Babiroussa poilu (Babyrousa babyrussa)
Le babiroussa poilu (Babyrousa babyrussa) est un mammifère artiodactyle appartenant à la famille des Suidae. Endémique d'un archipel restreint d'îles indonésiennes, cette espèce se distingue immédiatement de ses cousins sangliers par son pelage laineux étendu et par le développement spectaculaire des canines supérieures des mâles. Ces défenses impressionnantes traversent la chair de la voûte du museau pour s'incurver vers le crâne, conférant à l'animal une allure préhistorique unique. Aujourd'hui gravement menacé par la fragmentation dramatique de son habitat insulaire et par une pression cynegetique ciblée, le babiroussa poilu fait l'objet d'une attention prioritaire de la part des biologistes de la conservation de la faune asiatique. Le babiroussa poilu est également appelé Babiroussa des Moluques.
Crédit photo: Alex Kantorovich - Zooinstitutes
Le babiroussa poilu présente une morphologie tout à fait particulière au sein des suidés, qui le distingue nettement du sanglier commun (Sus scrofa) ou des phacochères africains. Il s'agit d'un animal de taille moyenne, affichant une longueur corporelle comprise entre 85 et 110 centimètres pour les adultes, avec une hauteur au garrot oscillant généralement entre 65 et 80 centimètres. Le poids varie considérablement selon le sexe et l'âge : les mâles adultes atteignent typiquement entre 90 et 100 kilogrammes, tandis que les femelles, plus légères, se situent entre 40 et 55 kilogrammes en moyenne. Cette dimorphisme sexuel prononcé constitue l'une des caractéristiques biologiques fondamentales de l'espèce.
L'élément morphologique le plus spectaculaire reste sans conteste le système de canines hypertrophiées des mâles. Ces défenses, au nombre de quatre, sont divisées en deux paires fonctionnellement distinctes : les canines inférieures, qui poussent vers le haut et vers l'extérieur à la manière de défenses classiques, et les canines supérieures, qui traversent la chair du museau pour émerger directement à travers la peau, puis se recourbent vers l'arrière en direction du crâne. Cette configuration unique parmi les mammifères résulte d'une architecture inverse de la croissance dentaire : les racines des canines supérieures sont orientées dorsalement, de sorte que la dent perfore littéralement les tissus faciaux. Chez les mâles âgés, les défenses supérieures peuvent atteindre 30 à 40 centimètres et, dans des cas extrêmes, venir toucher le front ou les orbites. Les femelles sont totalement dépourvues de ces canines ou n'en présentent que des rudiments peu développés.
La robe constitue un autre trait distinctif du babiroussa poilu par rapport aux autres espèces du même genre. La peau est recouverte d'une fourrure relativement dense, composée de poils fins, gris à gris-brun, parfois plus sombres sur le dos et plus clairs sur les flancs et le ventre. Cette pilosité notable, qui a valu à l'espèce son qualificatif de "poilu" (hairy), contraste avec les autres membres du genre Babyrousa, dont la peau est généralement quasiment glabre. La queue, grêle et de longueur modeste, se termine par un petit bouquet de poils.
Le crâne du babiroussa poilu est allongé, avec un rostre relativement étroit par rapport aux autres suidés. Les membres sont fins et musclés, adaptés à la locomotion en terrain forestier accidenté. Les sabots, petits et pointus, confèrent à l'animal une certaine agilité sur les pentes couvertes de végétation dense. La tête porte de petites oreilles rondes et des yeux latéraux de taille réduite. L'absence de groin mobile prononcé, caractéristique du genre Sus, donne au babiroussa un profil facial plus droit, presque équin dans ses proportions.
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CC-BY-SA (Certains droits réservés)Le babiroussa poilu est une espèce strictement insulaire dont l'aire de répartition naturelle se limite aux îles de l'archipel des Moluques, en Indonésie orientale. Les populations sauvages se concentrent principalement sur l'île de Buru, qui représente le coeur de l'aire de distribution de cette espèce, ainsi que sur l'archipel de Sula, un groupe d'îles voisines comprenant Taliabu, Mangole et Sulabesi. Des individus ont également été signalés historiquement sur l'île de Bacan, bien que les données concernant ces populations soient plus fragmentaires et leur statut actuel incertain. Contrairement aux autres espèces du genre Babyrousa — notamment le babiroussa des Célèbes et le babiroussa des îles Togian, dont les distributions se centrent sur Sulawesi et les îles adjacentes — le babiroussa poilu occupe donc une niche géographique distincte, plus orientale, correspondant à la région biogéographique de Wallacea.
L'habitat de prédilection du babiroussa poilu est la forêt tropicale humide de basse et moyenne altitude, dense et structurée en plusieurs strates végétales. L'espèce affectionne particulièrement les zones à forte humidité, notamment les galeries forestières bordant les cours d'eau, les marécages forestiers et les berges de rivières. Ces environnements riverains, appelés forêts ripariennes, concentrent une grande part de l'activité quotidienne de l'animal, qui y trouve à la fois eau douce, abri et ressources alimentaires diversifiées. On retrouve les individus jusqu'à des altitudes d'environ 1 000 mètres sur les pentes forestières, mais c'est en plaine et en basse montagne que les densités semblent les plus élevées.
L'utilisation de l'espace par le babiroussa poilu est fortement conditionnée par la disponibilité en eau et en fruits. L'espèce n'est pas strictement forestière au sens le plus exclusif du terme : des individus ont été observés à la lisière de clairières naturelles, en bordure de zones cultivées ou dans des formations secondaires, à condition que la forêt primaire reste accessible à proximité. Cependant, les habitats dégradés et les zones largement défrichées semblent évités. La structure hétérogène de la forêt tropicale insulaire, avec ses variations de densité végétale, de topographie et de disponibilité en ressources, génère une mosaïque d'habitats exploités de manière différentielle selon les saisons et les individus.
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CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)Le régime alimentaire du babiroussa poilu est qualifié d'omnivore, bien qu'il soit largement dominé par des composantes végétales. L'espèce est considérée comme frugivore et granivore de base, avec une prédilection marquée pour les fruits tombés au sol, les noix dures, les graines et les rhizomes. La consommation de fruits constitue probablement la part la plus importante du régime dans les périodes de pleine fructification forestière. Les babiroussas sont connus pour leur capacité à briser des noix particulièrement résistantes grâce à leurs prémolaires robustes, une adaptation dentaire qui les distingue des autres suidés et les rapproche fonctionnellement de certains primates frugivores.
Les observations de terrain et les analyses de contenus stomacaux réalisées sur des spécimens ont mis en évidence une diversité importante des items consommés. Outre les fruits et les graines, le babiroussa poilu ingère régulièrement des feuilles, des pousses tendres, des champignons, des écorces et de la végétation herbacée. En saison sèche ou lors des périodes de disette fruitière, la part des matières végétales fibreuses et des herbacées augmente significativement dans l'alimentation. L'animal utilise son groin pour fouir le sol à la recherche de racines, de tubercules, de vers de terre et d'invertébrés divers, contribuant ainsi à l'apport protéique de son régime.
La composante animale, bien que moins importante quantitativement, est réelle. Des insectes, des larves, de petits vertébrés et des charognes d'invertébrés ont été signalés dans les contenus digestifs de quelques individus. Cette plasticité alimentaire est caractéristique des suidés en général, et elle permet au babiroussa de faire face aux variations saisonnières de l'offre alimentaire forestière. La consommation de minéraux est également documentée : l'espèce fréquente régulièrement des sites de léchage minéral (salt licks), où elle ingère des argiles et des terres riches en oligo-éléments, un comportement commun chez les grands mammifères forestiers d'Asie du Sud-Est.
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CC-BY-SA (Certains droits réservés)La biologie reproductive du babiroussa poilu demeure l'une des moins bien documentées parmi les grands mammifères forestiers d'Asie. La majeure partie des informations disponibles provient d'observations en captivité, réalisées dans des parcs zoologiques européens et nord-américains, complétées par un nombre limité de données issues du terrain. Cette situation est caractéristique des espèces insulaires rares et difficiles d'accès, pour lesquelles les études longitudinales en milieu naturel restent techniquement complexes et coûteuses.
Les femelles atteignent la maturité sexuelle vers l'âge de cinq à six mois en captivité, bien que la maturité en conditions sauvages soit probablement plus tardive, en lien avec des contraintes alimentaires et compétitives plus importantes. Les mâles parviennent à maturité un peu plus tardivement, généralement entre huit et douze mois. La saison de reproduction ne semble pas strictement saisonnière sous les tropiques humides, mais des variations dans la fréquence des accouplements ont été rapportées en relation avec la disponibilité alimentaire, qui peut influencer l'état nutritionnel et hormonal des individus.
La durée de gestation est l'une des plus courtes parmi les suidés : elle est estimée entre 150 et 157 jours, soit environ cinq mois. Cette gestation relativement brève, associée à une portée de faible effectif, constitue une caractéristique reproductive distinctive du genre Babyrousa. En effet, contrairement aux autres membres de la famille Suidae — qui peuvent donner naissance à des portées nombreuses, parfois supérieures à dix individus chez Sus scrofa — le babiroussa poilu met généralement bas un ou deux petits, rarement trois. Cette stratégie K, à faible taux de reproduction et investissement parental élevé, rend l'espèce particulièrement vulnérable à toute perturbation de sa dynamique de population.
Les nouveau-nés du babiroussa poilu naissent sans les rayures longitudinales caractéristiques des marcassins de sanglier, une différence notable avec de nombreux autres suidés. Les jeunes sont précoces : ils sont capables de se déplacer peu après la naissance et commencent à s'alimenter partiellement en végétaux dès les premières semaines. L'allaitement se prolonge pendant plusieurs semaines à quelques mois, mais la durée précise du sevrage en milieu naturel n'est pas établie avec certitude. Les femelles assurent l'essentiel des soins parentaux; le rôle des mâles dans l'élevage des jeunes semble minimal, voire inexistant, ce qui est cohérent avec le système social peu structuré observé chez l'espèce.
En captivité, l'intervalle intergénérationnel entre deux gestations successives est d'environ sept à douze mois, ce qui confirme la lenteur relative du renouvellement générationnel. Les observations en milieu naturel restent trop parcellaires pour permettre d'estimer un taux de reproduction annuel fiable pour les populations sauvages. Néanmoins, la combinaison d'un faible nombre de jeunes par portée, d'une mortalité juvénile probablement significative en conditions naturelles et d'une pression de chasse soutenue fragilise considérablement le potentiel de récupération démographique de l'espèce.
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All rights reserved (Tous droits réservés)Le comportement du babiroussa poilu est encore imparfaitement connu en raison de la discrétion naturelle de l'espèce et de la difficulté à observer des individus sauvages dans la forêt tropicale dense des Moluques. Les données disponibles proviennent principalement de suivis indirects — pièges photographiques, relevés de traces et laissées, entretiens avec des chasseurs locaux — et d'observations sur des individus captifs, dont les comportements ne reflètent qu'imparfaitement ceux des populations sauvages.
L'organisation sociale du babiroussa poilu est généralement décrite comme peu structurée. Les individus adultes semblent largement solitaires, se réunissant ponctuellement pour la reproduction ou autour de ressources alimentaires localement abondantes, comme les sites de fructification ou les points d'eau. Des groupes de femelles accompagnées de leurs jeunes ont été rapportés, suggérant une certaine tolérance sociale intrafamiliale chez les femelles. Les mâles adultes paraissent davantage solitaires et territoriaux, bien que les mécanismes précis de délimitation et de défense des territoires restent à élucider.
Les combats entre mâles constituent l'un des comportements les plus documentés et les plus spectaculaires de l'espèce. Contrairement aux suidés qui utilisent principalement leurs défenses inférieures pour blesser les adversaires, les mâles babirousas se dressent sur leurs pattes postérieures et tentent de frapper leur antagoniste avec leurs sabots antérieurs, adoptant une posture quasi bipède. Les défenses ne semblent pas utilisées offensivement mais pourraient jouer un rôle dans le blocage des coups adverses ou dans la démonstration de dominance. Ce comportement agonistique particulier, bien documenté en captivité, a été interprété comme une adaptation à la morphologie singulière de l'espèce, les longues défenses recourbées n'étant pas fonctionnelles pour des attaques directes.
L'activité quotidienne du babiroussa poilu suit un rythme principalement crépusculaire et nocturne, bien que des individus soient parfois actifs en journée dans des zones peu perturbées. L'animal passe une grande partie de son temps à rechercher de la nourriture, explorant le sous-bois à l'aide de son groin. La thermorégulation constitue une contrainte importante sous les tropiques : comme les autres suidés, le babiroussa manque de glandes sudoripares efficaces et doit recourir à des bains de boue ou à l'immersion dans l'eau pour réguler sa température corporelle. La fréquentation régulière des cours d'eau et des zones humides s'inscrit donc autant dans des besoins thermorégulateurs et minéraux que dans la recherche d'eau potable ou de ressources alimentaires aquatiques.
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All rights reserved (Tous droits réservés)Le babiroussa poilu est confronté à un ensemble de menaces anthropiques qui, combinées à sa biologie reproductive lente et à son aire de répartition restreinte, font de lui l'une des espèces de suidés les plus vulnérables d'Indonésie. La déforestation constitue la menace structurelle la plus profonde et la plus durable pesant sur l'espèce. Sur les îles de Buru et de Sula, la forêt primaire est progressivement convertie à des fins agricoles — palmiers à huile, cocotiers, cultures vivrières — ou exploitée pour son bois d'oeuvre. Cette fragmentation du couvert forestier réduit la superficie des habitats disponibles, isole les populations en sous-groupes de plus en plus petits et limite les possibilités de dispersion et d'échanges génétiques entre individus. La perte de connectivité entre fragments forestiers est particulièrement préoccupante dans un contexte insulaire, où il n'existe aucune possibilité de recolonisation depuis d'autres îles.
La chasse représente la deuxième grande menace pour le babiroussa poilu. Bien que l'espèce soit protégée par la législation indonésienne, la chasse illégale reste répandue. Elle est pratiquée à des fins alimentaires par les communautés locales, mais aussi pour alimenter les marchés de viande de brousse dans les centres urbains de la région. Les populations à croissance lente, avec leurs taux de reproduction modestes, sont particulièrement sensibles au prélèvement d'individus adultes reproducteurs.
L'introduction d'espèces exotiques représente une menace croissante, bien que moins documentée. Des chiens errants, des rats et d'autres espèces allochtones introduites peuvent compétitionner avec le babiroussa pour certaines ressources, prédater ses jeunes ou agir comme vecteurs de maladies auxquelles l'espèce insulaire n'a pas développé de résistances immunitaires adaptées. Le développement des infrastructures humaines — routes, villages, plantations — facilite l'accès des chasseurs à des zones forestières auparavant inaccessibles, amplifiant les effets des prélèvements sur des populations déjà fragilisées.
Enfin, le changement climatique constitue une menace émergente dont les effets sur le babiroussa poilu sont encore difficiles à quantifier précisément. Des modifications dans la phénologie de fructification des espèces végétales dont dépend l'espèce, des variations dans le régime hydrique des forêts riveraines et une augmentation potentielle de la fréquence des événements climatiques extrêmes (cyclones, sécheresses) pourraient affecter la qualité et la disponibilité des habitats dans les décennies à venir. La combinaison de toutes ces pressions synergiques justifie une vigilance accrue et des programmes de conservation robustes et financièrement soutenus.
Crédit photo: Alex Kantorovich - Zooinstitutes
Le babiroussa poilu est actuellement classé "Vulnérable" (VU) sur la Liste rouge de l'IUCN. Cette catégorie reflète principalement son aire de répartition restreinte, la dégradation de son habitat et la pression exercée par la chasse. L'espèce bénéficie également d'une protection réglementaire en Indonésie. Elle est inscrite à l'Annexe I de la CITES, ce qui place son commerce international sous un régime de contrôle particulièrement strict. Ces protections juridiques sont importantes, mais leur efficacité dépend directement de leur application sur le terrain et de la capacité des autorités à contrôler le braconnage et la circulation des produits issus de la faune sauvage.
Les efforts de conservation en faveur du babiroussa poilu s'inscrivent dans un cadre réglementaire international et national qui, bien qu'existant, reste confronté à des difficultés de mise en oeuvre importantes. La Direction générale de la conservation des ressources naturelles et des écosystèmes (PHKA) est chargée de la gestion des espèces protégées et coordonne les efforts de lutte anti-braconnage. Des zones protégées sont présentes sur l'île de Buru, notamment une partie des forêts de montagne, mais la superficie protégée reste insuffisante par rapport à l'étendue de l'habitat potentiel de l'espèce, et les ressources déployées pour la surveillance restent en deçà des besoins.
Les programmes ex situ jouent un rôle complémentaire dans la conservation de l'espèce. Plusieurs parcs zoologiques européens et nord-américains participent à des programmes d'élevage coordonnés sous l'égide de l'EAZA (Association européenne des zoos et aquariums) et de l'AZA (Association des zoos et aquariums nord-américains). Ces programmes permettent de maintenir une population de sauvegarde génétiquement diversifiée, de mener des recherches sur la biologie reproductive et le comportement de l'espèce, et de sensibiliser le public à sa situation. Des études menées en captivité ont fourni des données précieuses sur la gestation, la croissance des jeunes et les besoins nutritionnels de l'espèce.
Les initiatives de conservation in situ les plus prometteuses combinent protection légale, développement communautaire et éducation environnementale. Des ONG locales et internationales travaillent avec les communautés riveraines des forêts de Buru et de Sula pour promouvoir des pratiques agricoles moins destructrices et des alternatives économiques à la chasse. La formation de rangers locaux issus des communautés autochtones, qui connaissent bien le terrain et bénéficient de la confiance des villageois, est considérée comme une approche particulièrement efficace pour réduire le braconnage à long terme.
Des lacunes importantes subsistent dans la connaissance de la biologie et de l'écologie de l'espèce en milieu naturel. Les estimations de taille de population sauvage manquent de précision, les domaines vitaux n'ont pas encore été mesurés par télémétrie sur un échantillon représentatif, et la dynamique de population à long terme est mal connue. Combler ces lacunes est une priorité pour la définition d'objectifs de conservation chiffrés et réalistes, susceptibles d'orienter efficacement les investissements en matière de protection.
Crédit photo: Alex Kantorovich - Zooinstitutes
L'histoire taxonomique du genre Babyrousa est l'une des plus complexes et des plus débattues parmi les mammifères d'Asie du Sud-Est. Le premier naturaliste européen à décrire formellement un babiroussa fut Carl von Linné, qui publia en 1758, dans la dixième édition de son Systema Naturae, la description de Babyrousa babyrussa sur la base de spécimens provenant supposément de l'île de Buru. Le nom générique "Babyrousa" est d'origine malaise et combinait les termes babi (porc) et rusa (cerf), reflétant la singularité morphologique de l'animal — perçu comme un hybride conceptuel entre ces deux groupes — telle que la percevaient les populations locales. Ce nom est resté ancré dans la nomenclature scientifique jusqu'à nos jours.
Pendant une grande partie du XIXe et du XXe siècle, le genre Babyrousa fut traité comme monospécifique, l'ensemble des populations de babiroussas étant regroupées sous le nom Babyrousa babyrussa, avec une série de sous-espèces distinguées sur la base de critères morphologiques, notamment la pilosité, la morphologie des défenses et la taille corporelle. Cette vision monospécifique fut adoptée par la plupart des ouvrages de référence en mammalogie jusqu'aux années 1990.
La révision taxonomique majeure du genre fut réalisée par Colin Groves en 2001, dans son ouvrage de référence Mammal Species of the World (troisième édition, 2005). En s'appuyant sur une analyse morphométrique comparative approfondie — portant notamment sur la morphologie du crâne, la longueur et la courbure des défenses, et la pilosité corporelle — Groves éleva plusieurs sous-espèces au rang d'espèces à part entière. Il proposa de reconnaître quatre espèces distinctes au sein du genre :
* Babiroussa poilu (Babyrousa babyrussa) : limité aux populations de Buru et de l'archipel de Sula;
* Babiroussa des Célèbes (Babyrousa celebensis) : présent dans la partie centrale et nord de l’île de Sulawesi (Célèbes);
* Babiroussa des îles Togian (Babyrousa togeanensis) : endémique des îles Togian dans la baie de Tomini;
* Babiroussa de Bola Batu (Babyrousa bolabatuensis) : décrit sur la base de matériel fossile et subfossile et dont la validité comme espèce distincte contemporaine reste discutée.
La révision de Groves fut globalement bien accueillie par la communauté scientifique et fut adoptée par l'IUCN, qui évalue désormais chaque espèce séparément, permettant une appréciation plus fine du statut de conservation de chacune. Cependant, des débats subsistent concernant les limites entre espèces et la validité de certains taxons. La phylogénie moléculaire du genre Babyrousa a été abordée dans plusieurs études utilisant des marqueurs mitochondriaux et nucléaires, qui ont globalement confirmé l'isolement génétique des différentes populations insulaires mais ont aussi mis en évidence des zones de contact et des niveaux de divergence variables selon les loci étudiés.
À l'heure actuelle, la communauté scientifique internationale ne reconnaît aucune sous-espèce valide pour Babyrousa babyrussa. L'espèce est considérée comme monotypique, l'ancienne sous-espèce Babyrousa babyrussa frosti, autrefois proposée pour distinguer les populations de certaines îles, ayant été regroupée sous le taxon principal ou invalidée en tant que simple variation intraspécifique.
| Nom commun | Babiroussa poilu |
| Autre nom | Babiroussa des Moluques |
| English name | Hairy babirusa |
| Règne | Animalia |
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embranchement | Vertebrata |
| Super-classe | Tetrapoda |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Infra-classe | Eutheria |
| Ordre | Artiodactyla |
| Famille | Suidae |
| Genre | Babyrousa |
| Nom binominal | Babyrousa babyrussa |
| Décrit par | Carl von Linné (Linnaeus) |
| Date | 1758 |
Satut IUCN | ![]() |
* Liens internes
Liste Rouge IUCN des espèces menacées
Mammal Species of the World (MSW)
Système d'information taxonomique intégré (ITIS)
* Liens externes
Global Biodiversity Information Facility (GBIF)
* Bibliographie
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