Le genre Fossa constitue un taxon unique au sein de la famille des Eupleridae, endémique de Madagascar. Il ne renferme actuellement qu'une seule espèce vivante, Fossa fossana, communément appelée civette malgache. Il est primordial de ne pas confondre ce genre avec le grand prédateur de l'île, le fossa (Cryptoprocta ferox), une distinction sémantique qui a longtemps semé la confusion dans la littérature scientifique. Ce mammifèrenocturne et discret, autrefois classés parmi les Viverridae en raison de ressemblances morphologiques, appartient en réalité à une lignée de carnivores ayant évolué en isolement sur la Grande Île. Sa classification a subi de nombreuses révisions, illustrant les progrès de la phylogénie moléculaire moderne.
L'histoire de la classification du genre Fossa est une illustration fascinante des défis posés par la convergence évolutive et les ambiguïtés linguistiques. Dès les premières explorations naturalistes à Madagascar au XVIIIe siècle, les scientifiques européens ont tenté de cataloguer la faune locale en se basant sur des comparaisons avec les animaux connus d'Afrique et d'Asie. Les premiers spécimens rapportés en Europe ont immédiatement évoqué l'apparence des civettes, ce qui a conduit les taxonomistes de l'époque à placer cet animal au sein de la famille des Viverridae. Cette association, basée sur la morphologie dentaire et l'allure générale, a perduré pendant plus de deux siècles. L'histoire commence véritablement avec la description de l'espèce par le zoologiste allemand Philipp Ludwig Statius Müller en 1776, qui la nomma initialement en la rattachant aux civettes classiques, avant que la nécessité d'un genre distinct ne se fasse sentir.
La création du genre Fossa est attribuée à John Edward Gray en 1865. Ce conservateur britannique du British Museum a reconnu que, malgré les similitudes superficielles avec les genettes et autres viverridés, la civette malgache présentait des caractéristiques ostéologiques suffisamment singulières pour justifier son propre groupe générique. Cependant, ce travail de classification a été considérablement complexifié par une imbroglio toponymique et vernaculaire majeur. En effet, le terme malgache "Fosa" désigne le grand prédateur (Cryptoprocta), tandis que le nom scientifique de genre Fossa a été attribué à la civette malgache. Cette inversion a engendré des décennies de confusion dans les textes académiques et les récits de voyage, où il devenait parfois difficile de savoir si l'auteur évoquait le genre Fossa (la civette) ou l'animal fossa (Cryptoprocta).
Au cours du XIXe et d'une grande partie du XXe siècle, le consensus scientifique maintenait le genre Fossa au sein de la sous-famille des Hemigalinae ou des Viverrinae, toujours ancré dans l'idée que ces animaux étaient des descendants directs des civettes africaines ayant traversé le canal du Mozambique. Les anatomistes se concentraient sur la structure de l'audition et la dentition pour affiner ces liens de parenté, sans toutefois remettre en cause l'appartenance fondamentale aux Viverridae. Les débats se focalisaient alors davantage sur les relations internes entre les différents carnivores malgaches, cherchant à déterminer si la civette malgache était plus proche de la genette ou de la civette indienne.
Le véritable bouleversement taxonomique est survenu à l'aube du XXIe siècle avec l'avènement des analyses phylogénétiques moléculaires. Des études génétiques approfondies, notamment celles menées par Anne Yoder et ses collègues au début des années 2000, ont totalement réécrit l'arbre généalogique des carnivores de Madagascar. Ces recherches ont démontré que toutes les espèces carnivores de l'île, incluant le genre Fossa, Cryptoprocta, Galidia et Eupleres, descendaient d'un ancêtre commun unique arrivé d'Afrique continentale il y a environ 18 à 24 millions d'années. Cette découverte a invalidé l'appartenance du genre Fossa aux Viverridae.
En conséquence, la communauté scientifique a dû extraire ce genre de son ancienne famille pour le placer dans un nouveau clade endémique : les Eupleridae. Au sein de cette nouvelle famille, le genre Fossa a été positionné dans la sous-famille des Euplerinae, aux côtés de l'euplère de Goudot et du fossa. Cette révision majeure a mis en lumière le phénomène de radiation évolutive, où une seule lignée ancestrale s'est diversifiée pour occuper toutes les niches écologiques disponibles, la civette malgache prenant celle d'un petit prédateur de sous-bois nocturne. Aujourd'hui, bien que l'apparence de l'animal n'ait pas changé, notre compréhension de son histoire évolutive est radicalement différente, faisant du genre Fossa un exemple emblématique de l'unicité biologique de Madagascar, détaché définitivement de ses "cousins" civettes du continent.
Gray, J. E. (1864). A revision of the genera and species of Viverrine animals (Viverridae) founded on the collection in the British Museum. Proceedings of the Zoological Society of London.
Müller, P. L. S. (1776). Des Ritters Carl von Linné Königlich Schwedischen Leibarztes ... vollständiges Natursystem.
Yoder, A. D., et al. (2003). Single origin of Malagasy Carnivora from an African ancestor. Nature, 421, 734-737.
Goodman, S. M. (2009). Family Eupleridae (Madagascar Carnivores). In: Wilson, D. E. & Mittermeier, R. A. eds. Handbook of the Mammals of the World. Vol. 1. Carnivores. Lynx Edicions, Barcelona.
Veron, G. (2010). Phylogeny of the Viverridae and 'Viverrid-like' feliforms. In: Goswami, A. & Friscia, A. eds. Carnivoran Evolution: New Views on Phylogeny, Form, and Function. Cambridge University Press.