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Martre d'Amérique (Martes americana)
La martre d'Amérique (Martes americana) est un mammifère carnivore de taille moyenne appartenant à la famille Mustelidae. Présente dans les forêts boréales et mixtes du continent nord-américain, elle constitue un maillon essentiel des écosystèmes forestiers en tant que prédateur intermédiaire. Sa fourrure dense et soyeuse, très prisée historiquement par l'industrie pelletière, a fait de cette espèce l'une des plus chassées et piégées d'Amérique du Nord, entraînant un déclin marqué de ses populations aux XVIIIe et XIXe siècles. Classée "Préoccupation mineure" (LC) par l'IUCN, l'espèce a bénéficié de programmes de réintroduction dans plusieurs États américains, permettant une certaine restauration de son aire de répartition. Sa biologie, son comportement territorial et sa sensibilité aux perturbations forestières en font un indicateur précieux de la santé des forêts primaires.
© Jacques Turner-Moss - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)La martre d'Amérique présente un corps allongé et musculeux caractéristique des mustélidés, avec des pattes courtes et des griffes semi-rétractiles adaptées à la vie arboricole. Sa longueur totale, queue incluse, varie de 47 à 65 cm selon les individus et les sexes, les mâles étant sensiblement plus grands que les femelles. Le poids oscille entre 280 et 1 300 g, les mâles pouvant dépasser le kilogramme tandis que les femelles restent généralement sous les 700 g. Cette disparité sexuelle marquée — le dimorphisme sexuel — est commune au sein des mustélidés et reflète des stratégies écologiques différenciées entre les deux sexes.
Le pelage est dense, doux et lustré, variant du brun jaunâtre au brun foncé sur le dos et les flancs, avec une teinte plus pâle, souvent crème à orange vif, sur la gorge et la poitrine. Cette tache gulaire orangée constitue l'un des caractères distinctifs les plus fiables de l'espèce. La tête est plus claire que le reste du corps, avec des oreilles arrondies proéminentes finement bordées de blanc. La queue touffue, couverte de poils longs, représente environ un tiers de la longueur totale.
Les pattes sont dotées de coussinets poilus, adaptés à la locomotion sur la neige et à l'escalade. Les griffes acérées permettent à l'animal de grimper aux arbres avec une aisance remarquable. La gueule est munie de dents carnassières puissantes, adaptées à un régime alimentaire varié. Les sens de l'odorat et de l'ouïe sont très développés, compensant une vision jugée moins performante à longue distance. Des glandes anales productrices de musc permettent la communication chimique entre individus lors du marquage territorial.
© Jason Tillapaugh - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)La martre d'Amérique occupe une vaste aire de répartition s'étendant à travers la majeure partie des forêts boréales et mixtes de l'Amérique du Nord. Son territoire couvre une bande continue depuis Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse à l'est, traverse le Québec, l'Ontario et les provinces de l'Ouest canadien, puis s'étend vers l'Alaska à l'ouest. Aux États-Unis, l'espèce est présente dans les États du Nord-Est, les régions des Grands Lacs, les Rocheuses et la chaîne des Cascades jusqu'en Californie du Nord. Elle était autrefois beaucoup plus répandue, mais le piégeage intensif et la déforestation ont contracté son aire de répartition au cours des XIXe et XXe siècles. Si la chasse et la destruction des forêts ont réduit son habitat, elle reste plus abondante que la martre de Pennant.
L'habitat de prédilection de la martre d'Amérique est la forêt conifère mature ou mixte, dominée par l'épinette, le sapin, le pin ou le cèdre. Elle affectionne particulièrement les forêts anciennes dotées d'un sous-bois dense, de nombreux arbres morts debout (chandelles) et de bois tombé au sol, qui lui offrent des sites de refuge, de repos et de reproduction. La présence de cavités arboricoles naturelles est déterminante pour la reproduction, les femelles les utilisant comme tanières de mise bas.
L'espèce tolère mal les coupes forestières à blanc et les perturbations anthropiques sévères, car celles-ci détruisent la structure complexe de l'habitat dont elle dépend. Les forêts fragmentées présentent une densité de martres significativement plus faible. En altitude, elle peut s'aventurer dans des zones subalpines lors des mois estivaux. La densité de population varie considérablement selon la qualité de l'habitat et la disponibilité des proies, de moins d'un individu à plusieurs individus par kilomètre carré dans les habitats optimaux.
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)La martre d'Amérique est un prédateur opportuniste généraliste dont le régime alimentaire varie selon les saisons, la disponibilité des proies et la région géographique. Les campagnols et autres micromammifères constituent la base de son alimentation, représentant souvent plus de la moitié de viande consommée. Le campagnol à dos roux (Myodes gapperi) est notamment l'une des proies les plus fréquemment capturées dans les forêts boréales. Elle chasse également les écureuils, les tamias, les lapins et, plus rarement, des oiseaux nichant au sol ou des lagopèdes.
En complément de ces proies mammaliennes, la martre consomme des invertébrés tels que des insectes et des vers de terre, ainsi que des matières végétales incluant des baies, des fruits sauvages et des graines. Cette plasticité alimentaire lui permet d'exploiter les ressources disponibles tout au long de l'année, y compris en hiver lorsque les proies se font plus rares sous la neige. Elle est capable de détecter les micromammifères sous le couvert neigeux grâce à son ouïe fine et de les poursuivre dans leurs galeries.
Les techniques de chasse varient selon ce qu'elle chasse : fouille active des anfractuosités, poursuite à travers les branches et le sous-bois, ou embuscade. La martre parcourt de larges distances pour localiser sa nourriture, exploitant successivement différents secteurs de son domaine vital afin d'éviter l'épuisement des ressources locales. Elle stocke parfois temporairement de la nourriture en période d'abondance, notamment lors des pics de population de rongeurs. Les analyses de selles et de contenus stomacaux ont révélé que la composition du régime peut varier significativement entre populations géographiquement distantes.
© B. Kao - BioLib
All rights reserved (Tous droits réservés)La martre d'Amérique présente une reproduction caractérisée par une implantation différée de l'embryon, stratégie reproductive commune à plusieurs mustélidés. L'accouplement a lieu en été, généralement entre juin et août. Après la fécondation, le développement embryonnaire est suspendu à un stade très précoce (blastocyste) et l'implantation dans l'utérus est retardée de plusieurs mois. Ce mécanisme, connu sous le nom de diapause embryonnaire, permet à la gestation effective de se produire en hiver, de sorte que la mise bas coïncide avec le retour des conditions favorables au printemps.
La durée totale de la gestation, implantation différée comprise, est d'environ 220 à 270 jours, mais le développement embryonnaire actif ne dure qu'environ 27 jours. La mise bas a lieu entre mars et avril, dans une cavité arboricole, un creux de rocher ou un arbre mort. La portée compte généralement de un à cinq jeunes, avec une moyenne de deux à trois. Les nouveau-nés sont altriciaux : aveugles, sourds et dépourvus de fourrure, pesant environ 30 g à la naissance.
La maturité sexuelle est atteinte dès la première année chez les femelles, bien que la reproduction effective débute souvent à deux ans. Les mâles atteignent leur maturité sexuelle vers quinze mois. La femelle assure seule l'élevage des jeunes, qui ouvrent les yeux vers 38 jours, sont sevrés à six semaines et acquièrent leur indépendance en automne, à environ cinq mois. L'espérance de vie en milieu naturel est d'environ 5 à 7 ans, avec des individus pouvant atteindre 10 à 14 ans en captivité.
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CC-BY-SA (Certains droits réservés)La martre d'Amérique est principalement solitaire et territoriale. Chaque individu occupe un domaine vital dont la superficie varie selon le sexe, la qualité de l'habitat et la saison. Les mâles occupent des domaines nettement plus grands que les femelles, typiquement entre 2 et 35 km², contre 1 à 8 km² pour ces dernières. Ces domaines se chevauchent partiellement entre individus du sexe opposé, mais les individus du même sexe les défendent activement. Le marquage territorial s'effectue par le dépôt de sécrétions des glandes anales et abdominales sur des branches, rochers et troncs d'arbres.
L'activité est essentiellement crépusculaire et nocturne, bien que des incursions diurnes soient observées, particulièrement pendant les longues journées estivales ou en période de reproduction. La martre est une grimpeuse habile et passe une partie significative de son temps dans la canopée pour chasser, se reposer et échapper à ses prédateurs. Elle ne pratique pas l'hibernation et reste active toute l'année, même par températures fortement négatives, cherchant refuge sous la neige pour conserver sa chaleur corporelle.
Les communications sociales font appel à la vocalisation (grognements, sifflements, couinements lors de confrontations), à la communication chimique et, plus rarement, à la posture corporelle. En dehors de la période de reproduction et de l'élevage des jeunes, les interactions entre adultes se limitent généralement à des rencontres brèves aux frontières des territoires. La martre démontre une forte fidélité à son domaine vital sur plusieurs années consécutives, sauf en cas de perturbation majeure de l'habitat ou de rareté sévère des proies.
© Jason Tillapaugh - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)En dépit de son statut de prédateur intermédiaire, la martre d'Amérique est elle-même exposée à la prédation par une diversité d'espèces carnivores. Les grands mustélidés constituent ses principaux prédateurs mammaliens : la martre de Pennant (Martes pennanti), plus grande et plus robuste, est reconnue comme l'un des prédateurs les plus importants de la martre d'Amérique dans l'ensemble de son aire de répartition. La belette à longue queue (Neogale frenata) peut également s'attaquer aux jeunes individus ou aux femelles plus légères. Le coyote (Canis latrans) et le lynx du Canada (Lynx canadensis) figurent parmi les autres mammifères capables de capturer des martres, notamment lorsque celles-ci se trouvent au sol.
Les rapaces représentent une menace significative, en particulier pour les jeunes martres encore inexpérimentées. L'autour des palombes (Accipiter gentilis) est le principal prédateur aviaire, capable de poursuivre la martre jusque dans la canopée. La chouette rayée (Strix varia) et le grand-duc d'Amérique (Bubo virginianus) peuvent capturer des individus. La grande chouette lapone (Strix nebulosa) représente une menace supplémentaire dans les zones boréales septentrionales.
© B. Kao - BioLib
All rights reserved (Tous droits réservés)La perte et la dégradation de l'habitat constituent la menace la plus significative pesant sur la martre d'Amérique à long terme. L'exploitation forestière intensive, notamment les coupes à blanc de grande superficie, détruit la structure complexe des forêts anciennes dont l'espèce dépend. La réduction de la couverture de bois mort, des chandelles et du bois tombé au sol prive la martre de ses sites de refuge, de nidification et de chasse. La fragmentation des massifs forestiers isole les populations, réduit la connectivité génétique et augmente les risques d'extinction locale.
Le piégeage à fourrure, bien que désormais réglementé dans la majorité de son aire de répartition, demeure une source de mortalité non négligeable dans certaines provinces canadiennes et États américains. La pression de piégeage historiquement très intense a conduit à l'extinction locale de la martre d'Amérique dans plusieurs régions de son aire d'origine aux États-Unis. Aujourd'hui, les quotas et les saisons de piégeage visent à maintenir des niveaux de prélèvement durables, mais leur application et leur efficacité varient selon les juridictions.
Le changement climatique représente une menace émergente dont les effets commencent à se manifester. Le recul du couvert neigeux hivernal réduit les zones subnivéennes utilisées comme refuge thermique et affecte la dynamique des populations de micromammifères, principales proies de la martre. La remontée en altitude des espèces compétitrices moins spécialisées, comme le vison d'Amérique (Neovison vison), pourrait accroître la compétition interspécifique. Les maladies infectieuses, la prédation routière et la toxicologie environnementale constituent d'autres menaces d'importance moindre mais réelle.
Crédit photo: Alex Kantorovich - Zooinstitutes
La martre d'Amérique est classée "Préoccupation mineure" (LC) sur la Liste rouge de l'IUCN depuis 2016, les effectifs globaux étant considérés comme stables à l'échelle de l'ensemble de l'aire de répartition. Cependant, plusieurs populations régionales ou sous-populations insulaires affichent des tendances préoccupantes nécessitant une attention particulière. La sous-espèce de l'île Terre-Neuve (Martes americana atrata) a été classée "En danger" (EN) au Canada, en raison de son isolement géographique et de sa faible densité de population.
Des programmes de réintroduction ont été mis en oeuvre avec succès dans plusieurs États américains, notamment dans le Wisconsin, le Michigan, le Vermont et l'État de New York, où l'espèce avait été localement exterminée. Ces programmes ont généralement utilisé des individus capturés au Canada et ont abouti à l'établissement de populations reproductives viables. Le suivi génétique de ces populations réintroduites est essentiel pour évaluer leur viabilité à long terme et détecter d'éventuels goulots d'étranglement génétiques.
La conservation de l'espèce repose principalement sur la protection et la gestion durable des forêts matures. Les pratiques sylvicoles à coupe partielle, la conservation des arbres à cavités et du bois mort, ainsi que le maintien de corridors forestiers entre les massifs contribuent significativement à la pérennité des populations. La réglementation du piégeage, avec des quotas adaptés aux densités locales et l'utilisation de pièges certifiés à mort rapide pour limiter la souffrance animale, constitue un autre levier de gestion essentiel. Des programmes de recherche actifs étudient l'impact du changement climatique sur les populations afin d'anticiper les mesures d'adaptation nécessaires.
© Niff82 - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)L'histoire évolutive et la classification de la martre d'Amérique ont fait l'objet de nombreuses études scientifiques tout au long des deux derniers siècles, reflétant l'évolution des concepts biologiques. Initialement documentée par les premiers naturalistes explorant le continent nord-américain, l'espèce s'est rapidement distinguée des formes eurasiennes par des critères morphologiques subtils liés à la dentition et à la structure crânienne.
Les premières descriptions formelles se sont appuyées sur des spécimens collectés dans les régions de l'est du Canada, établissant les bases de sa reconnaissance scientifique. Au fil des décennies, les chercheurs ont examiné les variations géographiques au sein du continent, ce qui a conduit à l'identification de plusieurs vagues de colonisation post-glaciaire à partir de différents refuges méridionaux et béringiens. Les analyses morphométriques classiques basées sur les mesures des os crâniens ont longtemps servi à délimiter les contours de l'espèce face à ses proches parents.
Plus récemment, l'avènement des technologies moléculaires et du séquençage de l'ADN a profondément transformé notre compréhension de sa position phylogénétique, confirmant sa séparation nette avec la martre des pins d'Europe. Ces recherches génétiques ont mis en lumière une divergence ancienne et ont également permis de clarifier les relations de parenté complexes avec la martre du Pacifique (Martes caurina), cette dernière ayant été élevée au rang d'espèce distincte suite à la mise en évidence d'une barrière d'isolement reproductif et de divergences génétiques marquées.
De nombreuses sous-espèces ont été décrites entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, principalement sur la base de différences de coloration ou de taille. Les études modernes tendent toutefois à regrouper plusieurs de ces formes, certaines variations étant attribuées à des gradients géographiques plutôt qu'à des lignées évolutives distinctes. Les classifications récentes, telles que Mammal Species of the World et les bases taxonomiques de GBIF, reconnaissent néanmoins plusieurs sous-espèces traditionnelles.
- Martes americana americana (Schreber, 1800)
- Martes americana actuosa (Osgood, 1920)
- Martes americana abietinoides (Gray, 1865)
- Martes americana atrata (Bangs, 1897)
- Martes americana brumalis (Bangs, 1897)
- Martes americana kenaiensis (Elliot, 1903)
- Martes americana humboldtensis (Grinnell & Dixon, 1926) (aujourd'hui souvent rattachée à Martes caurina)
- Martes americana nesophila (Osgood, 1904)
- Martes americana origenes (Rhodes, 1902)
- Martes americana vulpina (Rafinesque, 1819)
| Nom commun | Martre d'Amérique |
| Nom commun | Martre des pins d'Amérique |
| English name | American marten |
| Español nombre | Marta americana |
| Règne | Animalia |
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embranchement | Vertebrata |
| Super-classe | Tetrapoda |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Infra-classe | Eutheria |
| Ordre | Carnivora |
| Sous-ordre | Caniformia |
| Famille | Mustelidae |
| Genre | Martes |
| Nom binominal | Martes americana |
| Décrit par | William Turton |
| Date | 1806 |
Satut IUCN | ![]() |
* Liens internes
Liste Rouge IUCN des espèces menacées
Mammal Species of the World (MSW)
Système d'information taxonomique intégré (ITIS)
US Fish and Wildlife Service (FWS)
* Liens externes
Global Biodiversity Information Facility (GBIF)
IUCN SSC Small Carnivore Specialist Group
* Bibliographie
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