Lapin de l'Assam (Caprolagus hispidus)
Le lapin de l'Assam (Caprolagus hispidus) est un petit mammifère lagomorphe appartenant à la famille des léporidés, et constitue l’unique représentant du genre Caprolagus. Originaire des contreforts sud de l’Himalaya, il est aujourd’hui considéré comme une espèce rare et menacée, principalement en raison de la destruction de son habitat. Ce lapin se distingue par son pelage grossier et ses caractéristiques morphologiques atypiques pour un léporidé. Longtemps méconnu en raison de sa discrétion et de son habitat difficile d’accès, il fait désormais l’objet d’une attention particulière dans les programmes de conservation. Son étude permet de mieux comprendre l’évolution des lagomorphes asiatiques ainsi que les dynamiques écologiques des prairies subtropicales où il survit encore. Le lapin de l'Assam est également appelé Lapin hérissé.
Source: Pratiknayek
Le lapin de l’Assam est un léporidé de taille modeste, mesurant généralement entre 40 et 55 cm de long pour un poids moyen d’environ 2 à 3 kg. Sa morphologie est adaptée à un mode de vie discret dans les hautes herbes. Contrairement à de nombreux autres lapins ou lièvres, il possède des oreilles relativement courtes et arrondies, ce qui constitue une adaptation probable à son environnement dense. Ses pattes postérieures sont également moins allongées que celles des lièvres typiques, ce qui limite sa capacité de course rapide mais favorise des déplacements prudents dans une végétation épaisse.
Son pelage est particulièrement caractéristique : il est dense, grossier et hérissé, d’où son nom vernaculaire de "lapin hérissé". La coloration générale est brun sombre mêlée de noir sur le dos, tandis que les parties inférieures sont plus claires, allant du brun pâle au blanc. Cette teinte lui offre un excellent camouflage dans les prairies hautes et les zones marécageuses. La queue est courte et entièrement brune.
Les yeux sont relativement petits, et les griffes robustes, ce qui suggère un mode de vie principalement terrestre et discret. L’ensemble de ces caractéristiques distingue nettement Caprolagus hispidus des autres léporidés, notamment des espèces du genre Lepus, généralement plus élancées et adaptées à la course rapide.
© Joanna Van Gruisen - Arkive
All rights reserved (Tous droits réservés)La répartition actuelle du lapin de l'Assam témoigne d'un déclin alarmant de l'espèce, dont la présence est aujourd'hui extrêmement fragmentée. Historiquement, ce lagomorphe occupait une large bande continue le long des contreforts méridionaux de l'Himalaya, s'étendant de l'Uttar Pradesh en Inde jusqu'au Bangladesh, en passant par le sud du Népal. Aujourd'hui, bien que son aire de répartition théorique soit estimée à environ 188 316 km², la réalité sur le terrain est bien plus précaire : l'espèce n'occupe plus que de minuscules îlots de prairies, représentant une surface réelle de moins de 500 km². Ces populations subsistent de manière sporadique dans quelques zones protégées de basse altitude (entre 100 et 250 m), notamment dans divers parcs nationaux tels que Shuklaphanta, Bardia et Chitwan au Népal, de Jaldapara et Manas en Inde, ainsi que dans le parc national royal de Manas au Bhoutan.
Cette situation est d'autant plus critique que les inventaires menés au cours des dix dernières années montrent une présence nettement plus faible que celle documentée dans les années 1990. Même au sein des parcs nationaux mentionnés, le lapin de l'Assam n'est détecté que dans un très faible pourcentage de l'habitat potentiel. La spécificité de son habitat (les hautes prairies de savane) le rend particulièrement vulnérable aux modifications environnementales et à l'activité humaine. L'isolement géographique de ces petites populations, souvent très éloignées les unes des autres, limite les échanges génétiques et fragilise la survie à long terme de ce lapin unique en Asie du Sud.
Le lapin de l'Assam occupe principalement des étendues de hautes prairies pionnières, localement appelées "herbe à éléphants". Pendant la saison sèche, la plupart des zones herbeuses sont sujettes aux incendies, et les lapins se réfugient dans les zones marécageuses ou les herbes bordant les cours d'eau, moins exposées au feu.
© Manimalworld
CC-BY-NC-SA (Certains droits réservés)Le régime alimentaire de cet animal est exclusivement herbivore et se montre très sélectif selon la saisonnalité de son habitat. Il se nourrit principalement de pousses tendres, de racines et de tiges de graminées géantes qui dominent les plaines inondables. Durant la période de croissance des herbes, il privilégie les parties les plus nutritives des jeunes plants, tandis qu'en période sèche, il n'hésite pas à creuser légèrement le sol pour extraire des tubercules ou à consommer l'écorce de certains arbustes.
Les observations suggèrent une préférence marquée pour les espèces végétales du genre Saccharum et Themeda. Contrairement à d'autres petits mammifères qui stockent de la nourriture, le lapin de l'Assam consomme ses ressources directement sur place, se déplaçant avec agilité pour trouver les zones où la végétation est la plus riche en fibres et en eau. Sa digestion est optimisée par la caecotrophie, un processus courant chez les lagomorphes qui consiste à réingérer certaines de ses crottes pour en extraire le maximum de nutriments et de vitamines produits par la fermentation bactérienne dans son intestin.
Source: Sohu.com
Les connaissances sur la reproduction du lapin de l’Assam restent limitées, en raison de la rareté de l’espèce et de la difficulté d’observation dans son habitat naturel. Toutefois, certaines données issues d’observations locales et de captures permettent de dégager des tendances générales. La période de reproduction semble se situer principalement entre janvier et mars. Des femelles gestantes ont été observées durant cette période, ce qui suggère une saisonnalité marquée. La taille des portées est estimée entre un et cinq jeunes, avec la possibilité de deux portées par an dans des conditions favorables.
Le comportement reproducteur, y compris les parades nuptiales et les interactions sociales associées, demeure largement inconnu. Cette lacune scientifique reflète les difficultés d’étude de l’espèce et souligne l’importance de recherches supplémentaires.
Animal essentiellement nocturne et solitaire, le lapin de l'Assam mène une vie de discrétion absolue. Durant la journée, il reste tapi dans des "gîtes", sortes de petites dépressions aménagées dans les herbes hautes ou sous des buissons épais, où son pelage sombre le rend quasiment invisible. Il ne devient actif qu'au crépuscule, moment où il commence ses phases de recherche alimentaire. Contrairement aux lapins de garenne, il ne creuse pas de vastes systèmes de terriers complexes, préférant utiliser les tunnels naturels formés par la végétation ou occuper occasionnellement des galeries creusées par d'autres animaux.
Son tempérament est marqué par une grande vigilance; au moindre signe de danger, il s'immobilise totalement avant de s'enfuir par des sentiers précis qu'il entretient dans la brousse. Les interactions sociales sont limitées aux périodes d'accouplement, et les individus semblent maintenir des domaines vitaux restreints mais bien définis. Sa communication passe principalement par des signaux olfactifs, utilisant des glandes odorantes pour marquer son passage sur les tiges de graminées.
Auteur: J. Hendrie
CC0 (Domaine public)Évoluant dans un écosystème riche et complexe, le lapin de l'Assam est une proie de choix pour une multitude de carnivores. Ses principaux ennemis naturels incluent les grands félins comme le tigre du Bengale et le léopard, qui patrouillent fréquemment les lisières des savanes.
Cependant, ses prédateurs les plus redoutables sont souvent de plus petite taille, tels que le chacal doré et le renard du Bengale, capables de se faufiler dans les herbes denses pour le débusquer. Les rapaces, notamment les aigles et les hiboux grands ducs, représentent une menace constante venant du ciel lors de ses sorties nocturnes. De plus, les pythons molures, présents dans les zones humides du Terai, peuvent capturer des individus surpris au repos.
Pour contrer ces menaces, le lapin de l'Assam compte sur son ouïe fine et sa capacité à rester parfaitement immobile pendant de longues périodes. Sa survie est aussi intrinsèquement liée à la densité de la couverture végétale; lorsque les herbes sont brûlées ou coupées, il devient extrêmement vulnérable, perdant son seul rempart efficace contre la vue perçante de ses assaillants.
Source: Animal Pictures Archive
La survie du lapin de l'Assam est gravement compromise par la disparition accélérée de son milieu naturel, principalement due à l'extension des terres agricoles, à l'exploitation des forêts et au développement humain. Ce petit mammifère dépend étroitement des vastes prairies de hautes herbes, un écosystème fragile qui se fragmente sous la pression des activités anthropiques et des inondations saisonnières. Entre 1994 et 2005, on estime que la surface et la qualité de ces habitats ont chuté de 20 à 50 %, une tendance destructrice qui s'est poursuivie durant la décennie suivante.
L'un des défis majeurs pour la conservation de l'espèce réside dans la gestion de la dynamique des prairies. Sans interventions régulières, comme des cycles de feux contrôlés, les hautes herbes laissent naturellement place à des zones boisées, un processus de succession qui rend le milieu inhospitalier pour ce spécialiste des savanes. L'habitat restant est ainsi morcelé par des forêts ou des cours d'eau, isolant les populations. De plus, le lapin de l'Assam subit la concurrence du bétail pour le pâturage, la prédation accrue et la récolte humaine du chaume, autant de facteurs qui s'ajoutent à l'invasion des prairies par des arbres feuillus pour réduire drastiquement ses chances de survie.
Source: ResearchGate
Le lapin de l'Assam est actuellement considéré comme une espèce menacée. La Liste rouge de l'IUCN répertorie l'espèce dans la catégorie "En danger" (EN) et en Annexe I de la CITES, ce qui signifie que le commerce de cette espèce est interdit. Il est également inscrit à l'annexe 1 de la loi de 1972 sur la protection de la faune indienne, et à l'annexe 1 de la loi de 1973 sur les mesures de conservation des parcs nationaux et de la vie sauvage au Népal.
La protection du lapin de l'Assam repose aujourd'hui sur une poignée d'aires protégées. Cependant, sa présence reste fragile : des études menées dans la réserve de tigres de Buxa n'ont par exemple révélé aucune trace de l'espèce, malgré des signalements historiques dans les années 1980. Pour assurer sa survie, il est crucial de lancer des recherches à long terme sur son écologie et ses déplacements, particulièrement durant les périodes critiques de crues et de brûlis. La gestion des incendies volontaires dans les prairies est un enjeu vital; un contrôle strict est nécessaire pour garantir que l'animal dispose d'un habitat adéquat tout au long de l'année.
Parallèlement à la gestion des sols, les efforts de conservation doivent se concentrer sur la flore locale. Il est recommandé aux gestionnaires forestiers de privilégier les graminées indigènes et d'éviter l'introduction d'espèces végétales exotiques, souvent importées pour nourrir les éléphants de patrouille. Enfin, un volet humain est indispensable : la sensibilisation des populations locales et la formation du personnel des réserves sont prioritaires. De nombreux gardes forestiers ne connaissent que le lièvre indien (Lepus nigricollis) et doivent être formés pour identifier et protéger activement le lapin de l'Assam, dont le statut d'espèce menacée exige une attention particulière.
La trajectoire scientifique du lapin de l'Assam débute officiellement au XIXe siècle, période faste pour la découverte de la biodiversité asiatique. L'espèce a été décrite pour la première fois par le naturaliste John Thomas Pearson en 1839, suite à l'obtention de spécimens provenant des régions situées au nord de l'Inde. À cette époque, la compréhension de la diversité des lagomorphes était encore balbutiante, et les chercheurs tentaient de structurer les relations entre les lièvres et les lapins sur la base de critères morphologiques visibles, tels que la structure du crâne et la texture du pelage. La reconnaissance de son caractère unique a rapidement conduit les systématiciens à l'isoler au sein d'un groupe distinct. Durant une grande partie du XXe siècle, l'espèce a suscité un intérêt limité, étant considérée comme une curiosité régionale jusqu'à ce que sa rareté extrême ne commence à inquiéter la communauté scientifique.
L'évolution de sa classification reflète les débats sur les origines des membres de la famille des Leporidae. Des études plus contemporaines ont cherché à déterminer sa proximité avec d'autres genres asiatiques ou africains. Sa morphologie, qui mélange des traits primitifs et des adaptations spécialisées au milieu des savanes inondables, a longtemps intrigué les biologistes de l'évolution. Certains l'ont considéré comme un "fossile vivant", une branche isolée qui aurait divergé tôt dans l'histoire des lagomorphes. Au fil des décennies, les explorations de terrain ont permis de préciser son aire de répartition, autrefois beaucoup plus vaste le long de l'Himalaya, mais aujourd'hui réduite à quelques poches isolées.
L'absence de restes fossiles abondants rend difficile la reconstitution exacte de son histoire évolutive sur le long terme. Néanmoins, l'analyse des caractéristiques dentaires et squelettiques confirme que l'espèce occupe une position isolée, justifiant son maintien comme seule représentante de sa lignée actuelle. Les efforts de conservation modernes intègrent désormais cette dimension historique, soulignant que la perte de cet animal signifierait la disparition d'une branche entière de l'arbre du vivant, dont l'histoire remonte à plusieurs millions d'années d'adaptation aux cycles de mousson de l'Asie du Sud.
À l'heure actuelle, la communauté scientifique reconnaît le lapin de l'Assam comme une espèce monotypique. Cela signifie qu'aucune sous-espèce n'est officiellement distinguée au sein de sa population globale. Cette situation s'explique principalement par la distribution géographique déjà extrêmement restreinte de l'animal. Bien que l'on puisse observer de légères variations de taille ou de nuance de pelage entre les individus du Népal et ceux de l'Assam en Inde, ces différences ne sont pas jugées suffisamment significatives ou constantes pour justifier une séparation taxonomique.
| Nom commun | Lapin de l'Assam |
| Autre nom | Lapin hérissé |
| English name | Hispid hare Assam rabbit |
| Español nombre | Conejo de Assam Liebre híspida |
| Règne | Animalia |
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embranchement | Vertebrata |
| Super-classe | Tetrapoda |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Infra-classe | Eutheria |
| Ordre | Lagomorpha |
| Famille | Leporidae |
| Genre | Caprolagus |
| Nom binominal | Caprolagus hispidus |
| Décrit par | John Thomas Pearson |
| Date | 1839 |
Satut IUCN | ![]() |
* Liens internes
Liste Rouge IUCN des espèces menacées
Mammal Species of the World (MSW)
Système d'information taxonomique intégré (ITIS)
* Liens externes
Global Biodiversity Information Facility (GBIF)
* Bibliographie
Pearson, J. T. (1839). "Observations on the Spiny Hare of Assam". Journal of the Asiatic Society of Bengal.
Smith, A. T., & Johnston, C. H. (2008). Mammals of South Asia: Lagomorpha. Smithsonian Institution Press.
Oliver, W. L. R. (1980). The Hispid Hare: Report on the findings of the 1978/79 survey. Jersey Wildlife Preservation Trust.
Maheswaran, G. (2002). Ecology and Conservation of the Hispid Hare in Jaldapara Wildlife Sanctuary, West Bengal, India.
Blyth, E. (1845). "Description of Caprolagus, a new genus of Leporine Mammals". Journal of the Asiatic Society of Bengal.
Maheswaran, G. (2013). "Ecology and Conservation of Endangered Hispid Hare Caprolagus hispidus in India". Rare Animals of India.
Prasai, A., Dhami, B., et al. (2024). "Reviving lost shadows: investigating the habitat ecology of the rediscovered hispid hare (Caprolagus hispidus) in Nepal". PeerJ.
Nidup, T. (2019). "Endangered Hispid Hare (Caprolagus hispidus) in the Royal Manas National Park, Bhutan". World Lagomorph Society.
Nath, N. K., et al. (2010). Ecological Assessment of Hispid hare in Manas National Park, India. Conservation Leadership Programme.
Chand, D. B., et al. (2017). "Distribution and Habitat Preference of Hispid Hare in Shuklaphanta National Park, Nepal". Tribhuvan University Journal.


