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Loutre néotropicale (Lontra longicaudis)


La loutre néotropicale (Lontra longicaudis) est un mammifère semi-aquatique appartenant à la famille des Mustelidae, distribué depuis le nord du Mexique jusqu'au centre de l'Argentine et de l'Uruguay. Reconnaissable à sa queue longue et musclée, représentant près de la moitié de la longueur totale du corps, elle occupe une vaste gamme d'habitats dulçaquicoles et côtiers, des torrents andins aux mangroves littorales. Prédateur opportuniste à dominante piscivore, elle constitue un indicateur précieux de la qualité écologique des cours d'eau qu'elle fréquente. Malgré sa large répartition géographique, l'espèce demeure mal étudiée sur de nombreux aspects de sa biologie et fait l'objet de débats taxonomiques persistants quant à sa structure interne en sous-espèces, voire en plusieurs espèces distinctes selon certains auteurs. La loutre néotropicale est également appelée Loutre à longue queue.


Loutre neotropicale (Lontra longicaudis)
Loutre néotropicale (Lontra longicaudis)
© Lindolfo Souto - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)



DESCRIPTION

La loutre néotropicale présente un corps allongé et fuselé, parfaitement adapté à la vie semi-aquatique. La longueur tête-corps varie de 50 à 79 centimètres, à laquelle s'ajoute une queue particulièrement développée de 37 à 54 centimètres, conique et musclée à sa base, représentant entre 40 et 50 % de la longueur totale de l'animal, d'où son nom vernaculaire de loutre à longue queue. Le poids des adultes oscille généralement entre 5 et 15 kilogrammes, les mâles étant sensiblement plus grands et plus lourds que les femelles, un dimorphisme sexuel modéré mais constant chez l'espèce.

Le pelage, dense et imperméable, se compose d'une fourrure de garde lustrée surmontant une sous-fourrure courte et serrée qui emprisonne une couche d'air isolante essentielle à la thermorégulation en milieu aquatique. La coloration dorsale varie du brun chocolat au brun grisâtre, s'éclaircissant en une teinte crème ou beige sur la gorge et la face ventrale, parfois marquée d'une tache claire caractéristique sous le menton. La tête est aplatie et large, munie de vibrisses sensorielles proéminentes qui facilitent la détection des proies dans une eau trouble. Les yeux et les narines, positionnés en hauteur sur le crâne, permettent à l'animal de rester en alerte tout en restant largement immergé, et les narines comme les conduits auditifs se referment hermétiquement lors de la plongée.

Les membres sont courts et puissants, terminés par cinq doigts reliés par des palmures bien développées qui en font d'excellents organes de propulsion. Les griffes, non rétractiles, complètent une adaptation morphologique tournée vers la nage et la capture de proies aquatiques. La denture, typiquement carnivore, comprend des carnassières tranchantes et des molaires robustes adaptées au broyage des carapaces de crustacés. La musculature caudale, particulièrement développée, confère à l'animal une propulsion ondulatoire efficace, complétée par les mouvements des membres postérieurs lors de la nage rapide. Des glandes périanales sécrètent une substance odorante utilisée dans le marquage territorial, dont l'odeur musquée caractéristique permet aux observateurs de terrain de détecter la présence de l'espèce avant même son observation directe.


Lontra longicaudis
Lontra longicaudis
© Holly Greening - iNaturalist
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HABITAT

La loutre néotropicale possède l'aire de répartition la plus étendue parmi les loutres du Nouveau Monde, s'étirant du nord-ouest du Mexique jusqu'au nord de l'Argentine et de l'Uruguay, en passant par l'ensemble de l'Amérique centrale et la quasi-totalité de l'Amérique du Sud à l'est des Andes comme sur le versant pacifique. Cette distribution englobe une trentaine de pays, depuis les basses terres tropicales jusqu'à des altitudes dépassant 3 000 mètres dans certaines vallées andines, ce qui en fait l'une des loutres les plus tolérantes sur le plan altitudinal et climatique.

L'espèce fréquente une diversité remarquable de milieux aquatiques continentaux et côtiers : fleuves et rivières à cours rapide ou lent, ruisseaux forestiers, lacs naturels et artificiels, lagunes, marais, ainsi que les zones estuariennes et les mangroves littorales où elle tolère des eaux saumâtres voire franchement marines sur certaines côtes pacifiques. Cette plasticité écologique exceptionnelle distingue la loutre néotropicale de nombreuses autres loutres plus strictement inféodées aux eaux douces.

Les rives boisées et la végétation riveraine dense constituent des éléments structurants essentiels de son habitat, offrant à la fois un couvert protecteur, des sites de repos diurnes et des emplacements propices au creusement de terriers. Ces gîtes sont généralement établis dans les berges érodées, sous des systèmes racinaires, dans des troncs creux ou parmi des amoncellements rocheux, toujours à proximité immédiate de l'eau. La qualité du substrat et la disponibilité de caches naturelles influencent fortement la distribution locale de l'espèce, davantage encore que la simple disponibilité en proies.

Les domaines vitaux varient considérablement selon la productivité du milieu, la disponibilité alimentaire et le sexe des individus, s'étendant typiquement de quelques kilomètres à plus de quinze kilomètres de linéaire de berge pour les mâles, dont les territoires recoupent souvent ceux de plusieurs femelles. La fragmentation des habitats fluviaux par les activités humaines, conjuguée à la dégradation de la végétation riveraine, constitue aujourd'hui l'un des principaux facteurs limitant la connectivité des populations à l'échelle régionale.


Lontra longicaudis distribution
     Répartition actuelle de la loutre néotropicale
© Manimalworld
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ALIMENTATION

La loutre néotropicale est un prédateur opportuniste dont le régime alimentaire reflète étroitement la disponibilité locale des ressources aquatiques. Les poissons constituent généralement la composante majoritaire du régime, représentant souvent plus de la moitié des proies consommées selon les études de contenus stomacaux et d'analyses fécales menées à travers son aire de répartition. Characidés, cichlidés et diverses familles de poissons d'eau douce néotropicaux figurent parmi les proies les plus fréquemment capturées, l'animal privilégiant généralement les individus de taille petite à moyenne, plus faciles à maîtriser et à consommer rapidement.

Les crustacés décapodes, notamment les crabes d'eau douce et les crevettes, constituent le second groupe de proies par ordre d'importance et peuvent localement dominer le régime alimentaire, en particulier dans les cours d'eau de tête de bassin où les populations piscicoles sont moins abondantes. Cette flexibilité trophique permet à l'espèce de maintenir des densités viables dans des milieux où les ressources piscicoles sont limitées. Mollusques aquatiques, insectes aquatiques et leurs larves complètent occasionnellement le régime, de même que des amphibiens, en particulier des anoures capturés près des berges.

De manière plus occasionnelle, la loutre néotropicale s'attaque à de petits reptiles, des oeufs de tortues ou de crocodiliens, ainsi qu'à des oiseaux aquatiques et leurs poussins lorsque l'occasion se présente. De rares observations rapportent également la prédation de petits mammifères. Cette diversité alimentaire varie sensiblement selon les saisons, les niveaux d'eau et les types d'habitats fréquentés, les populations côtières et estuariennes exploitant davantage les ressources marines et les crustacés que les populations strictement fluviales.

La technique de chasse repose principalement sur la vue et le tact, l'animal explorant le fond et les berges immergées à l'aide de ses vibrisses sensibles, en particulier dans les eaux turbides où la visibilité est réduite. Les proies sont généralement consommées sur place, sur la berge ou sur un rocher émergé, plutôt qu'en pleine eau. Ces sites d'alimentation répétés, jonchés de restes de repas et d'excréments, constituent des indices précieux pour les chercheurs étudiant la présence et le régime de l'espèce. Un individu adulte consomme quotidiennement une quantité de nourriture estimée entre 15 et 20 % de sa masse corporelle, une exigence énergétique élevée liée aux coûts thermiques de la vie aquatique.


Loutre neotropicale gros plan
Gros plan de la loutre néotropicale
© Miguel Podas - iNaturalist
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REPRODUCTION

La reproduction de la loutre néotropicale demeure relativement peu documentée en milieu naturel comparativement à d'autres espèces de loutres, mais les observations disponibles, complétées par des données issues d'individus maintenus en captivité, permettent d'en dresser les grandes lignes. Dans les régions tropicales situées près de l'équateur, la reproduction semble s'étaler tout au long de l'année sans pic saisonnier marqué, tandis que dans les portions subtropicales et tempérées de son aire de répartition, notamment dans le sud du Brésil, en Uruguay et dans le nord de l'Argentine, une certaine saisonnalité des naissances a été rapportée, généralement associée aux périodes de plus grande disponibilité alimentaire.

Le système d'accouplement est généralement considéré comme polygyne, les mâles cherchant à accéder aux domaines vitaux de plusieurs femelles réceptives. La période de gestation, estimée à environ 56 jours sur la base de données obtenues en captivité, conduit à la mise bas d'une portée comprenant le plus souvent entre un et cinq petits, deux à trois étant la taille la plus fréquemment rapportée. Les naissances ont lieu dans un terrier aménagé en gîte natal, généralement creusé dans une berge stable, à l'abri des crues et des prédateurs, parfois tapissé de végétation apportée par la mère.

Les nouveau-nés naissent aveugles, dépourvus de capacité de nage et entièrement dépendants des soins maternels. L'ouverture des yeux intervient généralement entre trois et quatre semaines après la naissance. L'apprentissage de la nage, étape critique du développement juvénile, débute habituellement vers l'âge de deux mois, la mère initiant progressivement les jeunes au milieu aquatique. Le sevrage complet survient généralement entre trois et quatre mois, bien que les jeunes puissent demeurer associés à leur mère plusieurs mois supplémentaires pour parfaire leurs techniques de chasse et leur connaissance du territoire.

Le rôle du mâle dans l'élevage des jeunes reste mal connu et probablement limité, la charge parentale incombant essentiellement à la femelle, comme chez la majorité des loutres. La maturité sexuelle est atteinte vers l'âge de deux ans chez les deux sexes. La longévité en milieu naturel est estimée à une dizaine d'années, des individus captifs ayant pu dépasser quinze années d'existence, une différence reflétant les pressions de mortalité accrues auxquelles les populations sauvages sont exposées.


Loutre a longue queue
La loutre néotropicale est aussi appelée Loutre à longue queue
© Cardús Cecilia - iNaturalist
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COMPORTEMENT

La loutre néotropicale adopte un mode de vie essentiellement solitaire en dehors de la période de reproduction et des associations temporaires entre une femelle et sa portée. Les adultes maintiennent des domaines vitaux individuels dont l'étendue et le degré de chevauchement varient selon le sexe, les territoires des mâles recouvrant fréquemment ceux de plusieurs femelles tout en demeurant généralement exclusifs vis-à-vis des autres mâles.

L'activité de l'espèce est principalement diurne et crépusculaire dans les zones peu perturbées par la présence humaine, les pics d'activité se situant typiquement en matinée et en fin d'après-midi. Cependant, dans les secteurs soumis à une forte pression anthropique, de chasse ou de dérangement, l'espèce adopte volontiers des moeurs nocturnes, une plasticité comportementale qui lui permet de persister à proximité des activités humaines tout en réduisant les risques de rencontre directe.

Le marquage olfactif occupe une place centrale dans la communication intraspécifique. Les latrines, sites de défécation répétée souvent installés sur des rochers proéminents, des troncs échoués ou des promontoires en bordure de cours d'eau, servent simultanément à délimiter les territoires, signaler le statut reproducteur des individus et faciliter la reconnaissance individuelle par l'intermédiaire des sécrétions des glandes périanales. Ces sites sont régulièrement revisités et constituent des points de référence essentiels dans l'organisation spatiale des populations.

Sur le plan locomoteur, la loutre néotropicale est une nageuse accomplie, capable de plonger pendant plusieurs dizaines de secondes et de parcourir d'importantes distances en alternant nage de surface et nage subaquatique. Sur terre, son déplacement se caractérise par une démarche ondulante caractéristique, et l'espèce peut parcourir des distances notables par voie terrestre lorsqu'elle change de cours d'eau ou contourne un obstacle.

Le répertoire vocal comprend plusieurs types de vocalisations, parmi lesquelles des sifflements aigus utilisés en contexte d'alerte ou de contact entre la mère et ses petits, ainsi que des grognements et des cris plus graves associés aux interactions agonistiques entre individus rivaux. Le toilettage minutieux et fréquent du pelage constitue un comportement essentiel au maintien de ses propriétés isolantes et imperméables, l'animal y consacrant une part substantielle de son temps hors de l'eau.


Lontra longicaudis annectens
Lontra longicaudis annectens
© B. Kao - BioLib
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PRÉDATION

En tant que prédateur de taille moyenne occupant une position relativement élevée dans le réseau trophique des écosystèmes aquatiques néotropicaux, la loutre néotropicale ne compte que peu d'ennemis naturels à l'âge adulte, mais demeure vulnérable à diverses menaces, particulièrement durant les premiers stades de son existence. Le jaguar (Panthera onca) et le puma (Puma concolor), grands félins partageant une large part de l'aire de répartition de l'espèce, figurent parmi les rares prédateurs capables de s'attaquer à des individus adultes, bien que de telles prédations demeurent rapportées de façon sporadique plutôt que systématique.

Les grands reptiles aquatiques constituent une menace plus régulière, en particulier les caïmans et alligators de diverses espèces qui partagent fréquemment l'habitat fluvial et lacustre de la loutre néotropicale. Ces prédateurs opportunistes peuvent surprendre des loutres lors de leurs activités de chasse ou de déplacement en eau libre, les jeunes individus inexpérimentés étant particulièrement exposés à ce risque. De grands serpents constricteurs, parmi lesquels l'anaconda dans les régions où il est présent, représentent également une menace occasionnelle, notamment pour les juvéniles.

Les jeunes loutres, encore dépendantes du gîte natal ou en phase d'apprentissage de la nage, sont exposées à un éventail plus large de prédateurs potentiels, incluant divers rapaces de grande taille susceptibles de capturer de petits individus à proximité des berges, ainsi que d'autres carnivores terrestres opportunistes rencontrant un terrier non gardé. La vigilance maternelle et le choix de sites de gîte sécurisés, généralement difficiles d'accès et bien dissimulés, constituent les principales stratégies de réduction de ce risque de prédation durant les phases les plus vulnérables du développement.

Les chiens domestiques errants ou semi-féraux, dont la présence s'est considérablement accrue à proximité des cours d'eau dans de nombreuses régions d'Amérique latine, sont de plus en plus fréquemment rapportés comme une source de mortalité, tant par prédation directe sur les jeunes que par harcèlement des adultes, cette pression d'origine anthropique se superposant désormais aux menaces naturelles traditionnelles. Au-delà de la prédation directe, la compétition interspécifique avec d'autres carnivores semi-aquatiques reste considérée comme limitée, l'espèce occupant une niche écologique relativement spécialisée au sein des communautés de mustélidés néotropicaux.


Lontra longicaudis enudris
Lontra longicaudis enudris© Jonas Livet - Les zoos dans le monde
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MENACES

La loutre néotropicale fait face à un ensemble de menaces d'origine essentiellement anthropique qui pèsent sur la pérennité de ses populations à travers son immense aire de répartition. La dégradation et la perte d'habitat constituent le facteur de déclin le plus largement documenté, résultant de la déforestation des zones riveraines, de l'expansion agricole et de l'urbanisation des bassins versants, autant de processus qui réduisent la végétation de berge indispensable au gîte et à l'alimentation de l'espèce tout en fragmentant la connectivité des populations le long des réseaux hydrographiques.

La pollution des eaux continentales représente une menace majeure et croissante, en particulier la contamination par le mercure issu de l'orpaillage artisanal qui affecte de vastes portions du bassin amazonien et d'autres régions aurifères d'Amérique du Sud, ce métal lourd s'accumulant le long de la chaîne trophique aquatique jusqu'aux prédateurs supérieurs tels que la loutre. Les rejets agricoles, incluant pesticides et engrais, ainsi que les effluents industriels et urbains non traités, dégradent par ailleurs la qualité de l'eau et appauvrissent les populations de poissons et de crustacés dont dépend étroitement l'espèce.

La construction de barrages hydroélectriques et d'ouvrages de régulation hydraulique modifie profondément les régimes d'écoulement, submerge des habitats riverains et fragmente les populations en compartiments isolés, limitant les échanges génétiques entre noyaux de population. Historiquement, l'exploitation de l'espèce pour sa fourrure a entraîné des déclins drastiques au cours du XXe siècle, en particulier dans le bassin amazonien où la chasse commerciale intensive, bien que désormais largement interdite, a durablement affecté certaines populations dont la reconstitution demeure incertaine.

Les conflits avec les activités de pêche artisanale et aquacole persistent dans de nombreuses régions, les pêcheurs percevant parfois l'espèce comme une concurrente pour les ressources halieutiques ou comme une menace pour les élevages piscicoles, ce qui se traduit localement par des persécutions directes, des captures accidentelles dans les filets et engins de pêche, ou un empoisonnement délibéré. La mortalité routière, en augmentation avec le développement du réseau d'infrastructures à proximité des cours d'eau, ainsi que les changements climatiques affectant les régimes hydrologiques et la disponibilité des proies, complètent ce tableau de pressions cumulatives dont les effets synergiques demeurent encore insuffisamment quantifiés à l'échelle de l'ensemble de l'aire de répartition.


Loutre neotropicale portrait
Portrait de la loutre néotropicale
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CONSERVATION

L'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) classe actuellement la loutre néotropicale dans la catégorie "Quasi menacé" (NT) sur sa Liste rouge, une évaluation reflétant un déclin global continu des populations bien que l'espèce demeure largement répandue à l'échelle du continent. Cette classification masque toutefois une hétérogénéité considérable des statuts régionaux, certaines populations locales étant sévèrement réduites voire menacées d'extinction, en particulier dans les zones les plus densément peuplées et industrialisées d'Amérique latine, tandis que d'autres demeurent relativement stables dans des régions reculées ou bien préservées.

L'espèce est inscrite à l'Annexe I de la CITES, ce qui interdit en principe tout commerce international à des fins commerciales des spécimens et de leurs produits dérivés, une mesure héritée des déclins historiques liés à l'exploitation de sa fourrure. La quasi-totalité des pays compris dans son aire de répartition lui accordent par ailleurs un statut de protection légale nationale, bien que l'application effective de ces dispositions demeure souvent limitée par un manque de ressources dédiées à la surveillance et à la lutte contre le braconnage.

La présence de l'espèce au sein de nombreuses aires protégées, parcs nationaux et réserves naturelles à travers le continent contribue à la conservation d'habitats clés, bien que la connectivité entre ces espaces protégés et les corridors riverains environnants demeure souvent insuffisante pour garantir des échanges démographiques durables entre populations. Plusieurs programmes de recherche et de suivi, fondés notamment sur l'inventaire des latrines, le piégeage photographique et l'analyse génétique non invasive à partir d'échantillons fécaux, se sont développés au cours des dernières décennies afin de mieux documenter la distribution, l'abondance et les déplacements des populations.

Des initiatives de conservation communautaire, associant les populations riveraines et les pêcheurs locaux à la surveillance et à la protection de l'espèce, se multiplient dans certaines régions, contribuant à atténuer les conflits historiques liés à la perception de compétition pour les ressources halieutiques. Le développement d'un écotourisme respectueux centré sur l'observation de la faune aquatique offre par ailleurs une incitation économique alternative à la persécution de l'espèce dans plusieurs sites pilotes. Les lacunes persistantes dans la connaissance de la dynamique des populations, conjuguées à la complexité taxonomique non résolue de l'espèce, soulignent la nécessité d'une coopération scientifique renforcée et transfrontalière à l'échelle de l'ensemble de l'aire de répartition néotropicale.


Loutre neotropicale zoo El Pantanal
Loutre néotropicale au zoo El Pantanal en Équateur
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TAXONOMIE

L'histoire taxonomique de la loutre néotropicale se caractérise par une instabilité nomenclaturale durable et des débats qui demeurent partiellement non résolus à ce jour. L'espèce fut décrite formellement pour la première fois en 1818 par le naturaliste allemand Ignaz von Olfers, sous le nom de Lutra longicaudis, à partir d'un spécimen originaire du Paraguay ou du sud du Brésil, dans le cadre des travaux résultant de l'expédition naturaliste de Wied-Neuwied en Amérique du Sud. Cette description initiale plaçait l'espèce dans le genre Lutra, qui regroupait alors indistinctement la majorité des loutres connues de l'Ancien comme du Nouveau Monde.

Au cours du XIXe et du début du XXe siècle, plusieurs naturalistes décrivirent, à partir de spécimens provenant de diverses régions d'Amérique latine, des taxons aujourd'hui considérés comme synonymes ou comme des formes infraspécifiques de Lontra longicaudis. Parmi ceux-ci figurent notamment Lutra platensis, décrite par George Robert Waterhouse en 1838 à partir de matériel du Río de la Plata, ainsi que Lutra enudris, décrite par Frédéric Cuvier en 1823 à partir de spécimens des Guyanes, et Lutra annectens, décrite par Edward Alphonso Goldman en 1914 à partir du Mexique. Cette prolifération de noms reflète à la fois la variabilité morphologique réelle de l'espèce à travers son immense aire de répartition et les limites des comparaisons effectuées entre collections géographiquement dispersées.

La révision majeure du genre par Charles Van Zyll de Jong, en 1972, établit le genre Lontra pour regrouper l'ensemble des loutres du Nouveau Monde, jusqu'alors maintenues dans le genre eurasiatique Lutra, sur la base de caractères crâniens et dentaires distinctifs. L'espèce fut alors reclassée sous son nom actuel, Lontra longicaudis. La synthèse de référence publiée par Serge Larivière en 1999 dans la série Mammalian Species consolida le statut de l'espèce et de ses principales formes infraspécifiques, tout en soulignant les incertitudes persistantes quant aux limites précises entre certains taxons.

La structure infraspécifique de Lontra longicaudis demeure l'objet de désaccords entre auteurs, certaines classifications reconnaissant jusqu'à six sous-espèces tandis que d'autres en retiennent un nombre plus restreint, voire élèvent certaines formes au rang d'espèces distinctes. Selon le schéma le plus communément admis, quatre sous-espèces principales sont généralement distinguées sur la base de caractères morphologiques et de leur répartition géographique respective.

- Lontra longicaudis annectens : occupe la portion la plus septentrionale de l'aire de répartition de l'espèce, depuis le nord-ouest du Mexique jusqu'en Équateur et au nord du Pérou, englobant l'ensemble de l'Amérique centrale. Cette forme se distingue par des caractères crâniens légèrement différenciés des populations sud-américaines orientales et constitue, selon plusieurs auteurs récents, un candidat sérieux à une élévation au rang d'espèce à part entière au vu des données moléculaires disponibles.

- Lontra longicaudis longicaudis : la sous-espèce nominale décrite originellement par Olfers, est centrée sur le Brésil, le Paraguay et le nord de l'Argentine, occupant ainsi une large portion du bassin amazonien oriental et du Brésil central et méridional. Cette forme sert de référence morphologique pour la définition de l'espèce dans son ensemble.

- Lontra longicaudis enudris : est rapportée du nord de l'Amérique du Sud, incluant le Venezuela, les Guyanes et le nord du bassin amazonien. Cette forme, fondée sur la description originelle de Frédéric Cuvier, fait l'objet d'un débat taxonomique particulièrement vif quant à son statut, plusieurs études génétiques récentes suggérant une divergence suffisamment marquée pour justifier son traitement en tant qu'espèce distincte, Lontra enudris.

- Lontra longicaudis platensis : présente dans le sud du Brésil, en Uruguay et dans le nord-est de l'Argentine, occupe les portions les plus australes et tempérées de l'aire de répartition de l'espèce. Comme pour la forme enudris, certains auteurs contemporains plaident pour son élévation au rang d'espèce pleine, Lontra platensis, en raison de divergences génétiques et de particularités écologiques liées à son occupation de milieux subtropicaux à tempérés.

En l'absence de consensus taxonomique définitif, la majorité des organismes de référence en matière de conservation continuent de traiter l'ensemble de ces formes comme des sous-espèces d'une unique espèce polytypique, Lontra longicaudis, dans l'attente d'une révision intégrative combinant données morphologiques, génomiques et biogéographiques à l'échelle de l'ensemble du continent.


Neotropical otter (Lontra longicaudis)
En anglais, la loutre néotropicale est appelée Neotropical otter
© Royle Safaris - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

CLASSIFICATION


Fiche d'identité
Nom communLoutre néotropicale
Autre nomLoutre à longue queue
English nameNeotropical otter
Español nombreLobito de río
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
Super-classeTetrapoda
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreCarnivora
Sous-ordreCaniformia
FamilleMustelidae
GenreLontra
Nom binominalLontra longicaudis
Décrit parIgnaz von Olfers
Date1819



Satut IUCN

Quasi menacé (NT)

SOURCES

* Liens internes

Animal Diversity Web

Arkive

BioLib

CITES

iNaturalist

Liste Rouge IUCN des espèces menacées

Mammal Species of the World (MSW)

Système d'information taxonomique intégré (ITIS)

* Liens externes

Global Biodiversity Information Facility (GBIF)

International Otter Survival Fund

Les zoos dans le monde

Zootielliste.de

* Bibliographie

Olfers, I. F. M. von (1818). Bemerkungen zu der Abhandlung des Herrn Illiger über die Säugethiere. Dans G. H. von Langsdorff & M. zu Wied-Neuwied (Éds.), Neue Bibliothek der wichtigsten Reisebeschreibungen. Berlin.

Cuvier, F. (1823). Lutra enudris. Dans Histoire naturelle des mammifères. Paris : A. Belin.

Goldman, E. A. (1914). Descriptions of five new mammals from Mexico. Smithsonian Miscellaneous Collections, 63(4), 1-7.

Van Zyll de Jong, C. G. (1972). A systematic review of the Nearctic and Neotropical river otters (genus Lutra, Mustelidae, Carnivora). Royal Ontario Museum Life Sciences Contributions, 80, 1-104.

Waterhouse, G. R. (1838). Mammalia. Dans C. Darwin (Éd.), The Zoology of the Voyage of H.M.S. Beagle. Londres : Smith, Elder and Co.

Larivière, S. (1999). Lontra longicaudis. Mammalian Species, 609, 1-5.

Pardini, R. (1998). Feeding ecology of the neotropical river otter Lontra longicaudis in an Atlantic Forest stream, south-eastern Brazil. Journal of Zoology, 245(4), 385-391.

Quintela, F. M., Iob, G., Artioli, L. G. S., & Estima, N. M. (2012). Feeding ecology of the neotropical otter Lontra longicaudis in coastal habitats of southern Brazil. Acta Theriologica, 57(3), 217-228.

Trujillo, F., Crespo, E., Van Damme, P. A., & Usma, J. S. (Éds.) (2011). Estado de conocimiento y conservación de los mamíferos acuáticos de Suramérica. Bogotá : WWF Colombia.

Helder-José & González, E. M. (2014). Update on the geographic distribution of Lontra longicaudis (Olfers, 1818) and Lontra provocax (Thomas, 1908) in South America. IUCN Otter Specialist Group Bulletin, 31(2), 88-95.

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