Accueil > Reportages > Chasse à l'ours en Sibérie : le massacre

MASSACRE HONTEUX
Editorial Aves France du Jeudi 26 mars 2009 par sylvie Cardona.
Le mot massacre n'est pas trop fort en effet pour désigner cette pratique de chasse. Comment qualifier autrement un acte qui consiste à flinguer pratiquement à bout portant un ours que l'on sort de force de sa tanière ? C'est pourtant ce qui se passe en Sibérie.
C'est un article paru dans VSD qui a attiré notre attention. Le sujet n'est pas nouveau, mais le fait que ce soit un magazine français comme VSD qui relaie l'information était intéressante. Passé le premier sursaut d'indignation, je me suis dit que ce papier était une bonne chose. Pour une fois, on ne pourra pas dire que les associations exagèrent et déforment les faits. Photos et textes sont ici suffisamment éloquents. Donc, pour le plaisir malsain de types fortunés, on traque l'ours brun en période d'hibernation, on enfume sa tanière et on l'abat sans autre forme de procès. Lorsque c'est une femelle qui est tuée, les oursons demeurent orphelins. Soit ils meurent de faim, soit ils sont récupérés pour être vendus à des zoos ou encore à des cirques.

La population globale d'ours bruns se porte plutôt bien. Mais depuis 1995, on assiste à une baisse régulière des effectifs. Par ailleurs, de nombreuses populations d'ours bruns sont surestimées pour pouvoir être chassées. Un marché juteux que se partagent de nombreux voyagistes et agences spécialisés. Un exemple : Le fondateur d'AVES Roumanie (décédé depuis) dénonçait des pratiques de chasse scandaleuses (il s'agissait notamment de chasse à l'appât) sur les ours bruns dont les effectifs étaient largement surestimés. Mais cette activité rapportant des devises, personne n'avait intérêt à protéger l'ours dans ce pays.
En août 2008, une vingtaine d'ours bruns affamés, à la recherche de nourriture dans les zones habitées, ont été abattus dans la région sibérienne de Krasnoïarski. (source : l'agence de presse Itar-Tass). un cas qui n'est pas isolé.
En 2007, j'avais écrit un article sur la situation des ours au Kamtchatka.
Face à l'explosion de la chasse aux trophées, protéger les noyaux d'ours bruns en Europe demeure donc primordial...

ARTICLE PARU
Voici la copie de l'article paru sur VSD.fr ecrit par Andreï Rudakov et Antoine Dreyfus. Reportage publié dans "VSD n°1647" (du 18 au 24 mars 2009).
Les motoneiges s'engagent entre les sapins, en évitant les branches alourdies par la masse de neige. La petite ration de vodka avalée cul sec le matin réchauffe l'estomac pour quelques minutes, mais ne suffit pas à faire remonter la température dans cette région aux alentours de Krasnoïarsk. Il fait facilement moins 40°C dans ce coin perdu de Sibérie. Le groupe de chasseurs doit encore éviter trous, dénivelés, rochers, ornières et chausse-trapes impossibles à repérer. Sur le camp de base, depuis quelques jours, des rabatteurs locaux ont parcouru la taïga à la recherche des ours bruns. L'hiver, ces plantigrades massifs, de la même famille que ceux qui ont été réintroduits dans les Pyrénées, hibernent de longues semaines, en ayant emmagasiné suffisamment de graisse pour supporter le froid. Les rabatteurs sont de rudes trappeurs sibériens, rompus aux températures extrêmes, experts dans la vie sauvage, la faune et la flore. Ils ont tout préparé pour les chasseurs : le camp, les emplacements de chasse, les vivres et la vodka. Les clients chasseurs n'auront qu'à supporter les basses températures et à viser le moment venu.

UN VIVIER D'ENVIRON 20 000 PLANTIGRADES
Chute du communisme, capitalisme débridé et prolifération des espèces sauvages, la Sibérie est devenue un vaste terrain de jeu pour les riches en mal de sensations qui viennent pour tirer sur le roi des animaux de cette partie du monde. Impossible de dire combien d'hommes viennent affronter l'ours brun dans une ambiance virile, mais ces expéditions sont en pleine expansion. Une agence belge spécialisée assure organiser vingt-cinq à trente voyages par an, par groupes de trois à quatre personnes à chaque fois. À 8 500 euros minimum le périple de huit ou neuf jours, autant dire qu'il s'agit d'un business florissant.
"L'argent fait toute la différence, confesse le responsable belge de cette société, qui souhaite garder l'anonymat. Des gens ayant les moyens sont à la recherche de sensations fortes. Ce ne sont pas nécessairement des chasseurs qui veulent un trophée prestigieux. Certains clients fortunés ne tirent même pas et laissent les guides les abattre à leur place".
En France, au moins trois agences se sont placées sur le créneau de ces safaris. En Russie, c'est l'explosion. Des dizaines de compagnies vous promettent l'excitation de la vie sauvage. Une ambiance de "far east" où, pratiquement, tout est permis. D'autant que contrairement à la France ou l'Espagne où il est protégé, l'ours brun prospère dans les steppes et la taïga russes.
Les chiffres varient selon les sources : entre 14 000 et 30 000 individus. Chaque année, l'État russe délivre donc des quotas de chasse qui varient selon les régions. Cette fois-ci, le groupe suivi par Andreï Rudakov, un photographe russe, comprend deux Russes, un Polonais et un guide de chasse. Les chasseurs ont déboursé environ 5 000 euros pour avoir le droit de tuer un ours brun. La traque et la chasse proprement dite ne durent que deux jours. Une fois repérées, les bêtes, profondément endormies dans leur tanière, doivent être délogées. Les rabatteurs commencent par les titiller avec des bâtons pour les réveiller. "Mais cela ne suffit pas. L'ours gronde, mais ne sort pas" explique le photographe.
Ils procèdent alors à l'étape suivante : enfumer sa tanière. Et là, l'animal n'a d'autre solution que d'ouvrir les yeux, de bouger et gronder avec la ferme intention d'aller croquer ces gêneurs. A trois ou quatre mètres de l'entrée de la cache du plantigrade, se tiennent postés les trois chasseurs, munis de fusils à un coup. "Il faut lui tirer dessus lorsqu'il s'est levé à moitié et il faut tirer simultanément. Sinon, vous prenez le risque de voir fondre sur vous une bête enragée de plus de quatre cent kilos et trois mètres de haut". Le tir est donc très bref. Et chargé d'adrénaline.

LA MARQUE DES HOMMES
L'animal gisant dans la neige, c'est alors la fête pour les chasseurs, ravis d'avoir échappé aux griffes du féroce mammifère... Puis ils plongent la main dans le corps, prennent du sang avec leurs doigts et se marquent le visage. "C'est un rituel immuable, raconte le photographe. Cela veut dire que vous rentrez dans le cercle fermé des chasseurs d'ours. Vous êtes un homme, en quelque sorte". Pour ramener la bête au village, les hommes de main le disposent sur un traîneau spécialement aménagé. C'est aussi pour cela que ce genre de chasse a lieu l'hiver. L'été, il serait quasiment impossible de transporter de telles masses.
Au village, pour fêter l'évènement, les chasseurs se lâchent alors dans de joyeuses libations. S'ils se sont acquitté des taxes nécessaires, ils repartiront chez eux avec leur peau d'ours, qui finira en descente de lit, preuve irréfutable de leur "exploit". Seul hic : s'ils tuent une femelle, les éventuels oursons seront abandonnés, une pratique dénoncée par les associations de défense des animaux. Les fortunés chasseurs, quant à eux, s'imaginent entrer dans l'histoire. Ils ont tué un ours brun. Ils ont défié les dieux.
Voir en ligne : l'article de VSD

VIDEO
Pour conclure cet article, je vous propose de regarder la bande annonce d'un célèbre film de Jean-Jacques Annaud : L'Ours. Ce film raconte l'histoire d'un petit ourson orphelin dont la mère est décédé prématurément. Le hasard lui fera rencontrer un ours mâle qui le prendra sous son aile afin de lui apprendre les rudiments de la vie et ses dangers. Une belle leçon d'humilité, où l'homme apprend que l'ours peut connaître la pitié face aux chasseurs qui le traque car la proie n'est pas toujours celle que l'on croit.
SOURCES

