Le genre Babyrousa, regroupant les animaux communément appelés babiroussas, se distingue des autres membres de la famille des Suidae par la croissance verticale spectaculaire des canines supérieures chez les mâles, perforant la peau du museau pour s'incurver vers le crâne. Endémiques des forêts tropicales humides de l'archipel indonésien, ces mammifères occupent des niches écologiques fragmentées sur Sulawesi, les îles Togian, Sula et Buru. Leur biologie montre une adaptation marquée aux milieux forestiers et marécageux. Aujourd'hui, l'ensemble des populations fait face à de severes menaces de dégradation de leur habitat et à une pression de chasse continue.
Les espèces formant le genre Babyrousa **Source photos**
LES ESPÈCES
Le genre Babyrousa compte quatre espèces reconnues, dont trois sont vivantes et une est éteinte :
*Babiroussa poilu (Babyrousa babyrussa) : Cette espèce réside sur les îles de Buru et Mangole ainsi que Taliabu dans l'archipel des Sula. Elle se caractérise par un pelage long, dense et doré ou brunâtre, un corps plus petit et des canines supérieures mâles relativement courtes et grêles.
*Babiroussa des Célèbes (Babyrousa celebensis) : Occupe l'île de Sulawesi ainsi que certaines îles adjacentes comme Lembeh, Buton et Muna. Il possède une peau très plissée, un pelage extrêmement clairsemé lui donnant un aspect presque glabre, ainsi que des canines très développées chez les mâles.
*Babiroussa des îles Togian (Babyrousa togeanensis) : Est endémique de cet archipel situé au large de Sulawesi. Il arbore une taille intermédiaire, une queue touffue et des canines supérieures d'extension moyenne se croisant de façon distincte.
*Babiroussa de Bola Batu (Babyrousa bolabatuensis) † : Espèce éteinte décrite à partir de vestiges subfossiles identifiés dans la péninsule sud-ouest de Sulawesi.
TAXONOMIE
L'histoire taxonomique des babiroussas s'étend sur près de trois siècles. La première description moderne remonte à Carl von Linné en 1758 dans la dixième édition de son Systema Naturae. L'auteur suédois attribue alors le nom scientifique Sus babyrussa à ces suidés étranges signifiant "cochon-cerf" d'après les mots malais babi et rusa, en raison des canines recourbées rappelant la velure ou la mâture des cervidés. Au XIXe siècle, les naturalistes remarquent la divergence morphologique profonde entre ce groupe et les cochons sauvages eurasiatiques classiques. Le zoologiste Georges Perry érige le genre distinct Babyrousa afin d'isoler ces formes au sein de la famille des Suidae.
Durant une grande partie du XIXe et du XXe siècle, la vision prédominante au sein des biologistes conserve un genre Babyrousamonotypique, constitué d'une seule espèce (Babyrousa babyrussa) subdivisée en plusieurs sous-espèces géographiques. Les variations observées sur les différentes îles de l'archipel indonésien amènent néanmoins plusieurs chercheurs à décrire des taxons régionaux. Karl Deninger identifie en 1918 la forme glabre du nord de Sulawesi sous le nom Babyrousa celebensis. Plus tard, en 1949, le mammalogiste néerlandais Henri Jacob Victor Sody décrit Babyrousa togeanensis pour désigner la population biologiquement isolée sur l'archipel des Togian. En 1950, Dirk Albert Hooijer étudie du matériel subfossile récolté dans des grottes de la péninsule sud de Sulawesi et nomme Babyrousa bolabatuensis.
Pendant plusieurs décennies, le consensus académique continue de traiter ces entités comme de simples sous-espèces ou des variations écologiques de Babyrousa babyrussa. La situation évolue de manière décisive au début des années 2000. L'émergence d'analyses craniométriques détaillées et d'études ostéologiques comparatives menées par des chercheurs comme Colin Groves permet d'établir des différences constantes au niveau de la structure du crâne, de la denture et de la répartition de la pilosité. En 2002, Groves révise entièrement la systématique du genre et propose de réhabiliter Babyrousa celebensis, Babyrousa togeanensis et Babyrousa bolabatuensis au rang d'espèces à part entière. La communauté scientifique internationale, soutenue par les évaluations de l'IUCN et le Specialist Group des suidés, valide cette révision. La désignation Babyrousa babyrussa se trouve dès lors strictement restreinte aux populations velues des îles Buru et Sula.
Perry, G. (1811). Arcana; or the Museum of Natural History. James Stratford, London.
Deninger, K. (1918). Über Babyrousa. Berichte der Naturforschenden Gesellschaft zu Freiburg, 22, 1-22.
Groves, C. (2002). Taxonomy of the genus Babyrousa (Suidae, Mammalia). Zoologische Mededelingen, 76(3), 17-26.
Hooijer, D. A. (1950). Man and other mammals from Toalian sites in South Celebes. Verhandelingen der Koninklijke Nederlandse Akademie van Wetenschappen, Afd. Natuurkunde, 46(2), 1-164.
Linnaeus, C. (1758). Systema Naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Editio decima, reformata. Holmiae: Laurentii Salvii.
Macdonald, A. A. (1993). The Babirusa (Babyrousa babyrussa). In: Oliver, W. L. R. (Ed.), Pigs, Peccaries, and Hippos: Status Survey and Conservation Action Plan. IUCN, Gland, Switzerland, pp. 161-171.
Sody, H. J. V. (1949). Notes on Babyrousa (with descriptions of two new subspecies). Treubia, 20(2), 211-219.