Le lapin de Nutall (Sylvilagus nuttallii) est un petit mammifèrelagomorphe appartenant à la famille des Leporidae. Répandu dans l’ouest de l’Amérique du Nord, notamment dans les régions arides et semi-arides, il constitue une espèce typique des milieux ouverts tels que les steppes, les prairies et les zones arbustives. Adapté à des environnements parfois rigoureux, il joue un rôle écologique essentiel en tant que consommateur de végétation et proie pour de nombreux prédateurs. Discret et souvent confondu avec d’autres espèces de lapins du genre Sylvilagus, il présente néanmoins des caractéristiques propres qui permettent de le distinguer. Son étude contribue à mieux comprendre l’évolution et l’écologie des lagomorphes nord-américains. Le lapin de Nutall est également appelé Lapin de montagne.
Le lapin de Nuttall est de taille moyenne à grande pour son genre, avec de longues pattes postérieures et une large queue sombre sur le dessus et claire en dessous. Le dessus du corps est recouvert d'un pelage brun grisâtre, tandis que le ventre est blanc. Les pattes postérieures sont couvertes de longs poils brun rougeâtre denses. Les oreilles sont relativement courtes (54 à 100 mm) avec des pointes arrondies; leur face interne est densément garnie de poils. Les oreilles sont bordées de noir à leur extrémité, et la queue est blanche sur la face dorsale et grise en dessous. Une nuque brun pâle distinctive est présente à l'arrière de la tête et du cou.
À l'arrière de la tête, la fourrure prend une teinte orangée, et les membres apparaissent rouillés sur leur face externe. Un anneau caractéristique de couleur cannelle encadre les yeux, et les vibrisses peuvent être entièrement ou partiellement blanches. Ce lapin pèse entre 0,7 et 1,2 kg et mesure entre 35 et 39 cm de longueur corporelle. Les femelles sont presque 5% plus grandes que les mâles. Les caractéristiques crâniennes du lapin de Nutall comprennent un long rostre, de petits processus supraorbitaires, de longs et minces processus postorbitaires, un cerveau arrondi, ainsi qu'une formule dentaire de 2/1, 0/0, 3/2, 3/3, avec des dents molaires relativement grandes. La mue est annuelle et unique, permettant un renouvellement complet du pelage.
Le lapin de Nutall se rencontre dans l'ouest des États-Unis, dans la zone intermontagneuse, depuis le nord de la frontière canadienne, dans le sud de l'Alberta et de la Saskatchewan, jusqu'au nord du Nouveau-Mexique et de l'Arizona, et depuis l'est des montagnes Rocheuses jusqu'à l'est de la chaîne des Cascades et de la Sierra Nevada, s'étendant vers le nord jusqu'en Colombie-Britannique. L'aire de répartition du lapin de Nutall est sympatrique avec le lapin à queue blanche dans le sud-est du Dakota du Nord. Autrefois, on le trouvait jusqu'à l'est du Texas, mais elle est aujourd'hui largement remplacée par le lapin d'Audubon.
L'espèce est présente dans une variété d'habitats dans toute son aire de répartition. Elle occupe les zones broussailleuses ou boisées sur les pentes ou les berges des rivières qui sont souvent couvertes d'herbes, de saules et, surtout, d'armoise. Si la végétation est clairsemée, comme sur un flanc de montagne rocheux, ce lapin peut se cacher dans des terriers ou des crevasses rocheuses.
Le régime alimentaire du lapin de Nutall est strictement herbivore et varie considérablement selon les cycles saisonniers. Durant les mois printaniers et estivaux, il privilégie les herbes tendres, les graminées et les plantes annuelles qui pullulent après la fonte des neiges. À mesure que la végétation s'assèche, il se tourne vers des sources plus fibreuses. En hiver, son alimentation devient plus sélective et robuste; il consomme alors majoritairement les parties ligneuses des arbustes, notamment l'armoise tridentée (Artemisia tridentata) et le genévrier. Sa capacité à digérer ces plantes souvent chargées de terpènes témoigne d'une adaptation métabolique remarquable.
Pour optimiser l'extraction des nutriments, ce lagomorphe pratique la caecotrophie, un processus consistant à réingérer ses premières crottes molles. Ce comportement assure une absorption maximale des protéines et des vitamines B produites par la microflore intestinale, un avantage crucial dans des habitats où la qualité nutritionnelle de la flore est médiocre.
La saison de reproduction du lapin de Nuttall varie selon la localisation géographique; elle se déroule typiquement au printemps et en été, de février à juillet, et possiblement plus tard dans les régions au climat plus doux. Les accouplements ont lieu entre mars et juillet, presque toujours la nuit. Ces animaux ne forment pas de liens de couple durables.
Le nid est une cavité en forme de coupe, tapissée de fourrure et d'herbe sèche. Le dessus du nid est recouvert de fourrure, d'herbe et de petits brindilles, probablement disposés par la femelle. La période de gestation est de 28 à 30 jours, et la femelle peut avoir quatre ou cinq portées par an. La taille de la portée est généralement de 4 à 8 petits, mais en Californie, il n'est pas rare qu'une portée ne compte que deux individus. Les femelles sont légèrement plus nombreuses que les mâles à la naissance (1 mâle pour 1,1 femelle).
Les jeunes naissent sans poils et les yeux fermés. Le sevrage intervient généralement un mois après la naissance, et ils atteignent la maturité sexuelle à l'âge de 3 mois. Cette maturité précoce, associée à une forte fécondité, permet à l'espèce de maintenir des densités de population significatives malgré un taux de mortalité juvénile élevé dû aux prédateurs. La femelle demeure active tout au long de l'année, y compris pendant la saison de reproduction, tandis que le mâle tend à devenir plus discret après l'accouplement.
Animal essentiellement crépusculaire et nocturne, le lapin de Nuttall consacre la majeure partie de ses journées à se reposer dans des abris naturels, tels que des anfractuosités rocheuses, des terriers abandonnés ou sous des fourrés épais. Son tempérament est marqué par une grande prudence. Lorsqu'il se sent menacé, sa première réaction est l'immobilisme absolu, comptant sur son pelage cryptique pour se fondre dans le décor minéral. Si le danger s'approche trop, il s'élance dans une course rapide en zigzag pour rejoindre le couvert le plus proche.
Contrairement à d'autres espèces de lapins plus sociales, il mène une existence plutôt solitaire, bien que plusieurs individus puissent partager des zones de nourrissage riches. La communication entre congénères passe par des signaux olfactifs via des glandes situées sous le menton et par des frappements de pattes arrière sur le sol en cas d'alerte. Bien qu'il soit terrestre, il est capable de grimper sur des pentes rocheuses escarpées avec une agilité surprenante pour échapper à une menace ou accéder à des bourgeons en hauteur.
La survie du lapin de Nutall est une lutte constante contre une vaste gamme de prédateurs spécialisés. Dans les airs, les grands rapaces comme l'aigle royal, la buse à queue rousse et le grand-duc d'Amérique représentent des menaces permanentes, capables de fondre sur lui avec précision.
Au sol, les carnivores terrestres constituent le danger principal. Le coyote, le lynx roux et le renard roux traquent activement ce lagomorphe, utilisant leur odorat et leur ouïe fine pour le débusquer. Les mustélidés, tels que la belette à longue queue, sont particulièrement redoutables car ils peuvent s'introduire directement dans les nids ou les abris étroits. De plus, les crotales s'attaquent fréquemment aux jeunes au printemps. Cette pression de prédation intense explique le taux de renouvellement élevé de l'espèce et le développement de sens extrêmement aiguisés. Le lapin de Nuttall constitue un maillon trophique central, transférant l'énergie des producteurs primaires vers les prédateurs supérieurs de l'écosystème montagnard.
Le lapin de Nuttall est globalement considéré comme une espèce relativement commune dans une grande partie de son aire de répartition, mais il n’est pas exempt de menaces. L’une des principales pressions provient de la modification de son habitat. L’expansion agricole, l’urbanisation et le développement des infrastructures entraînent la fragmentation et la perte des milieux naturels ouverts dont il dépend, notamment les prairies, les steppes arbustives et les zones semi-arides.
Le lapin de Nutall est une espèce répandue actuellement inscrite dans la catégorie "Préoccupation mineure" (LC) sur la Liste rouge de l'IUCN. Sa large distribution et sa capacité d’adaptation à différents habitats contribuent à sa relative résilience. Toutefois, cette situation ne doit pas masquer des déclins locaux ou régionaux. Cependant, il n'y a aucune mesure de conservation mise en place pour ce lapin.
L’histoire scientifique du lapin de Nuttall débute officiellement au XIXe siècle, une période riche en découvertes pour la zoologie nord-américaine. La description formelle de l'espèce a été réalisée par le naturaliste John Bachman en 1837. Initialement, l'animal fut intégré au genre très large des lièvres avant d'être correctement identifié comme appartenant aux lapins à queue blanche. Cette classification a évolué au fil des décennies à mesure que les techniques d'observation et d'analyse morphologique se sont affinées. Au cours du XXe siècle, les chercheurs ont longuement débattu de sa position au sein de la famille des Leporidae, cherchant à déterminer ses liens de parenté avec les espèces voisines des plaines et des déserts.
Les études de terrain menées dans les régions intermontagneuses ont permis de stabiliser sa place taxonomique en confirmant son adaptation unique aux environnements d'altitude, ce qui le distingue nettement des autres membres de son genre. L'avènement des analyses génétiques modernes à la fin du siècle dernier a apporté un éclairage définitif sur son héritage évolutif. Les séquençages d'ADN mitochondrial ont révélé une divergence ancienne avec les lignées de lapins des zones plus tempérées, confirmant que l'isolement géographique imposé par les barrières montagneuses a favorisé une spéciation distincte. Aujourd'hui, l'espèce est solidement ancrée dans le genre Sylvilagus, et sa classification est régulièrement mise à jour par les autorités de conservation pour refléter les découvertes sur sa structure de population. Cette trajectoire scientifique illustre parfaitement la transition entre la biologie descriptive traditionnelle et la génomique contemporaine, tout en soulignant l'importance des premiers explorateurs naturalistes dans la reconnaissance de la biodiversité américaine.
On reconnaît traditionnellement trois sous-espèces distinctes chez le lapin de Nutall, dont la répartition géographique suit les grandes divisions topographiques de l'Ouest américain.
- Sylvilagus nuttallii nuttallii : La sous-espèce nominale occupe la partie nord de l'aire de répartition, s'étendant du sud de la Colombie-Britannique jusqu'au nord-ouest des États-Unis. Elle est adaptée aux climats plus humides et aux zones de transition forestière.
- Sylvilagus nuttallii grangeri : Son territoire englobe une vaste zone incluant le Wyoming, le Montana et certaines parties de l'Utah. Cette variante est souvent associée aux steppes arbustives et aux plateaux semi-désertiques de haute altitude.
- Sylvilagus nuttallii pinetis : Cette sous-espèce est principalement localisée dans les régions montagneuses du sud, notamment dans les pinèdes de l'Arizona, du Nouveau-Mexique et du Colorado. Elle se distingue souvent par une taille légèrement supérieure et un pelage dont les nuances s'harmonisent avec les sols forestiers plus sombres de ces latitudes.
Ces divisions sous-spécifiques ne sont pas seulement géographiques; elles reflètent des adaptations fines aux microclimats locaux, à la durée de l'enneigement et aux types de végétation dominants. Bien que les différences morphologiques entre ces groupes puissent être subtiles pour un oeil non averti, elles témoignent de la grande plasticité écologique de l'espèce face à la diversité des paysages de la chaîne des Cascades et des Rocheuses.
Bachman, J. (1837). Observations on the different species of hares (genus Lepus) inhabiting the United States and Canada. Journal of the Academy of Natural Sciences of Philadelphia.
Chapman, J. A. (1975). Sylvilagus nuttallii. Mammalian Species, No. 56, pp. 1-3. American Society of Mammalogists.
Verts, B. J., & Carraway, L. N. (1998). Land Mammals of Oregon. University of California Press.
Zituta, R., et al. (2011). Phylogenetic relationships of the genus Sylvilagus. Journal of Mammalogy.
Ammerman, L. K. (2002). Genetic Variation and Systematics of the Sylvilagus Complex in Western North America. Molecular Phylogenetics and Evolution, Vol. 23, pp. 112-124.
Bond, S. I. (1970). The Mammals of San Diego County, California. Transactions of the San Diego Society of Natural History.
Chapman, J. A., & Flux, J. E. C. (1990). Rabbits, Hares and Pikas: Status Survey and Conservation Action Plan. IUCN/SSC Lagomorph Specialist Group. Gland, Suisse.
Dice, L. R. (1926). Notes on the Habits of the Mountain Cottontail (Sylvilagus nuttallii grangeri) in Eastern Washington. Journal of Mammalogy, Vol. 7, No. 3, pp. 204-205.
Flux, J. E. C., & Aneermann, R. (1990). The Lagomorphs. In: Chapman, J.A. and Flux, J.E.C. (eds), Rabbits, Hares and Pikas. IUCN, Gland.
Hall, E. R. (1981). The Mammals of North America. Vol. 1, 2nd Edition. John Wiley & Sons, New York.
Hoffmann, R. S., & Smith, A. T. (2005). Order Lagomorphia. In: Wilson, D.E. and Reeder, D.M. (eds), Mammal Species of the World: A Taxonomic and Geographic Reference. Johns Hopkins University Press, Baltimore.
Johnson, M. K., & Hansen, R. M. (1979). Foods of Cottontails and Jackrabbits in Southeastern Idaho. Journal of Mammal Management, Vol. 43, No. 3, pp. 823-827.
Larrison, E. J. (1976). Mammals of the Northwest: Washington, Oregon, Idaho, and British Columbia. Seattle Audubon Society.
Schorr, R. A. (2001). Status and Distribution of the Nuttall's Cottontail in the Southern Rockies. Western North American Naturalist, Vol. 61.
Smith, A. T. (2018). Sylvilagus nuttallii. The IUCN Red List of Threatened Species 2018: e.T41300A45191987.
U.S. Fish and Wildlife Service (2024). Environmental Conservation Online System (ECOS): Species Profile for Mountain Cottontail (Sylvilagus nuttallii).
Verts, B. J. (1975). Reproduction in the Mountain Cottontail (Sylvilagus nuttallii) in Central Oregon. Northwest Science, Vol. 49, pp. 22-28.
Zeveloff, S. I. (1988). Mammals of the Intermountain West. University of Utah Press, Salt Lake City.
Mammal Diversity Database (2026). American Society of Mammalogists.
Smithsonian National Museum of Natural History. North American Mammals: Sylvilagus nuttallii.