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Girafe du Sénégal (Giraffa camelopardalis senegalensis)


La girafe du Sénégal (Giraffa camelopardalis senegalensis) est une sous-espèce historiquement mentionnée de la girafe du Nord (Giraffa camelopardalis). Elle était supposée vivre dans la région correspondant aujourd’hui au Sénégal et à certaines zones voisines de l’Afrique de l’Ouest. Comme toutes les girafes, cet animal appartenait à la famille des Giraffidae, un groupe de grands ongulés caractérisés par leur cou extrêmement allongé, leurs longues pattes et leurs motifs de pelage distinctifs. Les mentions historiques de cette girafe proviennent principalement de récits naturalistes du XVIIIe et du XIXe siècle, période durant laquelle les explorateurs européens tentaient de classifier les différentes formes régionales de girafes observées à travers l’Afrique. Toutefois, contrairement à certaines sous-espèces bien documentées, l’existence précise de la girafe du Sénégal reste sujette à débat dans la littérature zoologique moderne. L’intensification de la chasse, la transformation rapide des habitats et l’expansion humaine en Afrique occidentale ont entraîné la disparition précoce des populations de girafes dans cette région, ce qui complique l’étude scientifique de cette forme géographique aujourd’hui considérée comme disparue ou historiquement incertaine.


Girafe du Senegal (Giraffa camelopardalis senegalensis)
Girafe du Sénégal (Giraffa camelopardalis senegalensis)
Source: Zobodat



DESCRIPTION

La morphologie attribuée à la girafe du Sénégal reposait essentiellement sur les descriptions générales des girafes d’Afrique occidentale rapportées par les naturalistes et les voyageurs européens. Comme toutes les formes de Giraffa camelopardalis, cet animal possédait un corps très haut sur pattes, dominé par un cou exceptionnellement long constitué de sept vertèbres cervicales fortement allongées. Cette adaptation anatomique permet aux girafes d’atteindre les feuilles des arbres élevés, en particulier celles des acacias et d’autres arbres de savane. Les descriptions historiques évoquent un pelage relativement clair, marqué de taches polygonales brun rougeâtre séparées par des lignes plus pâles, formant un motif réticulé typique du genre Giraffa. Toutefois, faute de spécimens conservés avec certitude, il est difficile d’établir précisément les caractéristiques distinctives de la girafe du Sénégal par rapport à d’autres populations ouest-africaines.


HABITAT

Historiquement, la répartition géographique de la girafe du Sénégal s'étendait sur une vaste zone couvrant l'actuel Sénégal, la Gambie, le sud de la Mauritanie et l'ouest du Mali. Elle occupait principalement les régions bordant le fleuve Sénégal et les zones de transition entre le désert saharien et les savanes soudaniennes. Son habitat de prédilection se composait de savanes arborées et de forêts claires, avec une préférence marquée pour les écosystèmes dominés par les genres Acacia, Balanites et Commiphora. Ces arbres fournissaient non seulement la base de son alimentation, mais aussi l'ombre nécessaire pour réguler sa température corporelle durant les heures les plus chaudes de la journée.

La girafe du Sénégal était une espèce nomade, capable de parcourir de longues distances pour suivre la phénologie des arbres et la disponibilité des points d'eau, bien qu'elle puisse se contenter de l'humidité contenue dans ses aliments pendant de longues périodes. Les zones inondables et les vallées fluviales constituaient des refuges critiques durant la saison sèche, offrant une végétation persistante quand les plateaux environnants se desséchaient. L'équilibre écologique de son habitat reposait sur une densité arbustive modérée, permettant une surveillance efficace contre les prédateurs naturels comme les lions. Cependant, la fragmentation croissante de ces paysages, due à l'extension des zones de pâturage pour le bétail domestique et à l'agriculture de subsistance, a progressivement réduit son domaine vital. La disparition des corridors naturels entre les massifs forestiers du Ferlo et les rives du fleuve a isolé les groupes, précipitant le déclin de cette population dans son bastion d'origine.


EXTINCTION

L'extinction de la girafe du Sénégal sur ses terres d'origine est le résultat d'une convergence de pressions anthropiques et climatiques sévères étalées sur plus d'un siècle. Le processus de disparition a commencé de manière insidieuse au XIXe siècle avec l'intensification de la chasse de subsistance et de prestige, mais s'est accéléré brutalement avec l'introduction des armes à feu modernes lors de la période coloniale. La girafe était alors traquée pour sa viande abondante, sa peau épaisse utilisée pour la confection de boucliers ou de sandales, et sa queue, souvent employée comme chasse-mouches ou symbole de statut social.

Parallèlement à cette pression cynégétique directe, la dégradation de l'habitat a joué un rôle déterminant. Les cycles de sécheresses dévastatrices qui ont frappé le Sahel, notamment dans les années 1970 et 1980, ont réduit les ressources alimentaires et poussé les animaux à se rapprocher des établissements humains, augmentant ainsi les conflits. La concurrence avec le bétail domestique pour l'accès aux rares points d'eau et aux zones de pâturage a fini par évincer les girafes de leurs derniers refuges.

Au Sénégal, les dernières observations fiables de l'espèce remontent à la seconde moitié du XXe siècle, après quoi les populations ont été considérées comme localement éteintes. Bien que des efforts de réintroduction aient été tentés dans certaines réserves privées ou parcs nationaux à partir de populations provenant d'autres régions d'Afrique de l'Ouest (notamment du Niger), la lignée génétique spécifique originellement décrite sous le nom de senegalensis est aujourd'hui considérée comme disparue de son aire historique. Ce silence définitif dans la brousse sénégalaise marque une perte irrémédiable pour le patrimoine naturel de la région.


TAXONOMIE

L'histoire taxonomique de la girafe du Sénégal constitue un chapitre récent de la systématique des mammifères, illustrant la complexité de la classification des grands herbivores africains. Pendant près de deux siècles, l'identité biologique des girafes habitant le bassin du fleuve Sénégal est restée plongée dans une certaine ambiguïté scientifique, principalement en raison de la rareté des observations directes et de la disparition précoce de ces populations. Historiquement, la plupart des naturalistes et des systématiciens des XIXe et XXe siècles avaient tendance à regrouper l'ensemble des populations d'Afrique de l'Ouest sous l'étiquette unique de la girafe du Niger. Cette classification reposait sur des critères morphologiques superficiels et une méconnaissance des barrières biogéographiques qui séparaient les groupes du Sénégal de ceux vivant plus à l'est, notamment au Niger. L'absence de matériel génétique frais provenant des individus sénégalais, dont la trace s'est perdue dans les années 1970, a longtemps empêché les chercheurs de remettre en question ce consensus établi.

Le véritable tournant dans la compréhension de ce taxon s'est produit en 2020, grâce à une étude pionnière menée par Alice Petzold, Anne-Sophie Magnant et Alexandre Hassanin. En s'appuyant sur les méthodes sophistiquées de la paléogénétique, ces scientifiques ont entrepris d'analyser l'ADN mitochondrial de spécimens historiques conservés dans les collections des muséums d'histoire naturelle. Un spécimen en particulier, conservé sous le numéro MNHN-A10617 et collecté dans la région de Bakel au Sénégal, a servi de point d'ancrage à cette recherche. Les analyses moléculaires ont révélé une réalité inattendue : les girafes du Sénégal appartenaient à une lignée maternelle distincte, génétiquement isolée des autres populations de girafes du Nord. Cette découverte a permis de démontrer que ces animaux ne constituaient pas simplement une extension géographique des populations nigériennes, mais une entité évolutive à part entière. Suite à ces travaux, la girafe du Sénégal a été officiellement décrite comme une sous-espèce sous le nom de Giraffa camelopardalis senegalensis, validant ainsi une diversité qui était restée invisible jusqu'à son extinction.

Cette réévaluation taxonomique a eu un impact majeur sur la perception de la biodiversité passée du genre Giraffa. En prouvant l'existence de cette sous-espèce unique, les chercheurs ont mis en lumière un phénomène tragique de "disparition silencieuse", où un taxon s'éteint avant même d'avoir été correctement identifié par la science. L'histoire de la girafe du Sénégal rappelle aux scientifiques que la taxonomie n'est pas une discipline statique, mais un domaine en constante évolution qui doit intégrer les données moléculaires pour refléter fidèlement l'arbre du vivant. Ce récit scientifique met fin à des décennies de confusion et rend enfin justice à l'originalité biologique de ce géant du Sahel, désormais reconnu comme une pièce unique du puzzle évolutif africain.


CLASSIFICATION


Fiche d'identité
Nom communGirafe du Sénégal
English nameSenegalese giraffe
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
Super-classeTetrapoda
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreArtiodactyla
Sous-ordreRuminantia
FamilleGiraffidae
GenreGiraffa
EspèceGiraffa camelopardalis
Nom binominalGiraffa camelopardalis senegalensis
Décrit parAlice Petzold
Anne-Sophie Magnant
Alexandre Hassanin
Date2020

SOURCES

* Liens internes

Wikipédia

* Liens externes

Giraffe Conservation Foundation

Giraffe World

Global Biodiversity Information Facility (GBIF)

Zobodat

* Bibliographie

Petzold, A., Magnant, A. S., Edderai, D., Chardonnet, B., Rigoulet, J., Saint-Jalme, M., & Hassanin, A. (2020). First insights into past biodiversity of giraffes based on mitochondrial sequences from museum specimens. European Journal of Taxonomy, 703(1), 1-33.

IUCN SSC Giraffe & Okapi Specialist Group (2024). Taxonomic status and conservation assessment of Northern Giraffe subspecies. IUCN Red List of Threatened Species.

Fennessy, J., et al. (2016). Multi-locus analyses reveal four giraffe species instead of one. Current Biology, 26(18), 2543-2549.

Dagg, A. I. (2014). Giraffe: Biology, Behaviour and Conservation. Cambridge University Press.

Sow, A. S., et al. (2014). Atlas de la biodiversité du Sénégal : État des lieux des grands mammifères. Direction des Parcs Nationaux du Sénégal.

Brown, D. M., Brenneman, R. A., Koepfli, K. P., Polani, J. P., Milà, B., Louis Jr, E. E., ... & Georgiadis, N. J. (2007). Genome-wide search for single nucleotide polymorphisms in the giraffe (Giraffa camelopardalis). BMC Genetics, 8(1), 1-15.

O'Connor, A. S., et al. (2015). Historical and current range of giraffe in West Africa. African Journal of Ecology.