut du fleuve et la rivière Kama. Plus au sud, vers la mer Caspienne, le blaireau d'Asie est séparé d'une autre sous-espèce de blaireau européen, le blaireau d'Asie du Sud-Ouest (Meles meles canescens), par de grands déserts. Ils se croisent néanmoins dans les montagnes du Tian Shan où ils se partagent le terrain de manière bien distincte : le blaireau d'Asie du Sud-Ouest préfère l'altitude, tandis que le blaireau d'Asie s'installe plutôt dans les plaines et les zones semi-désertiques. En revanche, sa présence autrefois signalée au Laos est aujourd'hui considérée comme une erreur de cartographie par les scientifiques.
Cet animal fait preuve d'une plasticité écologique remarquable en s'adaptant à des altitudes très variées, puisqu'on le trouve aussi bien au niveau de la mer qu'à plus de 3 000 mètres d'altitude, notamment autour du lac Qinghai en Chine, avec des indices suggérant qu'il pourrait même vivre au-delà de 4 000 mètres sur le plateau tibétain. Cette grande capacité d'adaptation se reflète également dans la diversité des paysages qu'il fréquente au quotidien. Le blaireau asiatique s'établit ainsi dans des milieux très différents, allant des forêts de feuillus, de conifères ou mixtes aux steppes et semi-déserts, en passant par les prairies ouvertes, les zones de broussailles et les espaces périurbains proches des installations humaines.
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)Le blaireau d'Asie est un omnivore généraliste dont le régime alimentaire varie selon les saisons, les habitats et les ressources disponibles. À l'image des autres représentants du genre Meles, il exploite une large gamme de proies et de végétaux, adaptant en permanence ses choix alimentaires aux opportunités locales.
Au printemps et en été, les invertébrés constituent la base de son alimentation. Les vers de terre, coléoptères, larves d'insectes, escargots et autres arthropodes du sol sont fouillés et déterrés grâce aux longues griffes de l'animal. Dans les régions où ils sont abondants, les vers de terre peuvent représenter jusqu'à 50 à 60 % du volume ingéré lors des nuits chaudes et humides. Les rongeurs, lézards, grenouilles et petits serpents sont également consommés lorsqu'ils se présentent, témoignant d'une certaine capacité de chasse active.
À l'automne, les ressources végétales prennent une place croissante dans le régime : fruits sauvages, baies, graines, bulbes, rhizomes et tubercules sont ingérés en grande quantité, permettant à l'animal de constituer des réserves adipeuses en prévision de la mauvaise saison. Dans les zones agricoles, le blaireau peut consommer du maïs, des céréales ou des cultures de légumineuses, le rendant parfois indésirable pour les agriculteurs. Les charognes ne sont pas négligées et participent à son rôle de nettoyeur dans l'écosystème.
En hiver, selon la rigueur climatique et l'altitude, le blaireau d'Asie entre dans un état de léthargie partielle, réduisant drastiquement son activité et subsistant grâce à ses réserves de graisse. Il ne s'agit pas d'une hibernation au sens strict, mais d'une torpeur pouvant être interrompue lors des redoux, au cours desquels l'animal peut sortir brièvement pour se nourrir opportunément.
© Alexandre Kochetkov - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)La reproduction du blaireau d'Asie suit un schéma saisonnier bien défini, bien que certains aspects restent moins bien documentés que chez le blaireau européen. La saison des accouplements s'étend principalement du printemps à l'été, entre mars et août selon les latitudes et les conditions climatiques locales. Les mâles parcourent alors des domaines vitaux élargis à la recherche de femelles réceptives, ce qui accroît les interactions agonistiques entre individus.
Comme le blaireau européen, le blaireau d'Asie est soumis à la diapause embryonnaire (ou implantation différée) : après la fécondation, le développement de l'embryon est suspendu pendant plusieurs mois. L'implantation dans l'utérus n'a lieu qu'en hiver, généralement entre décembre et février, permettant que la naissance coïncide avec des conditions environnementales plus favorables au printemps. La gestation active, après implantation, dure environ six à huit semaines.
Les portées comptent généralement deux à quatre petits. Ils naissent aveugles, sourds et couverts d'un fin duvet grisâtre, totalement dépendants de leur mère. Les yeux s'ouvrent vers quatre à cinq semaines. Le sevrage intervient vers deux à trois mois, après quoi les jeunes commencent à accompagner la femelle dans ses sorties nocturne pour apprendre à fourrager. La maturité sexuelle est atteinte vers l'âge d'un an, bien que la première reproduction intervienne souvent à deux ans pour les femelles.
Les terriers, creusés dans des talus, des pentes boisées ou des lisières, constituent le lieu de mise bas et d'élevage des jeunes. Ces structures souterraines, parfois très élaborées et transmises de génération en génération, offrent protection thermique et refuge contre les prédateurs. Le soin parental repose principalement sur la femelle, le mâle n'intervenant que marginalement dans l'élevage de la portée.
© Dmitry Dubikovskiy - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)Le blaireau d'Asie est principalement nocturne et crépusculaire, bien que des individus puissent être observés en plein jour dans des zones peu fréquentées par l'homme. Ses déplacements nocturnes peuvent couvrir plusieurs kilomètres en une nuit selon la disponibilité des ressources alimentaires. L'animal utilise des sentiers réguliers, jalonnés de marques olfactives déposées via les sécrétions des glandes anales et sous-caudales.
Contrairement au blaireau européen, réputé pour former des groupes sociaux structurés et occuper des terriers collectifs, le blaireau d'Asie présente généralement un comportement plus solitaire ou semi-solitaire. Les individus défendent des territoires individuels ou des domaines vitaux dont la superficie varie selon la qualité de l'habitat et la densité de la population. Des chevauchements partiels entre domaines vitaux voisins ont néanmoins été observés, notamment entre femelles ou entre une femelle et un mâle.
La communication chimique occupe une place centrale dans la vie sociale de l'espèce. Le marquage olfactif, réalisé en frottant les glandes anales sur des substrats ou en déposant des laissées dans des sites dédiés, sert à informer les congénères de la présence, du statut et de l'état reproducteur de l'individu. La vocalisation reste limitée; quelques sons gutturaux, grognements et feulements sont émis lors des confrontations ou en cas de menace.
En automne, l'essentiel du temps actif est consacré à l'alimentation intensive en vue de la constitution des réserves graisseuses. L'entretien du terrier, par l'apport de litière végétale fraîche, est également observé avant la période d'inactivité hivernale. Cette phase de torpeur est variable selon les latitudes : absente ou très courte dans les régions méridionales, elle peut durer plusieurs mois dans les zones montagneuses ou à hiver rigoureux.
© Aleksey Antonov - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)Le blaireau d'Asie, par sa taille et sa robustesse, ne dispose que de peu de prédateurs naturels à l'âge adulte. Cependant, les jeunes individus et les adultes affaiblis ou surpris en terrain découvert restent vulnérables à un certain nombre d'espèces. La prédation joue un rôle secondaire dans la régulation des populations par rapport aux facteurs climatiques, alimentaires et sanitaires.
Le loup gris (Canis lupus), dont l'aire de répartition chevauche largement celle du blaireau d'Asie en Russie, en Chine et en Asie centrale, représente probablement le prédateur terrestre le plus significatif. Des données indirectes — traces, analyses de contenus stomacaux — suggèrent que les blaireaux figurent ponctuellement dans le régime des meutes, bien que les adultes résistent vigoureusement et infligent de sévères blessures à leurs assaillants grâce à leurs mâchoires puissantes et leurs griffes acérées. Le renard roux (Vulpes vulpes) peut s'attaquer aux jeunes, mais se montre généralement prudent face aux adultes.
Parmi les grands félins, le léopard (Panthera pardus) et le lynx boréal (Lynx lynx), dont les distributions recoupent partiellement celle du blaireau d'Asie, peuvent prélever des individus à l'occasion, notamment dans les zones forestières et montagneuses d'Asie centrale et de Sibérie méridionale. La panthère des neiges (Panthera uncia) représente un prédateur potentiel dans les zones d'altitude. Parmi les rapaces, l'aigle royal (Aquila chrysaetos) est susceptible de capturer des jeunes blaireaux ou des individus de petite taille.
© Klaus Rudloff - BioLib
All rights reserved (Tous droits réservés)Le blaireau d'Asie est chassé légalement en Chine, en Russie ainsi qu'en Mongolie. Il est, par contre, chassé illégalement dans les aires protégées en Chine. Une saison de chasse est établie en Russie, le plus souvent à partir d'août jusqu'en novembre mais elle est limitée. Les principales menaces dont doit faire face ce mustélidé sont la dégradation de son habitat, la chasse et le piégeage ainsi que le braconnage dans les parcs protégés.
De manière générale, le blaireau d'Asie n'est pas considéré comme une espèce menacée. Il est inscrit dans la catégorie "Préoccupation mineure" (LC) sur la Liste rouge de l'IUCN en raison de sa large répartition, l'apparition d'un certain nombre de zones protégées et la tolérance à la modification de son habitat.
Le blaireau d'Asie est listé comme En danger critique selon les critères A2cd sur la Liste Rouge de Chine (Service chinois d'information sur les espèces 2007). La Liste Rouge de Chine en ce qui concerne le blaireau asiatique ne correspond qu'aux spécimens vivant au Tibet, alors que les populations vivant dans le reste du pays sont traitées comme le blaireau européen et ne sont pas réellement menacés.
© Nadejda Orlova - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)L'histoire taxonomique du blaireau d'Asie est complexe et reflète les difficultés générales rencontrées dans la délimitation des espèces au sein du genre Meles, longtemps considéré monospécifique. Pendant plus d'un siècle, tous les blaireaux de l'Ancien Monde — d'Europe occidentale jusqu'à l'Extrême-Orient — furent regroupés sous le binôme Meles meles, introduit par Linné en 1758 sur la base de spécimens européens.
La première description formelle du blaireau d'Asie est attribuée à Brian Houghton Hodgson, naturaliste britannique qui publia en 1847 le nom Meles leucurus à partir de spécimens collectés au Népal et dans les régions himalayennes. Le nom spécifique leucurus, du grec leukos (blanc) et oura (queue), fait référence à la queue blanchâtre caractéristique de l'espèce. Malgré cette description, leucurus fut rapidement ravalé au rang de synonyme ou de sous-espèce de Meles meles, une position qui prévaut dans la littérature zoologique durant la majeure partie du XXe siècle.
Plusieurs naturaliste et zoologistes du XIXe et du début du XXe siècle — dont Blanford (1888), Satunin (1906) et Thomas (1911) — décrivirent différentes formes de blaireaux asiatiques sous divers noms, générant une nomenclature complexe et parfois contradictoire. Ces formes étaient généralement traitées comme des races géographiques ou des sous-espèces de blaireau européen, sans que la question de leur statut spécifique soit sérieusement posée.
La réévaluation fondamentale du genre Meles survint avec les travaux de Abramov et Puzachenko au début du XXIe siècle. En s'appuyant sur des analyses morphométriques crânio-dentaires détaillées, combinant des caractères métriques et qualitatifs sur des séries de spécimens provenant de l'ensemble de l'aire de répartition du genre, ces chercheurs démontrèrent que les blaireaux de l'Ancien Monde ne constituaient pas une espèce unique mais un complexe d'au moins trois taxons distincts. Ces travaux, publiés entre 2003 et 2012, conduisirent à la reconnaissance de Meles leucurus comme espèce à part entière, aux côtés de Meles meles (blaireau européen) et Meles anakuma (blaireau du Japon).
La taxonomie infraspécifique du blaireau d'Asie reste l'une des questions les plus débattues dans la systématique des mustélidés. Plusieurs sous-espèces ont été proposées au fil du temps, mais leur validité est inégalement acceptée selon les autorités taxonomiques. La variabilité géographique marquée observée dans la taille, la couleur du pelage et certains caractères crâniens plaide en faveur d'une structure géographique interne à l'espèce, mais les frontières précises entre ces formes restent difficiles à établir en raison des transitions clinales et de la rareté des spécimens de certaines régions.
- Meles leucurus amurensis
- Meles leucurus arenarius
- Meles leucurus blanfordi
- Meles leucurus leucurus
- Meles leucurus sibiricus
- Meles leucurus tianschanensis
La validité de chacune de ces sous-espèces demeure conditionnée à la réalisation d'analyses intégratives supplémentaires, combinant morphométrie, génétique des populations et biogéographie historique. Les révisions taxonomiques futures pourraient conduire à la synonymisation de certains taxons ou, au contraire, à l'élévation de certaines formes au rang d'espèces distinctes.
| Nom commun | Blaireau d'Asie |
| English name | Asian badger |
| Español nombre | Tejón asiático |
| Règne | Animalia |
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embranchement | Vertebrata |
| Super-classe | Tetrapoda |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Infra-classe | Eutheria |
| Ordre | Carnivora |
| Sous-ordre | Caniformia |
| Famille | Mustelidae |
| Genre | Meles |
| Nom binominal | Meles leucurus |
| Décrit par | Brian Houghton Hodgson |
| Date | 1847 |
Satut IUCN | ![]() |
* Liens internes
Liste Rouge IUCN des espèces menacées
Mammal Species of the World (MSW)
Système d'information taxonomique intégré (ITIS)
* Liens externes
Global Biodiversity Information Facility (GBIF)
IUCN SSC Small Carnivore Specialist Group
* Bibliographie
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