Le genre Taxidea appartient à la famille des Mustelidae et ne compte qu’une seule espèce actuelle, le blaireau d'Amérique (Taxidea taxus). Contrairement aux blaireaux du genre Meles, présents en Eurasie, ou aux blaireaux-furets asiatiques du genre Melogale, les représentants de Taxidea possèdent une morphologie particulièrement spécialisée pour le creusement de terriers, avec des membres antérieurs très puissants et de longues griffes. Son histoire évolutive remonte au Miocène supérieur et le registre fossile montre que plusieurs espèces aujourd'hui disparues ont autrefois peuplé l'Amérique du Nord, témoignant d'une diversification ancienne de cette lignée de mustélidés.
Le genre Taxidea comprend une unique espèce actuelle, le blaireau d'Amérique (Taxidea taxus), décrite sous l'autorité du naturaliste Johann Christian Daniel von Schreber en 1777. Ce carnivore possède une aire de répartition étendue couvrant une grande partie du centre et de l'ouest de l'Amérique du Nord, s'étendant du sud-ouest du Canada jusqu'aux zones arides du centre du Mexique. Au sein de cette espèce contemporaine, la littérature mammalogique reconnaît plusieurs sous-espèces géographiques vivantes, notamment Taxidea taxus taxus, Taxidea taxus berlandieri, Taxidea taxus jacksoni et Taxidea taxus jeffersonii. Ces sous-espèces se distinguent par des variations de taille corporelle, des détails de coloration du pelage et une répartition géographique ajustée aux différents biomes nord-américains.
Sur le plan de la paléontologie, le genre s'enrichit de taxons fossiles éteints qui attestent de sa présence ancienne sur le continent. Des restes attribués à des espèces fossiles, telles que Taxidea mexicana ou Taxidea sulcata, ont été mis au jour dans divers gisements cénozoïques d'Amérique du Nord. Bien que ces formes éteintes ne fassent plus partie de la faune moderne, leur découverte permet de mieux appréhender la diversification du genre au cours du Neogène et du Quaternaire. Les études anatomiques comparées des spécimens fossiles indiquent que la morphologie squelettique spécialisée pour le creusement s'est maintenue avec une grande constance au sein du genre à travers les époques géologiques.
TAXONOMIE
Le genre Taxidea a connu une histoire taxonomique complexe, marquée par des révisions successives reflétant l’évolution des méthodes de classification, des approches purement morphologiques aux analyses phylogénétiques moléculaires modernes. En 1777, le naturaliste allemand Johann Christian Daniel von Schreber décrit pour la première fois l’espèce en la plaçant parmi les blaireaux eurasiatiques du genre Meles en raison de similitudes morphologiques superficielles. Cette classification initiale reposait sur des observations limitées aux caractères externes, sans prise en compte des différences anatomiques profondes.
En 1838, le zoologiste britannique George Robert Waterhouse présente devant la Société zoologique de Londres des observations détaillées sur les divergences entre les spécimens américains et européens. Il met en évidence des différences majeures au niveau du crâne et de la dentition, notamment une carnassière supérieure plus développée chez l’espèce américaine, égale en taille à la dernière molaire et formant un triangle rectangle, contrairement à celle des Meles, proportionnellement plus petite. Il souligne également des membres plus robustes et une structure crânienne unique, justifiant selon lui une distinction au moins au niveau subgénérique.
En 1839, Waterhouse officialise la création du genre Taxidea dans une publication formelle, séparant définitivement l’espèce des Meles. L’espèce prend alors le nom binominal Taxidea taxus, bien que le nom Taxidea americana ait également été utilisé par le passé, signifiant littéralement "animal ressemblant à un blaireau".
En 1920, le zoologiste Reginald Innes Pocock conteste la classification de Taxidea parmi les Melinae, la sous-famille regroupant les blaireaux eurasiatiques. Il propose la création d’une nouvelle sous-famille, les Taxidiinae, en s’appuyant sur des divergences morphologiques majeures. Contrairement aux blaireaux eurasiatiques, Taxidea taxus ne possède pas de poche glandulaire subcaudale, présente un rhinarium à aire infranariale superficielle et affiche une dentition distincte, avec une carnassière supérieure plus développée que la molaire triangulaire. Cependant, cette proposition ne fut pas largement adoptée par la communauté scientifique de l’époque.
La classification de Taxidea parmi les Melinae persiste jusqu’en 2008, date à laquelle une étude phylogénétique moléculaire menée par Koepfli et ses collaborateurs place Taxidea dans une position basale au sein de l’arbre des Mustelidae. Cette étude confirme que les similitudes anatomiques entre Taxidea et les Melinae ne reposent que sur une convergence évolutive et non sur une parenté étroite. Ainsi, Taxidea est définitivement exclu du groupe des Melinae et validé comme membre unique de la sous-famille des Taxidiinae, aux côtés du ratel (Mellivora capensis). Cette étude estime que la lignée de Taxidea se serait séparée du reste de la famille il y a environ 17,8 millions d’années, peu après la divergence entre les mustélidés et les procyonidés, survenue il y a environ 29 millions d’années.
Aujourd’hui, Taxidea est donc classé dans la sous-famille des Taxidiinae, reflétant son statut de lignée ancienne et distincte au sein des Mustelidae. Cette révision taxonomique illustre l’importance des approches moléculaires pour résoudre des questions de classification longtemps débattues sur la base de la morphologie seule. La position basale de Taxidea en fait un taxons clé pour comprendre l’évolution des Mustelidae et les mécanismes de convergence évolutive chez les carnivores fouisseurs.
Waterhouse, G. R. (1838). Proceedings of the Zoological Society of London. Séance sur la distinction entre Meles et Taxidea.
Waterhouse, G. R. (1839). Description of a new genus of Mustelidae (Taxidea). Zoological Society of London.
Schreber, J. C. D. (1777). Die Säugthiere in Abbildungen nach der Natur mit Beschreibungen. Wolfgang Walther, Erlangen, 3(26): pl. 142.
Pocock, R. I. (1920). The classification of the badgers (Melinae). Proceedings of the Zoological Society of London.
Koepfli, K.-P., et al. (2008). Multigene phylogeny of the Mustelidae: Resolving the rapid radiation of a successful carnivorous mammal family. BMC Biology, 6(10).
Sato, J. J., et al. (2012). Evolutionary origin and radiation of the mustelids based on molecular phylogeny. Journal of Zoology, 287(3), 156-175.
Law, C. J., Slater, G. J., & Mehta, R. S. (2018). Lineage diversity and size evolution in Mustelidae. Systematic Biology, 67(1), 127-144.
Long, C. A. (1972). Notes on habitat preference and local distribution of Taxidea taxus. Transactions of the Kansas Academy of Science, 75(1), 60-70.
Wagner, H. M. (1976). A new species of Taxidea (Mammalia: Carnivora) from the late Miocene of California. Veliger, 18, 28-34.
Yonezawa, T., et al. (2007). Molecular phylogenetic study on the origin and evolution of Mustelidae. Gene, 396(1): 1–12.
Owen, P. R. (2006). Description of a new species of Chamitataxus (Carnivora: Mustelidae) from the Late Miocene of New Mexico. Journal of Mammalogy, 87(2), 268-277.
Wilson, D. E., & Reeder, D. M. (Éds.) (2005). Mammal Species of the World: A Taxonomic and Geographic Reference (3e éd.). Johns Hopkins University Press.
Burgin, C. J., Wilson, D. E., Mittermeier, R. A., Rylands, A. B., et al. (2020). Illustrated Checklist of the Mammals of the World. Lynx Edicions.