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Girafe de Nubie (Giraffa camelopardalis camelopardalis)


La girafe de Nubie (Giraffa camelopardalis camelopardalis) représente la sous-espèce nominale de la girafe du Nord. Reconnaissable à ses taches rousses bien définies contrastant avec un fond crème, elle incarne la majesté des savanes d'Afrique orientale. Autrefois largement répandue, sa population a subi un déclin drastique au cours des dernières décennies, la plaçant aujourd'hui dans une situation critique selon les standards de conservation internationaux. Ce géant paisible joue un rôle écologique fondamental en tant qu'architecte des paysages, façonnant la structure de la végétation par son mode de broutage unique à plusieurs mètres de hauteur. Sa survie actuelle dépend étroitement d'efforts de protection intensifs et de la préservation rigoureuse de ses derniers sanctuaires naturels situés principalement en Éthiopie, au Soudan du Sud, au Kenya et en Ouganda.


Girafe de Nubie (Giraffa camelopardalis camelopardalis)
Girafe de Nubie (Giraffa camelopardalis camelopardalis)
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DESCRIPTION

La girafe de Nubie présente les caractéristiques générales du genre Giraffa, mais elle possède aussi plusieurs traits distinctifs qui permettent de la reconnaître. Comme toutes les girafes, elle est célèbre pour son long cou, composé pourtant du même nombre de vertèbres cervicales que chez la plupart des mammifères, soit sept. Chez l’adulte, la hauteur totale peut atteindre environ cinq à six mètres chez les mâles les plus grands, tandis que les femelles sont généralement légèrement plus petites. Cette taille impressionnante fait de la girafe le plus haut mammifère terrestre actuel.

Le pelage de la girafe de Nubie est considéré comme l’un des plus caractéristiques parmi les populations de girafes. Les taches sont relativement grandes, de forme irrégulière, souvent quadrangulaires ou polygonales. Elles sont brun foncé à brun rougeâtre et sont séparées par un réseau de lignes crème ou blanchâtres relativement larges. Contrairement à certaines autres sous-espèces, ces taches sont rarement présentes sur la partie inférieure des membres, qui restent généralement clairs. Cette particularité constitue un critère d’identification souvent utilisé par les biologistes de terrain.

La tête est allongée et porte des structures appelées ossicônes, sortes de protubérances osseuses recouvertes de peau et de poils. Chez les mâles adultes, ces ossicônes deviennent souvent plus massifs et peuvent être accompagnés de dépôts osseux supplémentaires sur le crâne, conséquence des combats entre mâles. Les yeux sont grands et placés latéralement, offrant un champ de vision étendu essentiel pour détecter les prédateurs.

Le système circulatoire de la girafe est également remarquable. Son coeur est particulièrement puissant afin de pomper le sang jusqu’au cerveau situé plusieurs mètres au-dessus du sol. Des mécanismes physiologiques spécifiques, notamment des valves dans les veines et une pression artérielle élevée, permettent d’éviter les problèmes circulatoires lorsque l’animal baisse ou relève la tête.

Les membres longs et robustes sont adaptés à la marche sur de longues distances. Les girafes se déplacent généralement au pas, mais elles peuvent atteindre une vitesse d’environ 50 à 60 km/h sur de courtes distances lorsqu’elles fuient un danger. Leur queue, terminée par un pinceau de poils noirs, sert principalement à repousser les insectes.


Giraffa camelopardalis camelopardalis
Giraffa camelopardalis camelopardalis
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HABITAT

Historiquement, la girafe de Nubie occupait de vastes étendues à travers l'Afrique du Nord-Est, s'étendant de la vallée du Nil jusqu'aux régions boisées de la mer Rouge. Aujourd'hui, sa distribution est fragmentée et se limite à des poches isolées dans l'est du Soudan du Sud, le sud-ouest de l'Éthiopie, l'ouest du Kenya et le nord de l'Ouganda. Les populations les plus robustes se trouvent actuellement dans des zones protégées spécifiques, telles que le parc national de Murchison Falls en Ouganda, qui constitue l'un de ses derniers bastions majeurs. Cette restriction géographique est le résultat direct de l'expansion humaine et de la perte de connectivité entre les écosystèmes. La sous-espèce privilégie les savanes ouvertes parsemées d'arbres, les forêts claires et les zones de transition où la végétation arbustive est dense, lui fournissant une source de nourriture constante tout au long de l'année.

L'habitat de la girafe de Nubie est intrinsèquement lié à la présence d'espèces végétales spécifiques, notamment les acacias et les combrétums, qui constituent l'essentiel de son régime alimentaire. Elle évite généralement les forêts trop denses où sa stature limiterait ses mouvements et sa visibilité face aux prédateurs, tout comme elle délaisse les déserts trop arides dépourvus de points d'eau accessibles. Durant la saison sèche, ces animaux ont tendance à se regrouper près des lits de rivières et des zones humides où la verdure persiste, tandis qu'à la saison des pluies, ils se dispersent plus largement dans les plaines. La topographie de leur habitat varie des plaines inondables aux collines escarpées, tant que le sol permet une circulation sécurisée pour leurs membres fragiles. La gestion de ces territoires est devenue un enjeu politique et écologique majeur, car les routes migratoires ancestrales sont de plus en plus entravées par les clôtures agricoles et le développement des infrastructures humaines.


Giraffa camelopardalis camelopardalis distribution
     Répartition actuelle de la girafe du Nord
© Manimalworld
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ÉCOLOGIE

L'écologie de la girafe de Nubie est centrée sur son rôle de brouteur de haut niveau. Son alimentation se compose majoritairement de feuilles, de pousses, de fleurs et de fruits, avec une préférence marquée pour les espèces d'acacias riches en nutriments. Elle peut consommer jusqu'à 35 kilogrammes de matière végétale par jour. Bien qu'elle puisse se passer d'eau pendant plusieurs jours en extrayant l'humidité de ses aliments, elle boit régulièrement lorsqu'une source est disponible, adoptant alors une position vulnérable, les pattes avant largement écartées. Ce comportement alimentaire influence directement la forme des arbres, créant une ligne de broutage distincte qui permet à la lumière de pénétrer jusqu'au sol de la savane, favorisant ainsi la croissance de l'herbe pour d'autres herbivores.

Sur le plan social, cette girafe adopte un système de fission-fusion, où la composition des groupes change constamment. Les liens les plus stables sont ceux unissant les mères à leurs jeunes. Les mâles adultes sont souvent solitaires ou forment de petits groupes de célibataires, ne rejoignant les femelles que pour la reproduction. Le comportement de domination, appelé "necking", consiste pour les mâles à s'entrechoquer les cous pour établir une hiérarchie sans nécessairement s'entretuer. La reproduction n'est pas saisonnière, permettant des naissances tout au long de l'année après une gestation d'environ 15 mois. La femelle met bas debout, le nouveau-né chutant d'environ deux mètres avant de se lever en moins d'une heure. Les mères collaborent souvent au sein de "crèches" pour surveiller les petits pendant qu'elles s'alimentent, augmentant ainsi les chances de survie des jeunes face aux dangers de la savane.


Girafe d'Ouganda
La girafe de Nubie est aussi appelée Girafe d'Ouganda
Source: Giraffe Conservation Foundation
Di-no license (Licence inconnue)

PRÉDATION

Malgré sa taille imposante, la girafe de Nubie n'est pas exempte de menaces naturelles, particulièrement durant ses premières années de vie. Le lion est le principal prédateur capable de s'attaquer à un adulte, utilisant souvent une stratégie de groupe pour harceler l'animal jusqu'à ce qu'il chute ou s'épuise. Les attaques se concentrent généralement sur l'arrière-train ou le cou lorsque la girafe se penche pour boire ou dormir. Cependant, un adulte est une cible périlleuse : un seul coup de sabot bien placé peut briser le crâne ou la colonne vertébrale d'un lion. Cette force défensive impressionnante explique pourquoi les prédateurs hésitent souvent à engager le combat avec un individu en pleine possession de ses moyens, préférant cibler les sujets affaiblis ou malades.

Les girafons sont en revanche extrêmement vulnérables, avec un taux de mortalité dépassant parfois 50 % au cours de leur première année. Outre les lions, les léopards, les hyènes tachetées et, plus rarement, les lycaons, représentent des menaces constantes pour les jeunes. Les mères font preuve d'un comportement protecteur intense, restant souvent à proximité immédiate de leur progéniture et utilisant leur corps comme écran physique contre les assaillants. Elles surveillent l'horizon avec vigilance, profitant de leur grande taille pour repérer les carnivores tapis dans les hautes herbes bien avant qu'ils ne soient à portée d'attaque. En dehors des grands félins et des hyénidés, les crocodiles peuvent représenter un danger mortel lors des traversées de rivières ou aux points d'eau, saisissant le museau ou les membres de l'animal lorsqu'il est en position d'abreuvoir, illustrant la lutte constante pour la survie dans cet écosystème complexe.


Girafe de Nubie sanctuaire forestier Giraffe Manor
Girafe de Nubie au sanctuaire forestier Giraffe Manor
© Brian Siambi - The Safari Collection
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MENACES ET CONSERVATION

La girafe de Nubie fait face à de nombreuses menaces qui ont entraîné un déclin important de ses populations au cours du dernier siècle. La principale cause de ce déclin est la perte et la fragmentation de l’habitat naturel. L’expansion de l’agriculture, l’exploitation forestière et le développement des infrastructures humaines ont réduit l’étendue des savanes arborées nécessaires à la survie de cette sous-espèce. La chasse constitue également une menace significative dans certaines régions. Les girafes peuvent être chassées pour leur viande, leur peau ou leurs os, utilisés dans certaines pratiques traditionnelles. Dans les zones où l’application des lois de protection est limitée, ce type de chasse peut avoir un impact important sur les populations locales. Les conflits armés dans certaines régions d’Afrique ont également contribué au déclin des girafes. L’instabilité politique peut entraîner une augmentation du braconnage et une réduction des efforts de conservation.

Malgré ces difficultés, plusieurs initiatives de conservation ont été mises en place pour protéger la girafe de Nubie. Des organisations internationales et des autorités nationales travaillent à la surveillance des populations, à la protection des habitats et à la lutte contre le braconnage. Des programmes de réintroduction ou de translocation ont également été menés dans certaines réserves afin de renforcer les populations existantes. La conservation de cette sous-espèce dépend en grande partie de la gestion efficace des aires protégées et de la coopération entre les pays concernés. La sensibilisation des populations locales joue également un rôle essentiel, car la coexistence entre les communautés humaines et la faune sauvage est un enjeu central dans la protection des girafes. Aujourd’hui, la girafe de Nubie est généralement considérée comme l’une des sous-espèces de girafes les plus menacées, ce qui souligne l’importance des efforts de conservation à long terme.


Girafe de Nubie juvenile
Girafe de Nubie juvénile
Source: Giraffe Conservation Foundation
Di-no license (Licence inconnue)

TAXONOMIE

L'histoire taxonomique de la girafe de Nubie débute officiellement avec les travaux de Carl Linnaeus en 1758. Dans la dixième édition de son ouvrage séminal, Systema Naturae, Linnaeus a décrit l'espèce sous l'identité de Cervus camelopardalis. À l'époque, la compréhension biologique des grands mammifères africains reposait largement sur des descriptions de spécimens provenant de la région de Nubie, située dans l'actuel Soudan et l'Éthiopie. De ce fait, la girafe de Nubie est devenue la sous-espèce type, ou nominale, ce qui explique la répétition du nom spécifique dans sa classification actuelle. Durant tout le XIXe siècle et une grande partie du XXe, les scientifiques ont débattu du nombre de sous-espèces existantes, oscillant souvent entre huit et onze, en se basant principalement sur les variations de motifs de la robe et les localisations géographiques, sans disposer d'outils d'analyse génétique approfondis.

Au fil du temps, la perception de la girafe de Nubie a évolué au gré des découvertes morphologiques et de la documentation de terrain fournie par les explorateurs et naturalistes. Une étape majeure a été franchie avec l'intégration de la girafe de Rothschild dans le taxon de la girafe de Nubie. Des études génétiques récentes, menées notamment au début du XXI siècle, ont démontré qu'il n'existait pas de distinction génétique suffisante pour maintenir ces deux populations comme des sous-espèces séparées. Cette fusion a eu des implications importantes pour la conservation, car elle a permis de regrouper les efforts de protection sous une seule et même entité taxonomique plus cohérente.

Aujourd'hui, la taxonomie des girafes fait l'objet d'un consensus scientifique en pleine mutation. Alors que la vision traditionnelle ne reconnaissait qu'une seule espèce de girafe divisée en plusieurs sous-espèces, des analyses génomiques poussées publiées ces dernières années suggèrent l'existence de quatre espèces distinctes :

* Girafe du Nord - Giraffa camelopardalis (Linnaeus, 1758)

* Girafe du Sud - Giraffa giraffa (von Schreber, 1784)

* Girafe masaï - Giraffa tippelskirchi (Matschie, 1898)

* Girafe réticulée - Giraffa reticulata (de Winton, 1899)

Dans ce cadre moderne, la girafe du Nord (Giraffa camelopardalis) compte trois sous-espèces : la girafe de Nubie (Giraffa camelopardalis camelopardalis), la girafe du Kordofan (Giraffa camelopardalis antiquorum) et la girafe du Niger (Giraffa camelopardalis peralta).

Ce changement de paradigme souligne l'importance de la girafe de Nubie non seulement comme un vestige de la description originelle de Linnaeus, mais aussi comme une unité évolutive clé dont la protection est impérative pour maintenir la biodiversité du genre. La reconnaissance de sa spécificité génétique a permis d'affiner les priorités de recherche, en se concentrant sur la préservation des lignées pures restantes dans les régions reculées d'Afrique de l'Est.


Nubian giraffe (Giraffa camelopardalis camelopardalis)
En anglais, la girafe de Nubie est appelée Nubian giraffe
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CLASSIFICATION


Fiche d'identité
Nom communGirafe de Nubie
Autres nomsGirafe de Baringo
Girafe d'Ouganda
English nameNubian giraffe
Español nombreJirafa de nubia
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
Super-classeTetrapoda
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreArtiodactyla
Sous-ordreRuminantia
FamilleGiraffidae
GenreGiraffa
EspèceGiraffa camelopardalis
Nom binominalGiraffa camelopardalis camelopardalis
Décrit parCarl von Linné (Linnaeus)
Date1758

SOURCES

* Liens internes

BioLib

Mammal Species of the World (MSW)

Système d'information taxonomique intégré (ITIS)

Wikipédia

* Liens externes

Animalia Bio

Giraffe Conservation Foundation

Global Biodiversity Information Facility (GBIF)

The Royal Zoological Society of Scotland

The Safari Collection

* Bibliographie

Fennessy, J., et al. (2016). Multi-locus analyses reveal four giraffe species instead of one. Current Biology, 26(18), 2543-2549.

Giraffe Conservation Foundation (GCF). (2025). Annual Status Report: Conservation of the Nubian Giraffe in East Africa.

Linnaeus, C. (1758). Systema Naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Editio decima, reformata.

Dagg, A. I. (2014). Giraffe: Biology, Behaviour and Conservation. Cambridge University Press.

Au, W. C., Morfeld, K. A., Fields, C. J., Ishida, Y., & Roca, A. L. (2025). Genomic assessment of giraffes in North American collections highlights conservation challenges. Journal of Heredity, doi:10.1093/jhered/esaf089.

Bercovitch, F. B., et al. (2017). How many species of giraffe are there? Current Biology, 27(1), 136–137.

Brown, D. M., et al. (2007). Extensive population genetic structure in the giraffe. BMC Biology, 5(1), 57.

Coimbra, R. T. F., et al. (2023). Genomic analysis reveals limited hybridization among three giraffe species in Kenya. BMC Biology, 21(1), 215.

Kargopoulos, N., et al. (2024). Heads up–Four Giraffa species have distinct cranial morphology. PLoS ONE, 19(12), e0315043.

IUCN SSC Giraffe & Okapi Specialist Group (GOSG). (2025). An Evaluation of the Taxonomic Status of Giraffe (Giraffa spp.): Prepared by the GOSG Taxonomic Task Force. IUCN. Windhoek, Namibie.