Le genre Puma appartient à la famille des Felidae et regroupe des espèces de taille moyenne à grande originaires principalement des Amériques. Aujourd’hui, ce genre est généralement représenté par une seule espèce vivante, le puma (Puma concolor). Ce prédateur possède l’une des plus vastes aires de répartition de tous les mammifères terrestres du Nouveau Monde, allant du Canada jusqu’au sud de l’Amérique du Sud. Les pumas sont caractérisés par un corps élancé, une grande capacité d’adaptation écologique et un régime carnivore opportuniste. L’histoire évolutive et taxonomique du genre est cependant complexe, impliquant plusieurs espèces fossiles et des débats sur la classification d’autres félins américains proches, notamment le jaguarundi.
La classification moderne reconnaît généralement une seule espèce vivante dans le genre Puma : Le puma (Puma concolor), décrit initialement par Carl Linnaeus en 1758.
Pendant longtemps, de nombreuses sous-espèces ont été décrites sur la base de variations morphologiques régionales. Des classifications anciennes en reconnaissaient parfois plus de trente. Toutefois, les analyses génétiques modernes ont considérablement simplifié cette structure. La révision taxonomique moderne (notamment celle de la Cat Classification Task Force de l’IUCN) distingue principalement deux grandes sous-espèces :
- Puma d'Amérique du Nord (Puma concolor couguar) en Amérique du Nord et centrale et peut-être dans le nord-ouest de l'Amérique du Sud.
- Puma d'Amérique du Sud (Puma concolor concolor) en Amérique du Sud, excluant peut-être la région au nord-ouest des Andes.
Historiquement, certaines populations comme le puma de Floride (Puma concolor coryi) étaient considérées comme des sous-espèces distinctes, mais elles sont désormais souvent incluses dans Puma concolor couguar malgré leur importance conservatoire.
ÉVOLUTION
L'histoire évolutive du genre Puma s'inscrit dans la radiation des félins en Amérique du Nord. Les ancêtres de cette lignée ont divergé du tronc commun des Felidae il y a environ 6,7 millions d'années. Cette branche, souvent nommée "lignée du Puma", comprend trois genres étroitement apparentés : Puma, Herpailurus (jaguarondi) et Acinonyx (le guépard). Cette parenté surprenante indique que le morphotype du guépard, bien qu'actuellement africain, trouve ses racines génétiques dans des ancêtres communs ayant évolué dans les plaines américaines.
Au cours du Pliocène, les précurseurs du genre ont développé des capacités de chasse polyvalentes. Un cousin éteint, le genre Miracinonyx ou "guépard américain", partageait un ancêtre commun récent avec le puma moderne. Cette proximité suggère une spécialisation divergente : tandis que Miracinonyx s'orientait vers la vitesse pure en milieu ouvert, le genre Puma a conservé une morphologie plus généraliste, lui permettant d'exploiter tant les forêts denses que les zones escarpées. Cette stratégie s'est avérée payante lors des crises climatiques du Pléistocène.
Le Grand Échange Biotique Américain a permis au genre de coloniser l'Amérique du Sud après la formation de l'isthme de Panama. Paradoxalement, les données génétiques suggèrent que les populations nord-américaines actuelles de Puma concolor sont relativement récentes. Lors de l'extinction massive du Pléistocène tardif, il y a environ 10 000 à 12 000 ans, les pumas d'Amérique du Nord auraient disparu, probablement victimes de la raréfaction de leurs proies géantes ou de la compétition avec d'autres grands prédateurs.
La recolonisation du Nord s'est effectuée à partir de survivants issus des refuges d'Amérique du Sud. Ce phénomène de goulot d'étranglement génétique explique pourquoi, malgré leur vaste aire de répartition actuelle, les pumas d'Amérique du Nord présentent une diversité génétique bien plus faible que leurs cousins méridionaux.
TAXONOMIE
L’histoire taxonomique du genre Puma est étroitement liée au développement de la systématique zoologique moderne. La première description scientifique du puma remonte à 1758, lorsque Carl Linnaeus inclut l’espèce dans la dixième édition de son ouvrage Systema Naturae. Il la nomme Felis concolor, la plaçant dans le vaste genre Felis, qui servait alors de catégorie générale pour de nombreux félins. Au cours du XIXe siècle, les naturalistes commencent à reconnaître que ce genre unique regroupe des espèces très différentes. Plusieurs tentatives sont alors faites pour subdiviser Felis en genres plus spécialisés. C’est dans ce contexte que le genre Puma est établi par le naturaliste écossais William Jardine en 1834. Jardine crée ce genre afin de distinguer le puma des autres félins du Nouveau Monde et ceux du genre Panthera.
Durant le XIXe et le début du XXe siècle, les taxonomistes décrivent de nombreuses sous-espèces de puma sur la base de différences régionales de taille, de coloration ou de proportions corporelles. Chaque région d’Amérique semble posséder sa propre forme : puma de Patagonie, puma du Texas, puma de Floride, puma des Andes, etc. Certaines classifications reconnaissent plus de trente sous-espèces. Cette multiplication des sous-espèces reflétait cependant surtout la variabilité naturelle d’une espèce très répandue. Les analyses morphologiques approfondies puis les études génétiques menées à partir de la fin du XXe siècle ont montré que les différences entre populations sont relativement faibles. Les révisions taxonomiques modernes ont donc réduit drastiquement le nombre de sous-espèces reconnues.
Un autre débat important concerne la position du jaguarondi. Pendant longtemps, cet animal fut inclus dans le genre Puma sous le nom Puma yagouaroundi. Sa morphologie particulière – corps allongé, pattes relativement courtes et tête étroite – semblait néanmoins le distinguer nettement du puma. Les études génétiques ont confirmé qu’il constitue une lignée distincte, désormais placée dans le genre Herpailurus. Les recherches moléculaires du début du XXIe siècle ont également permis de clarifier les relations évolutives entre les différents félins. Elles ont montré que le puma est plus proche du guépard et du jaguarondi que des grands félins rugissants du genre Panthera. Cette découverte a profondément modifié la compréhension des relations phylogénétiques au sein des Felidae.
Parallèlement, les paléontologues ont étudié plusieurs espèces fossiles attribuées au genre Puma, notamment Puma pardoides et Puma lacustris. Ces formes fossiles contribuent à éclairer l’histoire évolutive du groupe et suggèrent que les ancêtres du puma étaient autrefois plus largement répartis dans l’hémisphère nord.
Aujourd’hui, la classification largement acceptée considère Puma comme un genre monospécifique comprenant uniquement Puma concolor, avec deux sous-espèces principales. Cette simplification reflète l’intégration des données morphologiques, génétiques et paléontologiques dans la taxonomie moderne.
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