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Lapin des Andes (Sylvilagus andinus)


Le lapin des Andes (Sylvilagus andinus) est un petit lagomorphe de la famille des Leporidae, occupant les écosystèmes d'altitude de la cordillère des Andes. Longtemps confondu avec le lapin du Brésil dans le cadre d'un vaste complexe d'espèces, il est désormais reconnu comme une entité biologique distincte, adaptée aux conditions climatiques rigoureuses des milieux de haute montagne. Évoluant principalement dans les zones de landes et de forêts d'altitude, ce mammifère joue un rôle écologique fondamental en tant que proie pour les prédateurs andins et en tant que régulateur de la végétation locale. Sa morphologie trapue et son pelage dense témoignent d'une spécialisation évolutive remarquable pour survivre dans des environnements où l'oxygène est rare et les températures souvent négatives.


Lapin des Andes (Sylvilagus andinus)
Lapin des Andes (Sylvilagus andinus)
© Daniel Arias-Cruzatty - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)



DESCRIPTION

Le lapin des Andes est un lapin de taille modeste, présentant les caractéristiques générales des cottontails d'Amérique du Sud. Le pelage dorsal est brun-grisâtre à brun-rougeâtre, parsemé de poils noirs qui lui confèrent un aspect légèrement tacheté ou agouti. Le ventre est plus pâle, de teinte blanchâtre à chamois. La nuque porte souvent une tache rousse caractéristique, commune à plusieurs espèces du genre Sylvilagus. La queue est courte et présente un dessous blanc, bien que cette caractéristique soit moins prononcée que chez certains de ses congénères nord-américains.

Les oreilles sont relativement courtes par rapport à d'autres lagomorphes, une adaptation fonctionnelle permettant de limiter les pertes de chaleur dans un environnement d'altitude particulièrement froid. Les membres postérieurs sont de longueur modérée, adaptés aux déplacements sur les terrains accidentés et herbeux du páramo. La longueur totale du corps varie approximativement entre 290 et 400 mm, avec un poids corporel estimé entre 400 et 800 grammes selon les individus et les populations.

Du point de vue crânien, des analyses morphométriques ont mis en évidence plusieurs caractères distinctifs permettant de différencier le lapin des Andes des taxons allopatriques ou parapatriques voisins. En comparaison avec le lapin de Gabb (Sylvilagus gabbi), par exemple, le crâne du lapin des Andes est plus étroit en termes de largeur zygomatique, les nasaux sont plus courts, la largeur de la série dentaire maxillaire est réduite, et la longueur des foramens incisifs est plus brève. En revanche, les bulles tympaniques sont proportionnellement plus développées, ce qui pourrait constituer une adaptation à la perception des sons dans des environnements ouverts et venteux. Ces différences crâniennes, combinées à des données moléculaires, ont permis d'établir le statut d'espèce valide de ce lapin de façon robuste. La variation géographique au sein de l'espèce est notable, les spécimens du nord de l'Équateur présentant en moyenne un crâne légèrement plus petit avec de plus grandes bulles auditives que ceux du sud du pays.


Sylvilagus andinus
Sylvilagus andinus
© David Martin - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

HABITAT

Le lapin des Andes est une espèce native de Colombie, du Venezuela, du Pérou et de l'Équateur. Son aire de répartition est étroitement liée aux formations de páramo, cet écosystème de haute altitude caractéristique des Andes tropicales, généralement situé entre 3 000 et 4 500 m d'altitude. Des études de terrain ont confirmé sa présence à des altitudes comprises entre 3 570 et 4 150 m au-dessus du niveau de la mer, et il est la seule espèce de lagomorphe connue des hautes Andes équatoriennes.

Sa présence au Pérou, longtemps fondée uniquement sur des modèles de niche écologique et sur le spécimen type de Sylvilagus capsalis — aujourd'hui considéré comme synonyme — a été confirmée par l'examen de nouveaux spécimens provenant du nord-ouest du Pérou ainsi que du département d'Ancash, dans le centre du pays. En Colombie et au Venezuela, la présence de l'espèce dans les páramos andins est documentée mais les données restent fragmentaires.

Des études sur les préférences d'habitat ont révélé que les pelotes fécales du lapin des Andes se concentrent principalement en dessous de 4 000 m d'altitude et dans des sites protégés du vent par la topographie locale. À une altitude donnée, les individus semblent nettement préférer les versants abrités aux zones exposées aux vents forts. Ces résultats suggèrent que la topographie locale joue un rôle déterminant dans la structuration spatiale des populations, en modulant les conditions thermiques et la disponibilité en végétation dense. Le páramo équatorien constitue ainsi un mosaïque d'habitats favorables et défavorables à l'échelle de quelques centaines de mètres, et le lapin des Andes exploite sélectivement les microsites les plus favorables. Cette zone est soumise à de fortes pressions anthropiques, ce qui fragilise encore davantage les populations locales.


Sylvilagus andinus distribution
     Répartition supposée du lapin des Andes
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)

ÉCOLOGIE

Le lapin des Andes est un herbivore généraliste qui se nourrit de la végétation disponible dans les páramos. Son régime alimentaire est principalement composé de graminées et de plantes herbacées caractéristiques de ces milieux, telles que les espèces des genres Calamagrostis, Festuca, Stipa et diverses dicotylédones de páramo. Il joue un rôle écologique important en tant qu'herbivore omniprésent consommant une grande variété d'espèces végétales. Comme la plupart des lagomorphes, il pratique la caecotrophie, c'est-à-dire l'ingestion de ses propres fèces molles (caecotrophes) afin de maximiser l'assimilation des nutriments, notamment des protéines et des vitamines du groupe B, issus de la digestion bactérienne dans le caecum.

Une étude récente menée dans les ravines péri-urbaines de Quito a montré que le lapin des Andes adopte un comportement principalement nocturne, avec un pic d'activité entre 2h00 et 3h00 du matin. Une variation saisonnière significative a également été observée, avec une activité davantage concentrée en début de soirée selon la saison. L'espèce constitue également une proie importante pour plusieurs prédateurs, parmi lesquels figurent le renard de Magellan (Lycalopex culpaeus), les rapaces comme le caracara ou la buse variable, et potentiellement quelques mustélidés andins. Ce statut de proie clé dans l'écosystème du páramo lui confère un rôle structurant dans les réseaux trophiques locaux.


Lapin des Andes portrait
Portrait du lapin des Andes
© Yeungmenteu - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

MENACES

Les principales menaces pesant sur le lapin des Andes sont d'ordre anthropique et s'exercent principalement à travers la dégradation et la fragmentation de son habitat naturel. Le páramo andin est l'un des écosystèmes les plus menacés d'Amérique du Sud en raison de l'expansion agricole, du surpâturage par le bétail, des incendies répétés utilisés pour renouveler les pâturages, et de l'urbanisation croissante des zones périandines. L'Équateur, qui abrite le coeur de la distribution connue de l'espèce, est soumis à de très fortes pressions anthropiques, menaçant directement les habitats de ce lapin.

La perte de végétation naturelle du páramo réduit la disponibilité en ressources alimentaires et en sites de refuge, rendant les populations plus vulnérables à la prédation et aux conditions climatiques extrêmes. La fragmentation de l'habitat isole les populations, limitant les flux génétiques et accroissant les risques d'extinction locale par des effets stochastiques. Dans les zones péri-urbaines, les prédateurs introduits tels que les chiens et les chats errants exercent une pression supplémentaire sur les populations locales.

Le changement climatique constitue également une menace à long terme particulièrement préoccupante pour cette espèce liée aux hauteurs andines. La remontée en altitude des zones de végétation sous l'effet du réchauffement global comprime progressivement les écosystèmes de páramo vers des altitudes de plus en plus élevées, réduisant la superficie de l'habitat disponible. Les populations du lapin des Andes, déjà confinées à des zones géographiquement restreintes, pourraient se trouver piégées au sommet des massifs andins à mesure que les isothermes remontent. La chasse, bien que non documentée de manière systématique pour cette espèce, peut représenter une pression locale dans certaines régions rurales des Andes.


Tapeti des Andes
Le lapin des Andes est également appelé Tapeti des Andes
© Jennigon - iNaturalist
CC-BY-NC (Certains droits réservés)

CONSERVATION

Le lapin des Andes est actuellement classé dans la catégorie "Données insuffisantes" (DD) sur la Liste rouge de l'IUCN, ce qui reflète l'état fragmentaire des connaissances disponibles sur la taille et les tendances de ses populations, ainsi que sur l'étendue précise de son aire de distribution. Ce statut n'implique pas l'absence de menaces, mais indique plutôt que les données actuelles ne permettent pas une évaluation fiable du risque d'extinction.

Du point de vue de la conservation pratique, une partie des populations du lapin des Andes bénéficie d'une protection indirecte au travers des aires protégées des Andes équatoriennes, colombiennes et péruviennes. Les réserves écologiques et parcs nationaux qui englobent des écosystèmes de páramo, tels que le parc national Cajas ou la réserve écologique Antisana en Équateur, offrent un refuge potentiel à l'espèce. Cependant, une grande partie de son aire de répartition demeure en dehors des zones protégées formelles, exposée aux activités humaines.

Les priorités de conservation identifiées dans la littérature scientifique incluent la réalisation d'inventaires faunistiques systématiques permettant de délimiter l'aire de distribution réelle de l'espèce et d'estimer la taille de ses populations. Des programmes de surveillance à long terme sont nécessaires pour détecter d'éventuelles tendances démographiques. Les résultats sur les préférences d'habitat fournissent des informations utiles pour la gestion conservatoire du lapin des Andes et de la faune des hautes terres andines en général, notamment en permettant d'identifier les zones prioritaires de protection. La sensibilisation des communautés locales et la limitation des prédateurs introduits dans les zones périurbaines constituent également des actions importantes.


Andean tapeti (Sylvilagus andinus)
En anglais, le lapin des Andes est appelé Andean tapeti
© Creed Clayton - iNaturalist
CC-BY-NC-ND (Certains droits réservés)

TAXONOMIE

L'histoire scientifique du lapin des Andes est marquée par une évolution profonde de la compréhension de la biodiversité néotropicale. Initialement, de nombreux lapins d'Amérique du Sud étaient regroupés sous une seule et même espèce paraphyletique, le lapin du Brésil (Sylvilagus brasiliensis). La description officielle de la forme andine remonte à la fin du XIXe siècle, grâce aux travaux du zoologiste Oldfield Thomas en 1897, qui identifia les spécimens provenant des hauteurs équatoriennes comme distincts. Pendant plus d'un siècle, la taxonomie est restée figée dans une vision où ces populations d'altitude n'étaient considérées que comme des variations géographiques ou des sous-espèces au sein d'un vaste complexe.

Cependant, les progrès de la biologie moléculaire et des analyses morphométriques détaillées au début du XXIe siècle ont bouleversé ce schéma. Des études systématiques approfondies ont mis en évidence des divergences génétiques majeures entre les populations des basses terres et celles des hautes terres andines. Les recherches menées par des équipes internationales ont démontré que les différences dans la structure du crâne, la dentition et le pelage, cumulées à un isolement reproductif géographique de longue date, justifiaient pleinement l'élévation au rang d'espèce complète. Ce changement de statut a été largement accepté par la communauté scientifique après la publication de révisions taxonomiques majeures qui ont éclaté le complexe brasiliensis en plusieurs espèces distinctes. Cette reconnaissance est cruciale, car elle permet d'orienter les efforts de conservation sur une entité biologique unique, évitant ainsi que des espèces spécifiques ne disparaissent alors qu'elles étaient noyées dans un groupe plus large.

Bien que la classification interne puisse encore évoluer avec de futures recherches génomiques, plusieurs formes géographiques sont traditionnellement associées à l'espèce au sein de son aire de répartition montagneuse. La forme type, Sylvilagus andinus andinus, se rencontre principalement dans les Andes centrales, notamment en Équateur, se distinguant par un pelage très dense et sombre. Dans les régions plus septentrionales, notamment au Venezuela, on trouve la population Sylvilagus andinus meridensis, qui occupe les paramos de la Sierra de Mérida et présente des nuances de couleurs légèrement plus rousses. Au Pérou, les populations locales, parfois désignées sous le nom de Sylvilagus andinus canarius, montrent des adaptations spécifiques aux conditions plus sèches des Andes du Sud. Ces distinctions reposent principalement sur des variations de taille corporelle et de tonalité de la fourrure, reflétant l'isolement de chaque massif montagneux.


CLASSIFICATION


Fiche d'identité
Nom communLapin des Andes
English nameAndean tapeti
Andean cottontail
Español nombreConejo andino
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embranchementVertebrata
Super-classeTetrapoda
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreLagomorpha
FamilleLeporidae
GenreSylvilagus
Nom binominalSylvilagus andinus
Décrit parOldfield Thomas
Date1897



Satut IUCN

Données insuffisantes (DD)

SOURCES

* Liens internes

American Society of Mammalogists

iNaturalist

Liste Rouge IUCN des espèces menacées

Mammal Species of the World (MSW)

Système d'information taxonomique intégré (ITIS)

Wikipédia

* Liens externes

Bioweb Ecuador

Check List - Pensoft Publishers

Global Biodiversity Information Facility (GBIF)

World Lagomorph Society

ResearchGate

* Bibliographie

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