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Lapin tigré (Nesolagus timminsi)


Le lapin tigré (Nesolagus timminsi) figure parmi les lagomorphes les plus mystérieux et les plus récemment identifiés par la communauté scientifique mondiale. Endémique de la chaîne Annamitique, située à la frontière entre le Viêt Nam et le Laos, cette espèce se distingue par un pelage rayé unique, rappelant celui de son seul parent proche vivant à Sumatra (lapin de Sumatra). Évoluant dans des écosystèmes forestiers denses et humides, ce petit mammifère demeure extrêmement difficile à observer en milieu naturel, ce qui explique la relative pauvreté des données biologiques à son sujet. Aujourd'hui classé comme une espèce en danger, il incarne la richesse fragile de la biodiversité d'Asie du Sud-Est. Sa découverte tardive a souligné l'importance de préserver les derniers massifs forestiers primaires de la région face aux pressions anthropiques croissantes. Le lapin tigré est également appelé Lapin rayé des Annamites.


Lapin tigre (Nesolagus timminsi)
Lapin tigré (Nesolagus timminsi)
Crédit photo: Alex Kantorovich - Zooinstitutes



DESCRIPTION

Le lapin tigré est un lagomorphe de taille moyenne dont l'apparence physique est particulièrement singulière au sein de sa famille. Sa caractéristique la plus frappante réside dans son pelage dont la couleur de fond oscille entre le gris chamoisé et le jaune doré, marqué de bandes longitudinales et transversales brun foncé ou noires. Ces rayures s'étendent sur le dos, les flancs et descendent parfois jusqu'aux membres, offrant un camouflage efficace dans les jeux d'ombre et de lumière des sous-bois tropicaux.

Contrairement à de nombreux autres lapins, ses oreilles sont proportionnellement courtes et arrondies, une adaptation morphologique souvent observée chez les espèces forestières. Son corps est compact, soutenu par des pattes robustes, tandis que son croupion et sa queue, très courte, arborent souvent des teintes rougeâtres ou rouille. Cette livrée bigarrée permet de le distinguer immédiatement de toute autre espèce de lapin présente sur le continent asiatique, à l'exception de son cousin indonésien dont il partage la structure morphologique générale.


Nesolagus timminsi
Nesolagus timminsi
© Jokuyken15 - Wikimedia Commons
CC-BY (Certains droits réservés)

HABITAT

L'aire de répartition du lapin tigré est strictement limitée à la chaîne de montagnes Annamitique, une région caractérisée par un endémisme exceptionnel. On le trouve principalement dans les zones forestières humides du centre et du nord du Viêt Nam, ainsi que dans les provinces adjacentes de l'est du Laos. Ce lapin privilégie les forêts sempervirentes de plaine et de moyenne altitude, bien que des observations aient été rapportées jusqu'à plus de 1 000 mètres d'altitude.

L'espèce semble étroitement liée aux environnements où les précipitations sont abondantes et constantes tout au long de l'année, favorisant un couvert végétal dense et permanent. Les sols riches en humus et jonchés de litière foliaire constituent son domaine de prédilection, lui offrant à la fois des sources de nourriture et des cachettes contre les prédateurs. Toutefois, sa distribution actuelle apparaît de plus en plus fragmentée en raison de la perte continue d'habitats forestiers intacts dans cette partie de la péninsule indochinoise.


Nesolagus timminsi distribution
     Répartition actuelle du lapin tigré
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

ÉCOLOGIE

Sur le plan comportemental, le lapin tigré est un animal essentiellement nocturne et solitaire. Son activité débute au crépuscule et se poursuit durant la nuit, période pendant laquelle il parcourt le tapis forestier à la recherche de nourriture. Son régime alimentaire est strictement herbivore, se composant principalement de jeunes pousses, de feuilles, de racines et de divers végétaux succulents trouvés dans les strates inférieures de la forêt. Bien que ses habitudes précises soient méconnues, on suppose qu'il joue un rôle dans la dissémination des graines au sein de son écosystème. En raison de sa petite taille et de sa nature terrestre, il fait face à une pression de prédation naturelle importante. Ses prédateurs incluent divers carnivores forestiers comme la panthère nébuleuse, les civettes de grande taille et certains rapaces nocturne, sans oublier les grands serpents tels que les pythons. Pour leur échapper, il compte sur son camouflage discret et sa capacité à s'immobiliser ou à s'enfuir rapidement dans les zones de végétation les plus denses.


Lapin tigre illustration
Illustration du lapin tigré
Source: Species New to Science

MENACES

Le lapin tigré subit principalement les conséquences du braconnage et du piégeage intensif. Parmi les pressions exercées sur cette espèce, le piégeage à grande échelle est particulièrement destructeur. Les chasseurs, parfois aidés de chiens, capturent ces animaux de manière opportuniste, mais aussi de façon organisée pour alimenter le commerce national et international de viande sauvage et de produits prétendument médicinaux. Les collets en fil de fer, posés sans discernement, ont drastiquement réduit les populations de mammifères terrestres de la taille d’un lapin ou plus dans les Annamites. Bien que sa petite taille et son habitat restreint puissent offrir une certaine protection au lapin rayé, les preuves montrent que le piégeage industriel a fortement diminué ses effectifs.

Plusieurs observations confirment cette menace. Au Vietnam, des individus ont été retrouvés piégés dans différentes régions, comme le parc national de Phong Nha Ke Bang, la province de Ha Tinh, ou encore la réserve naturelle de Hué. Au Laos, des cas similaires ont été signalés, notamment près de l’aire protégée de Xe Sap. Les marchés locaux ont également révélé la présence de ces animaux, capturés et vendus. La rareté des observations depuis 2010 dans de nombreuses zones de son aire de répartition suggère un déclin marqué, probablement dû à ce piégeage intensif. Par exemple, dans le parc national de Bach Ma, où le piégeage est très répandu, le lapin rayé est devenu rare, alors que les conditions écologiques devraient normalement favoriser sa présence. Des déclins similaires sont observés dans d’autres régions, comme les plaines de Ke Go – Khe Net, où le piégeage à grande échelle a décimé plusieurs espèces terrestres.

Les chiens de chasse jouent aussi un rôle dans la mortalité de cette espèce. Dans certaines zones, comme la réserve naturelle de Quang Nam, les chasseurs rapportent que le lapin, immobilisé par la lumière des lampes, devient une proie facile. Des témoignages similaires proviennent du Laos, où les chiens de chasse locaux sont utilisés pour traquer ces animaux. Malgré l’absence de demande spécifique sur les marchés, la rareté du lapin rayé apourrait en faire une proie plus précieuse, vendue à un prix supérieur à la moyenne.

Enfin, la dégradation de l’habitat, bien que moins directe, aggrave la situation en facilitant l’accès des chasseurs. La construction de routes et de barrages, ainsi que l’expansion minière, ouvrent de nouvelles zones autrefois isolées, augmentant la pression sur les espèces comme le lapin rayé. Sans une application stricte des lois, ces infrastructures risquent d’accélérer le déclin de cette espèce déjà fragile.


Lapin raye des Annamites
Le lapin tigré est aussi appelé Lapin rayé des Annamites
Auteur: Andrew Tilker - The Saola Working Group

CONSERVATION

Le lapin tigré est actuellement considéré comme une espèce menacée. Il est actuellement inscrit dans la catégorie "En danger" (EN) sur la Liste rouge de l'IUCN.

Le lapin tigré voit ses populations décliner principalement à cause du piégeage intensif pratiqué dans les forêts des Annamites, surtout dans le nord et le centre du Vietnam, où se concentre l’essentiel de son aire de répartition. Bien que la destruction de son habitat joue un rôle, c’est le piégeage qui représente la menace la plus grave. Dans certaines zones protégées, des centaines de pièges peuvent être retrouvés en une seule journée, et des lignes de piégeage, parfois longues de plusieurs kilomètres, quadrillent les forêts. Face à cette situation, la priorité absolue pour sauver cette espèce est de renforcer l’application des lois contre le piégeage à grande échelle, tout en réduisant la demande en viande sauvage et en produits dérivés, souvent vendus comme des remèdes. Cette demande, portée par les classes moyennes émergentes du Vietnam, du Laos et d’autres pays, alimente directement le braconnage.

Cependant, la mise en oeuvre d’une protection efficace se heurte à de nombreux obstacles. Ni le Vietnam ni le Laos ne disposent d’un système de gestion robuste pour leurs aires protégées, et le soutien gouvernemental reste insuffisant, se limitant souvent à des textes de loi rarement appliqués. Malgré quelques avancées, comme les patrouilles conjointes menées par des ONG et les autorités locales dans certaines réserves, le piégeage reste omniprésent. Par exemple, entre 2013 et 2018, plus de 75 000 pièges ont été retirés dans les réserves de Hué, Quang Nam (Vietnam) et Xe Sap (Laos) grâce au projet CarBi du WWF. Pourtant, en 2018, le piégeage persistait à un niveau alarmant, avec des milliers de nuits de piégeage par kilomètre carré chaque année. Ces efforts, bien que prometteurs, doivent être considérablement renforcés pour espérer protéger durablement l’espèce.

Face à ces défis, une solution complémentaire serait de créer une population de sauvegarde en captivité. Aujourd’hui, peu de lapins rayés sont maintenus en captivité, alors que son déclin ne montre aucun signe de ralentissement. Contrairement à d’autres espèces endémiques comme le saola, plus rare et plus difficile à capturer, le lapin tigré est encore présent en densités détectables dans plusieurs massifs forestiers. Sa capture serait donc plus aisée, notamment grâce à son comportement d’immobilisation lorsqu’il est éclairé la nuit. Avec l’appui d’experts internationaux, la création d’une population captive pourrait offrir une assurance contre son extinction, tout en limitant les risques pour les individus capturés. Cette approche, bien que moins urgente que pour d’autres espèces, apparaît comme une précaution nécessaire pour éviter une disparition irréversible.


Annamite Striped Rabbit (Nesolagus timminsi)
En anglais, le lapin tigré est appelé Annamite Striped Rabbit
Auteur: Andrew Tilker - Capeia

TAXONOMIE

L'histoire taxonomique du lapin tigré est l'une des découvertes les plus fascinantes de la mammalogie moderne. Jusqu'au milieu des années 1990, le genre Nesolagus était considéré comme monotypique, représenté uniquement par le lapin de Sumatra, une espèce rare des montagnes indonésiennes. Cependant, en 1996, le biologiste Robert Timmins a découvert des spécimens de lapins rayés étranges vendus sur un marché alimentaire au Laos, dans la province de Bolikhamsai. Cette trouvaille fortuite a immédiatement alerté la communauté scientifique sur l'existence potentielle d'une seconde espèce de lapin tigré située à des milliers de kilomètres de la première. La description officielle de l'espèce a été réalisée en 2000 par les chercheurs Averianov, Abramov et Tikhonov, qui ont nommé le taxon Nesolagus timminsi en hommage à son découvreur initial.

Cette découverte a soulevé des questions biogéographiques passionnantes sur la séparation entre les deux espèces de ce genre. Les analyses génétiques moléculaires ont confirmé que les deux lignées de lapins tigrés se sont séparées il y a environ 8 millions d'années. Cette divergence ancienne suggère que le genre Nesolagus occupait autrefois une distribution beaucoup plus large à travers l'Asie du Sud-Est, avant que les changements climatiques et les variations du niveau de la mer ne fragmentent son habitat, laissant des populations reliques isolées dans les Annamites et à Sumatra. Avant sa description formelle, aucune donnée n'existait sur ce lapin dans la littérature scientifique, bien que les populations locales le connaissent depuis longtemps sous divers noms vernaculaires. Le processus de classification a nécessité une comparaison minutieuse des structures crâniennes et des motifs de pelage avec les spécimens de musées de l'espèce indonésienne. Aujourd'hui, le statut taxonomique de l'espèce est bien établi comme membre distinct et unique de la famille des Leporidae, représentant une branche évolutive précieuse qui a survécu à l'écart des autres genres de lapins plus communs.

À l'heure actuelle, le lapin tigré est considéré comme une espèce monotypique, ce qui signifie qu'aucune sous-espèce n'a été officiellement décrite ou reconnue par la communauté scientifique. Bien que l'espèce occupe une aire de répartition étendue le long de la chaîne Annamitique entre le Viêt Nam et le Laos, les variations morphologiques observées entre les différents spécimens collectés ou photographiés ne sont pas jugées suffisantes pour justifier une subdivision taxonomique.


CLASSIFICATION


Fiche d'identité
Nom communLapin tigré
Autre nomLapin rayé des Annamites
English nameAnnamite striped rabbit
Español nombreConejo rayado annamita
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
Super-classeTetrapoda
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreLagomorpha
FamilleLeporidae
GenreNesolagus
Nom binominalNesolagus timminsi
Décrit parAlexander O. Averianov
Alexei V. Abramov
Alexei N. Tikhonov
Date2000



Satut IUCN

En danger (EN)

SOURCES

* Liens internes

Animal Diversity Web

Liste Rouge IUCN des espèces menacées

Mammal Species of the World (MSW)

Système d'information taxonomique intégré (ITIS)

Wikipédia

* Liens externes

Capeia

Global Biodiversity Information Facility (GBIF)

Species New to Science

The Saola Working Group

World Lagomorph Society

World Land Trust

* Bibliographie

Averianov, A. O., Abramov, A. V., & Tikhonov, A. N. (2000). A new species of Nesolagus (Lagomorpha, Leporidae) from Vietnam with osteological description. Contributions from the Zoological Institute, St. Petersburg.

Tilker, A., et al. (2019). Saving the Annamite striped rabbit: Conservation priorities for a rare lagomorph. Biological Conservation.

Timmins, R. J., et al. (1999). The Annamite striped rabbit Nesolagus timminsi in Laos and Vietnam: a review of information on a newly described species. Oryx.

Can, D. N., et al. (2001). Data on Annamite Striped Rabbit (Nesolagus timminsi) in Nghe An and Ha Tinh Provinces. Journal of Biology (Vietnam).

Flux, J. E. C. (2008). The Annamite Striped Rabbit Nesolagus timminsi. In: Rabbits, Hares and Pikas: Status Survey and Conservation Action Plan. IUCN/SSC Lagomorph Specialist Group.

Hoffmann, N., et al. (2021). Assessing the status of the Annamite striped rabbit Nesolagus timminsi in the northern Annamite Mountains using camera-trap data. Journal of Natural History.

Long, B., et al. (2005). The distribution and conservation status of the Annamite striped rabbit Nesolagus timminsi in Vietnam. Oryx, Cambridge University Press.

Surridge, A. K., et al. (1999). The occurrence of the striped rabbit (genus Nesolagus) in Vietnam. Nature.

Tilker, A., et al. (2017). Identifying conservation priorities for the Annamite striped rabbit Nesolagus timminsi. Global Ecology and Conservation.

Tilker, A., et al. (2020). The role of protected areas in conserving the Annamite striped rabbit Nesolagus timminsi in a snaring-dominated landscape. Conservation Science and Practice.